LIVRE I, CHAPITRE V
d'oublier tout le passé; ce qui lui faisoit attendre m». impatiemment l'arrivée du sieur de la Force, le croyant l'instrument le plus propre pour travailler à cela, et que lui seul y pourroit disposer monsieur de Biron ; mais ceux qui eherchoient plutôt sa ruine que son bien, précipitèrent tellement celle affaire ujuin. qu'ils portèrent le Roi à se saisir de sa personne avant l'arrivée de la Force, disant que si le Maréchal venoit à découvrir qu'il y eût quelques mauvais desseins contre lui, qu'il s'évaderoit, et que sa Majesté s'en repentiroit toute sa vie.
Les historiens ont raconté la manière de la prise du Duc de Biron de tant de façons différentes, que j'ai cru devoir la rapporter comme l'un1 des fils du sieur de la Force, qui étoit pour lors auprès du Maréchal, l'a laissée par écrit :
« Après que monsieur de Biron fut revenu d'Angleterre, où le Roi l'avoit envoyé, il se rendit en son Gouvernement de Bourgogne ; mais ayant été accusé par le sieur de la Fin d'avoir conspiré contre l'État, et ce malheureux ayant remis entre
1 Henri Nompar de Caumont, Marquis de Castelnaut, second fils de M. de la Force; il avait alors vingt ans, et le Duc de Biron, son oncle, l'avait demandé pour l'accompagner dans son ambassade en Suisse {correspondances, 29 octobre Î601). Castelnaut depuis cette époque n'avait pas quitté le Maréchal, et se trouvait avec lui lorsqu'il fut arrêté à Fontainebleau.
1602. les mains de sa Majesté les traités faits avec l'Empereur et le Duc de Savoie, le Roi lui manda de l'aller trouver, et lui envoya d'abord le Président Jeannin, et ensuite le Vidanie de Chartres, neveu de la Fin; lequel lui ayant donné l'assurance qu'il seroit bien reçu et qu'il n'avoit rien à craindre, il s'achemina à Fontainebleau, où le Roi étoit pour lors. Il partit de Dijon et vint coucher à Sancerres, le lendemain à Montrichard, et de là prit la poste, et ayant une douzaine de gentilshommes avec lui, prit la route de Fontainebleau. Il reçut en chemin trois ou quatre avis différents qui l'instruisoient qu'il ne feroit pas bon pour lui à la Cour, et que l'on lui conseilloit de s'en retourner; de quoi il donna connoissance à quelques-uns de ceux qui étoient auprès de lui, les assurant qu'il ne craignoit rien et qu'il n'avoit rien fait qui méritât qu'on lui fit le moindre mal. Il faut dire en passant qu'il ne eroyoit point être coupable, et ce d'autant plus que depuis que le Roi lui avoit pardonné à Lyon, il avoit dit à la Fin de brûler le traité. Ainsi il ignoroit qu'il fut entre les mains du Roi. Il continue donc son chemin et arrive à Fon- 12 juin, tainebleau que le Pioi ne l'attendoit plus; car ses ennemis l'avoient assuré qu'il ne viendroit point. » En arrivant, le Maréchal met pied à terre dans