LIVRE I, CHAPITRE IIL
est basse, il faut monter de presque tous les côtés xsss. lorsque l'on en sort ; les retranchements furent faits presque vis-à-vis de la porte et fort avancés pour gagner les éminences qui nous étoient dommageables.
L'armée des ennemis se vint loger à la portée du canon; il y a un grand village de ce côté-là, surtout un grand bois qui les favorisoit fort. Ce fut à recommencer de belles escarmouches tous les jours et des combats à cheval ; les nôtres les a voient en tel mépris qu'ils ne perdoient point d'occasion qui leur donnât moyen d'en venir aux mains; viugt ne faisoient point de difficulté d'en charger cinquante, et à tous les coups faisoient déplacer les sentinelles à cheval qu'ils avançoient, et leurs corps de garde ne s'éloignoient guère de leur troupe. Il s'y passa une galanterie qui ne fut pas à notre avantage. Un cavalier des nôtres, gentilhomme de Normandie, qui avoit été nourri page chez le Roi, nommé la Beuvrière, cria de loin à leur corps de garde, s'il y avoit quelque galant homme qui voulût tirer un coup de pistolet ?
Soudain il s'avança un des leurs qui cria : Me voici , viens. S'élant jetés à part l'un et l'autre pour se joindre , celui des ennemis tire son pistolet de i ingt pas, l'atteint par la tète et le tue. Cela cuida
1589. engager une rude mêlée ; ils voulurent emmener le cheval et les armes, mais lesnôtres les repoussèrent, et avec diligence ramenèrent le tout. Il n'y falloit pas perdre de temps, car nous étions en fort petit nombre . Nous remarquâmes lors que leur corps de garde à cheval, qu'ils faisoient toujours bien fort, partoit d'un lieu où ils étoient un peu à couvert, et que lorsque l'on poussoit de leurs sentinelles , ils s'avançoient en un lieu éminent où ils donnoient beau jeu à de l'artillerie qui auroit moyen d'y faire de l'échec. Cela fut montré au Maréchal de Biron, il le jugea fort faisable.
Le lendemain, il fit atteler deux couleuvrines, fit entretenir la galantise à l'accoutumée, et conduire ces deux pièces au long d'une colline à couvert; comme elles furent sur le haut, de la cavalerie se mit devant pour empêcher qu'on ne les pût reconnoitre. L'occasion se présentant d'y mettre le feu, tout d'un coup on fit ouvrir ladite cavalerie et envoya-t-on visiter ces messieurs de deux volées qui donnèrent si à propos au milieu de leur cavalerie qu'il y eut bien du désordre; s'ils n'eussent été si près de leur camp, prenant ce temps-là, l'on en eût eu bon marché. Soudain on fit ramener les pièces : après cela le bon-homme, monsieur de Biron , dit au Roi : Sire, aviez-vous jamais vu me-