‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri IIIChapitre 53 sur 168 · LIVRE I, CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE IL

avoient grandement piqué le Roi de Navarre con- 1537. tre le sieur de Turenne , et notamment depuis la conférence de Guitres, et ainsi étoit-il bien aise de lui opposer le sieur de la Force, ce qui brouilla fort ces deux messieurs, qui jusqu'alors avoient bien vécu ensemble.

Le sieur de la Force contint toutes cboses en paix ,588. dans son Gouvernement, y employant tantôt la douceur et tantôt les armes. Ce fut cette dernière voie dont il usa contre un nommé Besserad , fameux Ligueur, homme courageux et entreprenant, qui faisoit tous les jours de grands ravages dans les terres de son commandement ; il marche à lui , le défait entièrement et le prend prisonnier. Il alla ensuite attaquer un petit château, où il fut blessé ; car, tenant un bâton dont il marquoit une attaque, il reçut un coup d'arquebuse dans la main, et lui sortoit auprès du pouce après lui avoir rompu les quatre doigts. Cependant il ne fut point estropié de ce furieux coup et se servit de cette main le reste de sa vie, comme s'il n'eût point été blessé.

Le Roi Henri III convoqua une assemblée d'États 16 octobre. en la ville de Blois; le Roi de Navarre en fit de même, et réunit tous les principaux de son parti à la Rochelle, où lors toutes les réconciliations se firent, après quoi chacun retourna en sa charge, et le sieur

1588. de la Force en Guyenne, où la guerre continuant, ilavoit acquis une telle créance dans son parti, que quand l'occasion l'obligeoit de se mettre aux champs , il faisoit toujours de belles troupes , sortoit souvent quelques canons et se déchargeoit de ceux qui pensoient se loger et fortifier à son voisinage.

1589. Après la mort du Duc de Guise, les affaires changèrent de face; le Roi Henri III rappela le Roi de

3o avril. Navarre, qui le vint trouver àTours: ce Prince dépêche en diligence au sieur de la Force, avec ordre de mener sa compagnie de gens de cheval, ce qu'il fit aussitôt, et arriva comme leurs Majestés étoient à Poissy; elles voulurent voir sa compagnie en armes, et lui donnèrent cette louange que c'éloit la mieux montée et armée qui fût en toute l'armée, et il fut très-bien reçu et traité fort favorablement de leurs Majestés.

Trois jours après, l'armée marcha vers Pontoise, où le siège fut mis et la ville battue furieusement; le Roi de Navarre donna au sieur de la Force sa compagnie de chevau-légers, pour, avec la sienne, aller camper au delà de la rivière et empêcher le secours qui pouvoit venir du côté de Saint-Denis. Il y demeura jusqu'à la reddition de la place , et lorsque les assiégés en sortirent, il fut commandé

Page 1