LIVRE I, CHAPITRE V
son beau-frère, de travailler à le remettre et d'assurer le Maréchal qu'il l'affectionnoit trop pour lui donner aucun mécontentement, et de faire en sorte qu'il vînt trouver sa Majesté à Lyon, qu'elle désiroit lui donner toute sorte de satisfaction.
La Force s'achemine vers son beau-frère, et remet tellement son esprit par ses discours, qu'il le dispose à venir avec lui à Lyon. Sa Majesté le reçut très-bien et voulut l'entretenir à part dans son cabinet, en présence du sieur de la Force seul, où elle lui ouvrit son cœur avec une grande franchise, lui parlant non-seulement comme son Roi et son bon maître, mais comme le tenant pour le principal pilier de son État et un second lui-même.
Le Duc de Eiron, avec les soumissions qu'il devoit, protesta de nouveau à sa Majesté qu'il n'avoit rien au monde de si cher que le service trèshumble qu'il lui devoitet de le lui rendre avec toute la fidélité à quoi il étoit obligé. Après avoir touché sur les particularités et s'être bien éclairci l'un de l'autre de tout, sa Majesté témoigna en recevoir un très-grand contentement, et l'embrassant plusieurs fois, l'on m'a assuré avoir ouï dire au sieur de la Force que le Roi et le sieur de Biron en pleurèrent tous deux d'affection.
Cela demeura très-bien pour lors ; mais comme
1601. l'envie, surtout à la Cour et entre les Grands, ne -meurt jamais, on ne cessa d'entretenir toujours entre le Roi et lui une mésintelligence qui peu à peu se tourna en haine et en fureur. Je n'en marquerai ici ni le sujet ni les particularités, et me contenterai de dire que sa Majesté, qui prenoit une fort particulière confiance au sieur dé la Force, s'adrcssoit toujours à lui pour lui en faire ses plaintes, «et qu'il eut ce bonheur de rhabiller souvent les (choses ; et ce n'étoit pas peu qu'en affaire de telle importance il s'y pût conduire sans reproches et avec l'agréation de tous.
1602. Le mal enfin vint si avant, que sur les charges et blâmes <jue l'on avoit jetés sus audit Duc de Biron, sa Majesté l'appelle à la Cour, où il fut assez bien reçu. Le Roi dépêche ' soudain vers le sieur de la Force, qui étoit dans son Gouvernement en Navarre, pour le faire venir; sa Majesté désiroit que le Duc se déchargeât des accusations qu'il y avoit contre lui, et que le faisant sonder par personnes interposées, on le conviât à s'ouvrir à elle, témoignant avoir toutes bonnes dispositions pour lui, et que si par une franche confession et soumission il recouroit à sa bénignilé, elle avoit grand désir
1 La lettre à laquelle il est fait allusion iei ne s'est point retrouvée.