LIVRE I, CHAPITRE III
tendre, et que, quoi qu'il eût trouvé devant lui, îsw, qu'il les eût chargés; c'étoit un plaisir de les voir tous deux réciter ce qui s'étoit passé, chacun de son coté, et qui en cmportoit le prix.
Ces premières attaques furent si désavantageuses aux ennemis el leur apportèrent un tel étonnement, qu'ils demeurèrent deux ou (rois joursà nous contempler sans rien entreprendre. Il se faisoit hien quelques légères escarmouches et se tiroit toujours quelques coups de pistolet; car les corps de garde étaient si près les uns des autres, même de la cavalerie, qu'il se faisoit toujours quelque chose; mais ils se tenoient si serrés dans leurs avantages, qu'on ne pouvoit aller à eux sans imminent péril. Quelques canonnades se tiroient toujours de part et d'autre , toutefois sans ffrand effet.
Il y avoit un grand hourg au-dessus de celui de Martinglise et sur la môme rivière, où étoitle principal corps de leur armée ; mais pour venir de là au quartier du Roi le droit chemin, il falloit passer une grande montagne fort couverte de bois; de sorte qu'il ne paroissoit jamais rien de ce côté-là. Ils venoient toujours par le vallon, au long de la rivière de Martinglise, où la plaine est assez spacieuse, soit pour relever leurs gardes, soit pour les attaques qu'ils vouloient faire. Ils entreprirent
1589. souvent de nous ta ter, voir s'ils nous pourroient ébranler; mais ils étoient si bien reçus, qu'ils ne s'y engageoient guère plus avant.
Enfin ils se résolurent à une attaque générale, et par un grand effort de tâcher de nous emporter.
Le Roi eut avis que toute l'armée se préparait, et que ce qui étoit du côté de Dieppe marchoit pour se rendre au quartier de monsieur de Mayenne. L'on crut que c'étoit pour quitter ce logement et qu'ils avoient dessein daller reprendre le dessus de la rivière d'Arqués, faire le tour et nous attaquer de l'autre coté. Sur cet avis, sa Majesté commanda au sieur de la Force de monter à cheval avec sa compagnie, sur l'entrée de la nuit, de prendre le haut de la montagne vers le quartier des ennemis, se jeter sur le chemin qu'il falloit qu'ils prissent, au cas qu'ils eussent le dessein de reprendre l'autre côté de la rivière, comme il en avoit eu avis ; en tout cas, pour lui savoir dire la route que les ennemis prendroient.
Il y demeura toute la nuit , fit approcher ses écoutes le plus près de leur quartier que se pouvoit; tous oyoient un grand bruit dans leur camp et jugeoient bien qu'ils se préparoient à marcher; mais il ne passa personne du côté où ils étoient; ce qui l'en fit retourner, même voyant que le jour