Le 9 septembre
4. M. d'Argenson écrit, à la date du 9 novembre 1741 : « M. le duc de Richelieu (qui est devenu à présent un des favoris du Roi, et qui est des petits soupers chez M™* de Maillv ) dit que S. M. est plongée dans une tristesse continuelle ; il me disoit tout à l'heure que c'étoit le plus i^rand dommage du monde qu'un si bon caractère eût été gâté par l'éducation, qu'il avoit bien de l'esprit, qu'il étoit doux, et que c'étoit grand dommage qu'on lui eût dit de se délier de tout le monde ;
M"** de Charolois fit alors quelques tentatives pour voir si elle pourroit se raccommoder avec M™" de Mailly, qui ne vouloit pas qu'on crût qu'elle se laissoit mener par sa sœur, et qui savoit que beaucoup de personnes n'étoient point contentes de son union avec M"" de Charolois.
A quelque temps de là, la guerre fut totalement déclarée, et les premières troupes se rassemblèrent en Allemagne. Mais le duc de Richelieu ne demanda point à être de cette armée-là, parce qu'il eut peur, avec raison, qu'on n'en revint pas tous les hivers, et que cela lui fît perdre son commandement du l^anguedoc, dont il avoit senti tout l'agrément et qui lui plaisoit beaucoup. L'armée de Flandre devoit s'assembler plus tard, et, en attendant, M. de Richelieu resta auprès du Roi, presque seul de toutes les personnes de sa familiarité. S. M. faisoit des voyages à Saint-Hubert, qui n'étoit pas encore ce qu'il est devenu depuis ; il y étoit de suite deux jours francs, et s'en revenoit à Versailles, où M. le cardinal se rendoit, qui alloit pendant ces voyages à Paris. M. de Richelieu y venoit aussi et retournoit attendre le Roi à Versailles.
M'"® de Mailly se piquoit toujours d'une grande amitié pour M. de Richelieu. Un jour qu'il venoit de Paris pour aller à Saint-Hubert le lendemain \ il
qu'enlin il ne lui manquoit que de paroître sensible et quil l'avoit paru k l'ocoasion de la mort de M""' de Vintimille. » [Journal, III, 415. Cf. Luynes, IV, 16).
1. Ce voyage doit se placer vers le mois d'avril 1742. Le duc, suivant M. de Luynes, alla saluer le Roi à Choisy, le 3 de ce mois, et on lui donna un logement, bien qu'il n'eût pas figuré
arriva le soir très tard à Versailles seulement pour se coucher, et trouva deux lettres chez lui, que sa concierge avoit à lui donner : l'une de M. de Saint- Florentin, ministre, qui le prioit de lui donner avis de son arrivée, ou mieux, de son lever, pour lui venir dire quelque chose d'important ; l'autre de M. le marquis de Meuse, de la maison de Choiseul ', qui étoit le plus assidu et le mieux en familiarité dans la société du Roi, qui mandoit à M. de Richelieu que M'"*' de Mailly avoit été autorisée du Roi à lui dire que le cardinal venoit de recevoir la nouvelle que les protestants du Languedoc se rassembloient et étoient près de se révolter, comme ils avoient déjà fait par le passé, et que, toutes les troupes étant sur les frontières, n'y ayant en Languedoc qu'un régiment, même éloigné, le cardinal avoit dit au Roi, que M. , maréchal de camp
employé dans la province, n'étoit pas en état d'en imposer et de rassembler ce qu'il falloit opposer aux protestants, et qu'il falloit y renvoyer sur le champ M. de Richelieu, ou M. de Mirepoix^, qui depuis longtemps avoit eu envie de ce même commandement. M. de Meuse ajoutoit que le Roi étoit fort embarrassé, et il conseilloit à M. de Richelieu de répondre à M. de Saint-Florentin qu'il
sur la liste du voyage. Il venait de recevoir l'envoyé de l'infant don Philippe, duc de Parme, et l'avait conduit jusqu'à ïarascon [Luynes, t. IV, p. 121).
1. Henri-Louis de Choiseul, marquis de Meuse, fait chevalier du Saint-Esprit en 1745.
2. Gaston-Charles-Pierre-François de Levis, marquis de Mirepoix, maréchal de camp.
iroit le trouver à son réveil, de la part du cardinal. M. de Richelieu ne répondit ni à l'une ni à l'autre lettre ; mais, dès qu'il fut éveillé, il s'habilla et alla chez M. de Saint-Florentin, qu'il trouva prêt à monter en chaise pour le venir voir. Après plusieurs compliments, ce ministre dit à M. de Richeheu ce que le cardinal l'avoit chargé de lui dire ; M. de Richelieu lui répondit qu'il n'avoit point de choix à faire, que son devoir étoit d'aller où le Roi le jugeoit nécessaire, et il ajouta qu'il avoit une partie de ses domestiques à Montpellier, suffisants pour un cas pressé, et qu'il étoit prêt à partir dès le soir même. M. de Richelieu le pria encore de rendre compte de sa réponse au Roi et à M. le cardinal, et lui offrit d'aller sur le champ prendre congé de S. M., s'il le vouloit ; mais M. de Saint-Florentin lui réphqua que les choses n'étoient pas pressées à ce point-là, et que, d'ailleurs, M. le cardinal étoit, comme il savoit bien, dans son séminaire, à Issy, où il [étoit] venu coucher le veille. Cependant, M. de Richelieu somma M. de Saint-Florentin de rendre sa réponse au Roi et au cardinal, et lui dit qu'il alloit à Saint-Hubert et y altendroit le retour de S. M., pour prendre congé. De là, M. de Richelieu courut chez M"^^ de MaïUy, qui étoit dans les petits cabinets du Roi, qui étoit à la chasse, et lui dit ce qui s'étoit passé entre M. de Saint-Florentin et lui. Elle étoit à déjeuner. Après ravoir entendu, elle lui dit que c'étoit un tour que le cardinal avoit voulu lui jouer ; que le Roi, qui étoit embarrassé, seroit bien aise du parti qu'il avoit pris, et elle ajouta à cela bien des choses honnêtes en promesses et marques d'intérêt, auxquelles il
n'avoil pas grande foi. M. de Richelieu quitta M"^ de Mailly pour aller trouver M""* de la Tournelle, depuis duchesse de Châteauroux. Il y avoit longtemps qu'il vivoit avec elle dans la plus grande amitié, parce qu elle en avoit encore davantage pour M. d'Agénois et que [M. de Richelieu] en avoit aussi beaucoup pour M™* de Flavacourt, ce qui formoit de grandes liaisons des deux sœurs avec lui et avec M™^ de ^Nlazarin K Elles étoient de la maison de Maillv, comme elle, aimables, très jolies, et attiroient beaucoup de monde chez M"^ de Mazarin, qui étoit leur belle grand'mère, ce qui justifiait sa grande amitié pour elles deux. Comme elle vouloit avoir la meilleure maison de la cour, elles servoient beaucoup à y attirer la meilleure compagnie et la plus agréable. M™* de Mazarin étoit dame d'atour de la Reine et sa favorite : M"' de la Tournelle l'étoit - de M'"" de
1. Le marquis d'Argenson dit, à la date du 22 novembre 1740 : « M. le duc de Richelieu a mis à mal M™' de Flavacourt, la première beauté de la cour ; il la animée : elle parle davantage, elle lorgne beaucoup. Elle a 'peu d esprit. Elle se piquoit depuis longtemps d'une grande haine contre son mari. Le petit duc d'Agénois a pris à M°'* de la Tournelle. Voilà ce qu'on appelle des bonnes fortunes. — Hier, M. de Richelieu donna un grand souper à sa petite maison, par delà la barrière de Vaugirard, etc., etc. w {Journal, t. III, p. 234). — Emmanuel- Armand de Vignerot du Plessis-Richelieu, fils unique du duc d'Aiguillon, né le 31 juillet 1720 et titré depuis 1740 duc d'Agénois, est celui qui fut si célèbre, plus tard sous le nom de duc d'Aiguillon. Il était neveu à la mode de Bretagne du duc de Richelieu, d'où M*"' de la Tournelle prit l'habitude d'appeler aussi M. de Richelieu son oncle. Il avait épousé récemment, le 4 février 1740, une fille du fameux comte de Plélo.