‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri IIIChapitre 61 sur 168 · LIVRE I, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE III

commcnpoit à paroître. Comme il arrive au quar- is89. tier, il trouve le Roi à cheval dans ses retranchements et toute l'armée en armes ; et comme il pense rendre compte à sa Majesté du commandement qu'elle lui avoit donné le soir, elle lui dit : Venez, je veux vous montrer toute leur armée. Et le mena au delà du premier retranchement jusqu'à la tournée de l'autre vallée de Martinglise, où ils couvraient toute la plaine, marchant en bataille vers nos retranchements.

Le Maréchal de Biron appela ledit sieur de la Force et lui commanda de mener promptement sa compagnie, qu'il la vouîoit placer; elle ne faisoit que d'arriver, et étant encore tous armés, il les mena à la main gauche de l'escadron du Comte d'Auvergne, qui étoit composé de trois cornettes de chevau-légers, savoir : de la sienne, de celle du Roi, commandée par d'Arambure, et de celle de Fournier. Toutes trois ne faisoient pas six-vingts maîtres. Il avoit quelques gentilshommes volontaires avec lui, entre autres le Comte de Roucy. A celle dudit sieur de la Force il fit joindre celle de Larchant Chambret et celle de Bacqueville. Ces deux ne faisoient pas soixante maîtres, et toutes trois ensemble environ six-vingts.

La situation de ce lieu-là étoit avantageuse pour

1589. l'armée du Roi, qui n'étoil. pas composée de plus de neuf mille hommes de pied, savoir : de trois mille Suisses et de six mille François, et d'environ huit cents chevaux; et celle des ennemis, d'environ trente mille hommes de pied et de huit mille chevaux.

Ladite situation est une vallée resserrée, avant à la main droite une montagne assez roide, et tout le haut garni d'un fort bois assez large; à la main gauche est la rivière qui va d'Arqués à Dieppe, au long de laquelle il y a des marais assez fâcheux, même pour la cavalerie; de sorte qu'en cette vallée tout l'espace depuis la montagne jusqu'à la rivière ne sauroit contenir de plaine qu'environ quinze cents ou deux mille pas, et au milieu il y a un chemin avec quelques haies, qui va depuis le bourg d'Arqués jusqu'à une petite chapelle, qui en est distante bien de douze cents pas.

A cette dite chapelle il avoit été fait un petit retranchement perdu, en ligne droite et sans aucun flanc, qui de là prenoit à la main droite et alloit jusqu'à demi-cote à l'endroit où commençoit le bois, auquel lieu il avoit été placé deux couleuvrines qui pouvoient battre à la main droite là où tournoit la vallée qui alloit à Martinglise.

Ce petit retranchement, duquel on faisoit peu

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