LIVRE I, CHAPITRE V
manda de le suivre à Fontainebleau, où il retournoit le lendemain , ce que le jeune homme ayant fait, le Roi à son arrivée l'appelle et lui dit : Allez vous- en trouver Loménie, qui vous montrera une lettre de votre père. Il y alla aussitôt, et le Secrétaire d'État lui fit voir une lettre de monsieur de la Force par laquelle il donnoit avis que sur les ordres de sa Majesté , il seroit dans deux ou trois jours auprès d'elle.
Le sieur de la Force arrivant à la Chapelle-la- Reine, trouva son fils qui étoit venu au devant de lui et qui lui apprit que déjà monsieur de Biron a voit été conduit à la Bastille. Cette nouvelle lui déplut fort; il ne voulut pas aller à Fontainebleau le soir, mais il s'y rendit le lendemain de grand matin. Le Roi se levoit comme il entra dans sa chambre, et ne prit pas le loisir de s'habiller, mais soudain il le mena à la galerie et lui dit en l'embrassant plusieurs fois : Ah! que fat de regret que vous n'ayez pas été ici plus tôt ! vous eussiez empêché les extrémités où j'ai été contraint de me porter ; fai beaucoup de déplaisir que le Maréchal de Biron m'ait donné occasion de faire ce que fai fait, car vous savez que je VaimoiS) et votre considération m'a fort agité aussi, car certainement je vous plains !
Le sieur de la Force, outré de douleur et retenu i. 10
aussi par le respect qu'il devoit au service de son mailre, lui fit ses plaintes avec la discrétion convenable.Cet entrelien dura plus de deux grosses heures, pendant lequel on remarqua au Roi tant dPémotion et un si grand changement à son visage, avec la connoissance qu'un chacun avoit de l'affection particulière que sa Majesté portoit au sieur de la Force, que toute la Cour fut en créance que ce jour-là il avoit sauvé son beau-frère. En effet, suivant l'humeur des courtisans, tous lui en venoient faire des réjouissances; mais la résolution de la perte de monsieur de Biron éloit trop expresse, et ceux qui la vouloient agissoient trop puissamment.
Le Roi s'en alla à Paris quelque temps après, et voulut, pour le contentement particulier du sieur de la Force, qu'on lui montrât .toutes les charges et informations,- encore lui. concéda- t-ii une gratification qui n'a point accoutumé de se permettre, en cas de crime de lèse-majesté, comme le Duc de Biron étoit accusé, à savoir de pouvoir solliciter ses juges.
Le Roi étant allé de Paris à Saint-Maur, les parents de monsieur de Biron résolurent de tenter un dernier effort en s'allant tous jeter aux pieds de sa Majesté; ils en firent demander la permission, qui
8 juillet.