‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri IIIChapitre 91 sur 168 · LIVRE l, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE l, CHAPITRE V

parloicnt avec beaucoup d'émotion. Cette conversation dura assez longtemps; puis on entendit que le Maréchal dit au Roi : Sire, j'ai parlé à votre Majesté ma tête qui répondra de mes actions, mais je la supplie aussi de me faire raison de ceux qui peuvent m avoir accusé à faux.

)) Le Roi lui répondit : Monsieur de Biron , vous savez que je vous ai toujours aimé; avouez-moi la vérité, et je vous pardonnerai.

» Leur discours dura encore quelcpie temps sur le même ton; enfin le Roi le quittant brusquement, monsieur de Biron voulut sortir, et lorsqu'il fut hors du cabinet, monsieur de Yitry ', lui mettant la main sur son épée, lui dit : Monsieur, je vous demande pardon ; le Roi me l'a commandé.

)) Mon épée qui a rendu tant de services à la France ! s'écria le Maréchal.

» Oui , répondit le sieur de \ itry. »

Il traversa la salle des Gardes et fut mené dans une chambre haute , près l'horloge , où il demeura deux jours, et le lendemain fut conduit par eau à la Bastille. En même temps que Ton arrêtoit le

1 Louis de l'Hôpital, Baron, puis Marquis de Yitry, Capitaine des Gardes du corps du Roi; il avait été longtemps du parti de la Ligue. C'était une famille prédestinée aux arrestations ; son fils obtint le bâton de Marécbal de France pour avoir arrêté ou plutôt assassiné le Marquis d'Ancre.

\hh MÉMOIRES DU DUC DE LA FORCE.

1602. Maréchal, un exempt fut dépêché pour aller arrêter, clans la salle des Gardes, deux ou trois de ses gentilshommes qui s'y trouvoient; on alla aussi arrêter son neveu, fils de la Force, et on le mena dans le cahinetdu Roi, dont il avoit l'honneur d'être le filleul , qui lui dit en le voyant tout étonné : Ne craignez rien, mon fis, votre père esl de mes meilleurs amis el de mes bons serviteurs.

Ensuite le Roi appela le Comte de Saint-Paul ', et lui dit : Je vous le donne en garde ; et au sieur de Castelnaut : Faites ce qu'il vous dira.

Monsieur le Comte de Saint-Paul le mena coucher chez lui, et le lendemain à Paris, où le Roi se rendit aussi. Dès que le sieur de Castelnaut sut l'arrivée de sa Majesté, il l'alla trouver et lui demanda la permission d'aller en Béarn, où étoit son père, ce que le Roi lui refusa. 11 lui demanda du moins celle d'aller en Normandie auprès d'une de ses tantes2 qui y vivoit dans une de ses terres, ce qui lui fut aussi refusé. Mais le Roi lui com-

1 François d'Orléans-Longueville, Comte de Saint-Paul, Duc de Fronsac et de Château-Thierry ; il avait épousé Anne de Caumont, fille de Geoffroy de Caumont, oncle de M. de la Force, duquel il se trouvait cousin germain par alliance et par conséquent oncle à la mode de Bretagne du jeune Castelnaut.

2 Madame de Larchant, qui demeurait dans son château de la Boulaye, près d'Lvreux. (Voir la note de la page 21 de ce volume.)

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