LE DUC DE RICHELIEU AMBASSADEUR A VIENNE
Le mariage du feu Roi ' avoit été arrêté avec la fille du roi d'Espagne ; ni l'un ni l'autre n'étant encore dans l'âge nubile, il avoit été convenu que l'infante achèveroit son éducation en France, pour qu'elle pût être plus agréable au Roi son mari. Des circonstances particulières et une petite maladie de S. M. causèrent l'effroi de sa perte, que l'on pouvoit craindre à tous moments ; d'autres circonstances encore firent prendre la résolution de marier le Roi
1. Pour ce premier fragment nous donnons d'abord le texte du manuscrit des Mémoires ; mais, comme il est assez succinct, nous le faisons suivre de celui du .Mémoire que le maréchal adressa en 1783 à Louis XVI sur divers événements de sa carrière, qui est plus complet et plus détaillé.
2. Louis XV. Nous rappelons que le maréchal écrit après 1783. ^
et de renvoyer l'infante, ce qui mit le roi et la reine d'Espagne dans la plus grande colère. Aussi songèrent-ils dès lors à la vengeance qu'ils en pourroient prendre et à marier leur second fils avec l'archiduchesse héritière de tous les états de l'Empereur. Le roi d'Espagne envoya pour amhassadeur à Vienne M. de Ripperda, favori de la reine [d'Espagne], avec ordre de tenter la réussite de ce projet de mariage, avec le secours des trésors du Pérou pour tâcher de gagner les ministres, barrer la cour de France en toutes occasions, et même les faire naître, s'il étoit possible.
Ce fut dans cette circonstance que M. le duc de Richelieu venoit d'arriver à Vienne ^ Il y fut reçu fort honnêtement 2, mais avec une réserve et une méfiance qui alloient au delà de ce que l'on peut imaginer, et avec la possibilité d'avoir un esclandre
1. La correspondance relative à son ambassade est au Dépôt des Affaires étrangères : Autriche, Corresp. polit., vol. 146-158 et supplément 9, et Mém. et doc, vol. 7, 19 et 20. Sur ses négociations, on trouvera des renseignements dans les ouvrages suivants : comte de Bâillon, Lord Walpole à la cour de France, écrit d'après les documents de l'ambassadeur anglais ; G. Syveton, Une cour et un ai>enturier au XV IIP siècle (1896), d'après les archives de Vienne, ouvrage très important pour l'ambassade de Ripperda, ainsi que le suivant : La arnbajada del baron de Ripperda a Vicna, par Rodriguez Villa, dans le Bulletin de l'Académie royale d'histoire de Madrid, 1897 ; A. Baudrillart, Philippe V et la cour de France, t. III ; les tomes IV et V des Mémoires de Villars, publiés par le marquis de Vogue ; Jean Dureng, Le duc de Bourbon et V Angleterre, 1911, etc.
2. Villars l'avait recommandé chaudement au prince Eugène (M" de Vogiié, Villars d'après sa correspondance, t. II, p. 156- 157).
OU une bataille avec l'ambassadeur d'Espagne pour la préséance, qu'il avoit ordre de sa cour de soutenir à quelque prix que ce fût ^
M. le duc de Richelieu alloit quelquefois aux assemblées ; dans les commencements surtout, personne n'auroit été lui dire un mot à l'oreille. On peut aisément concevoir l'embarras de sa situation, et principalement celui où il devoit être pour remplir sa mission, qui étoit de connaître les véritables vues de la cour de Vienne-, qui, de son côté, étoit embarrassée de la révocation d'un octroi que l'Empereur avoit donné pour faire un établissement de commerce à Ostende ^ et que les Anglois et les Hollandois vouloient absolument qu'il révoquât, quelque injuste que cela fût. Les Anglois sentoient
1. Ici il y a un paragraphe effacé par le maréchal : « Tout cela mit une gêne et une amertume dans sa vie qu'il est aisé de concevoir. Il navoit de société intime à Vienne que le ministre d'Angleterre et celui de Savoie, quelquefois le nonce, dont il connoissoit l'honnêteté et la justesse de vues. » Une seconde addition autographe semble également avoir été effacée par le maréchal : « Il falloit n'avoir pas l'air de craindre de rencontrer l'ambassadeur, et il falloit craindre bien davantage »
2. Soulavie a publié [Mémoires, t. IV, p. 112 et 117) une partie des instructions que M. de Richelieu emportait à Vienne. Elles ont été reproduites intégralement par Albert Sorel, Recueil des instructions données aux ambassadeurs de France : Autriche, p. 199-235.
3. Cet octroi avait été accordé à une compagnie de négociants fondée par un breton, le capitaine Hollet de la Merveille, de Saint-jNIalo, qui avait voyagé en Arabie en 1709-1710 et qui publia une relation (anonyme) de ce voyage en 1715. Voy. Lémontey, Ms^o/rerfe la Régence, t. II, p. 226, et M. Huisman, LaRelgique commerciale sous F empereur Charles VI: la compagnie d' Ostende, 1902.
qu'ils avoient grand besoin de la France ; mais ils vouloient que les François pussent croire avoir encore davantage besoin d'eux pour conserver la paix, qu'ils s'efforçoient de persuader que l'Empereur vouloit rompre en disputant son octroi.
La cour de France et l'Empereur, qui étoient alors inférieurs en forces maritimes aux Anglois, pouvoient, plus qu'eux, craindre la guerre, et ces motifs assujettissoient à des ménagements difficiles à exprimer.
Dans une position favorable, M. le duc de Richelieu étoil pour ainsi dire soumis aux ministres d'Angleterre et de Savoie. Le nonce Grimaldi, dont la vertu et l'excessive dévotion assuroient encore davantage la vérité des discours, fut le premier à qui M. le duc de Richelieu marqua quelques doutes sur les intentions de la cour de Vienne, et qui commença à éclairer l'ambassadeur de France sur les personnes qui y avoient le plus de crédit. M. le duc de Richelieu en profita. L'hiver, dans le temps des courses de traîneaux qui eurent lieu, on lui proposa d'y prendre part ; il l'accepta et y parut, comme cela étoit nécessaire, avec la plus grande magnificence. Il sentoit d'autant mieux l'avantage qu'il en pouvoit tirer pour sa mission, qu'il n'en auroit peut-être pu trouver de plus sûrs que celui d'avoir dans ces courses différentes dames, que le hasard donne à mener seules, et avec lesquelles, dans ces moments de partie de plaisir, la politique de la conversation est moins gênée. M. le duc de Richelieu eut lieu en effet, par ce moyen, de multiplier ses connoissances et de former des liaisons qui
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pouvoient remplir l'objet d'avoir celle de la cour ' . Enfin, il fut assez heureux pour deviner juste, et, combinant ce que lui avoit dit le nonce Grimaldi avec ce qu'il apprenoit d'ailleurs, il crut pouvoir discerner par lui-même que les Anglois et les Savoyards vouloient le conduire. Il imagina entrevoir que l'Empereur étoit bien éloigné de vouloir la guerre, qu'il ne songeoit qu'à assurer sa succession pleine et entière au mari de sa fille *, et qu'il étoit humilié et outré de l'audace avec laquelle on vouloit lui faire révoquer une chose aussi juste que l'établissement d'une compagnie de commerce à Ostende. M. le duc de Richelieu crut voir aussi qu'il y avoit deux partis dans le conseil de l'Empereur ^ ; celui des Espagnols et Italiens, et ces derniers y étoient les plus favorisés de l'Empereur, et que celui des Allemands n'étoit pas fâché de la contradiction que l'Empereur éprouvoit, parce que le parti du conseil qui étoit pour les Allemands, n avoit pas été consulté '* et
1. Le cardinal de Polignac, dans une lettre à l'abbé de Rothelin du 4 septembre 1 727, rapporte que les succès mondains de M. de Richelieu à Vienne furent attribués à la magie [Documents dliistoire, par l'abbé Griselle, t. II, p. 273 ; voyez ciaprès, p. 30).
2. L'archiduchesse Marie-Thérèse, qui devait épouser en 1736 le duc François de Lorraine.
3. Le conseil des affaires était composé du prince Eugène, du marquis de Perlas et des comtes de Sinzendorf et de Stahrenberg. On ne leur adjoignait que pour les questions d'administration intérieure le comte de Windischgrâtz, président du conseil aulique, et le comte de Schônborn, vice-chancelier.
4. En marge est écrit de la main du maréchal : « le marquis de Perlas, ministre du conseil d'Espagne, dont l'Empereur avoit été déclaré roi pendant la guerre que l'on appelle de la
n'avoit pas approuvé cet octroi, de façon qu'ils étoient fort embarrassés pour faire sortir de là l'Empereur avec honneur. Tous pensoient qu'il n'y auroit point de certitude que la succession de l'Empereur fût suffisamment assurée ; mais les moyens étoient fort combattus de toutes parts. Pendant ce temps-là, M. de Ripperda, avec l'argent du Pérou, tâchoit de se faire des créatures ; et d'ailleurs tous les cadets des grandes maisons d'Espagne qui avoient suivi le parti de l'Empereur, et qui étoient fort désireux de retourner dans leur patrie, comme il arriva par la suite, souhoitoient fort que l'Empereur se liât intimement avec l'Espagne, et ils y concouroient autant qu'il étoit possible, surtout pour le projet de faire épouser l'héritière de l'Empire à un fils du roi d'Espagne, et d'éviter à quelque prix que ce fût la guerre, que l'Empereur craignoit, bien loin de la désirer, comme on l'avoit persuadé à la cour de France. Le degré de connoissance que M. le duc de Richelieu prenoit à la cour, se rapportoit si fort avec ce que disoit M. le nonce Grimaldi, qui étoit un saint, et qui désiroit la paix de la chrétienté, mais avec le courage et les sentiments d'un homme de naissance et de lumière, et avec les lumières que M. le duc de Richelieu avoit d'ailleurs, qu'il crut devoir en faire part à M. l'évêque de Fréjus, depuis cardinal de Fleury, qui lui répondit qu'il souhaitoit que cette paix pût se faire, mais qu'il craignoit fort que l'on ne cherchât à abuser M. le duc de Richelieu,
Succession, et qu'à ce titre les nationaux avoient la préférence dans le cœur de l'Empereur. »
ce qui étoit aisé à croire dans un homme de son âge et avec son peu d'expérience encore dans les affaires. M. le duc de Richelieu le craignoit luimême, et cela ne faisoitque lui donner plus d'attention pour ne rien dire légèrement.
Cependant, le caractère et l'état du nonce lui donnoient quelque confiance et le faisoient aller plus avant pour éclairer ce qu'il savoit d'ailleurs. Il écrivit de nouveau à sa cour, et enfin, après avoir beaucoup insisté réitérativement, on permit à M. le duc de Richelieu de dire au nonce que, si l'Empereur avait d'aussi bonnes intentions que celles qu'il disoit pour la paix, il n'avoit qu'à les lui confier par écrit, parce que lui-même, duc de Richelieu, ne pouvoit s'en tenir à des discours vagues, qui ne menoient à rien et auxquels il ne pouvoit exiger que l'on se fiât. M. le nonce, avec l'air de contentement le plus grand, lui demanda s'il les rece\Toit ; quand M. le duc de Richelieu lui eut répondu oui, il parut comblé de joie. Le nonce réalisa bientôt ses promesses, et M. le duc de Richelieu en envoya l'effet à sa cour, avec le plaisir qu'on peut aisément comprendre qu'il devoit avoir. Ce fut un projet de paix, des préliminaires, comme tous ceux des plus grandes négociations, sujets à beaucoup d'interprétations et exphcations et à plusieurs réponses et répliques, qui se passèrent toujours dans le plus grand secret, jusqu'au moment où ils acquirent un degré de vraisemblance de bon sens, que la cour de France en fit part aux Anglois, dont le ministre et celui de Savoie à Vienne furent dans une colère que l'on ne sauroit exprimer de voir cette négociation terminée sous leurs yeux
sans s'en être aperçus, le ministre anglois, consommé dans les négociations et croyant connoître et avoir la plus grande influence à la cour de Vienne, et celui de Savoie, le plus fin et le plus délié de son
pays-
Cependant les préliminaires du traité ne tardèrent pas à être signés à Vienne, où le duc de Bournonville, ambassadeur d'Espagne, signa avec M. le duc de Richelieu, et tout le fond des affaires d'Europe fut renvové à un congrès général tenu à Soissons, comme la ville la plus proche de Compiègne, maison royale de France. L'ascendant que les Anglais avoient alors passa à la cour de France, où le comte de Sinzendorf, ministre d'état de l'Empereur, vint pour assister au congrès, et, en arrivant, il demanda le gendre qui conviendroit le mieux au Roi, de la part de l'Empereur ^ . Dans ce moment-là, S. M. donna à M. le dilc de Richelieu le cordon bleu -.
1. C'est-k-dire, il demanda, de la part de l'Empereur, quel gendre celui-ci pourrait choisir pour lui donner sa fille, qui conviendrait le mieux au roi de France.
2. Le Roi lui annonça lui-même cette faveur, le 3 janvier 1718 : « Mon cousin. Les services importants que vous m'avez rendus dans l'ambassade extraordinaire près de mon frère l'Empereur me sont si agréables, que j'ai estimé ne pouvoir vous en marquer d'une manière plus distinguée ma satisfaction qu'en vous nommant chevalier de mes ordres de Saint-Michel et du Saint-Esprit dans le chapitre que j'ai tenu le premier de ce mois, où vous avez été unanimement élu. J'ai bien voulu aussi vous dispenser de ce qui peut vous manquer de l'âge de trente-cinq ans requis par les statuts. Et, me promettant que ces preuves de ma satisfaction vous engageront à me continuer vos services avec le même zèle que vous avez fait paroître jusqu'à présent, je prie Dieu, etc. » — Le 4 avril 1728, en
Le Roi désiroil beaucoup que M. l'évêque de Fréjus fût cardinal avant les promotions que le Pape en devoit faire ; mais il y manquoit le consentement de l'Empereur, qui n'avoit pas voulu encore l'accorder. M. le duc de Richelieu avoit promis qu'il l'auroit à la fin de septembre, par des raisons de cour qu'il savoit ; il eut le plaisir de l'envoyer effectivement, comme il l'avoit dit, et de recevoir une lettre de la cour, par laquelle on lui mandoit que Ton voyoit bien que la cour de Vienne ne vouloit point l'accorder, et que le Roi ne vouloit plus que cela fût demandé ; qu'enfin il falloit n'en plus parler. Lorsque M. le duc de Richelieu reçut cette lettre, son valet de chambre étoit déjà parti pour Rome, et le cardinal de Polignac, qui y étoit chargé des affaires de France avec le plus grand crédit, obtint du Pape, le lendemain de l'arrivée du courrier, un consistoire, et fit à M. le duc de Richelieu la galanterie de renvoyer son même valet de chambre, qui avoit apporté la nouvelle que le chapeau étoit accordé, à M. l'évêque de Fréjus, qui parut y être fort sensible ^ .
annonçant à son ambassadeur que lord Waldegrave partait pour porter à Vienne les ratifications, et en le félicitant de nouveau du « grand ouvrage » auquel M. de Pùchelieu venait de travailler si heureusement, le Roi lui envoya des lettres de congé, et, par faveur exceptionnelle, lui permit de porter le cordon bleu sans avoir été reçu.
1. Cf. Soulavie, t. IV, 2™^ partie, p. 154 à 163. — Il parle peu clairement de cet épisode, disant seulement que l'évêque de Fréjus avait fait nommer M. de Richelieu pour avoir un appui auprès de l'Empereur, tandis que le cardinal de Polignac travaillait à Rome, et que l'affaire fut enlevée à Vienne par la
comtesse Bathyani, le duc « s'étant comporté avec elle en conséquence. » Puis, il cite, sans doute d'après les Archives des affaires étrangères, la lettre de remerciements que le nouveau cardinal écrivit à M. de Polignac, et il dit qu'il y en eut une « à peu près semblable » pour M. de Richelieu. Celle-ci est datée du 21 septembre 1726 ; nous la reproduisons d'après l'autographe, à la fin duquel la signature A. H. a, commencée par inadvertance, est raturée et remplacée par la nouvelle formule : le Cardinal de Fleury. « Non seulement. Monsieur, c'est vous qui avez obtenu le consentement de l'Empereur, mais c'est encore par votre courrier envoyé à Rome que j'ai appris la la première nouvelle de ma promotion au cardinalat, et tout concourt à vous [faire] regarder comme celui à qui je dois cette nouvelle dignité. Je vous en fais donc encore mes très humbles remerciements, et vous supplie d'être persuadé de ma
parfaite reconnoissance Le Roi est instruit de la manière
pleine de zèle et de sagesse avec laquelle vous avez exécuté ses ordres, et M. de Morville vous le marque de sa part. J'espère qu'il voudra bien vous en donner dans les suites des preuves plus solides, et, pour moi, Monsieur, je serai toujours tout disposé à vous donner de mon côté celles de ma reconnoissance et de mon parfait attachement. » On trouvera la lettre du Roi, ci-après, p. 32.
J bis.
{Texte du Mémoire présenté au roi Louis XVI
en 1783^).
Au milieu des frivolités et des dissipations de la jeunesse du duc de Richelieu, sur laquelle on a tâché de trouver occasion d'avoir à lui faire bien des reproches, il y a eu aussi bien des gens qui étoient persuadés qu'elles n'avoient pas détruit des qualités capables de traiter des affaires sérieuses et impor-
1. Ainsi que nous l'avons expliqué ci-dessus, p. 1, note 1, nous reproduisons pour ce premier épisode le commencement du Mémoire de 1783, dont le texte est plus complet que celui des Mémoires authentiques ; il n'y a d'ailleurs d'autre différence entre les deux récits que celle d'une première rédaction à une seconde. Il existe encore dans les papiers du maréchal la minute autographe d'une lettre qu'il écrivit à Louis XVI et qui montre quelle fut l'idée déterminante de tout ce travail rétrospectif. En voici le début : « Sire, j'ai malheureusement trop de raisons de croire que, depuis le commencement de votre règne, et même quelques années auparavant, mon nom ne vous est parvenu qu'accompagné de tout ce qui pouvoit décrier ma personne, sans qu'aucun défenseur ait pensé à dévoiler ces mensonges. Je n'ai plus à chercher des défenseurs : la fin de ma vie est trop prochaine pour chercher des détails et des preuves même des faussetés que l'on a pu présenter à Votre Majesté ; je pense seulement à remettre sous vos yeux un petit
tantes * ; ils en avoient bien des exemples à citer. On le choisit en effet, à l'âge de vingt-huit ans, pour être ambassadeur à Vienne. Il n'avoit fait pour cela aucune démarche directe ni indirecte - ; il ne pensoitmême pas que l'on pût avoir des vues sur lui pour aucun objet avantageux. Il seroit en état d'en donner la preuve ; mais, comme ce mémoire ne doit contenir que des faits, on laissera les anecdotes, si sérieuses qu'elles puissent être, pour ceux qui les aiment.
nombre de faits, si connus et si aisés à prouver qu'il y aura peu de gens qui osent les nier et qui réussissent même à les affoiblir ouïes défigurer.
« Le premier service que j'ai été à portée de rendre fut dans l'ambassade à Vienne, à laquelle je fus nommé à vingthuit ans. Je doutois de mes forces pour laccepter, et ce fut M. le cardinal de Fleury qui m y détermina, et qui n'a cessé, pendant que j'ai été absent, de me donner conseil et courage pendant les circonstances singulières où je me trouvai peu de temps après ma nomination... » En comparant les pages qu'on va lire avec celles qu'ont publiées sur le même épisode Soulavie et l'auteur de la Vie privée, on peut constater que l'un et l'autre avaient sous les yeux le texte du Mémoire de 1783. Soulavie s est en outre servi de la volumineuse correspondance conservée dans la bibliothèque du maréchal ; mais, bien que ce fonds existe encore dans sa presque totalité, on est étonné de n'y plus retrouver précisément les pièces employées par lui en
1. D'autres étaient d'un avis contraire et il y eut plus d'un trait lancé contre « l'ambassadeur Fanfarinet, plus propre à lamour qu'à la politique. » [Mémoires de Mathieu Marais, III, p. 107.)
2. On prétendit que sa nomination était due à l'influence de la marquise de Prye, maîtresse du duc de Bourbon, alors premier ministre. La lettre qu'on trouvera plus loin, p. .S3, montre qu'il était en relations fort amicales avec elle.
Dans ce moment, l'ambassade de Vienne devint plus importante que jamais, par la réunion de tous les intérêts de l'Europe, dont elle devint le centre.
Le mariage du feu Roi devoit se faire avec l'infante, fille du roi d'Espagne, qui avoit été envoyée en France pour y attendre qu'elle eût l'âge requis pour la célébration ; mais les changements survenus à la cour de France et diverses circonstances, étrangères à l'objet de ce mémoire et trop longues à y détailler, décidèrent le renvoi de 1 infante en Espagne, et l'on s'occupa de faire un autre mariage.
Le roi d'Espagne, qui fut outré, résolut d'en marquer sa colère dans toutes les occasions et de la porter au plus haut degré.
L'Empereur avoit. peu de temps avant, accordé un octroi à une compagnie de négociants pour faire le commerce et s'établir à Ostende '. Les Anglois et les Hollandois voyant aussi près d'eux cet établissement appartenant à un prince aussi puissant, crurent qu il pourroit être funeste à leur commerce, et cherchèrent dans l'interprétation d'anciens traités des prétextes pour s'opposer à celui-ci. Ils demandèrent la révocation de cet octroi, et la France, qui croyoit que la paix qu'elle vouloit maintenir dureroit tant qu'elle seroit unie aux puissances maritimes, se joignit aux Anglois et Hollandois pour solliciter cette révocation.
Ce fut dans ces circonstances très épineuses que le duc de Richelieu fut nommé ambassadeur à Vienne. A peine y fut-il arrivé, qu'il y vint un