Ouverts le 15 décembre
2. Son opinion était déjà arrêtée à ce sujet avant qu'il repartît pour le Languedoc. Le 10 novembre, étant encore à Paris, il écrivait au comte de Châteaupéage : « Dans mes conditions pacifiques, je n'avois pas compris la morl de l'Empereur, el cet événement change assurément ma façon de penser. Il me paroît même impossible d'imaginer que cela se termine sans armées en campagne. 11 y a des gens ici cependant qui assurent que, au contraire, cela doit tout pacifier. Je crois qu'il faut les mettre au rang de ceux qui parlent sans savoir ce qu'ils disenl : du moins, c'est fort mon sentiment. La flotte angloise est partie avec huit mille hommes de débarquement, et il me semble que tout s'apprête à de grands troubles dans toutes les parties du monde. Le ministre de l'Electeur de Bavière a débuté à Vienne à demander satisfaction sur l'exécution du testament et des dispositions de Ferdinand, par lesquels la majeure partie de la succession de l'Empereur appartient à la maison de Bavière. Vous vovez que, par ce que nous savons, sans parler de ce que nous ne savons pas, on ne sauroit guère penser que cette succession se partage sans procès. Chaque jour on en apprendra des nouvelles, et je compte peut-être vous en dire dans le 4 ou le 5 de décembre, que je serai à Lyon... » (Arch. nat., K 14.3. n° 4)
l'hiver et que cela ne lui fit perdre son commandement de Languedoc, dont il étoit tous lesjours plus content. Il se destina à servir en Flandre, et voulut revenir à Paris, pour avoir une part dans le commandement des armées, s'il y en avoit plusieurs.
A cette époque, le Roi, assez isolé, faisoit toutes les semaines un voyage d'un jour ou deux à Saint- Hubert, puis revenoit à Versailles \ et ce fut là que M. de Richelieu alla lui faire sa révérence. Il trouva à S. M. un air moins embarrassé à son égard qu'auparavant. Comme il n'avoit rien à se reprocher, et qu'il n'étoit pas en présence des deux sœurs, cette entrevue ne lui fit aucune sensation ; mais ce qui lui en fit beaucoup c'est qu'allant, l'après-dîner, faire une visite à M™® la duchesse de Yentadour, il y trouva M™" de Mailly avec M™® de Vintimille, qui lui firent des agaceries et lui donnèrent des marques d'amitié comme si jamais ils n'avoient rien eu à démêler ensemble. M™® de Vintimille, qui avoit été très peu de temps à la cour avant que M. de Richelieu en partit, se surpassa encore en empressement et assurances d'amitié, et l'engagea à les revoir, de façon qu'il ne pouvoit comprendre un changement aussi subit, ni ce qui pouvoit en être cause. Il répondit donc modérément à ces marques d'amitié, ne croyant pas devoir s'y livrer. Mais ces dames l'engagèrent à venir se présenter au souper du Roi, dans un voyage de Choisy. M. de Richelieu avoit abandonné ces invitations, après avoir vu à S. M. du
1. Ce sont les voyages de Saint-Léger dont parle le duc de Luynes t. III, p. 480-482), en y signalant la présence de M. de Richelieu.
refroidissement et avoir été refusé deux ou trois fois ; mais la garantie que ces dames lui donnèrent que le Roi seroit fort aise qu'il se présentât, le rassura, et surtout ce que lui dit, dans cette conversation, M"'* de Vintimille, qui avoit plus d'esprit que sa sœur, qu'elle regardoit comme un oison. M. le duc de Richelieu se présenta donc au souper du Roi ' ; il y fut accepté ; plusieurs courtisans en furent fort étonnés, mais aucun ne put l'être autant que luimême. Il soupa avec S. M. un jour ou deux après la conversation qui vient d'être citée, et ne fut pas longtemps sans deviner l'énigme de ce raccommodement, qu'il avoit été si embarrassé de trouver. C'étoit la jalousie que M™^ de Vintimille avoit eue de la manière dont sa sœur s'étoit laissée gouverner par M"® de Cliarolois, qui avoit occasionné toute cette brouille, et c'étoit aussi M"'" de Vintimille qui avoit cru qu'un des meilleurs moyens de la dissiper étoit le conseil qu'elle donna à M. de Richelieu de se présenter. Il n'a jamais pu savoir de quel autre moyen elle s'étoit servie ; mais il vit qu'elle avoit cru celui qu'elle avoit employé le meilleur pour se défaire de M"® de Çharolois, qui l'importunoit beaucoup, et M. de Richelieu croit, sans le savoir positivement, que le Roi, qui connoissoit M"" de Çharolois mieux que les deux sœurs, avoit été de moitié de tout son cœur
1. A la date du 20 juin 1741, M. de Luynes (t. III, p. 441) noie que le duc de Richelieu, arrivé depuis peu de I^anguedoc, esl à Clioisy avec M™" de Vinlimille et d'Antin, M'"^ de Clermont, la maréchale d'Estrées, et, plus tard, M™^ de Mailly. Il fut aussi invité le mois suivant, alors que la santé de M"® de Vintimille commençait à donner de l'inquiétude.
pour se défaire d'elle ; car, sans cela, M. de Richelieu ne peut croire que les deux sœurs lui ^ eussent fait les impertinences qu'elles lui firent, tant en amitié apparente témoignée à M. de Richelieu pour la faire enrager, qu'en la renvoyant un soir à une seconde tahle, le Roi jouant à une autre-. M. de Richelieu voyoit bien que M'^'^ de Charolois étoit au désespoir ; mais, comme elle aftectoit de n'en rien laisser paroître, cela afiligeoit etfàchoit les deux sœurs. On revint à Versailles, où le même manège dura ; mais, comme M™^ de Vintimille étoit grosse et prête d'accoucher, elle gardoit sa chambre, et le Roi avec les personnes familières s'assembloient chez elle. M"^ de Charolois n'y paroissoit pas.
M""' de Vintimille accoucha et mourut^, ce qui fit grand plaisir aux ministres et à toute la cour, parce qu'on la craignoit infiniment. Le Roi en parut extraordinairement affligé (on dit même que l'enfant étoit de lui), et S. M. fut plusieurs jours dans la douleur^.