‹ Mémoires authentiques de Maximilien de RobespierreChapitre 4 sur 49 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

lilchecs éprouTés par Robespierre dans ses motions. -^ Discours sur le droit de triage. — Sur les lettres de cachet. — •• âur la juridiction prév6tale« •*«- Sur le jury en matière civile^ -«Motion de dom Gerle. — Kobespierre ne peut obtenir la parole. --—Pétition des habitants de Saint- Jean-de-Luz. — Se^ démêlés avec M. de Beaumetz. — Lettrequ'îl lui écrit.

Dans tout l& cours de Tannée 1790 , j'ai sou-* vent pris la parole , et bien * rarement suis-je parvenu à ran^r rassemblée à mon opinion. Je le dis avec franchise^ je le dis même av0c orgueil, mes motions n'ont pas été heureuses. Seul, ou presque seul dans le côté gauche, j'étais écouté avec une défaveur pareille à celle qiu'inspiraient les discours de Despréménil ou de Mirabeau jeune dans le côté droit.

Certes , ce n*est pas à dire pour cela que mes motions fussent anti-nationales, impopulaires comme celles de ces messieurs ; mais il y avait

DE lUqMâHBfiiRE. 63^

dans b cWmbr^ uno moiiétàsa, une IMaietté qa-fiQr^yaif: }e jr^ocisrae de n^m fwrîfioîpes.^ Qn YQubit piraitffe agir dwâ rint^ét ^u pa^ptr^ oa jutiiakv, oa ^scutaût , i>n laîsiiît de b^llf^ paiolesûons da feii ^ ek ea réalité OA n'agb»»ili poor lui quà I& nidiiis possible 9» Dti tra^MHaifi sDui!d4ameBtihjnQMXNisfmiclioR detô^ Qtpottr^ (NMàtttr mcNf «a f>n.ch«fcl»it àdomier au poufr voir exécutif et à l'aristocratie un^ préppiM^é** rwyçe qui tôt OU Uidrd eût tourné k h nme d)s la ludioB. Mds eâTorta et c^u;i de q^^uea uu» d^t nuBs amv^ d'aVoca ont été conBlfunment appliqués à contrarier ces ceupabUefi iiilrigUe$> ;. OQ noU:^ écoulait peii^ inais nou? éciofialà coiEuma de^ siii^4nttantofBcomiiiode9^ etsLngMiâii:^^ pu finira ie bkn-v nous sty^njksio^^M (wpâché le maL

décnei proposé paur^ o^isiléi de conatitulion ^ et pclatîf àVâbolitioD du droit de tffiage^, élafaU par yordonnaiiice de 1669* On |ie contestait pa»t la nécessité de eette abolition'^ mais il s^agissait de savoir si les communes réintégrées. devaient être autorisées à répéter de leurs aucuns sei-

64 • MÉMOIAES

gneurs les arrérages indûment pêrçuis. ie soutins l'affirn^tivé, avec d'autânt^phis d'auto-* rite» que j'invoquai non seiilement les principes du droit naturel , mais encore le^s ordonnances antérieurement rendueè , et Texeniple du plus absolu des rois;,' de LouisXIV (i). Âpres une longue discussion , ma motion échoua, tant ' on avait peur de blesser en rien les intérêts aristocratiques.

' Plusieurs propositions et opinions que j'émîs lès jours suivants subirent le même échec. Le i3 mai*s, je demandai vainetnent que le décret relatif à l'abolition des lettres de cachet fût exécutoire par tout le- royaume huit ' jours après sa promulgation : on accorda six sémaifl^. l^e 23 , je voulus défendre les droits de Passeniblée contre les coinités , en soutenant que c'était elle, et non son comité de^ finances , qui devait nommer les commissaires chargés dé surveiller ta caisse d'escompte : on n'eut aucun égard à ma motion «Xe- 26,^ je combattis l'inutile loi sur la contribution patriotique et les plus inutiles mo-

(i) Voyez aux 'pièces justificatives ce discours remarquable. lettre B.

difications de Chapelier , la loi et les modifications passèrent. Le 29 ^ je m'opposai à ce que des commissaires du pouvoir exécutif fussent autorisés à décider provisoirement les difficultés qui surviendraient dans les assemblées primaires : on ne tint compte de mon opposition. Enfin ^ le 3o , j'attaquai un décret proposé par M. de Saint-Fargeau daois un but louable , mais qui reconnaissait implicitement l'existence et le maintien des juridictions prévôtales. J'eus à peine, le temps de dire ces mots : « Le sentice ment qui a dicté au préopinant le projet de (( déj[:ret qu'il vient de vous proposer* est sans (( doQte un- sentiment d'humanité; mais j'y (( trouve un très |^and inconvénient^ en ce qu'il a préjuge le maintiea de la juridiction prévo- <( taie encore quelque temps. » On m'interrompit, en prétendant que je n'étais pas danfsia question , et k décret fut voté.

Ils se trompaient étrangement^ ceux qui croyaient me décourager par tant d'avanies: Ils ignoraient san« doute de quelle consobtion sont pour le vrai patriote le témoignage de sa

conscience et l'assentiment du peuple. L'un II. 5

66 mémmiiEs^

ne'^tifaYaît jànrvab i«fônq«é, et d^jà je cdiîimençaisà avoir Tàutre. Mes peiné^ ëtatètit tfbp payées.

La question ât^ViùtvoâiicXiott âiï jury fût sou-

miBeà Fâ^thbtéé^j cjriî (^cttisàcrrâ inv nioîsf entier

à cette important^ discwdsten. Plu^èHir^ plaiié

furent préstentés , de' nonïbteux et divers avis

forent ouverts- Le pairtt de aàtôir âv léi^ ju-

rés seraient admis ati criminel souffrit peti

de difficcdtés ; mais lorsque Duport eut soulevé

la question du jury en matière civile, des itùn^

tradiciîons s'élevèrent de tous les points de la

sdié, et Ton eût dit, à cette espèce dMnànifttité

que manifestèrent tes hommes dé loi;, qnHl s^a-

gissait pour eBxA^tm intérêt persontiéret ma^^

jour; cependant Barnave ne se laissa pas altéra

ces misérables calcub# Il faut lui rendre cette

justice, qu'il défoiîdit la thèse dé son ami Duport

avec énergie et éloquence : la' raison était pottr

eux , mais ce n'était pas un motif pour qti'ils

trîomphassénl^ J'eus encore , dans cette drôon^

atance , le malhdur de parts^ger l'avis de la mino^

rite, et de réclamer le jury pour toutes sortes

d'aflfaireNi. Je demandai an mf>ins qu'on décrétât

DE HOBESPimiRE. 67

le principe (i) : il n'en fut rien. Le9 avocats ¥oUjAi0iit:^rdar le préaent ^ et ae pA& engager

La célèbre motion de dona Gerle^) si vivement accueillie par le cÀtQ droit ^ amena une des plus violentes discussions dont l'assemblée ail été le théâtre. Le bon chartreux siégeait avec nous , niais resprit de sa tobe le portait à voir encore de t^mps en temps quelques uns des prélats et des abbés qui s'agitaient fi^ur les bancs de la droite ; ceux-ci eurent l'adresse de lui insinuer

cetjtie motion qui consistait à déclarer et décréter

^e la JE-^Hl^^M^ catholique y apostolîqiiiQ ft. roquûiiH» 1 étfii h religion dpmincM^te dans le Miy^uroe.)^ et spa culte public le seul autorisé. C'ét^itpour eux un cotjLp de maître^ d'avoir fait partir du côté opposé au leur une ppopositon féconde en conséquences intolérantes , et qui remplissait le plus ardent.de leur3 voeux, parce qu'ciUci devait amener tô( pv^ t^d la|^erre civile. AM^si V9iCjCueiUèrent*ils ayec âipplaudissement^^ peu s^en.fallut^qw'ieHfi Jji.e fût adoptée par aceianaatiqn. Ppurtanjtpospmeneurs se ravisèrent^ et dans

• (0 Voy:çz.cç4iw>ur^.ai^xpiècç8.justi§q^itçs, lettre C.

la séance suivante on présenta divers projets qui^, dous ded formel plus ou moms détournées, tendaient à faire rejeter la motion de dom Gierlé. Honteux de sa méprisé, le chartreux voulut retirer sa proposition, maisGazstlés la reprît. Enfin,

une rédaction proposée par Larochefoucauld

obtint la priorité. On cria, on s'agita, le côté

droit montra un véritable délire ; Mirabeau ô'é-

lança à la trîbutie, et leur jeta ces paroles si

connues : « Puisqu'on se permet des citations

« historiques dans la matière qui nous occupe',

(( jç n'è^ ferai qu'une. Rappelez-votis, messieurs,

a' que d^îcî , de cette tribune où j^^prfrte ,' je^Vêfe c( la fenêtre du palais, dans lequel déi factiéiiif*(> « unissant les intérêts temporels aux intérêtis « plus sacrés de la religion , firent partir de là (( main d'un roi des Français faible, Parquebiise ^(fatale qui donna le signal du massacre de* là Xi Saint-Barthélémy i »

Je demad€al iilstâniment la parote , après cette foudroyante apostrophe ; il y avait beaucoup à dire, saîià phrases^ sur cette liberté que l'à^sém*blée comprenait simal, qu'on l'appliquât au culte, aux personnes , ou à la presse. Aflparemment , le

DB BOBi&SPI£RRE . 69

moment ne fut pas bien choisi , car il ne me tut pas permis de me fatre- entendre ; la discussion fut fermée , et la motion de Larochefoucautd décrétée (i), '

Quelques jours après^ le 1 8 ayril, éclatèrent mes démêlés avec M. deBeaumetz : voici à^ quelle occasion. Target , au nom du comité de constitu-» tton-, fît un rapport concernant l'élection de là municipalité de Saint-Jean-de-Lùz^» Celte ville se h*ouvait dans le même cas que l'Artois, et payait peu d'impositions directes^, la plus grandepartie de ses contributions étant convertie en impôts indirects. Je me présentai pour appuyer la réclamation d'un grand nombre d'habitants qui se plaignaient d'à voir été exclus des assemblées primaires , sous prétexte qu'ils ne payaient pas la quantité d'impositions directes exigée par les décrets; Je fis observer que le f apporteur prétendait à tort, qu'aux termes des décrets, il faudrait, pour que la péclamation fût admise, quèle^ha- ' bitants ne pay|issent aucune espèce de oontribu-»

(i) Ce décret, après un préambule respectueux pour la, religion catholique , prononçait l'ordi^e du jour siu* la mo^ tk>n de éom Gerle.

7<y KSM01RBS

tionê "diredtes ; quHin tet système était absunfe^ poisquHl n'y âvmt pas wie provinoç où oetto sotte âe contribution fût absolament inconnue, le ch tai l'exemple de l'Artois, qui se trouvait dans une poiskion semblat>le à celle deis pétitionnaireis.

M^ de BeaumeC2 me répondit, c^est^àt^dire qn^il s'efforça de prouver que j'avais à txHt cité l'èxemplede l'Aitois. Il ne donna cependant au^ onné raison qui détruisit ce que j'avais avancé ^ pintequMl paria comme si j'eusse nié qne l'Ax>-* Idis supportât une seule ooiitribution directe ^ ce qui était loin de ma pensée.

Quoiqu'il en aoit, après la séance , j'eus avec M. de Beaumets^ une scène a^sez désagréable; il Hi'oblîg<ea à lui dire ma façon de penser sur sa conduite, et les termes dont je me servis furent significatifs. Outré de fureur , il fît répandre contre moi , et dxùs mon pays même , les accu^ s2(tions les plus calomnieuses; ses lettres furent colportésS) et bientôt après un libelle anonyme vint de-nont^au s'attacher à ma personne et à mes travaux : aux reproches qu'il contenait , au ton' et au style du pamphlétaire , il ne me fut pas permis d'avoir des doutes $ur il'auteurj^

DE HOIWâ^PIrl^RE- 7-1

jQQhéffie^unç e:q>lÎG^ti((>P/aui*.Ies fait# qui 5^é{Laiant passés entre mon collègue et moi.'lo la publiai ^OUB la focme diurne lejUir<^ à %f . de B^umetz : i» voipi*

(( Il ert des ciroonatanoes 9 moneiÊd^ar^aoù fes

d^enseuns du pietiqpleisont réduits à la nécesiké

^e saeptfier à ia patrie «ju^ii'à la répiignsmce mi-

vîueiJDtle quïls téproovant à ;se dàfefidre coirtre

l'absurdîtë des plus lâches calomnies , et tous

l'ârvez fait naître pour moi. LMn^posture la plus

grossiiève :, monsieur , dés qu'elle parait sous

votre nom ^ dès que vous vousien avouez vous-

méma l'auteur^ dervienl,<en quelque aorte , digne

^'étra ûiNïfondue y et c'est un hommage q«e je

we ferai un plaisîrde vous rendre- A ces viots ^

vous presseiitia;^ le sujet de. ma Ifettre^ et j'ose

mAme croire que vtms vous repentez déjà de

l'extrême ÎAdiacnéiâon ^ui a dicté flelle que vmis

4reuea de répandre daAsvla »piH>riiifiie dont neti6

sommes fcous deuff '.leAii^rf&scntaiïts ; aussi ti^us

^CiTcevrez * vous aisépp^pt .que Tiodignation ,

dont j'aurais ipeut^i^ eu le droit de fiârler ici

le langage , a faît piaca dans mon ame k un sen-

ttment d'une nature différente , et vous en trou-

yetez l'empreinte dans tout ce que j'«irai l'hon-

neur de vous dire.

<i Jugez-en vous-même , monsieur rla colère était-elle l'affection dotninante que poiivaîent exciter en moi les étranges procédés <|ue je vais l'etracer à vos yeux ? Tout semblait aller au gré de vos désirs ; vous aviez pris les mesures les plus prudentes pour- me calomnier sans vous compromettre. Depuis l'ouverture de l'assemblée nationale^ les lettres que vous adressiez, à vos amis et & vqs correspondants^ coinmentées par les trop nombreux partisans de l'aristocratie y soutenues par les libelles infâmes qu'elle répandait chaque joiJr contre moi, contre mes collègues en général , et mérae contre l'assentblée des rejirésentants de la nation , servaient merveiUeu^emen tla mécbancetédes ennemisque mon zèle pour la cause du peuple m'avait suscités. Cependant, un certain art et une certaine^iscrétion coiivraient ces manœuvres; jene les ignorais pas , et peut-être ri'eût-il pas été très facile de les dévoiler; ms^is je ne voulais pas même m'en occuper; je me reposais sur le temps et sur la vé-

DB ROBE8PIERUE. y 3

rite du soin de détruire des impressions que les progrés cs^ides <le l'esprit public dans ma patrie ont déjà effacées : telle était mon insouciance, que j'écrivais à mes plus intimes amis , sans leur dire un mot ni de vous, ni. de vos procédés.... Et voilà que tout à coup un mouvement de dépit vous force à déranger vous-même ces heu-^ reuses mesures. Après une explication assez vive que nous eûmes ensemble sur un objet intéressant , vous me quittez en fureur ; vous écrivez à monsieur votre père une diatribe inconcevable-contre moi ; vous lui recommandez de la faire circuler , et voilà qu'on en tire des-copies , qu'on les colporte dans les sociétés ; on en régale : messieurs du conseil d'Artois avant leur audience ; on en régale le barreau ; tin magistrat (entre, autres personnes ). se Iharge d? laré^ pandre. et de la lire à qui» veut l'entendre (i)vWi Quelest donc ce fameu;^ écrit, . auquel toUtrcè qu'il y a de mauvais, ckoyens dans ma patrie mettaient autant de prix que .s'ilis' y eussent attaché l'espoir de ma perte ? Sans parler des

(i) Layocat-généi'al au conseil d'Artois.

74 um&ij^e,»

épithétes groadèrameal; iojurlLtoaea doat il e$t oraé ^ il porta en substance que / 'i|^ tna^fù Jes intérêts de mes^ommetUtnts; que je me sitis plaint de ce qu'îis;iie payaient pasaasez d'impôts; qjielil.de £eaumetz les adéfendus avec uabrii** latit succès., i^'il m'a humilié, qu'il m^a confondu piililiqueniQfil:.... Voilà pecpie vous recenuBan** de^ es^^ressiémeiit de publier sur les totts^ en ifisùsitant surtodit pour que l'on ait soin de bien prévenir ies esprits contre txiui ce que je poun» rais dire pourdâtruine ces inculpations.... Ce»pendant', comme la lettre n'était point d'un style aasez raiasiinable et assez décent pour eoutenir Impression ^ jcC que d'aiilieui^ cette démarchis assurait pas répondu à la prudence «ordinaire de !Son auteur, on « distrib^oé^ à la place de eelte âstribe , un^ibdlo anonyme , dic^é par le ménie esprit, et dirigé vers le même but , in«* tilulé Jiêmsse^'un Ârtéskn à sesû99npat9WÈês», (7efi(t là qu'on lit , eir proprés termes, 4jueM.ép Roéespierre a arm^ncé deux fais publiquement dans .r€issemblée nationale ^ue FArteis ne sup^ portait presque pas d'impositions directes; que cette assertion jrn été relevée et combattue aus-

DB K0iBK8»nflR£. ^5

dtôtpar M.deBeaumetz; c^stlk qa\xi8^rie à ce propos mc M« de Robespierre pouvait41 se H âatter Qu'une erreur auflisi singulière restcffait ^ Bans réfutation dsns une assemblée où la pro* « vilioe d^ Artois a iteize représentants^, dont ^^fuirvzt s^entent parfahemeut le dangi^r de lais* (( ser établir l'opinion que FArtets no porte pas \i M part des charges publiques , au moment où « la répartition des charges «ntre les départe^ t( ments ta devewrr Tobjet d'nne discussion qui a peut être très animée. » Ce^itlà enfin que lV>n afifecte ensuite de calculer ^importance des impositions de la province d'Artois, comme s'il était* iréellemtettt question de la -'préserrer d'une surcharge que je m'efforçais de lui attirer (i}.

(i) de libelle a ét^ répandu v^ët proAisiôii dans le« campagnes | & BetuliieCs , où se tient raMeittUéè du canton peurttMuHer ki itfestaiMi, lis eurtf d«i filtage de Baiseiit (kesAttMi t|w ^«e Teiii earaelëriser qneptr ce trait) prit soin et le diMrflMier, >«k se permit contre moi tes plias horribles déctamatioiis. Cet homme et un chanoine d'Arras cpn présidait rassemblée ( inéligible suivant les déérets , puisqu'il ne pouvait être domicilié que dans ')e lieU'de son bénéfice) farewt 'tiommés élè^fttetirs de cetanton. tJn citoyen de ee^tién^ cattton avait été choisi' pai^ fa confifttic^

r]6 . H£MOm£S

• «Je retrouire , monaieur, je l'avoue, dans cette maDière de pré^seoter la calomnie, un peu de cette profonde sagacité que j'ai quelquefois louée en vous ; mais , en général , je n'aperçois pas ménae, dans l'invention et dans la- conduite de cette trame ,^ le jugement et la prévoyance d'jun homme vulgaire.

a Si Arras était située^ une extrémité de l'univers,. et Paris à l'autre ; si la renonûnée publiait partout les événements qui tiennent à notre glo* rieuse révolution, excepté dans l'Artois; si le 4. caractère, si les discours, si les aotions publique» des membres de l'assemblée nationale pouvaient être aperçus dans notre contrée sous

I publique, mais le chanoine président le déclara inéligible, et le curé de fiasseux se fit nommer à sa place. Tous les bon^ citoyens gémissent sur les manœuyres aristocratiques qui dans centendpoits ont écaitfé je pcfiipled^^^issaqi-.

hl^s, qui ontkEédmt>4>uiie;^kîigiiée.^ia^<i4«9tknoq^^ des citoyens iaotij^y ^i.itaas.^ivejiiwweçsikipqptlhitûii) n'ont presque laissé cette qualité qvLk quëkfiiès ' deollaiilM d'hommes, dont un grand ncAnbre' sont connus par lenirs sentiments anti-patriotiques j ils gémissent sur les choix alarmants qui, dans une ps^rtie de l'Artois notamment, ont été la conséquence funeste de cet attentat contre, les droits de T homme et contre les intérêts du peuple.

DE ttOtiBdf^EllRE. 'J^

de« rapports inverses de ceirx qu'ils présentent ^u reste de la France ^ je pourrais concevoir que vous ayez espéré dé me donner auprès dé mes compatriotes la réputation d'un ennemi du peuple et dé ma patrie'; de'kfur persuader que j'avais fait'v^ue f avais' dit jiréiJisértientitout le •contraire de ce que j'ai dit et fait- dans l'assem?blée la plus solennelle du monde. Mais lorsque la plus simple connaissance des faits renverse tout l'édifice bizarre que vous avez élevé si laborieu^emcut, comment voulez-vous que je me défende icrdetoe sentiment de commisération qui «eMdftàr^uiGôtiqtie fournit une grande preuve Tft>^#yblesSëidé^lHfep»te*»l*iaitïî. -'o- : - 1.'. • - xt Mâte'ferfint' 'éfcmitéte,-'méiii' cdn^Wf ell» i,î 'k apprenez déqe(elt6 nianièr&j'ai trahi vosîntérét^ Ouiy deuit'fois j'ai parlé dans l'assemblée nationale des iiâpositions de la province d'Artoîs. Etai&-ce pour vous opprimer ou 'pour vous servir? Vous allez en juger. La première fois, ce fut pour demander la réfôrmation des déct*ets qui attachent à' lài fortune et aux impositions les droits du citoyem, et notamment de celui qui est fanfieu'X' depai)9'^ long-temps' scmfie nom de

^8 '--AlAlfQIMS ■:.

stance du discour^qu^ jc^ tiiuda^s çett^ Ojccasiqu* Geut alors que y partanx de quelques circonataniçea importantes parti^ulièf as k noti;e pra- Ti]M:e'<y.>'ald^qu^larU>i qw acoofdiaît f;:^c]iu$Âyeïment kqoidîCéd^ citoiyianra^tlf à cqux qid payaient une quotité, détennitiée d'impqsitic^ dif^octe , di^iiouilbiit la plua grande pDirtie de la nation dea droits sacrés et iiuipr^eacTiptiblesde rhomme et du citoyeu; que cette injustice serait surtout frappante dan» lea pays où,*,, çon^me eu Artois •> une très grande partie des contributioaxs pur blicpia^^ cojstafeiaifc en împoiiîtiQm îwlÂrMite»^ qui ne sonjt p^; Mfl^H^* P^W ^^^WP^Iî l^.f^PWr

^en^ iBi]MfiUioii indyurect^;, e'eat-à^dire en^Jnqip^iitis amp les eonâ€imni^ti3Dn& eisurlesi Jinôiason^i^iq^e I- ÂrtoîSi acquittait aussi de h méme^ maniéreun^ partie defl impositîousidi^eqte^ t^rîtoridles étia^ hlies dan^ le; r^^^ de la France ;.ee qi^i^t vrai , |Miisqu0 le$ ét^tS/d'Ârtpis .) ,cfa^rgé$ de la.p|6Fcçs^lion» de noa coi^ibnf^wo^ ^ ont iencore jpiçrté, juir }é^^an«omm$^ion3.w^|i9ffti#[4;qnBidé^ des

DB ROUISMKtiRE. ^g

sommes demandées par te gouvernement à titre de vingtièmes et de centièmes. J)'après cette dispositioh ;, ai^je dit enoore , le nombre ded ci* toyens actifs y siéra beauccmp moindre que dans les autre» parties de la France ; tous ceux qui ne possèdent point dés teirreè* assez étendues pour payer la quantité de contributions exigée ^ et non seulement la partie la plns^ nombreuse et la plus intéressante de la société , que Forgueil a osé tenter de flétrir par le nom touchant et sacré du peuple^ mais tous les citoyens dont la fortune consiste en mobilier ou dans le fruit de leur Indu^rie, mais plusieurs négociants et fermiers aisés ) seront privés du droit de nommée leurs

î^ptéséttiàBi^^'sokàktàêlM^m soit

dans Rassemblée nationale ^ et serbht exelus eux«mémes;de tous les emplois honorable» que donnera désormais, la confiance des citoyens , quoiqu'ils supportent de» contributions' indi* rectes considérableç. J'ai fait dbsèrver que toute l'autorité^ tout le pouvoir d^< décider de la destinée du peuple serait ainsi abandonné aux riches propriétaires fonciers , à de» évéqiîos ^ à des abbés ^ aux ci-devant seigneurs ., qui possé-

8o MÉMOIRES

dolent la plus grande partie de notre territoire. J'ai demandé ^en conséquence que les habitants de TÂrtois fussent. alFranchis d'une loi injuste qui les condaninerait à l'opprobre de la servitude politique. J'ai fait plus^ j'ai réclamé pour tous les Français la plénitude des dpoits du citoyen , et j'ai proposé un projet de décret dont y oici la substance :

(( L'assemblée nationale ^ ay^ant égard à la di- (( versité des contributions actuellement établies « dans les différentes parties de la France.; pé- « nétrée surtout d'un respect religieux pour les (( droits des hommes , qu'elle a solennellement ce reconnus : .

« Déclare que tout jPrajQÇaià,c!est-à-K] ire tout <( .homme né et. domicilié en France ^ ou hatura- (( lisé^ continuera de jouir de la plénitude des « droits du citoyen , et d'être admissible à tous « les emplois,' sans autre distinction que celle (( des talens et des vertus. » ^

(( Vous voyez donc bien que je n'ai pas dit que les impositions de l'Artois étaient trop faibles en elles-mêmes, ou fait entendre qu'elles devaient être augmentées. Eh! comment l'aurais-

DE ROBESPIERRE. 8l

je dît? moi, qui me suis attiré tant d'ennemis pour vous avoir dénoncé ^ même avant Passerablée nationale, les manœuvres coupables pai* lesquelles vos administrateurs les avaient portées à un excès accablant; moi, qui me suis plaint avec énergie de toutes les déprédations, de toutes les scandaleuses libéralités par lesquelles leur funeste complaisance enrichissait les gçns en place des dépouilles et de la substance du peuple (i).

« Au reste, je conviens , monsieur, que cette motion était un attentat contre le despotisme et contre l'aristocratie : ausjsi vous savez a quel point elle ftit toujours odieuse à ceux qui fondent le succès de leurs vues d'ambition sur un système qui écarterait le peuple des assemblées publiques , pour les composer d'un petit nombre

(•i ) J'ai parlé enti'e autres choses , dans les écrits que je désigne ici ^ des gratifications perpétuelles payées tous les ans par la munificence des- états d'Artois au gouverneur, à l'intendant , au premier président du conseil d'Artois., comme commissaire du roi ; gratification doublée dan^ les dernières années par la protection de son ami Galonné j et par une étrange fatalité, c'est au premier président du conseil d'Artois que j'écris cette lettre.

ir. 6

de citoyens, et les livrer à rinfluence des riches et des aristocrates; mais vous savez aussi avec quelle ardeur elle fut défendue par les députés qui avaient déployé le plus de zèlç pour la défense de la cause populaire , et surtout par M, Charks de Lamtih, l'un de nos co -députés qui , à mon avis , ne pouvait signaler par un plus noble trait ce patriotisme^ généreux qui lui a acquis des drois à la reconnaissance de la nation.

« Vous n'avez pas oublié que ma motion fut renvoyée au comité de constitution , par un décret qui le chargea d'en faire le rapport à l'assemblée nationale ; qu'en attendant le moment où il proposera sans doute* un décret sur l'objet principal de cette motion , qui est la restitution de la plénitude des droits du* citoyen à tous les Français, il s'est hâté, peu de jours après, de le remplir en partie par une disposition proposée et adoptée par l'assemblée nationale , en faveur des parties de la France où les impositions indirectes sont principalement en usage, comme eu Artois.

(( Et en vérité , quand je recevais des témoignages de satisfaction non seulement des pa-

DE ROBBSPIBRRE. 83

triotes de nos contrées^ mais encore des diverses parties du royaunne ; quand la ville de Paris , depuis cette époque , réclamait les mêmes principes par des pétitions présentées à Fasseniblée nationale; quand le voeu et l'opinion de la nation entière ^ quand les adresses envoyées de toutes parts au comité de constitution les consacraient; quand la notoriété publique lui confirmait que rintention de l'assemblée nationale était de ré*former bientôt une disposition qu'elle regardait elle-même comme peu assortie à toutes, les grandes choses qu'elle a faites pour le bonheur des hommes , je ne m'attendais pas, monsieur^, que vous seul me feriez un jour un crime, aux yeux de mes concitoyens , d'avoir le premier défendu le plus précieux et le plus sacré de tous leurs intérêts. •

« J'ai parlé encore une autre fois des impositions de l'Artois , mais d'une manière purement relative au. fait précédent, et dans le même esprit; et c'est l'époque où M. de Beaumetz à écrit contre moi l'étrange dénonciation dont je parle.

« Le i8 avril , M. Target , au nom du comité

de constitution , fît à l'assemblée nationale un rapport concernant l'élection des officiers municipaux de Saint -Jean- de -Luz. Une grande partie des habitants de cette ville se plaignaient d'avoir été exclus des assemblées, sous le prétexte qu'ils ne paient point la quantité d'impositions directes exigée par les décrets; ils. invoquaient en leur faveur l'exception portée par le décret dont j'ai parlé plus haut. Le rapporteur était d'avis qu^'il n'était pas dans le cas de ce décret, par la raison que les habitantsde Saiiit- Jean-de-Luz étaient soumis à des impositions .directes. Guidé par les mêmes principes et par les mêmes sentiments qui m'avaient dicté la première motion dont j'ai rendu compte , je crus devoir appuyer la réclamation dès citoyens de Saint-Jean-de-Luz/ Je répondis au motif du rapporteur que la simple circonstance qu'on paierait dans cette ville des impositions directes • ne suffirait pas pour repousser leur ré.clamation j qu'elle était fondée , pourvu qu'il fût vrai qu'une grande partie de ses contributions consistât en impôts indirects ; c'est alors que je parlai de FArtois , en observant que je croyais d'autant

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mieux connaître Tesprit du décret , qu'il avait été prbposée, par le comité de constitution, en conséquence des observations que j'avais présentées à l'assemblée nationale en faveur des habitants de l'Artois et de tous ceux qui étaient dans le même cas; et que je n'avais point réclamé ce décret parce que l'Artois ne payait aucune imposition directe , puisqu'il est évident qu'il n'y a pas de contrée en France où cette espèce de contribution soit absolument inconnue, mais parce qu'en général une très grande partie des charges publiques supportées par cette province s'acquitte eri impositions sur les boissons et sur les consomtnations , c'èst-h-dire. en impositions ihdîrectes , que les décrets semblent compter pour rien lorsqu'il s'agit db fixer la contribution à laquelle ils attachent la qualité de citoyen actif. M. de Beaiimetz peut se rappeler encore que je terminai ces courtes observations par ces mots : « Et certes on doit se prêter d'autant plus facilement k admettre ces interprétations favorables à la cause du peuple, que c'est un grand scandale d*entendre disputer aux citoyens les plus sacrés de tous leurs droits,

SOUS le prétexte du plu& ou moins d'impositions, c*est-*èi-dire du plus ou moins de fortune. » c( Mais M . de .Beaùmetz n'aime point les motions de cette nature. : la preuve en est , qu'après nion discours , il monta aussitôt à la tribune, non pas pour discuter la question soumise à l'assemblée , mais pour dire qu'il était étonné de ce que deux fois j'avais parlé des impositions de l'Artois, qu'il appelait une p^tite\province ; il se mit en devoir de prouver que la province d'Artois connaissait des impositions territoriales importantes , ce qu'on ne lui conteste pas , et ce qui , comme on voit, était bien éloigi^é de la question , qui consiste à savoir , pour ce qui concerne l'objet de cette lettre, si les Artésiens , qui paient en impositions indirectes une grande partie des contributions publiques, payées ailleurs sous la forme d'un. impôt direct, peuvent demanda

avec justice, par l'organe de leurs représentants,

qne cette circonstance ne les dépouille pas des prérogatives qui appartiennent à tous les hommes libres.'

(( Tdile fut la discussion qui eut lieu entre M. de Beaumetz et moi. J'ignore si c'^est là ce qu'il ap-

pelle m'avoir confondu : mais voici ce qui arriva immédiatement après la séance, dans la salle même de l'assemblée , en présence de plusieurs députés. M, de Beaumetz m'aborda pour me parler de l'objet de notre discussion; je lui répondis avec une indifférence qui était le fruit de l'impression que sa conduite avait faite sur mon esprit : il répliqua par quelques unes de ces épithètes qui sont insignifiantes à force d'être grossières. Il faut que je le confessé , j'eus alors avec lui un tort plus grave; je ne lui dis qu'un mot plus significatif: f^ous trahissez les intérêts de votre pays; ce fut tna seule réponse à toutes ses injureà. Il me quitta d'un air irrité, et j'ai lieu de penser que c'est dans la première agitation que cette conversation lui avait causée , •qu'il a écrit la lettre doiit je parle. On voit qu'elle présente assez le caractère d'une récrimination. J'avoue que je suis bien aise de lui trouver, dans cette circonstance , une sorte d'excuse à une si étrange conduite , et même un prétexte qui puisse justifier l'indulgence dont j'use envers lui dans cette occasion , sans prétendre néanmoins encourager la calomnie , ni me rendre complice

des erreurs où elle pourrait induire le peuple^ dans un n^oment où il n'y en a point en ce genre qui ne doive lui être funeste. C'est pourquoi je citerai encore un fait qui a beaucoup d'analogie avec celuii-ci , et qui prouve de plus en plus que M. de Beaumetz n'est point infaillible , lorsqu'il pcend la parole dans l'assemblée nationale pour contredire les défenseui^s des droits du peuple. Il se rappellera sans doute le jour où je fis la motion que les membres des états provinciaux^ et tous les administrateurs comptables, fussent obligés de rendre compte de leur gestion aux assemblées des départements, au nK)ins pour les dix dernières années. Pour appuyer cette motion par un exemple , et le cœur pleii) de la juste indignation que m'inspiraient des vexations xécentes que j'avais combattues en Artois, et qu'on renouvelait en ce moment môme , je demandai de quel droit on interdirait au peuple de PArtois la liberté de contraindre ses anciens administrateurs à leur restituer les sommes qu'ils avaient injustement perçues, et dont ils poursuivaient encore le recouvrement pour la levée de la milice de 1 788 ,

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malgré les ordres du roi, qui, avant la convocation même de l'assemblé^ «national^^ jipKaient affranchi, pour cette même î^née 1788, toutes les provinces de France de ce^te charge pour adoucir par ce faible secours- 1^ funestes effets des grêles qui avaient désolé ^Qg campagnes. Alors M. de Beaumetz prit encx^e la parole pour plaider la cause des états d\i.tois pour justifier leur conduite, parce prétext>qyç l'exception de la milice pour 1788 n'était qtf^^^ faveur momentanée , accordée sous la conditio^ qu'on la paierait dqutle l'année suivante : comme si les administrateurs d'une province avaient pu enlever à leurs concitoyens un délai salutaire, un secours, même passager, nécessité par des malheurs présents ; comme si d'ailleurs ^ à cette époque même où ils le leur enlevaient, il n'eût pas été prévu par tout le monde que bientôt le tirage de la milice , et l'impôt odieux qui le remplaçait , allaient être supprimés par l'assemblée nationale, suivant le vœu général de la nation, consigné dans tous les cahiers. Elle a, en effet, assuré ce bienfait au peuple, et celui de l'Artois a été contraint de payer une

go MÉMOIRES

contril^ution dont il a été exempt partout ail-

leurs et sans retouV.

(( L'àpoloffte de.^tats d'Artois par M. de Beaumetz n'a pas ei^éché que la motion de soumettre les étî^s proviiiciàux à la nécessité de rendre les comptes en question ne fût adoptée; maïs il n''*^^^^ P^^ moins douloureux de voir l'un des rer'^^^*^^^^ ^^ peuple artésien insulter en qyçj^ue sorte à sa longue misère, par cette ihcQ^jevaHe apologie de ses oppresseurs ; comme A eût oublié ce titre auguste et sacré pour ne se souvenir que de la qualité de cpmmissaire du roi aux états d'Artois, dont il était

revêtu sbus l'ancien régime Ah! certes, si

j'avais voulu me livrer alors à un juste- seritîment d'indignation , n'est-ce pas moi qiii aurais

eu le droit de me plaindre amèrement auprès de mes concitoyens de cet injuste obstacle mis au zèle de leurs défenseurs , par celui à qui ce rôle convenait si peu? Et cependant je me suis tu; et si, rentrant au fond de vous-même, monsieur, vous vous rendez le témoignage que vous avez encore essayé alors de travestir ces faits dans vos lettres pour me rendre odieux ou

suspect , et que je ne pouvais pas en douter, vous croirez peut-être qu'il faut me savoir quelque gré de ma modération , et vous ne vousen prendrez qu'à vous-même de la nécessité que vous m'avez imposée de le^ publier en ce moment.

« Enfin , je l'ai remplie , cette tâche assez désagréable^ il. faut en convenir : il ne me reste plus qu'un mot à vous dire, et ce mot vous prouvera que je hais ^ussi peu votre personne que je déteste votre injustice ; car je veux vous rendre, pour le manque vous écrivez de moi, des avis fraternels , qui , si vous le voulez, vous seront beaucoup plus utiles que vos accusations ne peuvent m'étre funestes. Renoncez., oui, renoncez au projet de noircir ma réputation.

(( Est-ce un sentiment de haine ou d'antipathie >que vous voulez satisfaire? Vous mahquez votre but. Je ne vous dirai pas que le temps est passé où des intrigues et des pamphlets déshonoraient un honnête homme ^ et élevaient au faite de la gloire un homme nul ou un fripon; que les injures sont depuis longtemps regardées comme des titres d'honneur pour les fidèles défenseurs du peuple ; que le

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véritable amour de la justice et de Thunianité porte des caractères divins, que le zèle hypocrite des faux patriotes ne saurait imiter ; quMl exige des efforts , qu'il éclate par des preuves d'une sensibilité profonde et courageuse auxquelles la froide .politique des hommes pusillanimes ou corrompus n'ose pas môme essayer d'atteindre.

« Je vous accorderai , si vous le voulez , qu'il est des hommes qui, après avoir défendu avec zèle tous les abus de l'^ncjen régime, dont ils se trouvaient bien , ont eu l'adresse de nfe point s'obstiner à prétendre les rappeler dès qu'ils ont semblé s'évanouir sans retour ; qui , saisissant avec assez d'habileté le moment où il fallait se défaire du jargon aristocratique, ont bégayé quelquefois le langage du civisme, et cherché , sous le règne de la nouvelle constitution , une destinée nouvelle , capable de les dédommager des avantages qu'ils devfiient au despotisme ; qui, naguère aristocrates avec prudence, aujourd'hui citoyens avec réserve, savent discerner les cas où ils peuvent défendre , même avec une chaleur apparente, quelque

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cause juste ou quelque bon principe , sans offenser ni les préjugés ^ ni les intérêts des ambitieux ennemis du [>euple ; qui ^ ménageant tous les partis qu'ils paraissent quelquefois sen* vir , et qu'Us trahissent tous , accaparent les esprits faibles et imprévoyants, usufpent pour un moment une espèce de réputation de patriotisme, et même obtiennent des honneurs que liintrigue décerne , quand le vulgaire pense que c'est la confiance qui les donne. Mais la nation les regarde; les citoyens qui ont des lumières et de l'énergie les pénètrent, et l'opinion politique les remet à leur place .Voyez ces idoles (\u\ avaient usurpé les adorations passagères du peuple , les unes tombent, les autres chancellent ; le patriotisme seul et la verti^ restent inébranlables au milieu des orages ({ui gronJbnt autour d'eux et disparaissent. La calomnie, monsieur, ne suffit pas aujourd'hui pour assouvir la haine des ennemis du peuple contre ses défenseurs; il faut des attentats d'un genre encore plus atroce. Nous ignorons si Paudace des gens que j'ai dépeints peut s'élever jusqu'à cet excès ; mais nous sommes résignés à tous les événements , et nous

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emporterons du moins avec nous cette consolation , que les crimes des tyrans ne feront désormais qu'affermir la liberté et le bonheur des . peuples.

((Ce plan de calomnie, suivi avec uqe constance infatigable depuis si long-temps , a-t-il eu pour objet de remplir les nouvelles vues d'ambition qu'un ordre de choses nouveau pouvait vous permettre, en élevant votre crédit sur les ruiner de ..la confiance dont vous avez pensé que je pouvais jouir auprès de mes concitoyens? Je vous déclare que vous avez pris au moins des soins superflus , car vous n'avez jamais dû craindre de trouver en moi un concurrent dans la carrière que vous voudriez courir. Vous avez dû vous apercievoir que nous ne pouvonç ni envisager- les objets sous les mêmes rapports , ni nous rencontrer sur la même routé. Cette obstination à heurter tous les intérêts qui ne sont pas l'intérêt public, que vous appelez esprit factieux; ce refus persévérant de copa-v poser avec les préjugés, avec les passions ou viles ou cruelles qui depuis tant de siècles ont opprimé les hommes , qui vous semble

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le comble de la témérité ; ce sentiment invincible par lequel on est forcé de réclamer sans cesse les droits imprescriptibles de l'infortune et de l'humanité contre l'injustice et la tyrannie, avec la certitude de nç recueillir de cette conduite que haine , vengeance et calomnie : vous n'ignorez pas que ce n'est point là le chemin qui conduit aux honneurs et à la fortune.... Vous savez combien la complaisance , la souplesse et l'intrigue sont des moyens plus sûrs et plus faciles, et vous savez bien aussi qu'il n'est pas en mon pouvoir de les employer. Je ne crois pas même y avoir aucun intérêt ; non, j'ai été appelé par le vœu du peuple à défendre ses droits dans la^eule assemblée où, depuis l'origine du monde, ils aient été invoqués et discutés; dans la seule où ils aient jamais pu triompher au milieu des circonstances presque miraculeuses que l'éternelle providence s'était plu à rassembler , pour assurer aux représentants de la nation française le pouvoir de rétablir sur la terre l'empire de la justice et de la raison, pour rendra à l'homme ses vertus, son bonheur et sa dignité première : j'ai rempli , autant qu'il était en moi ,

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