‹ Mémoires authentiques de Maximilien de RobespierreChapitre 45 sur 49 · II. a · texte numérisé non relu

II. a

434 PIÈCES lUSTIFICATlVBS.

rendu hautement témoignage à la pureté de notre zèle et à l'ardeur sincère de notre amour pour la patrie.

Tout changea à l'époque dont je vais parier. Convaincu qu'il était nécessaire au salut public de tarir l'une des sources les plus fécondes de la corruption des assemblées représentatives, et surtout d'anéantir les factions qui menaçaient la liberté et la tranquilité [oblique ^ je fis la motion d'exclure les membres de l'assemblée nationale de la législature suivante. Ce décret qui honore l'assemblée , qui, prouva au moins mon désintéressement personnel , ne parut pas obtenir le suffrage de ceux qui ne le partageaient pas. Peut-être se rappelèrent-ils alors que , peu de temps auparavant, j'en avais provoqué un autre qui interdisait aussi aux membres du corps législatif, pendant quatre ans, l'accès du ministère et de toutes les places qui sont à la disposition du pouvoir exécutif. Peut-être ceux qui croyaient devoir trouver dans la révolution le dédommagement des titres et des avantages

qu'elle leur avait ôtés, la jugèrent -ils beaucoup moins heureuse dès qu'elle les replaçait dans

la classe des simples citoyens ; peut-être tous les chefs de partis, jusqu'alors divisés , se ressouvinrent-ils douloureusement des combats que nous leurs avions souvent livrés ; peutêtre en particulier MM.jLameth , Barnave et Duport n'avaient-ils pas oublié l'écliec que leurs opinions avaient reçu récemment dans l'affaire des colonies et dans plusieurs occasions importantes ; peutrétre est-il trop dur en général pour la faiblesse humaine d'abandonner le pouvoir, au moment où l'on a perdu cette faveur publique qui pourrait consoler un peu de. ce sacrifice.

Ce qu'il y a de certain , c'est que le lendemain du fatal décret, on fut infiniment étonné d'entendre M. Duport à l'assemblée nationale , déclarer que c'en était fait de la constitution ( i ) , parce que les membres de l'assemblée, ne pouvaient être de quelque temps ni ministres ni législateurs, exhaler le fiel le plus amer contre la loi elle-même et contre ceux qui l'avaient provoquée; c'est que, depuis cette époque, tous ses partisans ne cessaient de répéter les mômes

' (i) Il faut lire son discours imprimé sur la réélection.

436 PIÈCES JUSTÎPrCATIVES.

déclamations : dès ce moment , du moins , nous crûmes voir une révolution nouvelle s'opérer au sein de l'assemblée. C'est alors que nous vîmes se former , des^ivers partis divisés jusqu'à ce moment ^ une coalition qui renferme les principaux , ce qu'on appelait la minorité de la noblesse , et un très grand noxnbre d'orateurs accrédités , tous ligués contre moi et contre ceux qui défendaient les mêmes principes. Les amis de la liberté les ont soupçonnés dès-lors de méditer des changements dans notre constitution et dans l'état des affaires ; ils ont craint surtout que leur intention ne fût de faire révoquer, par quelque moyen que ce soit, les deux décrets dont je viens de parler ; la fin de la session prouvera .^i ces craintes étaient fondées (i).

La fuite du roi, qui tient à des causes plus multipliées et plus cachées que le vulgaire ne

(i) Je ne présume pas que ce soit dans le projet de révision que Ton fasse cette tentative -, noiais lorsque l'acte constitutionnel sera présenté au roi, plusieurs bons citoyens semblenjt appréhender que Ton n'entame avec la cour des négociations bien dangereuses.

PIÈGIÎS JUSTIFICATIVES. 4^7

le pense, apporta un grand changement dans notre situation. La convocation de la nouvelle législature fut reculée. Ce même événement^ ramenant en quelque sorte tous les pouvoirs au sein de l'assemblée , donna une grande autorité à la coalition et à nos ennemis. Membres et

chefs des comités les plus importants , dont on connaît l'influence nécessaire sur les délibérations du corps législatif, surveillants des ministres qu'ils ont conservés , exerçant directement ou indirectement un grand pouvoir sur l'administration, sur la police, sur la force publique, tenant entre leurs mains tous les ressorts du gouvernement , ils semblaient maitres à la fois de la destinée de leurs adversaires et de celle de la nation.... Le roi fut arrêté; bientôt ils proposèrent à l'assemblée de statuer sur cette grande affaire.

Ce fut Pépoque où commençasse développer le système de calomnie qu'ils avaient ourdi contre moi ; je vais leur répondre par l'histoire fidèle des événements relatifs à cette important^ délibération ; en la traçant , je ferai plus que de me justifier , j'éclairerai mes cQjicitoyens sur

la plus détestable conspiration qui ait encore été tramée contre l'innocence et contre le bien pu-

blîc.

Oh m'a fait un crime de l'opinion même qae j'ai adoptée dans cette occasion. Ce n'est pas cette opinion qu'il s'agit de justifier-, mais ma conduite et mes intentions. Je suis loin de vouloir attaquer maintenant celle qui a prévalu; mais il m'est permis de prouver que je pouvais au moins très-innocemment adopter alors celle que j'ai défendue ; je puis donc observer qu'elle semblaît être celle de la nation ; car je ne pouvais penser, comme M. Duport, que la gloire des représentants de la nation consistait à résister à l'opinion publique ; ni définir , comme M. Barnave, l'opinion publique: un bourdonnement excité par quelques écrwains peut-être stipendiés, (i)

£t d'ailleurs , l'opinion publique à part , il était facile, d'après mes principes, de prévoir d'avance que je préférais, à toute la politique des partisans de l'inviolabilité absolue des rois,

(i) Voyez leurs discours imprimés sur l'affaire du roi.

les grands principes de la liberté, qui vengent la majesté du peuple outragée, abaissent devant la loi toutes les têtes coupables, «t refusent aux rois le pouvoir de se jouer impunément du bonheur et des droits des nations.

Mais le^rti"était pris de décréditer et de diffamer tous ceux qui s'opposeraient au système de nos ennemis. Déjà ils avaient eu soin de répandre que nous étions leschefsd'un parti républicain.

On savait bien que nous n'avions jamais combattu ni l'existence ni l'hérédité de la (royauté; on n'était pas assez stupide pour ignorer que ces mots république , monarchie , n'étaient que des termes vagues et insignifiants, propres seulement à devenir des noms de sectes et des semences de division , mais qui ne caractérisent pas une nature particulière de gouvernement ; que la république de Venise ressemble davantage au gouvernement turc qu'à celle de Rome, et que la France actuelle ressemble plus à la république des Etats-Unis d'Amérique qu'à la monarchie de Frédéric ou [de Louis XIV ; que tout état libre où la nation est quelque chose

44^ PIÈGES JUSTIFIGATITS5.

est une république , et qu'une nation peut être libre avec un monarque ; qu'ainsi république et monarchie ne sont pas deux choses incompatibles ; que la question actuelle n'avait ppur objet que la personne de Louis XVI; que toutes celles' qui auraient pu s'élever dans là suite, réduites à des termes clairs , ne pouvaient porter que sur le d^ré de puissance ou d'opulence qui serait laissé au dépositaire du pouvoir exécutif; qu'eux-mêmes, en provoquant le décret qui suspend le Roi de ses fonctions, nous avaient placés dans une situation étrangère au système de notre constitution , dans un gouvernement oligarchique , auquel ils ont sans contredit une

très-grande part. Mais n'importe, nous vou-

lions que les monarques eux-mêmes fussent soumis aux lois ; nous ne voulions pas que les factions pussent régner sous le nom d'un roi faible : il fallait que nous fussions des républicains et des factieux : il fallait mettre ces mots obscurs et ces terreurs vagues entre eux et l'opinion publique qui les mtimidait. Aussi MM. Dan-* dré jet Lameth préludaient-ils à cette grande discussion de TafTaire du roi par des déclama-

lions violentes, qui imputaient des desseins coupables de révolte à ceux qui demandaient ('ajournement jusqu'à ce que le rapport des comités eût été imprimé; aussi fûmes-nous maltraités sans cesse à la tribune par plusieurs de ceux qui défendirent le système de l'inviolabilité absolue; aussi, pamphlets, affiches, libelles de toute espèce, insinuations perfides dans les clubs, dans les conversations particulières, tout fut prodigué pour étayer ce système de diffamation.

Nos adversaires m'ont fait un crime d'avoir demandé que le vœu de la nation fût consulté sur ce grand objet , comttie s'il ne m'eût pas été permis de penser qu'il était des questions qui ne pouvaient être décidées que par la volonté du souverain , et que l'on pouvait adopter, dans une conjoncture aussi critique , la même règle qu'ils avaient eux - mêmes suivie dans l'affaife des assignats , qui ne furent décrétés qu'après un examen de plusieurs mois et un intervalle laissé pour recueillir le vœu des départements.

Us m'ont presque accusé de rébellion , parce

qu'à la. fin de cette discussion , dans un moment où la proposition de mettre en cause le frère du roi fugitif était repdussée par leurs cris, j'ai déclaré que si tous les principes étaient méconnus , je protestais que les droits de la nation restaient dans toute leur force. Ils ont feint de ne pas voir que cette prétendue protestation n'avait rien de commun avec celles qui attaquent les principes de la liberté et l'autorité du souverain , et qu'ils ont toujours cependant tolérées avec tant d'indulgence. Ils ne voulaient pas voir que ce mot n'était qu'une expression vive dont j'aurais sans doute pu m'abstenir^ mais provoquée dans ce moment par la juste indignation que leur conduite même pouvait m'inspirer.

C'est dans cette confiance que fut porté le décret qui déclare qu'il y a lieu à accusation contre les complices de la fuite du roi , et ne prononce rien sur Louis XVI.

Dans lamême matinée, des citoyens qui étaient venus au Ghamp-de-Mars pour adresser à l'assemblée nationale une pétition sur cette grande affaire , envoyèrent six d'entre eux pour la présenter à M. lé président : ne recevant point de

réponse favorable , ils écrivirent aux députés qui avaient défendu l'opinion contraire au projet des comités, à MM. Pétion, Grégoire, Prieur et moi, un billet pour nous engager à négocier leur admission à la barre. M. Pétion et moi sortîmes pour leur parler ; ils nous com^ muniquérent leur pétition : elle était simple , courte ; elle se bornait à exprimer dans les termes les plus modérés et les plus respectueux le vœu que la nation fût consultée. Nous leur dîmes qu'elle était inutile , parce que le décret était déjà rendu en grande partie. Ils nous demandèrent une lettre pour attester à leurs commettants qu'ils avaient rempli leur commission. Nous le fîmes et nous ajoutâmesces mots : « Quelque honorable que soient pour nous les preuves de votre confiance , nous ne pouvons nous dissimuler qu'elles semblent fournir un prétexte de nous calomnier à ceux qui voudraient nous imputer les mouvements spontanés de l'opinion publique ; c'est à^ltous de nous défendre contre la malveillance , par une conduite sage et digne d'un peuple éclairé. » Tout fut calme , et je n'attribue cette tranquillité qu'aux sentiments rai-

sonnables et aux zélé pur qui animaient les citoyens. Ces faits , dénaturés par nos ennemis , ont été le texte des plus lâches et des plus grossières impostures. Ils m'ont fait un crime personnel de la confiance ménie que les citoyens nous ont témoignée dans cette occasion ; ils m'imputent à crime toutes les marques d'estime et de bienveillance que j'en ai reçues plusieurs fois , sait avant soit depuis la délibération sur l'affaire du roi. Accoutumés à croire au pouvoir de l'intrigue, et non à aucun sentiment honnête et naturel , pas même à l'attachement que les hommes conçoivent pour ceux qui les aiment, à la reconnaissance des malheureux pour ceux qui défendent constamment la cause de la justice et de l'infortune , ils ont raisonné ainsi : « Le peuple vous a mis au rang de ses plus zélés défenseurs; les sociétés fraternelles, les clubs patriotiques vous ont décerné des couronnes civiques ; la société des amis de la constitution vous a donné des marqua d'attachement et de confiance extraordinaires , surtout depuis la fuite du roi ; des citoyens ont juré de vous défendre , si votre vie était attaquée par les enne-

mis de la constitution ; dans ces derniers temps , votre nom était prononcé partout où il y avait des citoyens réunis ; on parlait de nous avec beaucoup moins d'égards ; des écrivains , dont quelques uns même sont appelés incendiaires , vous donnaient des éloges presque exclusifs? ; toutes ces démonstrations de la faveur populaire ont éclaté d'une manière plus sensible encore à l'époque de la discussion de l'affaire du roi : donc vous êtes un factieux ; donc ...» Je pourrais répondre à mes adversaires qu'une grande partie de ces reproches peuvent s'adresser à plusieurs autres honnêtes gens , surtout à ceux dont l'opinion s'est trouvée conforme dans ces derniers temps à l'opinion générale ; qu'eux aussi ont reçu des marques distinguées de la bienveillance et même de l'enthousiasme public; j'ignores'ils connaissent des moyens d'aider le cours de l'opinion , mais je sais bien que je n'ai ni prôneurs gagés, ni intrigues , ni parti, ni trésor.

Et après tout, n'est-il pas trop injuste de nous envier les stériles bénédictions du peuple , auxquelle$ tant d'autres préfèrent des avantages

différents ; bénédictions qu'on n'obtient qu'en renonçant à la faveur utile des rois, et qu'on achète au prix de la haine , des calomniés , des vengeances de tous les ennemis puissants de la raison et de l'humanité? N'est-il pas trop cruel de vouloir noiA ravir jusqu'au dernier dédommagement de l'innocence opprimée, afin que nous portions tout à la fois et la honte du vice et les persécutions réservées à la vertu ?

Il y a encore une méchanceté profonde à. diriger contré un homme un genre d'accusation qui le force à se justifier de choses qui lui sont avantageuses , et à irriter ainsi la haine et l'envie des malveillants ; mais pourquoi ne serais-je pas aussi hardi à me justifier que mes ennemis à me calomnier? Je prends le ciel à témoin que les preuves de la sensibilité de mes concitoyens n'ont fait que rendre plus cruel pour moi le sentiment des maux que je voyais près de fondre sur eux ; mais sans me piquer de cette fausse modestie, qui n'est souvent que l'orgueil des esclaves , je dirai encore que si c'est un crime d'être estimé du peuple , les citoyens des campagnes et le peuple des villes des quatre-vingt-

trois départements sont mes complices ; j'opposerai aux absurdes calomnies de mes accusateurs, non le suffrage de ce peuple qu'ils osent mépriser , mais le suffrage, très imprévu pour moi , de plusieurs assemblées électorales, composées, non de citoyens passifs, mais ^citoyens actifs, éligible5même,etdes plus favorisés de la fortuite: car le caractère de tous les vrais patriotes et de tous les honnêtes gens de toutes les conditions , c'est d'aimer lepeuple et non de haïr et d'oùrager ses défenseurs. Je reprends la suite des faits relatifs à la crise où nous sommes , et je vais développer toute la trame qu'ils ont attachée à la délibération du i5 de juillet.

Le décret , par cela seul qu'il exceptait tacitement le roi de la disposition qui ordonnait le procès des complices de sa fuite , excita dans la capitale une sensation analogue à l'intérêt que les citoyens mettaient à cette affaire, et proportionnée à la franchise avec laquelle ils avaient fait éclater leurs sentiments depuis l'arrestation du roi; mais la tranquillité publique n'en fut point troublée, si on n'attache pas cette idée à des discours plus ou moins animés , à la mani-

^^S PIÈCES JUSTIFICATIYfiS.

fe)»talion plus ou moins libre des opinions sur le résultat de cette importante discussion.

Le même jour, dans la séance des amis delà constitution , on traita l'objet qui occupait alors tous les esprits; c'est ici que les bons citoyens doivent la véri.k| à la nation, que l'intrigue a voulu tromper. Avant de développer ce qui s'est passé dans cette mémorable séance , et les faits qui l'ont suivie, qu'il me soit permis de dire un mot en général sur les inculpations hasardées contre la conduite de cette société. On a dénaturé , par les plus viles impostures, les discours que j'ai tenus dans son sein , on a osé dire que je l'avais excitée à se révolter contre les décrets de l'assemblée nationale. Si quelqu'un a posé en principe que dans une société , fondée par les députés les plus attachés à la cause de la liberté , précisément pour se préparer à combattre, dans l'assemblée nationale, la ligue de ses ennemis déclarés, et pour déconcerter les intrigues de ses amis hypocrites, beaucoup plus dangereux encore, il n'était pas permis de rappeler quelquefois les surprises qu'ils ont faites, et d'annoncer, à l'avance, celles qu'ils prépa-

rerit à la bonne foi des représentants du peuple ;

si, plein de cette idée , un tel homme a conclu:

que , parler 'dans ce sens-là , c'était précherJa ^

révolte , et qu'il ait dit de moi : « Il a exhorté '■

les ciloyens à la révolte j » je yeuxT^ien ne le

croira coupable que de légèreté^' (ignorance et

d'ineptie. Mais si quelqu'un a osé soutenir qu'il

m'avait entendu conseiller réellement la déso-.

béissânce aux lois , ménie les plus contraires a

mes principes, je le déclare le pliis impudent

et le plus lâche de tous les calomniateurs. J'ai quelquefois , surtoi^t depuis la fuite du

roi', je l'avoue, exprime mes justes alarmes <el

celles de tous. les bons citoyens sur les dangers

de cette coalition puissante , que je c)coyais y.iiil

que j'ai cru de jour en jour plus fatale à la liberté;

je me suis même toujours exprimé en termes

mesurés et décents; je ne suis point garant de

tel ou tel écrivain, qui , en prétendant analyser

mes discours, a pu les rendre à sa manièfe , et

me faire dire ce qu'il voulait dire lui-même. J'ai

prouvé la nécessité de riënouvelèr^ en vertu du

règlement de l'assemblée (qui n'aurait jamais

dû être violé ) i, ces comités devenus éternels par II. Pi)

iâo PÏàCEB JD8tIFIC4'nYS)t>

le feîl^ iloiit te système pM^t être. a'aaé«ntir Tesprit public > et de tuer, la constitution en détail, par dés dispositions c(Httradictoir«s avec tousses principes ; enfin f ai combattu la fauise doctrine de^certaias orateurs, qui aux droits imprescriptyiles. des homiiies , et apx basas sacrées de nos lois régénératrices ^ seâiblent voo« loir substituer le plus funeste idachiavélisine* . IPai toujours honoré le caractère des réprésentiints de la nation ; j'i^ parlé avec respect de rassemblée en général ; j'ai rendu hommage à 'la pureté des intentions de la4bute des fidèles mandataires ^u peuple ; je n'ai parlé qun des todiv^ dus qui veulent les maîtriser ^ et des choses qui intéressaient essentiellement le salut public, ^ j'avais calomnié l'assemblée ^ et dit du bien des ^ chefs de parti et dos orateurs^ je ne serais pas au^ jourd'hui persécuté.

Au reste , voici , en deux mots^ ma profession de foi sur l'objet de cette espèce d'inculpation.

Je crois toujours à ce principe professé par la société des. Amis de la constitution , qu'obéir aux lois est le devoir de tout citoyen , mais que la liberté de manifester ses opinions sur les

iriciM ou^éur la bonté 4e te\tès onteXha lois , est ie ét(M âé tout ieitoyen , et lé devoir t!e tout honme ^ui ptùt Mâl^er seis semblables surles plus grands intérêts <fe t^hunaMité et Aé ht %o^ «

Je 'Crois qtie ides «mbitieinc pM^re^t désirer 4%aiposer sileoee à Topimoti ^^blicfoe y ^paHin redoutent pcmr le«U(î;cévs de leurs Aiiiestes pro*jets, mais quele prcmer veM du législateur est

le triomphe de la venté , de la raison ,, de la liberté. Je croîs que le législateur ne peut ni haîr ni' se yeiiger;, qu'il ne peut {>âs même être offensé. ' .

Je ne croîs point k ceux qui naguère ilSScEir maient avec violence contre les décrets qui fes «xduaient du tûffirîstérc et de la seconde législature , et qui crient à la rtvoke si on appelle l'attention des représentants du peuple et c^e des citoyens sur les atteintes qu'ils s'efforcent de porter atnt princtpeô de la liberté et à la souve- * raineté nationale. i . •

Je ne croiaf point-à ceux qui ^ sachantque nous •sommes à la veiHe de discuter un projet de révision qui suppose la nécessité de réformer des

45^2 PIÈCES JUSTIFIcÇriVI^S.

d^rets déj^ .portés , nous in^rdjbsent le dbroh d'^xaniiner /quèls; sont :,ceux qui doivenl être effacé$ de notre Code ; à c&a,^ qilji na^uère^ dans le . jTiSipport des ^pjt comités ^ posaient en principe que le roi était innocent d'avoir conspiré contre là constitution^ sous le prétexte qu^elle n'était point aol»evée ; qu'il n'était point obligé de la maintenir avant qu'il eût pu l'examiner et ^accepter tout entière, et qui font un crime aux citoyens qui , se soumettent provisoirement à tous les décrets du corps législatif, de faire des vœux pour la perfection de quelques loî^, et qui intei*disent à la nation elle-même , au sou-

verain, le droit d-examiner la constitution dans son ensemble et de la ratifier tout entière.

Je ne crois point à ceux qui jadis , dans la société des Amis de la constitution , nous prédiraient que leurs adversaires d'alors , maintenant leurs alliés (i), pourraient bien finir la constitution d'une manière opposée^ à celle fh).nt elle avait été commencée, çt qui s'indignent: que

(i) MM. Lameth, Duport, dans la séance des Jacobins du 28 février.

PIÈGES /USTIFICAtlTES. ^53

nous opposions'la force de la raispti et des prin^^ cipes à Fexéculion de c^ fatal projet.

Je nexrois point â ceux qui parlent de là tran-

quillité publique pour la troubler impunément, des lois pour les fouler aux pieds, de l'otdre pour lé renverser, de la* liberté pour la détruire , du peuple pour l'avilir et pour regorger.

Je ne crois point avec eux que le saïut public repose sur rempire*- honteux dfe «jpielques individus au moins suspects , maissùr l'union des bons citoyens contre les eçnemis de 1^ patrie ;, quels qu'ils soient». ^. .

Je ne crois pas que:cc soit la vérité ', la justice,

le courage qui' perdent la liberté et les nd-

tions, mais Pintrï^ue, la faiblesse, la sotte cré^

dulité, la coPTuption^ l'oubli des prihcipes et

le mépris de l'humanité.

Je reviens mfiintenant à la suite. dés événements dont f ai promis l'histoire fidèle , à cette fameuse séance des Amis de la constitution , tenue le i5 juillet , le Jour même où fut rendu le décret sur les complices de la fuite du roi , et quiprccédaimmédiatement les scènes sanglantes du Ghamp-de-Mars. C'est ici que la icalomnic a

454 Pf È€^ JFUSTIFiCATlT£8iv

déployée toutoft -ms iK>irGeut*s pour perdre les défenseurs de It liberté^ «I poinr pr^airer les caUstrophes 4|i4 ont suivît e'eat in (luelavé* rîté toute nue doit épouvant#r \^ iai^ieux M les calomniateurs^ Cest ce îour4^ qu6 fût pr^q'etée k pétitioa

qui a fa^ tant de brait dans la capitale et. daa»

toute la France* Quo pGrtait*-eUe 2 c^ue Paeaem* blée ns^ion^yie' scJUrait priée de ne point réintégrtpr Louis XVi dans les fonctions de la ro j^ùtléf. Elle supj^oaait aussi le principe que b v&UMé de la nation devait étr^ consultée* sur cette qvumh tioii^ et elbe «liniE>iiçait que les indiTidua qui Toudratent Padopter ré^eriaient leur oo«tdulbe à eet égard sur celle de la iflajorité des Fran-^ fais : il fut arrêté qu'elle serait rendue pubUque^ et envoyée aux sociétés affiliées i^pour être s^igné^ par les câ^yen^qui croiraient devoir y adhérer. Qui proposa oette motion 2 Est-ce inoi , à qui on Ta imputée 2 Ge fut un bomme (i) dont on sait qu'eu général je ne partage pas les opinions^ Qui Iac(Hnbatiit2fiM)i^ Ge n'e^fi pas^jo l'avoue ^qM

(i) M. liaçlfts. ^ ■

nÈCES lUfTIFlCtTIVES. ^5

^ ta regardasse coimné criiuinelle. Une seule observation suffirait pour la justifier^ même dsms le système de ceux qui pensent que la nation ne deviaiit pas être consultée sur ce point;

c'est que te décret du matin n^avait rien statué sur la . réintégration de Louis XVt dans les fonotions royales^ et qu'aissi cette {question était ab-r solument abandonnée à la liberté des opinions*. Ce f^it est si vrai ^que ce ne fut que le lendemaiii. que l'asseçiblée porta une décision relative à cet objet, en statuant que le roi demeurait susr pendu de ses fonctions ^ jusqu'à ce que la charte constitutionnelle lui eût été présentée ; et il est à remarquer que dés qu'on en fut instruit, les membres de la société ne se hâtèrent pas de retirer leur pétition. Mais je la combattis au moment où elle fut proposée , parce que je ne sais quel funeste pressentiment et der indices trop certains m'avertissaient que les ennemis de la liberté cherchaient depuis long-temps l'occasion de persécuter la société, et d'exécuter quelque sinistre projet contre les citoyens rassemblés. -

On va voir si ces alarmes étaient fondées.

456 PtÈCE$ JUSTIFICATIVES.

.'Le lendemain ipatin, les citoyens qui vçulurent adopter la pétition s'assemblèrent, pàisiblemeDl ^t sans armes, au qhamp de la fédération, pour la signer sur Fautèl de la patrie,, après aivoir averti la municipalité de l'objet de leur réunion , dans la forme prescrite par les décrets : tout se passa dans le plus gr-ând oi'dre. Remarquez que ca fut dans cette matinée que des commissaires reti- .rèrent la pétition' de la part des membres de la société des Amis de k constitution^ qui l'avaient projetée.

Les citoyens qui persistèrent dans le projet d'expnimer leur vœu sur ce point à l'assemblée nationale, revinrent le lendemain dimanche à l'autel de la patrie pour s'occuper de cet objet.

Ici il faut d'abord éclaircir un fait qui n'a rien de commun ni avec les pétitions, ni avec les pétitionnaires, encore moins avec la, société des Amis de la constitution, mais dont les ennemis de la .liberté se sont prévalus pour la diffamer, et dont .ils ont voulu répandre la teinte sur tout ce qui s'est passé dans le cours de cette journée à jamais déplorable. 11 faut observer que l'heure convenue la veille entre les citoyens

PIÈCES jySTIFlC \TIVE5. ^5j

qui devaient se rassembler pour la pétition;, était midi. »

Vers sept heures dju matin, deux hommes, fu^ rent -découverts par hasard sous l'autel de la patrie, avçc des provision^; ils avaient percé un grand nombre de trous aux g[[*adins4 Cette nouvelle est* portée au Gros-Gaillou'. Le bruit se répand dans ce lieu qtte les àenx hommes avaient été apostés pour faire *sâuter Fautel'de la patrie. On les conduit au comité de la «ection du Gros-Caillou : mais là quelques hommes s'en emparent, et ils' perdent la vie. Les plus^ ardents amis de la liberté sont ceux qui ont détesté le plus sincèrement cette violence criminelle; elle leur a paru d'autant plus odieuse, que des circonstances extraordinaires faisaient îiaître dans leur esprit de sinistres soupçons sur la nature de^ causes qui avaient faitmouvdlf le bras des meurtriers qui ayaient soustrait les deux victimes aux recherchcà des lois : mais ils n'en» ont senti que plus vivement combien il était injuste d'abuser de ce délit, qui ne pouvait être imputé qu'a de« ennemis de la liberté, pour déclarer la guerre aux patriotes et au peuple qui le voyaient

458 PlfcGBS JCJSTIFICATtTfiS.

arec horreur. Ils oi^t gémitle ce^u'on cherchait à en dénaturer les causes et les circonstftOced ; à publier^ par exempte ^ contre là notoriété pu* blique^ que ces dèur honmies avaient été hnmo» lés pour aToir dit qu'il fallait se coi»former à la loi f et cela dans la y ue de fixer d'odieux 80up^ çons sur les Amis de la constitution et de L^ordre, qu'on voulait présenter comme des séditieux^ dans la vue d'identifier ce délit avec ce qui s'est passé dans la même journée. Ils ont dit avec raison que^ puisque les coupables pouvaient être punis suivant les formes }uridk]ues , le moyen de satisfaire aux lois et à la justice était d'in*struireleur procès^ et non de faire tuer, plusieurs heures après, dans un autre lieu, les premiers venus, d'autres citoyens innocents occupés à délibérer sur une pétition. Ils ont été étonnés de ce que le même sentiment d'hunianité qui fartait à s'attendrir sur le sort de deux indiviiitis trouvés sous l'autel de la patrie, n'eût point prévenu des scèneiibien plus funestes encore. f Ce fait éclairci , le reste ne peut plus être ni obscur ^'ni incertain. Vers midi, à l'heure conve*pue , les citoyens qui devaient s'assembler pour

PlÈGftS HN5TIPIGATIVÈS. 4^

signer la pétition ^ arrivaient sûccassi^ement au Champ-de^-Mars. Vers denx ou trois heures^' des officiers tnunicîpaax vinrent an même lieu : ils ne trouvent que des citoyens paisibles , diécu^ tant et signant la pétition ^uf Pautel de la patne. Ils vicenf que rien ne pouvait provoquer Pusage de la forcé militaire ; un détachement de gardes nationales, et des canons qui avaient été amené$ le matin à Toccasion de ce qui était arrivé au Gros^àillou , furent retirés. Le calme le plus profond continuait de régner \^ lorsque, vers six à sept heures du soir , arrivent des déta«cbements de la garde nationale , avec un. train d'artillerie , suivis du >naire et du drapeau

rouge, .... Le sang des citoyens a coulé

Je ne veux point 'm'appesantir sur les détails de cette cruelle soirée.* Je ne veux** faire ici le procès de personne. Paiipe mieux ^'accuserque . la malheureuse destinée de ma patrie. Donnons des larriies][attx^citoyens mêmes qui , de bonne foi, ont pu être les instruments de leur mort* Cherchons du moins^^un^ sujetjde consolation dans un si grand désastre. Espérons qu^intraits par ce funeste exemple , les citoyens , armés

OU non arméâ.^ s^ bâteront de se jurer lin^" paix fraternelle ,. une concorde inakérable sur )i0s tombeaux qui viennent de isi'oiuvrir. <^'esl 4)riacipalement dans cette \vue que je., veux citer quelques faits constants et décisifs^ qui prouvent la. nécessité de cette prompte iréunion , .en même {emps qu'ils répandent une vive jiuipiére suf ce terrible mystère. D'un côtç , op. est convaincu que dans un endroit du Champ-de-IVIars des indiyidys qu'on ne. coiiinait pas jetèrent des piei*res à des gardes nationaux ; de l'autre ^ il est constant que l'on tira sur les citoyens avant que ^s formalités de la loi martiale eussent été remplies. Le premier de ces deux faits peut seul expliquer le second^ ou il faudrait fuir la société des hommes. 11 paraît aussi certain que dans cette action un homme dirigea contre le commandant de la garde nationale un coup de pistolet qui ne partit point, et le commandant, dit-on , lui accorda sa grâce. Nous n'avons pas à rechercher la cause de cet incident tres-rc'marquable , qui était propre à prévenir et à irriter les gardes nationaux attachés au chef contre les citoyens assemblés. Ce qui est cer-

PIÈCES JUSTIFICATIVES. ^6l

tain ) .ce qaHl est infiniment essentiel d^bserîveTr , c'est que depuis Ipng- temps on voit se <ilévek)pper un projet funeste d'animer les citoyens ann^'confre lés citoyens sansarmes^ et ceux-ci .contrôles aqtrçs ^ c'est quejtout récepamept encore^ dans le même ^lieu ^ le pur de la fêté xfe la fédération , des pierres avaient été jetées par quelques bomiùes à des gardes* natio^ naux , qui/vengérent surrleK^baxnp cetteAinsulte dans le sang ties agresseurs ; c'est que y d'une part, des arrestations arbitraires faites par des in^ dividus revêtus de l'habit de garde nationale , de l'autre quelques voies de fait . provoquées.par des suggestions coupables ou par le ressentiment et la défiance, étaient autant de germes de«division semés et fomentés par des mains ennemies, pour produire bientôt quelque scène sanglante. On assut*e même que, depuis cette fatale journée, des gardes nationaux ont été attaqués , les uns par des citoyens dont les proches ont péri au champ de la fédération , les autres par les ennemis de la révolution... O citoyens I qui que vous soyez , hâtez-yous d'ensevelir dans l'oubli nos injures mutuelles ; apprenez à démêler les arti-

463 PltCÈa J0STI9IGÀT1TBS.

fices dB vos lyrfiins qui tous trompât ^ tous di- - visent^ pour tous opprimerjes uns par les jiutres ! - Puisse une réunion k jamai» durable cousokup la patrie et rhumaaitë cèitstemées par la perte de tant de Français , de cea femmes, de ces enfante qui ont péri solis les qoupa de leurs ii^lbeureu:^: frâree! Puissent -elle Venger ee peuple gi^néjrenx dont le sang a rougi ces mêmes Ixefit où un an auparaTant il présentait le spec« tacle du patriotisme le plus pur et' de l'union b plus touchante!

O ma patrie l j'atteste le ciel que oe n'est point là le soin qui m'occupe! si je pouTais du moins rendre les derniers jours de ma mission utiles i ton bonheur et à ta gloire ! Mais quelle espèce de service m'est-il permis de te rendre encore? &éclamerai*je les principes de la justice et les droits du peuple ^ quand nos ennemis me défendent de prononcer son nom^ sous peine de fournir une nouTelle preuve que je suis un factieux 7 Dévoilerai-je les dangers qui menacent la liberté ? ils m'accuseront d'ébranler les bases

PIÈCES •iUdTIFICÀTIVE&. 4^3

de la oonstitution > et dé jeter Va\sLvme dans les esprits*. Si j& fise tais^ je trahis mon devoir et ma patrie ; si je p^rle ^ j'appelle sur moi toutes les calomnies et toutes leAAiiieurs des factions. N'importe, ômes concitoyens! H me reste encore <;e'derjfiiep sacrifice à vous faire ; et , eon vaincu ' comme je le suis que ce qui nous perd f^etl^ rignorapce et la fausse sécurité que Tintrigue et le charlatanisme ne cessent d'entretenir au milieu ide nous , je finirai cet écrit e^ développant les v4ritables •uses de nos maux.

,^ La cause de nos mâùx n*est point dans lës^ vaines menaces de cette poigtiée d'aristocrates déclarés^ trop faible pour lutter contre la force delà .nation qui méprise depuis long-temps leurs pri^ugés et leurs prétentions.

Elle est dans la politique artificieuse c^e ces aristocrates déguisés sous le masque du patriotisme, liés secrètement avec les autres po^r surprendre sa coniSance et pour Fimmoler à leur ambition.

La cause de nos maux n'est pas dans les réclamations des citoyens zélés contre les abus de l'autorité de tels ou tels fonctionnaires publics.

464' PIÈCES JUSTIFiCittIVES.

Elle. est dans la cupidité ou dans l'incivistne de cesfonçtiiDfimaires publics^ qui veulent étoirffeF la voix de la iférité , pour opprimer ou pour trahir impunément Id^ citoyen^ qui les ont choisis. • . . .

La cause de nos maux n'est pa^d^ns i'énergie des bons citoyens, daiis le civisme des soçiétés populaires, nj môme dans la fougue de-tel bu tel iéèrivain patriote. •. .- .

Elle est dans les entraves ixiises à'ia liberté de la presse, qui n'est illimitée que poi# les déjfenseurs de la tyrannie, pour les calomniateurs d^ la liberté, et delà nation. ».

Elle est daps les tracasiseries s.uscitées depuis long-temps à ceux qui ont signalé lear courage dans la révolution ; dans, la faveur constante accordée par le gouvernement aux citoyens équivoques , aux hommes puissants de Tancien régime , qui contraste scandaleusement avec le délaissement, avec le déni de justice qu'ont éprouvé les citoyens sans crédit et sans fortune.

Elle est dans les clubs anti-populaires ; elle est dans ce système machiavélique, inventé pour

PlèCiBS JUSTtFICATlYttS. ^65

étouffer l'esprit public dans sa nais^aûce \ pour nous rsanenler ^ par une^pente insensible V sous le joug des préjugés et des habitude»^ aenriles dont nous n'étions paisi encore eiiiièrteimeiit affranchis; elle est dans' cet . art funeste d'éluder tous les principes par des exceptions , de violer les droits des hommes par utt^ raffinement de sagesse, d'anéantir la - liberté ; par antoar de Tordre^'de rallier contre elle l'orgueil des riches, la pusillanimité des esprits faibles et ignorants , l'égoismé de cent qui préfèrent leur vil intérêt et leurs lâches plaisirs au bonheur des hommes libres et v€$rtueiix, et qui regardent les moindres âgitatio'njs y' inséparables de toute révolution, comme ta destrtK^tion de la société, comme le bouleversement de l'univers. >

La cause dé nosmau^ n'est pas dans les com|)lots des brigands dont on né cesse de nous faire peur, et qui ne»se montrent nulle part. Il serait trop dérisoire de jprétendre que des troupes de brigands pourraient lutter et contre la masse des citoyens qui ne sont pas un ramas

de brigands , mais qui en sont les ennemis par H. 3o

466 PIÈCKS JU3TIFICATIVB3.

intérêt et par ptindpes y et contre les armées de gardes nationales qui -couvrcmi lasur^ause de

EUe.j6til>4f^ns ce plan tormé et suivi ayec une. funeste obstination , de trouver* dans ces vaines alarmes un prétexta de rendre toujours h ddsse laborieuse , appelée peuple , suspecte aux autres citoyens ^ parce qu'U est le véritable appui de.laJîberté ; elle çat dani^ les semences d» division et de défiance que ron j«ette ^ntre leë différentes das^s de citoyens pour les op^ primer toutes. .

Elle est , si Ton veut , en partie , dans les brigandb de la cour «^ qui abusent de, leur puissance pournous opprimer; dan^ cette iUustrepopulace qui ose flétrir le peuple de ce noms les seuls à qui on ne fasse pas une guerre sérieuse^ et dont tous les attentats restent impunis. Je croij bien aussi à des brigands ^ k des étrangers conspirateurs ; mais je suis aussi convaincu que ce sont nos ennemis intérieurs qui les secondent et qui les mettent en action. Je crois que le véritable secret de leur atroce politique est de

semer eux-mêriies les troublefs , fet dé nous sus^ citer des dangers , en méùie temps qu^îls les imputent aux bons citoyens , et s^ent- wÏBriitt prétexte pour calomnier efc pour â^rv.ir le peuple.

La cause dé nos maux n'est ][)as dans la peiS» fidie et dans les complots de ta cour; elle est' dans la stupide sécurité par laquelle notus led avons noUs-mêmes favorisés, en lui fournissant' sans cesse de nouveaux trésors et de nouvelles forces contre nous.

Ea causé de nos maux n^est pas dans les mou-^ veménts des paissances étrangères qui nous menacent ; elle est dans leur conCèrt avec nos^ ennemis iritérieurs ; elle est dans cette bizarre situation qui remet notre défense et notre destinée dans les mains dé ceux qui les arment^ contre noUs ; elle est dans la ligué de touà les factieux réunis aujourd'hui pour nous donner' la guerre ou la paix, pour graduer nos alarmes ' ou nos calamités, selon les intérêts de leur ambition; pour nous amener par la terretir à une transaction honteuse avec Paristoôra-

tie et le. despotisme , dont le résultat sera une espèce de contribution favorable à tous les

intér^s-^ excepté à Tintérét général , et dont

le prix sera ^a perte des meilleurs citoyens. Elle est encore dans l'occasion que leur fournissant ces menaces de guerre de nous placer dans cette alternative , ou de négliger la défense de l'état, ou de comproinettre la constitution et la liberté, çn levant des armées formidables, eb réduisant la force active des ;;ardes nationales à des corps d'armées particuliers , qui peuvent devenir un jour redoutables à l'une et à l'autre.

La cause de nos maux n'est pas pon plus dans la grandeur des charges de l'état., ni dans la difficulté de percevoir les impôts , dont on a toujours cherché à nous effrayer , malgré le zèle des citoyens pour payer.

Elle est dans la déprédatioq effrayante de nos finances ; elle est dans la licence effrénée de l'agiotage le plus impudent , qui a fait naître la détresse publique du sein même de notre nouvelle richesse nationale ; elle est dans la facilité donnée à la cour et aux ennemis de notre

liberté d'engloutir tout notre numéraire , de pillera loisir le trésor public, dont ils iie rendent aucun compte , et de prodiguer le sang du peuple 5 pour lui acheter des eniwiiis , des calamités , des trahisons et des chaînes.

Enfin la cause de nos maux est dans la com«binai^on formidable de tous les mt)yens de force, de séduction^ d'influence, de conspiration cofitre la liberté ; elle est dans les artifices inépuisables, elle est dans la perfide et ténébreuse politique de se^ innombrables ennemis ; elle est plus encore dans notre déplorable frivolité, dans notre profonde incurie, dans notre stupide confiance.

Est->>il 111^ riêiïiéde à tant de maux ? pour moi, je crois que dans lés grandes crises de cette nature il n'y a que les grandes vertus qui puissent sauver les nations, et je ne suis pas du nombre de ceux qui, jugeant la nation par euxmêmes ou par leurs pareils, pensent qu'elles sont étrangères à la France , il suffit de ne point les écarter. Notre destinée et celle du monde entier est attachée, en grande partie, au choix

des nouveaux représentants de la nation. Si l'acfeivité des cabales^ si Tinfluence de la cour et des factrons remportent dans les élections sur Fintérét public ;.^i les intrigants et les ambitieux, si les citoyens faibles ou égoïstes sont éhis sous le titre d'hommes sages et modérés, si les citoyens vertueux et zélés pour les droits du peuple et pour le bonheur public sont éloignés par les c^alopinies . dont les plus lâches et les plus corrompus des hommes cherchent à flétrir le cou-^ ra^ et le dévouement à la patrie ; vous verrez une législature faible ou perverse sq liguer avec nos anciens tyrans, pour rétablir sous des formes nouvelles le pouvoir du despotisme et de l'aristocratie. Si de nouveaux incidents , que les ambitieux pourraient faire naître, reculaient encore l'époque de la formation de la nouvelle assemblée représentative , il serait impossible de calculer les suites de cet événement : mais qu'elle arrive avec des sentiments et des principes dignes de sa mission; qu'elle renferme dans son sein seulement dix hommes d'un grand caractère, qui sentent tout ce que leur destinée

PliCES JUSTil^ATlVES. 4?'

a d'heureux et de sublime, fermement déterminés à sauver la liberté ou à périr avec elle, et la liberté est sauvée (i).

(i) C'est un grand malheur,- à mon avis, que la nomination des députés ait. été dîfK^rée jusqu'à une époque où les ennemis de la liberté ont eu le temps de cahaler , de calomnier, de diviser les esprits , et qu'elle ait lieu au moment où ils ont égaf^ li'apnitini dans plus d'une contrée par leurs dernières manœuvres. C'est au zèle des bons citoyens à Téfawmr: cfs iqpoi^^i^fS| en 4iiii|lanf les ruses du charlatahfshie,' en Ikisant sentir, aùi^ électeurs des campagnes surtout , la nécessité de se rendre exactement aux assemblées , d'où leurs travaux dans ce moment auraient pu les détouriier. ,

juillet 1791.

..S^ pBge 333*

EXTRAITS

PROHONGÉis

A LA $OCléTé DES AMIS DE LA CONSTITUTION.

11 mai 1791 (liberté de la presse).

Après la faculté de peiwer, celle de communiquer ses pensées à ses semblables est Tattribut le plus frappant qui distingue Phomme de la brute ; elle est tout à la fois le signe de la vocation immortelle de l'homme à l'état social , le lien , l'ame , l'instrument de la société, le moyen unique de la perfectionner, d'atteindre le degré

de puissance , de lumières et de bonheur dont il est susceptible.

Qu'il les communique par la parole , par l'écriture ou par Tusage de cet art heureux qui a reculé si loin les bornes de son intelligence ^ et qui assure à chaque homme lesinoyens de s'entretenir avec le genre humain tout entier, le droit qu'il es^erce est toujours le même , ùt la liberté de la presse âe peut être distinguée de Est liberté de la parole ; l'une et l'autre est sacrée comme la nature; elle est nécessaire comtne la isociété même.

Par quelle fatalité les lois se isont-elles donc presque partout appliquées à la violer? C'est que les lois étaient l'ouvrage des despotes , et que la liberté de la presse est le plus redoutable Jjjtfau du despotisme. Gomn^ent expliquer en effet le prodige de pFâsieurs millions d'hommes opprimés par un seul, si ce n'est par la profonde ignorance et par la stupide léthargie où ils sont plongés? Mais que tout homme qui a conservé le sentiment de sa dignité puisse dévoile!* les vues perfides et la marché tortueuse de la tyrannie; qu'il puisse opposer sans cesse les droits

474 PIÈGB8 mSTIFIGATITBS.

de Phumanité aux attentats qui les violent , la souveraineté des peuples à leur avilissement et à leur misère ; que Finnocence opprimée puisse faire entendre impunément sa voix, redoutable et touchante ^^t la vérité rallier, tous les esprits et tous les cœurs , aux noms sacrés de liberté et de patrie ; alors Fambition trouve partout des obstacles^ et le despotisme est contraint de receler k chaque pas ou de venir se briser contre la force invincible de Topinion publique et de la volonté générale. Aussi voyez avec quelle artificieuse politique les despotes se sont ligués contre la liberté de parler et d'écrire. Voyez le farouche inquisiteur la poursuivre au nom du ciel, et les princes au nom des lois qu'ils ont faites ouxr>mémes pour protéger leurs- crimes. Secouons le joug des préjugés auxquels ils nous ont asservis, et apprenons d'eux à connaître tout le prix de la liberté de la presse.

Quelle doit en ^tre la mesure 7 Un grand peuple, illustre par la conquête récente de la liberté, répond à cette question par son exemple.

Le droit de communiquer ses pensées par la parole, par l'écriture ou par l'impression, ne

peut être gêné ni timité en aucune numière ; voilà les termes de la loi que les États-Unis d'Amérique ont faite sur la liberté de la presse , et j'avoue que je suis bien aise de pouvoir présenter mon opinion sous de pareils auspices à ceux qui auraient été tentés de la trouver-extràordinaireou exstgérée.

La liberté de la presse doit être entière et m^ définie^ ou elle n'existe pas. Je ne vois qite deux moyens de la modifier; Tan d'en assujettir l'usage à de certaines restrictions et à de cer*taines forixialités ; l'autre d'en réprimer l'abus par des lois pénales; l'un et l'autre de ces deux objets exigent la plus sérieuse attention.

D'abord il est évident que le premier est inadmissible, car^ chacun sait que les lois sont faites pour assurer à l'homme libre lé développement de ses facultés , et non pour les enchaîner. Que leur pouvoir se borne à défendre à chacun de nuire aux droits d'autrui, sans lui interdire l'exercice des siens. Il n'est plus nécessaire aujourd'hui de répondre à ceux qui voudraient donner des entraves à la presse, sous le prétexte de prévenir les abus qu'elle peut produire. Pri-

476 PIÈCES JUSTIFICATH'ES.

ver un homme des moyens que la nature et Part ont mis en son pouvoir de communiquer ses sentiments et ses idées, pour empêcher qu'il n'en fasse un mauvais usage , ou bien enchaîner sa langue de peur qu'il ne calomnie, ou lier ses bras de peur qu'il ne les tourne contre scjs semblables, tout le monde voit que ce sont là des absurdités du même genre ; que cette méthode est -tout simplement celle du despotisme qui, pour rendre les hommes sages et paisibles , ne connaît pas de meilleurs moyens que d'en faire des instruments passifs et de vils automates. Eh! quelles seraient les formalités auxquelles vous soumettriez Te droit de manifester sçs pensées ? Défeildrez-vous aux citoyens de posséder des presses, pour faire d'un bienfait commun à l'humanité entière le patrimoine de quelques mercenaires ? Donnerez-vous ou vendrez- vous aux uns le privilège exclusif de disserter périodiquement sûr des objets de littérature, aux autres celui de parler de politique et des événements publics? Décréterez-vous que les hommes ne pourront donner l'essor à leurs opinions, si elles n'ont obtenu le passe-port d'un officier de

police , OU qu'ils ne pen3çront qu'avec l'approbation d'un censeuret p^r permission du gouvernement ? Tels sont en effet les chefs-d'œuvre qu'enfanta l'absurde manie de donner des lois à la presse : mais l'opinion publique et la volonté générale de la nation ont proscrit depuis long-temps ces infâmes usages, ^e ne vois en ce genre qu'une idée qui semble avoir' surnagé : c'est celle de proscrire toute espèce d'écrit qui ne porterait point le nom de l'auteur ou de l'imprimeur, et de rendre ceux-ci responsables; mais comme cette question est, liée à la sëcoqde partie de notre discussion, c'est-à-dîre à la théorie des lois pénales sur la presse^ elle se trouvera résolue par les principes que nous allons établir sur ce point.

(L'orateur examine si l'on peut établir des peines contre l'abus de la presse. Pour résoudre cette question , il considère la liberté d'écrire sous deux rapports, les choses et les persoignes. )

Ce ^ qu'il importe surtout de bien observer c'est que toute peine décernée contre les écrits, sous le prétexte de réprimer l'abus de la presse,

478 PIÈCES arUSTIFICATÏVES.

tourne entiéretnent au désavantage de la vérité et de la vertu, et au profit du vice^ de l'erreur et du despotisme.

L'homme de génie qui révèle de grandes vérités à ses semblables, est celui qui â devancé l'opinion de son siècle; la nouveauté hardie de ses conceptions efFarbuche toujours leur faiblesse et leur îgûoirance; toujours les préjugés se ligueront avec l'envie pour le peindre sous des traits odieux ou ridicules. C'est pour cela précisément que le partage dés grands hommes fut constamment l'ingratituâe dé leurs contemporains , et les hommages tardifs de la postérité; c'est pour cela que la superstition jeta Galilée dans les fers et bannît Bescartes de «a patrie. Quel sera donc le sort de ceux qui, inspirés par le génie de la liberté, viendront parler des droits et de la dignité de l'homme à dès peuples qui les ignorent? Ils alarment presque également et les tyrans Iqu'its démasquent et les esclaves qu'ils veulent éclairer. Avec quelle facilité les premiers n'abuseront-ils pas de cette disposition* des esprits pour les persécuter au nom clés lois? Rappelés^- vous pourquoi, pour qui s'ou-

vratônt parmi vous les cachots du despotisme ! contre qui était dirigé le glaive -même des tribu* naux! la. persécution épargna-t^elle l'éloquent et vertueux philosophe de Genève?- Il est mort; une grande révolutioji laissait, pour quelques moments du moins, respirer la vérké ; vous lui avez décerné une statue , vous.aveE honoré et secouru sa veuve au nom de la patrie; je ne concluerai pas même de ces bomtnageâ que, vivant et placé sur le théâtre où son génie l'ap- |ielatt , i) n'essujÀt pas au moins le reproche si banald'homme morose dt exagéré.

~ CepetnàâMA coomie il iiaut absolumenS un prè^ tçxte de. soumettre la presse pux poilrsuites de Fautorité, on oous dit : Mais si un lécrit a pro** voqué des délits , • une énieute , par exemple , ne punira-t*on pas cet écrit 7 Donnez^nous au moins une loi pour ce cas-là. Il est facile sans doute.de présenter une hypothèse particulière, capable d'effrayer Pim^gination ; . mais il faut voir la chose sous des rapports plus étendus. Considérez combien il serait facile de rapporter une émeute, un délit quelconque à un

48o PIÈGES JUSTIFICATIVES .

écrit qui nJen serait cependant point la véritable cause ; combien il est difficile de distinguer si les événements qui arrivent dans un temps postérieur à la date d'un écrit en sont véritablement l'effet; comment^ squs ce prétexte^ il serait facile aux hommes en autorité de poursuivre tous ceux qui auraient exercé avec énei^ie le droit de publier leur opinion. sur la chose pur> bliqMe , ou sur les hommes qui gouvernent ; observez surtout ique ^ dans aucun cas, l'ordi'e social ne peut être compromis par l'impunité d'un écrit qui aurait conseillé un délit.

Pour que cet écrit fasse quelque mal, il faut qu'il se trouve un homme qui commette, le délit. Or les peines que la loi prononce contre ce délit sont un frein pour quiconque serait tenté de s'en rendre coupable; et dans ce cas-^là, comme dans les autres , la sûreté publique est suffisamment garantie , sans qu'il soit nécessaire de chercher une autre victime. Le but et la mesure des peines est l'intérêt de la société ; par conséquent , s'il importe plus à la société de ne laisser aucun prétexte d'attenter arbitrairement à la liberté de la presse , que d'envelopper dans

PIÈGES JUSTIFICATIVES. 4^t

le châtiment du coupable un écrivain répréhensible, il faut renoncera cet acte de rigueur, il faut jeter un voile sur toutes ces hypothèses extraordinaires qu'on se plah à imaginer , pour conserver dans toute son intégrité un principe qui est la première base du bonheur social.

Cependant, s'il était prouvé d'ailleurs que l'auteur d'un semblable écrit fût i:orapIice , il faudrait le punir comme tel dé la peine infligée

au crime dont il serait question , mais non le

poursuivre comme auteur d'un écrit , en Vertu

d'aucune loi de la presse.

( L'orateur examine la question de savoir si la liberté de la pressa doit être indéfinie en ce qui touche les personnes. Il la résout affirmativement à l'égard des hommes publics; quant aux simples particuliers , voici comment il s'exprime. )

Il est juste sans doute que les particuliers attaqués par la calomnie puissent poursuivre la réparation du tort qu'elle leur a fait ; mais il est utile de faire quelques observations sur cet objet.

Il faut d'abord considérer que nos anciennes lî. 3r

4$a "Pf^ç^ JiirsifiFiCAtivBs.

IptU sur de point wn% espérées , ^t que leur rigueur est }e fr^it «^^KÎ^Jant 4e ce système tyraaçique que nçHiB avons développé ^ et de cette terreur exq&ss.ÎYie que l'opiaioupublkiiie inspire au despotisme: qui )âs a promulguées. Corame nous; les en^yisageons a^ec . pdus. de siang-^froid , QQUS consentirons volontiers h modérer le Code pén^l qu'il pojàis a transmis; il loe s^emble du mpins quç la peijtjrç qui sçra prcpniopcée cootrô les auteurs d'une iaqi^pation calomnient doit se borner à la publicité dlu jugemei^t qui la déclare telle, et à la réparation pécuiu^ire du dom-^ mage qu'elle aura causé à, : celui qui en ét^it l'objet. On sent bien que je necon^prends pas .dans cette classe le fau:i^ témoignage contre un accusé , parce que ce n'est point ici une calomnie , une simple offense envers un parûculier ; c'est un mensonge fait à la loi pour perdre l'innocence, c'est i*n véritable orioie public. En général, quant aux calomnies ojpdinaires , il y a deux espèces de tribunaux pour les juger, celui 4es magistrats et celui de l'opimon publir que. Le plus naturel, le plus équitable, le plus compétent , le plus puissant , est sans contnedit

PlÈOttS JUSTIFICATIVES. 4^3

le dernier ; c'est celui qui sera préféré par les hommes les plus vertueux et les plus digâes de bmer les attaques de la haisie et de la méchanceté ; car il est à remarquer qu'en général Vimr puissance de la calomnie e^t en raison de la probité et de la vertu de celui qu'elle attaque ; eft que plus un homme a lé droit d'appeler à l'opinion , moins il a bescÂii d'invoquer la prq- * tection du juge« Il pe se déterminera donc pas facilement à faire retentir les tribunaux dea injures qui lui auront été adressées ^ et il ne les occupera de ses plaintes que dans les occasions importantes où la calomnie sera liée à une trame coupable, ourdie potir lui causer un grand mal, et capable de ruiner là réputation la plus solidement aflSormie; Si l'on suit ce principe, il y aura moins de procès rid jcules , moins de déclamations sur l'honneur, mais plus d'honneur^ surtout plus d'honnêteté .etd^ verj;u.

(Il projjbse le décret suivant i) (j'assemblée nationale déclare :

i"" Que tout homme a Iç droit d^ puj^lier ses

pensées par qu^lqtii^ moyens . que ce soit, et

que la liberté de la.prease ne peut être gênée ni limitée en aucune manière.

2° Que quiconque' ptirtera atteinte à ce droit doit être regardé comme ennemi de la liberté, et puni par la plus grande dés peines qui seront établies par l'assemblée nationale.

3** Pourront néanmoins les particuliers qui auront été calomniés se pourvoir pour obtenir la réparation du dommage que la calcftmnie leur aura causé, par les moyens que l'assemblée nationale indiquera.

8 juin (licenciement de ràrmëe).

Pourquoi laisser aux soldats des officiers qui ne peuvent pas mériter leur confiance ? pour^ quoi attacher des cadavres à des corps vivants? . . .

Quel étrange projet que celui de vouloir changer des soldats en automates, et cela afinqu'ils en soient plus propres à défendre la constitution? Un jour peut-être ces questions seront éclaircies à la honte des charlatans politiques ; mais, en attendant cette époque , gardez*vous, législateurs, de vouloir des choses contradictoires ; gardez-vous de prendi*e des mesu-

PIÈGES JUSTIPICATIYI^S. 4^5

res contraires à la raison... Après tout, il faut que la nation soit sauvée^ et, si elle ne Test pas par ses représentants, elle le sera par ses man*^ dataires... Prenez-y garde; le trouble ai; Je despotisme, ou peuf-étre même tous les deux, voilà le but où tendent les ennemis du licenciement. Il n'y a que les seuls amis de] la liberté qui puissent le désirer. ••'

Craignez ces chefs de parti qui , dans les moments de troubles et d'inquiétudes , charcheol; toujours par quelques fausses démarches à vous faire violer quelques uns de vos principes.

Craignez ces serpents qui s'insinuent près de vous, et par des conversations in^sidieuses , des assertions jetées comme par hasard, se flattent à l'avance d'avoir préparé vos décision^. Toujours ils ont cherché à vous faire renoncer à vosprîncipes pour l'amour de la paix et le soutien de la liberté.

Craignez ces hommes qui , ne se sentant pas assez de force pour être sûrs de trouver les pia«^ ces qu'ils ambitionnent dans le nouvel ordre de choses, seraient tentés de regretter l'ancien; qui n'ont pas assez de talent pour faire du bien ,

J^ PifeCBS ItfSTIFICATITflt.

mais asi862 pour fftire du mal^ et qui n'ont yu dans' la révolUfâbn que des- moyens d^avancer leurs fortunes.

Craignes ces iioctoies dont lafautôe modération 1^ plus atroce que la plus, affreuse arrogance, vous tend continuellement des piégea/

Craignez enfin votre propre bonne foi et ¥o« tre facilité, car je ne redoute pour notre constitution que deux ennemis, la faiblesse des honnêtes gens et là duplicité des malveillants*

19 juin (projet d'adresse aux assemblées primai^s). . • .•* >.......

^ J'ai demandé la discussion après la lecture de Tadressè aux assemblées primaires , qui , quoique tardive , p6ut encore étrô d'uiie grande utilités Je vous prie donc d'accorder quelques instants à la lecture de cette adresse que le comité, de correspondance m'a chargé de rédiger.

Ma MoRETON. Je demande qu'avant d'entamer cette lecture^ M. Robespierre veuille bien nous dire s'il a fait part de sa rédaction au coniité qui l'en a chargé.

M. Robespierre. Je n'ai reçu que ce matin^ en

PIÈGES KISTtFtCATtTM. ^' 4^7

rentrant de rassemblée nationale j, la lettre par laquelle le cotliité im chargeait fie cette i^èdabtîon y je n'ai pu y donner d'autre tempâî que le court intervalle qui se tfôtfvê entre ce môttient et notre séîatice; il m'adt>nc été imposisîble de l'apporter au eoùiité; obligé k faire lin pettt voyà^ demain soi^^ il tti'eùt été knpossiblè de vous la lire demain , je vous prie d'excuser les faulèd de rédaction qttt pouffaient s'y trouter, en favèut de la pfécipîtatioïi àtet laquelle elle a été faîte.

a Citoyens, ce serait perdre un tétnps prédeu* qiiè de vbus parle** de !*împoftailce des élection À dont vous allei vous octuper/Vdus sàte^ qti^ ïés élecleufs que vous allez choisir nommeront à leur tour les députés dont dépend ôti vôtre bonhéuf ou Votre misêrfe. Voui vous rendrez donc exaciemeht aux ài^semblées primaires, vous surtout qùi^ par vos faibles moyens, pourriez craindre ^oppression ; songez que c'è'st à vous qu'il importe d'être éclairés sur ces choix y puisqu'il est question de discuter vbs plus chers intérêts. Si vous êtes obligea par là à

des sacrifices , la raison , là justice et l'intérêt public vous apurent des indemnités»

jDans le choix que vous ferez, songez que h vertu et les talents sont nécessaires^ mai^que des deuxjaveftu eçt la plus nécessaire encore. La vertu sans talent peut être moins utile, les talent9 sans vertu ne, peuvent être qu'un fléau. ( On applaudit. )

Et en effet la vertu suppose ou donne assez souvent les talents nécessaires aux représentants du peuple. Quand on aime la justice et la vérité , on aime les droits des citoyens , on les défend avec chaleur.

Tenez-vous en garde contre* les apparences trompeuses, les amis et les ennemis de la liberté se présenteront à vous avec les mêmes dehors elle même langage. Si vous voulez vous assurer des sentiinents de quelques citoyens , remontez au-delà de l'époque où vous êtes aujourd'hui. L'homme ne se détache pas tout à coup de tous les préjugés qyi ont formé ses sentiments.

Si une fois dans sa vie un homii^e c'est montré vil ou impitoyable, rejetez-le.

Rejetez ces. hommes qu'on a vus ramper dans

PIÈCB8 JUSTIFIGATIYBS. 4^

les cours, ou s'humilier heureusement aux pieds d'un ministre ou d'une femme.

Leur mai^iére est changée, leur cœur est resté le même. (On applaudit.)

Ils flattent aujourd'hui leurs concitoyens comme ils flattaient les tyranis subalternes. On ne devient pas subitement d'un vil adulateur, d'un lâche courtisan, un héros de la liberté* .

( On applaudit. )

Mais si vous connaissez des hommes qui aient consacré leur vie à venger l'innocence , si vous connaissez quelqu'un d'un caractère ferm^ et prompt, dont les entrailles 9e soient toujours émues au récit des malheurs éb quelques uns de ses concitoyens, allez le chercher au fond^dç'sa retraite, priez-le d'accepter la charge honorable et pénible de défendre la cause du peuple contre les ennemis déclarés de sa liberté^ contre ses ennemis bien plus perfides encore' qui se couvrent du voile de l'ordre et de la paix (i). Us ap-

(i) Robespierre s'était plaint à la séance du ;x> , à prpposdu premier projet d'adresse, de ce que Ton affectait de recommander au choix des électeurs des personnes amies dcf la paix.

4^0 Hkcms ;rv$i%piC4itv£ir. .

pellent ordre tout système qui conTient à leurs arrangemems, Us décorent du uoiii de paix la tranquilKté des cadavres et le sîlêtiçe des tombeaux.

-Oe ftont oes personnages cnielletndtit modérés dont it £Mit vous défier le fAûs ; leè ennemis de ta rétolution sont bien môittsdangerèul^ Ce èont ceux-% qui assiègent le^ as^mblés pHnàaires, pour obtenir du peuple , qu'ils Aattent , lé droit de l'opprimer constitutionndlement. Évitez leur» pièges , et la patrie est sauvée ; sHls Tiennent à bout de vous trompef^ il ne nôuà resté phis que de réaliser h devise qui nous ràHié sous les drapeàU^ttidé la liberté : f^wtè libre ^ ou

(Ou demande l'impression sur-le-champ et l'envoi aux sections assemblées. )

Une courte discussion sMlève su^ cette phrase : Là Poison^ là justice et ^intérêt public vous assurent des indemnités : Les motsi "vous assurent sont remplacés par ceux-ci sollicitent pour voies.

L'impression est ordonnée au nombre de trois mille exemplaires^ ainsi que l'envoi aux'

i»if:cBd jcjs'riFiGATiTËê. 4d^

quarante •* huit section» et âUx ëodétés âffi'" liées.

13 juillet ( fuite du roi ).

L'opinion des amis de la liberté me parait tel-* lemenl fixée sur cette question, que je me reprocherais de la traiter longuement, après les éloquentes opinions qut ont ^té prononcées à cette * tribune. •

Maiè autourde cette opinion s'élétë on nuage^ un des grands oI>stacle9 que rassemblée nationale rencontre à l'aborder dé fWmt, est l'accusation générale de républicàntsm0.

On m'a accusé au a^in de t^%déinbléé d'être républicain;, on m'a fait trop d'bonneur, je i^i^ suis pas ; éi on m'eût accusé d'être motiâi^chiiffie, on m'eût déshonoré , je ne le suis pas non plus. J'observerai d'abord que pour beaucoup d'indiyidus les mots de république et de monarchie sont entièrement vides de ^eni ; lé mot* république ne signifie aucune forme particulière de gouvernement, il appartient à tout gouvernement d^hommes libres qui ont une patrie. Or, on peut être libre avec un monarque comme

49^ MÈCES JUSTIFICATIVES.

avec un séqat. Qu'est-ce que. la constitution française actuelle? c'est une république avec un monarque : elle n'est donc point monarchie ni république^ elle est l'un et l'autre.

Diefnier discours de M. Robespierre sur la fîiite du roi.

Le mot de Mofitaigne Distinguo y je àtstmgucy n'est pas encore assez connu , ou du moins il u'apas assez d'influence dans nos délibérations. On se perd sans cesse daûs les généralités, et parce que Rousseau a avancé qu'une loi ne pouvait porter que sur un objet général , on en a conclu qu'il fallait écarter de sa disposition tou^, ce qu'il y a de particulier. Mais où trouver quelque chose qui soit absolument général? N'est-ce pas alors qu'une chose est plus générale, qu'elle devient sujette à un plus grand nombre d'exceptions? Car, renfermant dans ses conséquences une multitude d'objets- qu'elle ne peut saisir sous toutes les faces , elle laisse nécessairement comme autant d'exceptions les faces qu'elle n'embrasse pas. L'idée générkil^ bien loin d'exclure l'idée ejçceptioriy la. suppose au

PIÈGES justificatives: 49^

contraire et la nécessite. On se sert du mot ah^ ^oA^ et non pas, du mot général^ quant on veut écarter l'idée de toute distinction. Ce principe établi , dira-^t-on que Texception faite à une loi nre peut pa? dévenir elle-même l'objet d'une loi, ou que cette loi n'est que particulière? Ce ne sont là que des mots. De quelque nom qu'on l'appelle y elle sera toujours générale dans ses effets, puisque la moindre exception, dans la loi la plus étendue, a, tout aussi bien. que cette dernière , l'empire entier pour objet.

Dans la grande question qui s'agite aujoùrd'hui à l'assemblée nationale, question qu'on

appelle grande par son objet, qui est le^i^

quoique dans la morale tout ce qui intéi^MUe cette science divine ait réellement la même me* sure, et ne diffèreque par l'énoi^mité du crime, sans acception des personnes 3 dans cette question , dis-je , les orateurs de l'assemblée sont un déplorable exemple des grands écarts où peut donner l'esprit humain lorsque, au lieu de composer les principes généraux des observations particulières qu'il a faites , il veut soumettre les objets particuliers aux généralités.

494 PIÈCPS ^U9TIFfeATIVR&«

et qu'Lacapable de tenir an nûtieu oo de s'éten* dr$ égalemeQt à tou«^ Içs point» , il 3e porte sans <çe$9^ d'on extrême à l'autre* '-'

Ainsi 9 e^ çfaercbajit à définir riaviobd>ilîtéclQ roiv, M. P.^tipn veut que ^ )>arnée aii$ actes du gôuyemejqaent) elle disparaisse dans**les moior 4res causes civiles. M^lprugnon, à q^ ceUe idée d'un roi 3âns cesse tenu .à comparaître der Vjint les tribunaux offre apparemmeut quelque çhoi^ d'indécent , ne veut pas qu'il puisse y être appelé, n:^nie pour un crime de lèse-majesté nationale ^u premier chef , qtii est uile complication de tous 1^ cHnies les plus énormes, puisqu'il fait de son auteur, im parjure, le chef d'une rébellion universelle à la loi , le ravisseur de ' l'objet le plus cher à là nation et le plus important à son repos , l'héritier présomptif du trdne , enfin le bourream de son peuple , un Néron.; qui , par U seul acte de sa fuite , met à -ej^écution , autant qu'il est en lui y le vœu féroce de ce prince dénaturé , qui souhaitait que le peuple romain n'eût qu'une tête pour la lui faire tomber d'un seul et même coup ! Enfin , M« Prugnon , ménager du temp3 non moins que

P|toB9 XU8TIPlCATIV£a. ^9^

de la considéTation dU EQotiapque , ^ craint que le roi, appelé ^u barreau par de continuels procès ^ i^ trouve plus le moment de yeiUer à l'exéculioii dea loia ; connue si . mérae avant Tétablissement de la constitution , le prince , par le &it de ses domaines pu engageiùents particuliers pri3 par ses^ ancêtres , n'était pas oblige de soutenir des proçè9 qui ûon seulement ne le dérobaient pas aui: affaires du gouverne^ ment , mais encore le conservaient tout entier à ses plaisirs. Il semble qu'avec une liste de aS^ooo^ooQ le prince peut encore payer des procureurs et des hommes d'àSaiires. Le fait e$t qu'il ne faut pas trop diminuer cette immense considération ^ le premier besoin de la rtfyàttté,

comme l'ap^Ue M. Prugnon ^ et c^est ce qu'on

■ . • ferait en imprimant trop au roi l'attitude d'un

partic^ilier. Mais faut- il aussi faire d'un monarque, un despote, un tyran, ^n faisant dis- •paraitrè les^plus énormes crimes à l'éclat de la couronne? Assurément on peut dire que fem^pereur de la Qhine , le sofi dé Perse et le grand-seigneur, jouissent d'une immense consi-' dération; mais aussi cette considération cqûte

496 PtÈGfiS JUSTIFICATIVES.

la liberté et souvent la vie à leurs sujets ; et je pense qu'à, tous ces jolis rois oh ne veut pas assimiler le roi constitlitionnel des Français, ni à leurs troupeaux d'esclaves un peuple d'hommes libres.

Le roi ne doit donc pas pouvoir être appelé en justice pour de trop légères causes ; mais , pour des crimes capitaux, il n'y à pas de doute que la justice ne doive étendre sa main jusque sur sa tête ointe. Mais , me dira-t-on , un crime tel qile celui que méditait le roi , doùt il avait déjà fait les premiers pas , et dont toutes les traces subsistent dans les complots découverts de ses complices , un tel crime mérite la

moit dans un particulier voudriez-vous

donner à l'Europe une seconde représentation de la cruelle tragédie dont le noir Cromv^ell fut le premier acteur....? La seule question ^st un crime, la réponse en serait un autre; je dis seulement que pour la conservation même de. cette considération , si nécessaire à l'effet de la royauté j il n'est plus possible qu'un roi qui s'est déshonoré par un parjure, de tous lès crimes le plus antipathique à l'hijmeur française , un

VTÈGBS AJftTIFICATlVBi. ^97

roi qui ^ de sang-froid , allait faird couler celui 4ièft Français, il n'est plus possible qu'un tel roi se moiHre encore sur le trâne ; le dernier de ses sujets se croirait déshonoré en ltti^€t l'honneur , r&me des combats^ serait éteint dans

le sein des t'rançâis ; enfin cette confiance dans le suprême exécuteur des lois, si néçessiiire au i%pos et à la prospérité de l'empire , oomimetit pourrait^^elle renaître envers un prince dont le premier soin , en désertant son poste y avait été jde les condamner et de les abjurer ?

Mais que M« Prugnon se rassure sur lemain» tien de cette monarchie k laquelle, depuis qu'elle e«t devenue conslitutiofinelle , non pas^ seules ment une pàrMe de la nation ^ comme le dit ce député, mais la nation entière, liextf par sen* timent. Ce que je croirai bien, c'est qu'une partie de la nation tient, sinoi)^ par sentiment, au moins beaucoup par intérêt , à la mpDarchie arbitraire. J'aide les analogies, mais> c'est lorsqu'on en tîre une inférence favorablç à la cause que l'on soutient, surtout quand cette, cause «st juste. Sans doute, comme le dit Montçs-

quieu, la religion a sa racine dans le piel; ce il. 3a

îÇgS l«IÈCES JCStItICATïVE&.

qui n^émpêche pa^ que la terre n'ait étë couverte dçs crimes (commis en son nom , et que le fanatisme ne^Pait fait envisager aux pe.uples comme un monstre sorti des enCers; aussi il se peut (( que la monarchie française ait «a racine dans le cœur 'de la plupart et même de tous ceux qui habitent ce vaste empire » . Mais bientôt elle n'y serait plus , si un massacre natioqjil devait en être le prix. C'est aux monarques à faire aimer et respecter la monarchie ; cet ai^our et ce respect , s'il était sans fondement de la part des peuples , serait Ja plus dangereuse de toutes les idolâtries. Assurément les Romains ne se lassèrent pas des Tarquins , mais les Tarquins se lassèrent d'être justes; ils se firent chasser plutôt qu'on ne les chassa.

1 5 [uillei ( in jure personnelle ) .

Ùh membreçdénonce un citoyen pour avoir ce matin tenu , dans une tnaison particulière , des propos grossièrement ir^jurieux contre M. Robespierre ; cette dénonciation produit un soulèvement général. Le citoyen accusé monte ii la tribune et nie une partie de l'accusation ^

sur le tout ^ la société passe à Tordre 4u jour, niais une partie de ceux qui s'-étaient opposés à çcft arrêté volent auprès de f accusé et le pou9sent avec force hors de l'assemblée. M. Laclos, qui présidait en l'absence de M. fioucbe , fait tous 86fS efforts pour apaiser le tumulte que cette accusation , la défense de l'aecûsé ^ Tarrèté de l'assemblée délibéré trés^précipitamment, $t la violence faîte àil^accusé) avaient occasionné; il se couvre, insiste pour qu'on réintégre le membre expulsé. Enfin pn s'arrête à, la proposition de nommer des commissaires sur cet o]>jet, et le calme renatt peu à peu.

M. le président nomme les commissaires pour le rapport du membre accusé d'avoir injurié M. Robespierre, qui vient de rentrer, dans l'assemblée au miliea des applaudissements.

M. RoBESPiBRRE. J'ai Un double motif , messieurs, de regretter dé ne.m'être pas trouvé plus tôt au milieu devous, celui d'avoir perdu l'occasion de profiter de vos lumières, et celui de n'avoir pu m'opposer à l'arrêté que votre zèle sans doute vous a fait prendre contre une personne

qui ne pouvfiit âtPe coupable ^'^uçi^n^ délits puisque cette personi^e n'a fait qu'e^prûûQçi? sa façQp d^ pisaser^uruii; individu, et que d'aillew^^ quand isifette action iudi0ëreute serait un opiiue^ elle Va niée. J€t prie la société c)q vouloir bien prendre eet objet en coqçiiiéravion ^ de passer à l'ordre du JQ^r «ur |a nc^ina^ion des çQnmiissairea , et de n^nscHl^ ai^bcmi 4éta4 de

eette affaire dana son pr^^riF^b4-

15'ittillet (décret de Passeudil^ nationale sur le dêpsri

M. RoBESPiERRB. Il ost possîbte que rassemblée ait eu ^intention de déekrer I^Ofuis XVI hoT€( de cause , mai^ si je regardé le décret qu^sUe a rendu , je ne vois nullement qu^éUe j déclare cette intention/J'aidetn^ndé ce matin àPassero^t lAée nationale qu^elte s^expliquàt franchement et ouvertement sur cet article ^ elle nVpaa qru de^ voir faire droit à ma motioAj cela posé , je lis le décret, et je vois qu'en y mettant en cause telles ou telles personnes , elle n'a rien décidé du tout ni pour ni contre Louis XVI ; ta question

PriSGSS JUSTIFICATITBS. 5a t

à cet égard reste donc parfàitemeal dans Bon entier.

(M» Laclos propote de faire une pétition à l'assemblée ^ pour manifester le toendu peuple* Danton rappuié en termes tréa énergiques. )

M. BoÉESPiBtiiii» Dàds tee eircotlstânces ou tkimé nous trourons ^ ce serait une couèolatiort de trouyer un moyen légil^ constitutîcgfinel^d^exprimer le vœu delà nafthyn entière* l'ai dit t[u'tt était possible que Fintention de l'assemblée na* tioniilefàt d'écarter LouisXVl dé tout jugemenrt^ Mai» le premier caractère d'une loi doit être Isa elarté, là précision j car ce n'est pas l'intention du tégislateat ^ mais le s^n» clair et précis de la loi qui eomniande l'obéissance } je ne crois paé avancer unô opinion • hardie en gisant que |e cfoîe que la nation peut dire k ses représentantji } Votive décrit^ n'est pas rendu d'une mapiève claire et précise ^ il nous paraît contre nos iirtérélis) expliquez^vous. Voue prononcez sur des compltcefir y ii j a donc un oOupablé y car ja-^mais des complices n'ont existé\sans qu'il y ait de coupable^ Molïtrea^moirle donc^ ou ditesHmoi qu'il est exdepté. Je supp^ôse ^encore que le dé-

5o3 PIÈCES JUSTIFICATIVES^

cret est aussi clair qu'il l'est pau ; il y aurait peut-être encore un moyen de rassurer la natioD sur ses craintes. Louis ', il est vrai y ne pourrait pas être soumis aux peines prononcées par la loi, en vertu xle son inviol2d>ilité ; mais ne serait-il pas possible qu'alors le ]roi ne pût pas être rendu de nouveau dépositaire de la royauté. De ce queLoùis ne puisse pas être puni comme les autres citoyens ^ s'ensuit-il que la France n'ait pas le 4roit^dejinatirer les rênes de l'empire des mains de eë BÔMudataire infidèle? Elle a déclaré pour les mîinistres que, dans le cas pu, elle ne voudrait pas leur faire leur procès,, elle pourrait déclarer qu'ils ont perdu la confiance publique ; ne peut-elle pas faire la même déclaration à l'yard du roi ?

Tel homme a médité, xlans les commencemens des travaux de l'assemblée nationale , des projets de décrets,, qui, avant la fin de la session, a formé celui d'en proposer, d'autres qui rétabliraient insensiblement le despotisme ancien , et se croit en droit de nous traiter de factieux toutes les fois que nous nous élevons contre ces nouveaux décrets. Nous voulons bien obéir à

PIÈCES JUSTIFICATIVES. 5o3k

tous les décrets, même à ceux qui nous paraissant devoir être réformés ;. mais avant que la nation renonce à exprimer son vœu sur ces lois, nous prierons qu'on nous dise comment la nation , pQur qui la constitution a été faite, aurait à cet égard moins de droit que le roi contre qui elle estfaite.

La société n'a sans doute pas oublié que ceux qui, parce que nous soutenons toujouffi; le» principes qu'ils ^utçns^ient a^ors, nous traitent aujourd'hui jiè^f^ieux , que ceux-là disaient à cette tribune, en parlant contre M. de Mirabeau,, qu'il semblait qu'on cherchât à faire une constitution nouvelle dans laquelle à une liberté raisonnée on substituerait le despotisme de l'aristocratie.

Si AjLM. Duport et Alexandre Lameth concevaient abrs ces craintes contre M. de Mirabeau, pourquoi pe- les concevrions-nous pas aujourd'hui que tes hommes qui ont protesté contre les décrets se concertent avec nos adversaires

pour préparer cçsmêmes décrets que MM. Duport et Âleifandre Lameth présageaient déslors.

Prenons le caractère élevé d'hommes libres,

5o^ riÈGBS JUSTIFIG\TIV£Sr.

ne nous laissons pas aller à ces craintes désastreuses qu'on cherche à nous inspirer en disant que la nation ne veut pas revoir les décrets qui peuvent être contraires à la liberté. Rassuronsnous au moment où la seconde législature semblé avancer avec l'avantage d'être enroyée en entier par le peuple.

Vqus devez fixer votre attention sur la tranquillité publique et sur les lois qui restent à faire pour achever la constitution. A te dernier égard ne perdez pas de vue qu'il existe un projet de révision à la faveur duquel les ennembdela constitution pourraient Paltérer entièrement: que les patriotes se réunissent pour vefller sur cette opération.

Quant à l'opinion de M. Laclos , elle me paraît devoir être , sinon rejetée , du moins nft>di' fiée : pourquoi y appeler les mineurs et les femmes? Je voudrais donc plutdt que la société fît une adresse aux sociétés affiliées pour le» instruire de la position où nous sommes , et des mesures fermes que nous aurons adoptées.

PIÈGES JUSTtFlGATIVBS. 5o5

1 8 juillet ( scission feuillantine) .

( Membre! restants : Robespierre , Pétion , Bozot, lloyex , HflBdePiry

GoroUer.)

( On avait proposé d'envoyer une députation aux Feuillants pour opérer la réunion. )

RoBEssiEKKE. Je ne viens pas, messieurs, m'opposer à la mesure proposée par les préopinants , d^envoyer unedéputation à l'assemblée desFeuil* lants , si toutefois la société croit devoir l'adoptér« Je viens Vous soumettre une proposition ; elle tend à vous faire adopter le moyen le^ plus» propre à ramener dans cette société le» membres de rassemblée nationale qui sont vraiment pa«triotes ; elle consiste à présejÉi^ à l'assemblée nationale une adresse dans laqoifllte , consacrant les principes qui vous ont toujours animés , vous vous mettiez par là à Fabrî des calomnies qui s'at* tachent à vous dans ce moment. Le grand reproche qu'on fait à cette société est, dit --on, d'avoir proposé une pétition contraire ii des décrets rendus. Eh bien \ messieurs , il me semble que démontrer que vendredi cette pétition n'était pas contraire aux décrète rendus , dé->

5o& PlèCBS JUSTIFICATIVES.

montrer que depuis elle n'a eu aucune suite, puisque cette pétition n'a pas eu lieu, est, je crois, le moyen le plus propre à désarmer la calomnie. ( Il lit à cet effet uhe adresse qui est adoptée à l'unanimité. ) •

24 juillet (scissioh).

M. Robespierre. Si,, depuis la guerre déclarée à la société , quelques membre^ de l'assemblée nationale et moi nous sommes déterminés ài rentrer dans son sein , nous ne l'avons fait que parce que nous avons pie^sé que le moment où les patriotes étaient attaqués était celui où nous devions nous serrer de plus près j ceux qu'il faut consulter dans cette question sont ceux qui se disent hautement patriotes • et qui ne craignent pas de s'exposera l'ignomime ; il. faut examiner quel est le véritable intérêt public. Ceux qui vous proposent de vous dissoudre pour vous refondre avec les Feuillants ne connaissent point cet intérêt public. Par cette démarche, vous consacreriez formellement tous les reproches qui ont servi de prétexte à la scissi^^n .

( Il conclut à ce qu'il soit décidé , avant tout, que la société avait éfé et serait toujours celle des Amis de la constitution.)

l"août.

Projet d'adresie aux sociétés affiliées présenté par Robespierre.

Frères et amis, il nous est aussi permis de reprendre avec vous une correspondance dont le patriotisme est le lien , et la bonheur public Tobjet; nous espérons que ce temps de. crise ne sera pas perdu pour la patrie : il est du moins fécond en événements qui peuvent affliger , mais donner une grande leçon ; déjà les nuages dont l'intrigue et la calomnie les avaient enveloppés commencent à se dissiper ; déjà le témoignage de l'estime des sociétés affiliées à la nôtre nous console de nos peines. Frères et amis , la persécution s'est attachée à nous , et nous osoips dire que nous en étions dignes^ elle ne nous a ni surpris ni déconcertés ; nous avons yu tranquillement dep citoyens égarés s'éloigner de nous ; l'innocence nous reste , nous avons espéré que le patriotisme triompherait; d'heureux présages annoncent que nous ne sommes point

5o8 PIÈCES JUSTÏFICÀTITE».

trompés. Ce n'est point pour lioire JustifioâtioD ftî pour notre gloîre , e'eitpotir llKiiirtmif de la vérité que nous alloM totl& trader te récit dos faits arrivés.

Une pétition avait été arrêtée dans la saUe de notre socfété ; mais la séance était levée , et il ne restait que qudqUed membres $aspck:l;s que nous ne comptons plus^ parmi nou^^ an milieu d^tine fonte de citoyens qai y étaient v^ hus apporter cette même pétition. L'objet eo était de prier rassemblée twcionale de ne point réintégrer Louis XVI jtifiKjti'i ce que ta nation eût émi^ son \ùstk sur cette grande question. Au moment oà la pétition aVait été arrêtée ^ il n'y avait àuctme décision de rassemblée nationale ; le lendemain , lés citoyens qui voulaient fadopter se rendirent *au Ghamp-de-Mars k h fédération , paisiblement et ssins armiôs? ^ pour la signer sur Tautet de )â paitrie , après avoir ^ conformément aux décrets ^ averti la municipalité du lieu et de l'objet du rassemblement. Le lendemain, d'autres citoyens s'y rendirent dans* les mêmes intentions. Vers les sept heures du matin , dans un moment où peu de monde

MÈCB5 IV$TIFICATIYB^• Spp

était assemblé ^ deux hommes sont trouvés Bousrautel dé la patrie avec des provisions ; ib avaient déjà fait quelques trous ; <:ette décou^ verte frappe d'abord les esprits :, on croit que ces deux hommes ont étét- apostés pour fair^ «auter TauteL de la patrio^ quand les citoyens .y seront assemblée en plus grand nombre } on les conduit ches le premier commissaire de polioe ; dans leur interrogatoire ^ ils disent des choses qui ne rassurent point sur leurs intentions ^ et on tes envoie en prison. En sortant, h peuple les arracho des mains de la garde , ils perdent la vie : ce déiîtde qùekiues individus est attribué auir (Moyens patriotes quiTimprou»* Taient,

Dans le cours de bf matinée , les pétitiointiaires arrivaient sucqesAtvement à des. heures différentes* Trois heures après le premier éréinement , d^s officiers municipaux étaient venus mveo un vdél;achement de^ardb nationale et des oanons : iU n'avaient trouvé que des. citoyens jpaisibles discutan^et signant la pétition sur l'au^ tel de la patrie. Gottvoineus que rien ne pou^ vait provoquer l'appareil militaire ^ ila s-étaient

5fO PIÈCES lUStlFIGAtlYES.

retirés avec la garde nationale et les canons : le calme le plus profond , l'ordre le, plus parfait régnaient partout.

' Vers six ou sept heures du soir^ arrivent de nouveaux détachements avec de l'artillerie — Lé sang a coulé !/. . Nous sommes loin d'accuser nos concitoyens 5 ce seraiç étire injuste ; leur intérêt n'est -il pas le nôtre? Nous n'avons point de reproches à faire , nous n'avons que <les larmes à répandre. Noua plaignons le peuple, les gardes nationales ; nous plaignons les victimes ; nous plaignons plus encore les auteurs du carnage : nous avons pleuré ici sur le sort des gardes nationdes qui ont vaincu à Nancy ; nous avons pleuré, nous pleurons encore sur les soldats malheureux , sur les citoyens dont le sang a souillé cette cité ; nous plaignons cette nation confiante et légère que des intrigants trompent avec tant de facilité. Un grand motif de consolation nous reste \ nous espérons que tous les citoyens, instruits par cet exemple funeste, se hâteront de se jurer une paix fraternelle, une concorde inaltérable sur les tombeaux qui viennent de s'ouvrir.

nfeCCS JUSTÎFÎC ATÏVES . 5 1 1

De tous les faits qui peuvent faire sentir la nécessite de cette réunion , il en est deux essentiels à remarquer : d'un côté , l'on parait convaincu que , dans jun certain endroit du Charnp-de- Mars , des hommes gagnés jetèrent des piérides aux gardes nationales j de l'autre , il est certain que l'on fit feu sur les citoyens , avant que les formalités de la loimartiale eusserit été remplies. Lé premier de ces deux faits peut seul expliquer le second. Il paratt prouvé que, dans cette àdtion , un homme voulut tirer sur le général un coup de pistolet qui n§ partit point ; M. de Lafayette lui accorda, dit-on, sa grâce. Nous n''insisterons pas davantage sur cet accident, qui était propre à irriter les gardes nationales contre le peuple. Depuis long-temps on voyait se déve-

lopper le funeste système d'animer les citoyens non arn^és contre les citoyens armés , et les citoyens armés contre les citoyens non armés. Le JOUI* de la fédération , des pierres avaient été jer tées à des gardes nationales qui vengèrent cette insulte dans le sang des agresseurs. On assure Tnéme que, depuis la fatale journée, des gardes nationales ont été attaquées ; les unes par des

5 12 PIÈCES JUSTIFICATIVfiS.

citoyens, dont les proches ont péri au champ de la fédération ^ les autres par des émissaires de nos ennemis.

O citoyens ! qui que vous soyez , hâtez-vous a'ensevelir dans l'oubli, ce terrible jour : apprenez à^déméler les artifices, de ceu:i^ qui veulent vous faire armer les uns contre les autres. Puisse une réunion à jamais durable consoler la patrie de la perjte de cette multitude de Français ! Puisse*-t*elle venger ce peuple généreux d'un sang qui a rougi ces mêmes lieux qui un an ail^ paravant présentaientle spectacle de la concorde et de l'amitié réuniesl Répandez cet esprit d'union ainécessaire ; répandez cet amour du peu[^ qui respecte les droits sacrés des hommes, sans lequel il n'y a ni paix , ni justice, ni moeurs publiques, ni liberté , ni bonheur»

Cependant nous vous devons le récit de ce <)ni suivit cette scène funeste. Déjà déchirés par fimage de tant de maux , nous eûmes la douleur 'de voir que les citoyens trooipés nous les imputalent : à l'acharnement de nos calomniateurs , il étak £stcile de reco-nnaitre la complot de nous diffamer. Heui^ux et mille fois heureux le ci-

PIÈCES JUSTIFICATIVES. 5l3

toyen paisible qui vit loin du théâtre où régnent les factions ! Heureux celui qui ne soupçonne pas les vils ressorts de l'intrigue! nous avons vu la liberté de la presse attaquée ; les citoyens arrêtés , forcés à fuir; les sociétés populaires et les clubs menacés d'une prochaine destruction ; nous avons cru un instant à la résurrection du despotisme et à la mort de la liberté : il nous a fallu tout le courage que donne le suffrage d'une conscience pure pour ne pis succomber à notre douleur.

C'est dans ces circonstances critiques qu'un nouveau coup nous fut porté. Des gens qui , après avoir fait la guerre à la société, étaient venus s'y réunir dans un moment où ils croyaient avoir besoin de ^e couvrir de son nom ; d'autres qui l'avaient fréquentée tantôt avec assiduité , tantôt avec indifférence , choisirent cette circonstance pour la dissoudre : ils entraînèrent avec eux quelques membres de l'assemblée nationale. Dans les adresses qu'ils ont envoyées à nos sociétés afiîliées, ils nous présentent comme des factieux. Vous connaissez mieux

que nous tous les moyens qu'ils ont employés : II. 33

5l4 PIÈCES JUSTIFICATIVES.

c'est de vous-rmémes que nous avons appris que ces adresses avaient été envoyées par dès courriers extraordinaires , porteurs des discours de quelques membres de l'assemblée et des décrets. Nous avons tout sacrifié avec la résignation de l'innocence. Nous avons été deux fois les inviter

à rentrer dans le sein de la société mère : ils ont

répondu qu'il n'y avait pas lieu à délibérer. ... ! Ils nous ont envoyé leurs règlements sur l'admission à la nouvelle société. Nous les aurions acceptés avec joie , s'ils n'avaient exclu tous ceux qui ne sont pas citoyens actifs ou fils de citoyens actifs. Pénétrés d'un patriotisme indépendant d'aucune vue particulière, nous n'avons pas voulu nous engager à rejeter les plus fermes appuis de la constitution , la classe la plus honorable de l'humanité , parce qu'elle avait le malheur de ne pouvoir payer une certaine somme d'impôt.

Nous avons' attribué cet arrêté non à la majorite du club des Feuillants, qui est tout entière dans nos sentiments , mais à quelques individus qui ont su l'attirer pour un instant. Nous avons dit : S'ils ne se réunissent que pour propager

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les bons principes , ils seconderont nos vceux : s'ils veulent le contraire , nos principes triompheront bientôt du machiavélisme. Nous ne sommes ni des ambitieux qui veulent étendre leur parti, ni des souverains qui craignent une puissance rivale ; nous voulons que la raison triomphe.

D'ailleurs , nous avons tous compté sur le retour prochain des amis de la liberté , et déjà ces avantages nous ont été garantis par l'apparition dans nos assemblées de quelques membres de l'assemblée nationale. Nous savons que beaucoup d'autres ne sont restés aux Feuillants que pour balancer la malheureuse influence des factieux. Nous avons été au-devant de leurs vœux en épurant notre soHiîété.

C'est à vous à juger si vous nous trouvez encore indignes de vous... Veillez sur les ennemis de la patrie , sur les faux aiiiis ; que les factieux soient partout confondus; que la paix et la justice l'emportent ; que la liberté , brillante des charmes de la vertu, attire tous les cœurs, réunisse tous les partis. Nos vœux seront remplis 1

( On nomma des commissaires. )

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Dans la séance du lendemain^ Robespierre vint protester à la tribune contre deux phrases de ce discours, celle-ci : // ne restait plus que quelques membres suspects que nous ne comptons plus parmi nous, etc. , etc, ; et cette autre : En sortant y le peuple les arrache des mains de la garde.

Il fait observer qu'il n'a rien prononcé de pareil : la première phrase étant injurieuse pour une partie de l'assemblée , l'autre pour le peuple. Il ne dit pas quels ont été ses véritables termes. Il demande que le journaliste insère son désaveu.

Une légère discussion s'élève ; Deflers , le rédacteur du journal , est en prison. Le n** dont on se plaint a été rédigé par G... N. qui sera renvoyé de la rédaction, et sur le compte duquel on prendra des renseignements, pour le rejeter, s'il y a lieu , de l'assemblée.

21 août (scission).

(M. de Sillery avait proposé l'envoi d'une lettre aux Feuillants pour opérer la réunion. ) M. Robespierre. « Je sais bien ce qu'il y a de

délicat dans une pareille délibération. Je sais bien quels sont les avantages des ennemis de la constitution sur ses amis ; je ne suis, point effrayé de ces avantages; et plus je vois leur triomphe certain , et plus une fière indifférence m'élève au-dessus d'eux. Messieurs, vous ignorez peut-être que demain est à l'ordre du jour un projet du comité de constitution, qui contient une constitution nouvelle , qui remet les Français sous le joug du despotisme! Oui , Français, vous ignorez qu'il n'y a pas un seul de ses articles qui ne suffise pour détruire la liberté. Nous n'avons que quelques heures, et vous allez les employer à délibérer sur une proposition sur laquelle la société a prononcé deux fois-.. Eh bien ! je vais négliger lesgrands intérêts publics, perdez cette séance, et demain, que nous soyons abandonnés à ceux qui vont donner au roi toutes les forces nécessaires pour opprimer la liberté. . . La liberté de la presse est anéantie formellement: il n'est pas même admis l'amendement proposé par M. Pétion !... Ce sont toutes les démarches que l'on a faites qui ont retardé la réunion : il n'était pas un seul membre patriote des Feu il-

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lants qui ne fût résolu à se réunir ici ; mais on a projeté de leur envoyer une lettre dMnvitation , ils ont attendu cette lettre ^ ils ont eu des scrupules ; la raison triomphant ^ le bien public aurait triomphé ; ils se seraient réunis • n

Il demande l'ordre du jour, qui est rejeté.

22 août (sur la liberté de la presse).

J'attache peu d'importance au mot outrage ou aviUssement^i). Il est plus intéressant de s'occuper dé l'article qui concerne les calomnies

contre les fonctionnaires publics. Je pense bien que les calomniateurs doivent être poursuivis en justice; cependant je crois que les fonctionnaires doivent être soumis à la censure de l'opinion publique, qui doit toujours être parfaitement libre. Si le magistrat avait le droit de poursuivre tous ses calomniateurs, l'écrivain patriote, qui chercherait à faire observer la conduite du magistrat , serait obligé de lutter inégalement avec le magistrat toutes les fois qu'il parlerait de lui. Le fonctionnaire public qui sera accusé à tort

(i) Ces mots avaient été la matière d'une discussion à rassemblée nationale.

PIÈGES JUSTIFICATIVES. Sig

saura, par l'exposé de sa conduite irréprochable, faire sortir sa vertu brillante d'un plus bel éclat. Les blessures de la calomnie ne sont dangereuses que sous le despotisme : l'homme vertueux, qui s'est dévoué pour la patrie, est calomnié; mais aussi la liberté de la presse reste entière , et sans elle point de liberté.

24 août (sur les princes du sang).

La question qui doit être traitée à l'assemblée nationale est celle que M. Sillery a déjà traitée ici. L'article soumis à la délibération porte que les membres de la famille royale , étant seuls appelés à la dignité héréditaire , forment une classe distinguée des citoyens et ne peuvent user des droits de citoyen actif. Il n'est pas difficile aux vrais amis de la liberté d'apprécier une pareille proposition , qui est contraire aux principes de la constitution. Le comité veut concentrer dans le royaume ujjc famille distinguée des autres citoyens : quel est le motif de cette distinction ? C'est que les parents du roi sont appelés h une dignité héréditaire. Il s'ensuit que la loi a jugé qu'il était de l'intérêt public qu'il y eût une por-

SaO PIÈGES JUSTIFICATIVES.

tion de citoyens privilégiés ; et ce privilège est de n'être pas citoyen actif.

(Le président Pétion observe que les comités ont changé de batterie ; qu'ils sont convenus de laisser aux parents du roi les droits de citoyen actif, en les rendant inhabiles à être élus à aucune place ; ils appuient ce raisonnement sur ce que les parents du roi, étant déjà éhcs de divit pour régner, ne peuvent cumuler deiiœ places à la fois. )

Robespierre reprend : Le comité a*appuyé sou système sur celui des substitutions : les substitutions le condamnent elles-mêmes; car ceux en faveur desquels est faite la substitution n'y ont aucun droit qu'à la mort de celui qui substitue; jusque-là ils sont totalement étrangers à la propriété. Le comité a voulu , comme de coutume , présenter cette violation de tous les principes sous les dehors de l'intérêt public. Ha dit ^ qu'il fallait donner une grande distinction aux membres de la famille rovale ^ afin de relever l'éclat du trône : mais prétendre élever une famille au-dessus des droits de citoyen , n'est autre chose qu'avilir la qualité de citoyen : c'est reconnaître

formellement que le plus haut degré de la gloire consiste à être plus que citoyen. Une telle déclaration est un outrage fait au souverain (i)

(i) Ces extraits des discours de Robespierre aux Jacobins et une grande partit; des autres pièces justificatives sont dus à la bieriveillancc de M. Deschiens , avocat à la cour royale de Paris , résidant à Versailles , auteur de la Bibliographie des Journaux ^ qui a mis à noti*c disposition la plus magnifique collection qui existe sur la révolution française. Cette collection, fruit de quarante années de travaux et de patience; , est un véritable monument national, qu'un ministère jaloux de conserver à l'histoire ses plus précieuses sources devrait s'empresser d'acquérîr.

(Note de l'éditeur.)

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OBJET ET DATE

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