‹ Mémoires authentiques sur Garibaldi mis en ordreChapitre 2 sur 33 · partie de la Transylvanie, du Banat et de · texte numérisé non relu

partie de la Transylvanie, du Banat et de

la Bukowine 3 millions.

Italiens. — Lombardo-Vénétie,. Valteline, Tyrol 6 millions.

40 millions.

La religion, la langue de ces populations diverses n'o£Erent pas plus d'unité que leur race et leur nationalité. Les Allemands, les Magyars, la majeure partie des Slaves, la totalité des Italiens sont catholiques romains. Les Roumains sont grecs orthodoxes. La Bohème, la Moravie, la Silésie, la Hongrie, la Transylvanie, contiennent près de quatre millions de protestants. Un million de juifs et de nombreuses sectes en dehors de ces grandes divisions sont répandues partout- Bien que la langue allemande ait été proclamée langue officielle, les Allemands seuls la parlent; les Slaves parlent le slave; les Magyares, le magyare; les Roumains, le roumain; les Italiens, l'italien, et, suivant les provinces, les divers idiomes de ces diverses langues.

Les publicisles sans cœur qui, dans l'ordre gouvernemental, ne voient que l'axiome : La fin justifie les moyenSj ont appelé habileté le machiavélisme politique qui a pu maintenir en réseau, sous son faisceau d'oppression, toutes ces populations de races et de nationalités diverses. L'historien philosophe qui tient quelque compte de la morale, le flétrit d'un nom plus sévère. De toutes les nationalités qui ont eu le plus à gémir de

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ce joug, ritalieest au premier rang; Thistoire de son oppression n'est qu'un long martyrologe.

C'est d'elle que nous avons spécialement ici à nous ^cuper.

I^es tralléM de l»tft et Flialle.

Sans remonter au dernier siècle, pour remettre en évidence dans toutes ses combinaisons la politique du gouvernement autrichien en Italie^ il suflSra de se re« porter aux événements qui ont provoqué le conflit qu'en 1859 Tépée allait dénouer.

Dès l'année 1809, l'Autriche adressait aux Italiens une proclamation par laquelle elle leur promettait « la liberté, IHndépendances la richesse et une œnstitution fondée su/r la nature des choses. »

Ce jalon posé, elle attendit.

Six ans après, en 1815, par suite des renonciations stipulées dans le traité de Paris du SO mai 1814, les puissances signataires de l'acte du congrès de Vienne, remirent, par l'art. 93 de ce traité, les puissances signataires en possession des provinces et territoires cédés, soit en tout, soit en partie, par les traites de Campo- Formio de 1799, de Lunéville de 1801, de Presbourg de 1804, par la convention additionnelle de Fontainebleau de 1809. C'étaient llstrie tant autrichienne que vénitienne, la Dalmatie, les lies vénitiennes de l'Adriatique, les bouches du Cattaro, la ville de Venise, les

lagunes, les autres provinces et districts de la terre ferme des États vénitiens sur la rive gauche de l'Adige, les duchés de Milan et de Mantoue, les principautés de Brixen et de Trente, le comté du Tyrol, le Voralberg, le Frioul autrichien, le Frioul vénitien, le territoire de Montefalcone, le gouvernement et la ville de Triesle, la Carniole, la haute Carinthie, la Croatie à la droite de la Save, Fiume et le littoral hongrois, etc.

L'art, xciv du même traité y ajoute les vallées de la Valteline, de Bormio et de Chiavenna, les territoires ayant formé la république de Raguse.

Les articles xcxvni et xcxix conservaient en outre à TAutriche les droits de succession et de reversion établis dans les branches des archiducs relativement aux duchés de Modène, de Reggio et Mirandole, de Parme et Plaisance et des principautés de Massa et de Carrara ; c'est-à-dire qu'à un temps donné, rAutriche s'assurait la succession de ces Ëtats.

Trois jours après ce traité, le 12 juin 1815, TAutriche feignait avec le grand-duc de Toscane, avec la cour de Rome, avec le gouvernement de Naples, des traités d'alliance offensive et défensive qui mettaient ces puissances à sa merci, et dont les articles secrets et séparés ne furent pas communiqués aux puissances signataires de Tacte du congrès de Vienne. Par le second de ces articles le roi de Naples s'engageait, ce à n'admettre dans ses États aucun changement qui ne pût se concilier, soit avec les anciennes institutions monarchiques, soit avec les principes adoptés par l'Autriche pour le régime intérieur de ses provinces italiennes. i>

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Tous les autres articles secrets de cette alliance fédérative n'avaient d'autre but que d'assurer de plus en plus à rÀutriche la domination de lltalie.

n restait à donner un nom à cet État autrichien créé par les traités de 1815 aux flancs de la France, contre elle, en haine d'elle. Une patente impériale de S. M. Apostolique déclara la formation et la réunion à l'empire du royaume lombardo-vénitien^ composé de toute la partie de l'Italie située entre la Suisse, le Tessin, le Pô, la mer Adriatique et les Alpes Noriques.

Voilà comment TÂutriche avait tenu sa promesse.

Alors apparut dans tout son jour le vaste système de compression qui plaçait presque toute la péninsule dans les mains de rAutriche. L'araignée autrichienne put tendre sur lltalie entière cette toile destinée à l'envelopper et que l'armée française allait déchirer en

yn seul Ëtat d'Italie, le Piémont, échappa aux trames de ce réseau ; et encore même, tant que dura la saintealliance ne put-il que s'y débattre sans pouvoir s'y soustraire entièrement.

Dès ce moment, le nom d'Italie ne fut plus, selon le mot d un ministre autrichien, C[d\\ne expression géographiqtie. Ce fut la Lombardo-Vénétie, les Ëtats romains, les royaumes de Naples, de Stci/e, de Sardaigne, le grand-duché de Toscane, les duchés de Modène^ de Parme et d'autres. Le beau pays à qui l'Europe doit SCS arts et sa civilisation avait, dans cette longue rafale, perdu jusqu'à son nom.

Couchée, dès les traités de 1815, dans le lit de Pro<-

custe OÙ Tavait rivée la politique autrichienne, lltalie eut trois réveils, en 1821, en 1830, en 1848; mais chaque fois elle fut replongée dans son sommeil de mort avec ses aspirations généreuses, ses droits, ses libertés, ses nobles martyrs, ses souffrances, ses misères et ses douleurs.

Nous n'avons pas à nous occuper ici de ces sanglantes étapes. Passons.

Ainsi placés sous le joug de la politique autrichienne et sous le poids de sa police, sans espoir de voir aucun gouvernement leur prêter appui, les patriotes italiens ne purent qu'ajourner leurs généreux efforts, parce qu'ils savaient que leur triomphe était au bout de leur persévérance. L'Italie, eneffet, est évidemment destinée à faire partie des peuples libres. Imbue des mômes principes que la France, l'Espagne, la Suisse, la Belgique et une partie du peuple anglais, elle doit entrer comme nation dans leur alliance; car la carte de l'Europe ne peut rester telle que l'ont faite les traités de 1815, lorsqu'ils ont accouplé les peuples au gré des ambitions, sans prendre aucun souci de leur génie et de leurs besoins.

Aussi Thistoire des élans d'indépendance de l'Italie, depuis ces traités, offre un caractère particulier qu'il est important de constater.

L'état des esprits en Italie pendant cette période pourrait se résumer, pour les uns, en un frémissement actif contre un joug toujours abhorré et toujours subi; pour les autres, en une espérance inactive d'une indépendance et d'une nationalité que Tavenir s'obstinait à

garder dans ses obscurs arcanes. Pour la majeure partie, c'était la résignation ou l'impuissance du désespoir après tant de tentatives échouées : les émeutes, soulèvements, insurrections y étaient en apparence partiels, isolés, locaux ; il était impossible de les rattacher à un centre commun; et cependant on ne pouvait s'empêcher de leur reconnaître un caractère de généralité qui se révélait en tout et partout. Ils reliaient par le plus puissant des moyens l'esprit de nationalité opprimé, réagissant contre l'oppression, et en apparence ils semblaientindépendants les uns des autres. Si dans quelques parties les esprits paraissaient plus impatients, partout les populations frémissantes n'attendaient qu'une occasion pour éclater, ne cessaient de protester, même par leur résignation, contre ce qui était, tout en restant cependant calmes ; c'est-à-dire qu'en apparence l'esprit d'indépendance et d'insurrection était dans l'air et dans les cœurs, et qu'en définitive la conséquence manquait au principe.

Code Mi«rielii«B «a I.«iiib«rdie. — Pater dM I.eiiib«rAi.

Tel était Tétat moral de l'Italie en 1859 : une traînée de poudre à laquelle une étincelle venue d*un point quelconque pouvait mettre le feu.

Cette étincelle vint du Piémont.

Seul de tout les Ëtals de l'Italie^ le Piémont s'était

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roidi contre les réseaux toujours envahissants de l'Autriche. Sous le gouvernement d'un roi chevaleresque et généreux, Victor-Emmanuel, sous le ministère d'un ministre patriote, M. de Cavour, il marchait progressivement dans une voie d'intelligentes réformes et de liberté constitutionnelle. L'état politique de ce petit point de ritalie septentrionale se trouvait dès lors une sorte de critique permanente de celui de toutes les autres parties de ritalie septentrionale, centr?ile ou çaéridionpile, que rAutriche gouver^i^it, soit dir^ctemeut, sQit indirectement. C'était le point de mire de toutes les aspirations de nationalité, de tous les élans d'indépendance de la péninsule entière; mais rAutriche ayant amené les choses à cette extrémité que tout coin de terre demeuré indépe^dant en Italie était un daugey pour son pouvoir, elle se vit dans l'alternative ou d'y dominer jusqu'aux Alpes, ou de voir lui échapper ce beau pays libre jusqu^à T Adriatique.

De là devait venir la guerre de l'indépendance.

Dans les dermers mo^s dp l'î^nnée 1858, l'état do ritalie, aggravé par de nouvelles mesures oppressives adoptées dans le royaume lombard-vénitien, était devenu intolérable. Sa situation était pire que la mort la plus cruelle : l'espionnage dans l'intérieur des familles, l'honneur de tous à la merci du premier délateur venu, aucune franchise ni provinciale ni municipale, nulle liberté, pas même celle des larmes, et pour couronner le tout, un code draconiendes 30 juillet et 16 octobre 1815, qui avait remplacé toutes les lois civiles et criminelles.

Tous les effortsgénéreux faits par la Lombardie pour

échapper à cette étreinte n'avaient fait qu'accroitre son malaise. Mais les droits de la justice et de rhumanité sont imprescriptibles, et le jour vint où ces droits allaient triompher. £n attendant, les Lombards maudissaient leur maître^ et le nouveau pater suivant qu'ils avaient adopté et qu'ils répétaient matin et soir peut donner une idée jusqu'à quel point était généralisée cette malédiction :

c Notre père qui es à Vienne, que ton nom soit chassé de l'Italie pour toujours; que ton règne vienne en battant en retraite derrière les Alpes ; que ta volonté ne soit pas faite derrière le ciel italien et sur la terre italienne. Rends-nous notre pain quotidien que les Croates nous dévorent, et rends-nous notre or et notre argent que tu nous as volés, de même que nous te rendrons ton papier-monnaie. Ne nous réduis pas au désespoir, mais délivrenous de toi et de tes pillards, une fois pour toutes. Amen. »

et Béc^eiftaoni. — UltinatuM de r^atrielie aa Piémont. — lA ««erre de l«taidépeiidiuiee e«4 déeUirée.

Cet état d'oppression augmentant tous les jours^ TAutriche ne put le maintenir que par un grand déploiement de forces. Ces armements présentèrent bientôt un caractère assez menaçant pour éveiller en Piémont les plus sérieuses inquiétudes. Le Piémont arma de soncAté.

Par sa position topographique, le Piémont est le gar^ dien des Alpes maritimes et, par ce fait, Tallié naturel et traditioimel de la France. I^ Piémont envahi ou do-

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miné par TAutriche^ la France se trouvait avoir sur ses lianes une puissance, sinon ouvertement hostile^ du moins toujours mal intentionnée. Elle ne put dès lors voir avec indifférence ses frontières naturelles menacées, réquilibre européen compromis. Vainement la raison, la loyauté^ le droit sacré de l'indépendance protestèrent contre ce danger imminent et manifeste. La cour de Vienne n'écouta rien.

Les rapports entre les deux cours de Vienne et de Paris devinrent aussi tendus que ceux entre les cours de Vienne et de Sardaigne.

L'Autriche continuant à persister dans son but de brutale invasion, la France produisit à la face du monde ses vieilles sympathies pour un peuple généreux et opprimé.

La diplomatie européenne s'en mêla; mais, au moment où elle croyait pouvoir nourrir l'espoir d'une entente définitive, la cour d'Autriche adressa au gouvernement sarde une sommation directe^ avec injonction de s'engager, sous trois jours, à mettre son armée sur le pied de paix, à licencier les corps francs italiens accourus sous les drapeaux. « Faute de quoi, S. M. Apostolique devra, à son grand regret, recourir à la force des armes. j>

C'étaient les propres termes de la sommation ; c'était une déclaration de guerre au Piémont.

Les cours d'Angleterre, de Prusse, de Russie protestèrent. Quant à la France, ne pouvant hésiter à répondre à rappel d'une nation alliée, à laquelle l'unissaient des intérêts communs et des sympathies traditionnelles, elle

U MËMÛIKBS AUTHENTIQUES

ordonna la concentration d'un corps d'année au pied des Alpes.

La guerre était devenue inévitable entre rAutriche d'un côté, et de l'autre la France, le Piémont et les Ëtats italiens qui pouvaient successivement &ire cause commune avec eux. L'Autriche voulait cimenter sa domination en Italie. La France et le Piémont voulaient repousser les Autrichiens et jeter les bases de Tindépendance italienne.

Le ai avril, vendredi saint 1859, l'Autriche avait envoyé son ultimatum au Piémont. Le délai de trois jours qu'elle lui avait fixé pour le désarmement et le licenciement des corps francs expirait le 24.

Le Piémont ayant refusé de désajrmer, les Autrichiens passèrent le Tessin le 29 avril.

Dès le 26, le gouvernement de France avait prévenu le gouvernement autrichien que, si ses troupes franchissaient les frontières du Piémont, la France serait obligée de considérer cette invasion d'un pays allié comme une déclaration de guerre. La cour d'Autriche ayant persisté à employer la force et ses troupes étant entrées sur le territoire ssirde, le 3 mai Tempereur Napoléon III adressa la proclamation suivante au peuple français :

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