‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri IIIChapitre 70 sur 168 · LIVRE I, CHAPITRE DI · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE DI

le Duc de Mayenne étant à la Fère, sa Majesté 1589' auroit moyen de réduire la ville de Paris en telle nécessité, ou bien de les frapper d'un tel étonnement, voyant ledit Duc éloigné d'eux, que devant qu'il n'eût pu faire des ponts pour venir à leur secours, le Roi les auroit remis en son obéissance.

L'armée s'achemine diligemment; étant à une journée de Paris , l'ordre fut donné à toutes les troupes de ce qu'elles a voient à faire. L'on marche tout le jour et toute la nuit. La cavalerie avoit tous commandement d'avoir une chemise par-dessus leurs armes, et l'infanterie de la mettre hors des chausses et de la laisser pendre; c'étoit afin de se pouvoir reconnoitre pendant la nuit; cela s'est appelé depuis la camisade de Paris. L'on attaquoit les faubourgs de Saint-Germain, de Saint-Marceau et de Saint- Jacques tout à la fois; l'armée départie pour cela, chacun des conducteurs sait où 2 novembre. il doit donner. L'on y arrive un peu avant jour, et donnent tous si à propos , que lesdits faubourgs furent presque tous emportés en même temps, et n'y eut de résistance qu'au faubourg Saint-Germain , où il y eut quatorze ou quinze cents hommes de tués, et dix-huit pièces de grosse artillerie de prises.Monsieur de la Noue, quidonnoit au long

1589. de la rivière de Seine, entra jusque dans la ville à côté de la tour de Nesle, et pouvoit-on facilement faire entrer toute l'armée ou par là, ou par les murailles, qui sont fort basses en beaucoup de lieux; mais l'on jugea que c'étoil hasarder l'armée que de l'engager dans ce grand corps, où il eut été difficile d'empêcher les soldats de piller, et que le moindre désordre pouvoit tout faire perdre, mèmcment le Duc de Mayenne en étant près, et que l'on faisoit état d'y porter les habitants et gagner leurs volontés en l'absence dudit Duc de Mayenne, et ainsi que cette exécution se fût faite avec ordre. Mais le Roi fut mal servi au commandement qu'il avoit fait de rompre les ponts de Saintc-Maxence ; car l'on y fit si peu de chose qu'ils furent rhabillés soudain, de sorte que ledit Duc arriva dans la ville avec toute sa cavalerie deux jours après. Le Roi demeura encore dans lesdits faubourgs tout le lendemain après l'arrivée du Duc de Mayenne. La résolution fut prise d'aller vers Étampes ; toute l'armée fut mise en bataille à cette grande plaine devers Montrouge, où l'on demeura plus de quatre heures; on avoit opinion que le Duc sortiroit, mais il ne parut jamais personne.

Quand toute l'armée eut marché, ceux qui avoient charge de faire la retraite virent seulement

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