‹ Mémoires authentiquesChapitre 109 sur 146 · NÉGOCIA.TION SECRÈTE AVEC LA PRUSSE · texte numérisé non relu

NÉGOCIA.TION SECRÈTE AVEC LA PRUSSE

pour tous deux, étoit que M. de Rottembourg ne traitât qu'avec S. M. Aucun de ses ministres n'en fut informé, et il n'y eut que M. de Richelieu, avec qui M. de Rottembourg a voit permission de prendre les arrangements pour voir le Roi. M. de Richelieu convint [de faire en sorte], selon les ordres qu'il auroit, pour que M. de Rottembourg pût voir le Roi chez M*"® de la Tournelle, et l'assura que ce qu'il désiroit seroit fait dans la soirée. Après avoir parlé avec lui de leur ancien temps et de la vie qu'il menoit en Prusse, M. de Richelieu le renvoya et partit pour Choisy. Il alla tout de suite chez M™" de la Tournelle. Le Roi y étoit ; on lui dit qu'il ne pouvoit entrer, comme il le savoit bien ; mais hardiment, il entr'ouvrit la porte. Le Roi, fort étonné, l'ayant aperçu, lui demanda par quel hasard il étoit là. M. de Richelieu lui dit que c'étoit par un hasard dont S. M. seroit peut-être plus surprise que lui, et dont il n'avoit pas à perdre un moment pour lui rendre compte. M. de Richelieu entra et rendit compte d'abord de sa conversation avec M. de Rottembourg. M'"* de la Tournelle parla la première et dit au Roi ; « Que dites-vous de cela » ? S. M. répondit : « Cela peut être très bon ; mais il faut l'examiner ». Il fit à M. de Richelieu plusieurs questions : sur quoi, ils raisonnèrent quelques moments, et enfin, il lui dit qu'il alloit réfléchir à tout cela et à la manière dont il pourroit voir M. de Rottembourg K M. de Richelieu se retira ensuite,

1. Cette scène est rappelée par M""^ de Tencin, dans une lettre au duc de Richelieu, du 14 juillet [1745] : « Quand ce

jusqu'au souper, pendant lequel il se mit à l'ordinaire, près de M™" de la Tournelle, qui lui dit que le Roi avoit fait beaucoup de réflexions sur cette aventure, qu'il lui diroil après souper la manière de recevoir M. de Rottembourg, et comment il le lui araèneroit à Versailles, chez elle. En effet, après .souper, le Roi lui donna ses ordres, et M. de Richelieu introduisit M. de Rottembourg, qui remit à S. M. un projet de traité, qui fut, pour ainsi dire, convenu ; mais M. de Richelieu fit faire la réflexion au Roi qu'il croyoit que, pour la forme et par considération pour son Conseil, il convenoit que quelques ministres vissent le traité et le dressassent. M. de Richelieu avait beaucoup d'intérêt personnel à le désirer, et cela étoit important pour lui particulièrement. Il lui semble, autant qu'il s'en peut

prince vous adressa son envoyé pour proposer au Roi d'attaquer en même temps la reine de Hongrie, quand il entreroit en Silésie, malgré mon désir de voir tout en beau, je n'eus pas une très grande opinion de ce qui devoit arriver, à cause de la nonchalance du maître. Vous devez vous ressouvenir que, quand vous vous fîtes annoncer à Choisy, dans un moment où il étoit en tête-à-tête avec M""'' de la Tournelle, pour lui faire part des propositions du roi de Prusse, il ne montra aucun empressement pour recevoir l'envoyé, qui vouloit lui parler sans conférer avec les ministres. Ce fut vous qui le pressâtes de vous donner une heure pour le lendemain : vous fûtes étonné vousmême, mon cher duc, du peu de mots qu'il articula à cet envoyé, et de ce qu'il étoit comme un écolier qui a besoin de son précepteur. Il n'eut pas la force de rien décider ; il fallut qu'il recourût à ses Mentors, qui, par leur lenteur et la manière dont ils disposèrent les choses, firent manquer l'opération. Le roi de Prusse jugeoit Louis XV d'après lui, etc.. » [Vie privée, t. Il, p. 452;.

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