LIVRE I, CHAPITRE II
du bagage du Duc de Mcrcœur. Il ne s'amuse point m. à les tàter, mais les ayant enfoncés et culbutes dans la rivière du premier choc , il s'empare de tout le bagage du Duc, qui fut une prise considérable; ensuite ayant joint le lendemain le Comte de Soissons auLude, ce Prince eut avis que le Duc de Joyeuse devoit le combattre en chemin ; il met à la tète de l'avant-garde le sieur de la Force, marche toujours en ordre de bataille et arrive heureusement à Candé, où l'attendoit le Roi de Navarre.
Cependant Henri, avec toute son armée, reprend en diligence la route de la Guyenne; il donne pendant toute cette marche au sieur de la Force la charge de faire la retraite; l'armée du Duc de Joyeuse les côtoyant toujours, de sorte que les ayant suivis jusqu'à la rivière de l'Isle, l'on fit à qui sei oit le plus diligent pour gagner le logis de Coutras. Le Roi de Navarre s'en empare le premier, le Duc de Joyeuse prend celui de la Rochechalais, et le lendemain, au point du jour, vint se mettre en *>ocu»i*e. bataille dans la plaine dudit Coutras. Le sieur de la Force, qui avoit fait la retraite le jour auparavant , étant obligé de demeurer ferme jusqu à ce que toute l'armée eût passé la rivière de l'Isle, fut en garde toute la nuit, et sans avoir le loisir de repaître, il lui fallut s'aller placer dans l'escadron
,587. du Roi de Navarre , qui l'avoit choisi pour combattre avec lui. Eu cette bataille, qui fut donnée ce matin-là et dont chacun a su le succès, le sieur de la Force se porta fort généreusement , et perdit de sa compagnie plus que tout le reste de Farinée ensemble ; il poursuivit la victoire jusqu'à la Rochechalais, dégagea le sieur de Lons, et secourut le sieur de Lusignan, qui avoit été attaqué par deux cents hommes qui venoient joindre l'armée du Duc de Joyeuse , mais qui n'étoient pas arrivés assez à temps pour se trouver au combat. Il fut le seul de ceux qui avoient commandement qui donna jusque-là. Le Roi de Navarre lui manda de rallier tous ceux qui s'étoient trouvés avec lui et de faire la retraite, ce qu'il fit, et rejoignit l'armée.
Quelque temps après , ledit Roi de Navarre lui donna le Gouvernement de la Basse-Guyenne, à savoir des places qui tenoient pour le parti, comme Bergerac, Sainte-Foi, Monflanquin et autres. Il y résista ' longtemps à cause qu'il étoit encore jeune, mais il ne put s'en décharger, d'autant qu'il s'étoit passé plusieurs particularités dans les affaires qui
1 Entre autres actions qu'il fit pendant son séjour en Guyenne, en loS7, le sieur de la Force fit lever le siège que les Catholiques avaient mis devant la Linde, sur la Dordogne. (Mémoires de du Plessis- Mornay, tome 1er, page 186. — Fie de du Plessis, liv. I, page 103 ; et de Thou, tome 3, liv. l, pageSl.)