‹ Mémoires authentiques de Maximilien de RobespierreChapitre 44 sur 49 · AUX FRANÇAIS · texte numérisé non relu

AUX FRANÇAIS

(EXTRAITS

On meTorce à défendre à la fois mon honneur et ma patrie. Je remplirai cette double tâche. Je remercie mes calomniateurs de me Pavoîr imposée. Ils m'ont dénoncé clandestinement, et cependant dans toutes les parties de l'empire, comme un factieux, comme un ennemi de la constitution. Ce ne sont pas des adversaires faibles, des calomniateurs vulgaires qui me poursuivent; c'est une faction qui se flatte de dominer au sein de l'assemblée nationale^ et qui se croit toute puissante dans l'état;

ce n'est pas moi qu'ils attaquent, ce sont mes principes ; c'est la causé du peuple qu'ils Veulent accabler, eh opprimant tous ses défenseurs. Me ravir à la fois les moyens de servir mon pays et l'honneur, c'est trop d'atrocités réunies ; s'il faut que je voie la liberté succomber sous leurs efforts, je veux du moins, en périssant pour elle , laisser à la postérité un nom sans tâche , et

un exemple que lès honnêtes gens puissent imiter. Nation souveraine, nation digne d'être heureuse et libre, c'est à vous qu'il appartient de, juger vos représentants ; c'est (levant vous que je veux défendre ma cause et la vôtre; c'est à votre tribunal que j'appelle mes adversaîfes. Il est temps qu'ils comparaissent aussi devant vous. Je vais vous dévoiler par quelles traînes l'intrigue sait accabler l'innocence et mettre la liberté en péril. Après m'étre justifié moi-même, je développerai à vos yeux la véritable .cause des maux que ma patrie a déjà soufferts, et de ceux qui la menacent encore.

Avant tout, qu'il mé soit permis d'invoquer une règle assez sûre pour me juger. Si je puis rapporter toute ma conduite à un principe uni-

4a6 PIECES JUSTIFICATIVES.

que , et que ce principe soit homiéte ^ pur« (te quel front oies adversaires pQuriTdiei^t-jis )uî cherche^ (les motifs coupables , . et me inettrf au rang des enneinis de la patrie 7 Or^ je vai§ ici leur révéler ixipi-iiiéine tout \P secret de pçtte roidpur inflexible qui leur a faut déplu^ et qu'ils ont érigée en crime , depuis qu'ils se çroiejnt ^ sez forts pour m'ppprim^r.

Les principes que j'ai apportés à l'assem^blép^ des représentants du peuple , et que j.'ai cQpr stainment spiitenus (j'en atteste la France eur tiére)^ son( ceu^ que l'assemblée p^^tioi^ale ^ spIeQuelleinenlt reconav^s ) par 1^ déclaration des droits,, cpmme les s^eules basea légitimas de toute constitution politique et de toute sqci^té huin^ine. J'avoue quç je n'ai jamais regardé çettç ç[éç]^ration dçs droits comme une vaine tjiéariis, mais bien çpmnie des maximes de justice , ^^\T verselles^ inaltérables^ imprescriptibles , faites ppyr étk^e appliquées à tous les peuples* S^9X. yv que le moment de fon4èr sur elles le boph^ur et la liber);é de notre patrie était arrivé , et que, s'il i^pus éc^app^iit , laFrance^t l'humanité eutière retpjmbi^ient pour la durée des sièdes. d^m»

, PIÈCES JU^TIFDCATl¥SS« 4^7

^li^ Içsf pi^ùx al dans tous lis8 yipçs quifiyaiant presque partout dégrada Tesyp^ce humaine ; ^\ j'ai juré dp iQCHirir plutôt que de Q^s^r W ffliT stant de les défendre.

J^aicfu que le pouvoir du 4^po^î$^<P ^t^ l^f

Qialheurs des nations n'étsfnt ^utre chofiie qu^ ^

violation <^es drpits iippérisçatJe^ d.a ^hpiPPAa ^

B\> le renversei^ent d^ loià ^aprées 4e la qat^f j^

1^ Yérit^ble n^is^iori d^s reprf^AtaQts du pe^r

pie était de ramener l^ Mgislatipn i^ pe prt^çipç^

J'ai cru que ^\ la polHiqU^ des d^^potes oif 4^

leurs agei^ts était difTénnte pu ep^mie da 1^

morale 9 çej[le dçs fondateiirs dfi jia Ub^^é ^9

pouvait être q^p I9 P^pr^la méip^ ; qu'ainsi^ k)ix)i

de prendre ppuF réglas La fausse prudence , I99

raaxinies lâchas et perfides des .première , npifs

lie d^vipns pous poncer qu'^ Tautorif é ^ la rair

son et à Pascapdapt de I9 yep|m qu'au \\p^ ^

rabaisser las aioaes des Friinçais aux préjugeai 1

aux habitudes de l'ancien gouverneiiien^ , il fs^lr

lait les redresser à la hautatir dàs> ame^ libres*

Je n';s|ii pru ni Qpx principes ni au génie de Qwx

qui) sa dppnant pour gommas d'état parce qq'il^

D'étaiçnt ni pbi^osopl^es, ni justes v ni hui]d0ia9^

4^8 PIÈCES JUSTIFICATIVES i

affectaient de se défier où du bon sens ou du

patriotisme des Français, pour prolonger éternellenient parmi nous l'ignorance et la serritude. Loin d'adopter leurs transactions étemelles avec la raison et la vérité, j'ai vu iqu'il était

pluifacHe à rassemblée nationale de fonder la

liberté que- de rétablir le despotisme ; j'ai vu

que, dépositaire du pouvoir souverain, victorieuse dé toutes les tyrannies qui avaient disparu devant la majesté du peuple , envîronliée de la confiance et de la force d'une grande nation, il ne lur restait qu'à seconder cet élan généreux qiii portait les Français vers la liberté ; qu'en réprimant les coniplots de l'aristocratie déconcertée, en protégeant les faibles opprimés, en punissant leâ oppresseurs puissants, en déployant , envers le dépositaire provisoire du pouvoir exécutif^ la dignité qui convient aux représentants du souverain ; enfin , en présentant aux peuples dès lois toujours puisées dàhsles principes' éternels de la justice, toujours conformes à l'intérêt général , elle eût bientôt étabK

et consolidé les bases de la régénération et de la félicité publique. Mais si des ambitieux , étran-^

PIÈCEvS JUSTIFICATIVES. 4^9^

gers par leur caractère et par leur éducation au sentiment de l'égalité et à Pamour du peuple^ venaient se«iéler à ses représentants pour les tromper et pour les diviser, s'ils osaient se déclarer les chefs de la révolution, pour la diriger vers leur but particulier, par toutes lèsi mar ' nœuvres de l'intrigue eX p?ir tous . leô artifices des cours, j'ai pensé qu'on verrait bientôt les ennemis de la liberté dominer sous le masque du civisme; que, composant sans cesaeayec les principes , xlonnant aux vices et aux préjugés le temps de se réveiller, nous arriverions de fai*blesse en faiblesse , et d'erreur eu errjeur, à un état à peu prés tel que le premier; que l'ancien despote, toujours ménagé, toujours caressé, toujours adoré, recouvrant promptement des moyens immenses ^è force et de séduction, ralliant autour de lui tous les ennemis dé<H^s et secrets de la cause publique , semant ^ division et la corruption au dedans, entretenant des intelligences coupables au dehors , nous forcerait bientôt à reprendre nos chaînes , eu a acheter au prix du sang la liberté que nous avions conquise par la seule force de la raison.

0O PitCt^ JUSTIFICAtlTES*

Pénétré de ces idées , j^ai peiisë que tous les décrets dé (^asséiiibléeiiatidliâle, que tdUteâmès opinions du môih^ he devaient étire que lés conséquentes dé ce doublé principe , auquel peut se réduire ia (féclaration dés droite de rhominé et du citoyen , l'égalité des droîis et b sôtivëràihetë dé la nàtioa;

J'ai crb que l'égalité des droits devait s'é^ tendre àfottèlès citoyens. J'ai cru que la nation téhféttûiit àtissi la classe' laborieuse , et tous iinh distinction de fortune. Je savais que ceui qiii étaient les premières victimes dés injustices humaines ne pouvaient être étrangers aux soins de ceux qui étaient envoyés pour ïei réparer ; je Savais que j'étais le représentant dé tëtix-^i , au moins autant Kfilte des autres ; et s'il fsLixi que je l'avoué, je fMbals à leurs intérêts ipA!!^|Hf^ sentiment , impérieux qui nous porté vérâ les hbmméS faibles, qui m'avait toujours attaché à la cause des malheureux , autant ^tté par là connsiisâance raisonnée de mes détibirs.

Opposiotlfe-ftcrtis te* prîticipesde là constitution

t^tdlSS JtftTIFICATtVBÎS. 4^1

à quelque motion ministérielle : nôtld étions des fôetieux. Prétendions- nous quHI ne fallait pas dbanger les corps administratifs en instruments pâ&diFid et aveugles dé la cour et des ministres : Hbus étions des factieux. Disions-nous qu'il hê fallait pas donner à uii mihtstre le droit dé faire iirréter arbiifaireméni; les citoyens dans toute rétendue de là FràHicë, sous le prétexte vague de b àûrété dé l'état du du respect pour la personne du roi (i) : iiôùs étions des factieux, de^ ^républicains.

Trouvions - iiôûs étrange que le comité de constitution eàt proposé dé punir de deux ans •dé pn$t)h^^l6a de bannissement k perpétuité , en :<::às de récidive , toiit citoyen qtii aurait mal l^aHé du roi , bu â^^ai femme , ou de sa sœur , 6u de son fils: hoUdJi^iôns des factieux (2). Si hôus réclamions lés droits de la nation, s;^||hmis déféhdioné ià cause des individus opprimés : ndUs étions âeé factieux. Défendiohs - nous ta

(f) Le projet du comité de copstitution sur l'organisation du ministère.

(2) Le projet du comité de constitution sur la police correctionnelle.

liberté indéfinie de la presse ; demandions-nous que le droit de pétition fût laissé à tous , sans distinction ^ comme un droit inaliénable de la nature et de la société : nous étions des factieux. Faisions-nous paraître quelque inquiétude sur le parti de remettre entre les mains de Ja cour le trésor public , grossi des biens immenses du ci-devant clergé : nous étions des factieux , des républicains. Prétendions-nous qu'il ne fallait pas croire aisément au patriotisme et aux vertus de la cour ou de ses créatures , ni se reposer sur elle du soin de notre liberté , de notre défense, de celui de régler nos intérétsavecles puis» . sauces étrangères : nous étions appelés des factieux , des républicains. Et par qui? par les partisans les plus connus du pouvoir ministériel , par des hommes qui, naguère, divisés entre eux, s'accusaient réciproquement, à la face de l'univers , d'être des factieux et des ennemis de la liberté (i); qui, dans ce temps-là même ,

(i) Qui n a pas entendu parler des querelles de ce que l'on appelait le parti Lameth-Barnave-Duport avec ce qu'on nommait le parti La Fayctte-Dandré-Cliapellier- Desmeuniei's , av€c tout le club de 89 , etc.? Que Ton se

Places JUSTIFICATIVES. ^33

tachant très bien que des factieux ne se dévouent pas , pour la défense des droits de l'humanité, à la haine de tous les hommes puissants et aux fureurs de tous les partis , avaient

rappelle la fameuse séance des Jacobins du 28 février, où MM. Duport et Alexandre Lameth dénoncèrent MM. Dandré , Ghapellier, Beaumetz , du Quesnoî , Mirabeau , et le comité de constitution , comme les plus dangereux ennemis de la liberté } qu'on lise dans le Moniteur les lettres écrites dans le même temps par MM. Beaumetz , Dandré , du Quesnoi , Chapellier , avec quel mépris ils parlent de leurs adversaires! Qu'on lise aussi, entre autres, deux journaux destinés à propager la doctrine du club de 1 789 et à préconiser ses héros , l'Ami des Patriotes^ par M. du Quesnoi , représentant de la nation française, et les Observations du Postillon par Calais y par M. Begnault , de Saint-Jean-d'Ângëly , représentant de la même nation 5 que Ton examine les faits graves qu ils reprochent à ce * qu on appelle le parti Lameth , et en même temps qu ils vantent notre droiture (nous, dont ils adoptaient bien moins encore lés opinions), ils la mettent en opposition isec le charlatanisme et les iuti^igues coupables qu'ils imputent à leurs adversaires. Mais lisez quelque temps après ces mêmes journalistes et tous les libel listes attachés à ce parti , voyez les Lameth , Duport , Barnave , métamorphosés tout à coup , par ces braves folliculaires , en héros de la patrie , et mcJi en factieux ^ en ennemi de la liberté , en homme profondément pervers , en monstre , ajnsi que tous les députés qui ont persévéré à défendre les droits du peuple et les principes de la constitution ; et jugez.

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