‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri IIIChapitre 69 sur 168 · LIVRE I, CHAPITRE HL · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE HL

et les coups portèrent si à propos, que dès la pre- 1589. mière volée, ou rompt l'affût d'un canon par l'embrasure, tue un commissaire et deux canonniers. Ils avoient dressé leur batterie si à la hâte , et ne croyant pas que nous sortissions le canon si avant, ils n'avoient pas même rempli leurs gabions , de sorte que toute leur batterie fut ruinée en trois ou quatre heures, et eux contraints de l'abandonner; ils retirèrent leur artillerie pendant la nuit.

Ladite armée ne voyant plus de moyen de faire réussir leurs desseins, après tous leurs efforts de vingt-et-trois jours, savoir-: douze à Arques et onze à Dieppe, le canon tirant tous les jours de part et d'autres, ils prirent résolution de faire retraite, et pour y donner quelque honorable prétexte, s'en vont en diligence à la ville de la Fère, à laquelle ils avoient intelligence; en effet, ils s'en saisirent.

jNous voilà donc délivrés. Le Maréchal de Biron disoit qu'il avoit fait toute sa vie le métier de la guerre, mais qu'il en avoit plus appris en ces vingtet-trois jours qu'il n'avoit fait en tout ce qu'il avoit vu auparavant.

A deux jours de Là, il arrive au Roi trois mille Anglois que la Reine d'Angleterre envoyoitàsa Ma-

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1589. jesté, commandés par Mylord Wilby l; les officiers et les soldats a voient tous fort bonne mine, tous avec de petites roupilles de même couleur. Sa Majesté les reçut très-bien.

En ce même temps, il arrive nouvelles au Roi que monsieur le Comte de Soissons et monsieur de Longueville, qui l'avoit joint en Picardie, le Baron de Biron, quimenoit aussi de la cavalerie de Gascogne, monsieur le Maréchal d'Aumont, monsieur de la Noue, tout cela joint ensemble avec de trèsbelle Noblesse et faisant plus de huit cents chevaux, le venoient trouver. Ce corps de cavalerie, composé de si bons hommes, avec ce corps d'infanterie angloise, joints au Roi, eussent été capables de donner la bataille à monsieur de Mayenne ; le Roi leur alla au-devant les recueillir; sa Majesté ne pou voit se saouler de les caresser; il ne falloit pas laisser inutiles tant de gens de bien.

La résolution fut prise secrètement d'acheminer l'armée droit à Paris, d'envoyer en diligence au Gouverneur de Sainte-Maxencc, de ne manquer de faire rompre tous les ponts., jugeant tnV bien que

1 Peu de jours après, Henri IV reçut d'Elisabeth une somme de vingt mille livres en or pour payer ses troupes étrangères, et un secours de quatre mille Anglais, commandés par Milord Willoughby. {Lingard, tome vin, p. 434.)

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