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Mémoires authentiques sur Béranger

Sommaire. — Naissance de Béranger. — Son enfance. — Le grand-père Cliampy. —Le 14 juillet 1789. —Arrivée de Béranger à Floricourt — La tante Bouvet. — Le coup de foudre. —Curieux impromptu.— Btranger garçon d'auberge. — Sa première éducation. — Institut patriotique de Péronne. — La fête de la Raison à Péronne. — Béranger cjmpositeur d'imprimerie.— Ses premiers vers.— Sespremièrcs chansns.- Cousin d'Avallon. —L'imprimeur Laisney.— M. Quénescourt. — Adieux à Péronne.

Le 17 août 1780, dans une maison de la rue Montorgueil située sur l'emplacement occupé aujourd'hui par le marché aux huîtres, naissait un enfant à qui l'on donnait le nom de Pierre-Jean de Béranger. Son père courait vainement après la fortune dans des spéculations de bourse ; sa mère y courait aussi de son côté sans plus de succès ; son grand-père était tailleur.

C'est dans ce rang modeste que le génie et la

gloire devaient aller cherclier Fune des plus puissantes individualités du xix^ siècle, le poète le plus justement populaire des temps anciens et des temps modernes.

Quarante ans après, dans une sorte de légende féerique, produit de sa féconde imagination, le poète chantait lui-même ainsi sa naissance :

Dans ce Paris plein d'or et de misère,

En l'an du Christ mil sept cent quatre-vingl,

Chez un tailleur, mon pauvre et vieux grand-père.

Moi nouveau-né, sachez ce qu'il advint. \

Rien ne prédit la gloire d'un Orphée

A mon berceau qui n'était pas de fleurs :

Mais mon grand-père, accourant à mes pleurs.

Me trouve un jour dans les bras d'une fée;

Et cette fée, avec de gais refrains.

Calmait le cri de mes premiers chagrins.

On sait le reste.

La France, l'Europe, le monde ont avec lui Répété ce chant ; et, chose remarquable ! vainemept fouillerait-on l'histoire : en aucun temps, en auciia pays on ne trouverait ni souverain ni potentat qiii ait jamais eu de légende plus populaire et plus géA néralement chantée que celle du petit-fils du pauvre tailleur.

La cause de cette merveilleuse popularité s'explique. L'enfant qui venait de naître dans ce berceau qui n'était pas de fleurs, devait être celui de tous les poètes qui parlerait le mieux la langue du peuple, non pas seulement du peuple de France, mais celle

du peuple de tous les pays ; cette langue qui s'adresse à tous ces nobles instincts toujours vivants dans les cœurs généreux : l'amour de la patrie, l'honneur national, le dévouement au pays. Dans ces compositions, à la forme si pure et si châtiée, dans ces vrais poèmes de cœur patriote, il devait épurer, élever jusqu'à la hauteur des grands maîtres cette langue inconnue avant lui ; et le peuple, le voyant profondément ému au spectacle de ses douleurs, chantant ses gloires, ses malheurs et ses martyrs, devait le comprendre mieux qu'il n'avait jamais compris aucun autre poète. Partis du cœur du rapsode des temps modernes, ses accents patriotiques devaient aller droit au sien; et comme, dans le poète, rien n'était factice, comme il était vivement remué le premier par l'émotion qu'il voulait produire, par une sorte de commotion électrique il devait transmettre l'ébranlement qu'il avait reçu; aussi, pour la première fois, le peuple allait entendre une langue qui élevait son intelligence et ses sentiments aux plus hauts sommets de l'art.

Et voilà pourquoi l'on a si généralement chanté la légende du seul poète vraiment populaire qu'ait eu le monde.

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