‹ Mémoires authentiques sur Garibaldi mis en ordreChapitre 3 sur 33 · L'EMPEREUR AU PEUPLE FRANÇAIS · texte numérisé non relu

L'EMPEREUR AU PEUPLE FRANÇAIS

c L'Autriche, en faisant entrer sop armée sur le territoire du roi de Sardaigne^ i^otre ^Uié, nous déclare la guerre. Elle viole ainsi les traités, la justice, et menace nos frontières. Toutes les grandes puissances ont protesté contre cette agression. Le Piémont ayant accepté les conditions qui devaient assurer la paix,

SDll GAR1BALDI. I»

on se demande quelle peut-être la raison de cette invasion soudaine : c'est que TAutriche a amené les choses à cette extrémité^ qu'il faut qu'elle dominé jusqu'aux Alpes, ou que l'Italie soit libre jusqu'à l'Adriatique ; car, dans ce pays, tout coin de terre demeuré indépendant est un danger pour son pouvoir.

c Jusqu'ici là modération a été la règle de ma conduite; maintenant l'énergie devient mon premier devoir.

« Que la France s'arme et dise résolument à l'Europe : Je ne veux pas de conquête, mais je veux maintenir sans faiblesse ma politique nationale et traditionnelle; j'observe les traités, à condition qu'on ne les violera pas contre moi ; je respecte le territoire et les droits des puissances neutres, mais j'avoue hautement ma sympathie pour un peuple dont l'histoire se confond avec la nôtre et qui gémit sous l'oppression étrangère.

« La France a montré sa haine contre l'anarchie; elle a voulu me donner un pouvoir assez fort pour réduire à l'impuissance les fauteurs de désordre et les hommes incorrigibles de ces anciens partis qu'on voit sans cesse pactiser avec nos ennemis; mais elle n'a pas pour cela abdiqué son rôle civilisateur. Ses alliés naturels ont toujours été ceux qui veulent l'amélioration de Thumanité, et quand elle tire i'épée» ce n'est point pour dominer, mais pour affranchir.

c Le but de cette guerre est donc de rendre l'Italie à elle-même et non de la faire changer de maître, et nous aurons à nos frontières un peuple ami, qui nous devra son indépendance.

« Nous n'allons pas en Italie fomenter le désordre ni ébranler le pouvoir du Saint-Père, que nous avons replacé sur son trône, mais le soustraire à cette pression étrangère qui s'appesantit sur toute la péninsule, contribuer à y fonder l'ordre sur des intérêts légitimes satisfaits.

c NoUs allons enfin, sur cette terre classique illustrée par tant 4e victoires^ retrouver les traces de nos pères. Dieu fasse que nous soyons dignes d'eux !

« Je vais bientôt me mettre à la tête de l'armée. Je laisse en France rimpératnce çt mon fils. Secondée par l'expérience et les

iLmières du dernier frère de rempereur, elle saura se montrer à la hauteur de sa mission.

c Je les confie à la valeur de Tannée qui reste en France pour veiller sur nos frontières, comme pour protéger le foyer domestique; je les confie au patriotisme de la garde nationale; je les confie enfin au peuple tout entier, qui les entourera de cet amour et de ce dévouement dont je reçois chaque jour tant de preuves.

c Courage donc, et union ! Notre pays va encore montrer au monde qu*il n*a pas dégénéré. La Providence bénira nos efforts: car elle est sainte aux yeux de Dieu, la cause qui s'appuie sur la justice, l'humanité, l'amour de la patrie et de l'indépendance.

c Palais des Toileries, le 3 mai 1850.

c Napoléon. >

D'autre part, le roi de Piémont adressait à ses peu^ pies la proclamation suivante : «

c L'Autriche, qui proteste de son amour pour la paix, nous attaque en refusant de se soumettre à un congrès européen ; elle viole les promesses faites à l'Angleterre ; elle nous demande de diminuer notre armée et d'abandonner ces braves volontaires accourus de tous les côtés de l'Italie pour défendre le drapeau sacré de l'indépendance italienne. Je confie le soin du gouvernement à mon bien-aimé cousin et je reprends l'épée.

c A côté de nos soldats combattront pour la liberté et la justice les vaillantes troupes de l'empereur Napoléon, mon généreux allié. Peuples d'Italie! l'Autriche attaque le Piémont parce qu'il a soutenu la cause de la patrie commune dans les conseils de l'Europe et qu'il n'a pas été insensible à vos cris de douleur ; l'Autriche brise maintenant ouvertement les traités qu'elle n'a jamais respectés. Aujourd'hui, en droit, la nation italienne est libre, et je puis accomplir consciencieusement le vœu que j'ai fait sur le tombeau de mon auguste père.

c Ayons confiance dans la Providence, dans notre union, dans

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la valeur des soldats italiens, dans Talliance de la noble nation française; confions-nous à la justice de Topinion publique. Je n'ai d'autre ambition que celle d'être le premier soldat de l'indépendance italienne.

c Vive l'Italie!

C VlCTOa-ËMMANUSL. »

La guerre de Findépendance était commencée.

PMiflase da TeMin par 1m Aatrlehieofl. — Kieam axasIlMM, leum pillaces.

L'armée autrichienne avait passé le Tessin le 29 avril, musique en tôte. Par suite du plan de campagne adopté par les Piémontais d'abandonner les lignes du Tessin et de la Sesia et de se retrancher derrière la Doire jusqu'à ce que Tarmée française pût entrer en ligne, les Autrichiens n'avaient trouvé aucune résistance et avaient occupé sans coup férir la province de Novare et la Lomeline.

La marche de cette armée envahissante à travers des populations hors d'état de se défendre rappelait celle des temps les plus barbares. On eût dit une horde de sauvages à qui la conquête avait donné un pays en curée. Leur passage était marqué par les actes les plus atroces. Contributions forcées, insultes, arrestations arbitraires, vols, rapines, pillages, viols, sacrilèges, tout leur était bon. Ds faisaient des réquisitions inimaginables. Partout, dans les bourgs, dans les hameaux, ils menaçaient

les syndics d'arrestation^ si» dans quelques heures, ils ne consignaient pas la quantité de vivres voulu, le bétail requis, l'or exige. Partout les soldats étalaient à plaisir leurs sauvageries et leurs brutalités sans exemple. La nuit ils donnaient l'assaut aux fermes et les pillaient. Le jour ils s'installaient dans les habitations, s'emparaient de tout ce qui leur tombait sous la main, provisions, bois, linge, vêtements, etc. Les pillages, les insolences, les attentats étaient leur ordre du jour.

Ainsi pillant, volant, saccageant, les Autrichiens s V vancèrent jusqu'à près de quinze milles de Turin.

Jusqu'alors ik n'avaient pas rencontré d'ennemis : ils en trouvèrent un qu'ils n'attendaient pas. Le pays qu'ils parcouraient était en grande partie planté de rizières que l'on pouvait inonder au moyen de barrages et d'écluses pratiqués au-dessus dTvrée pour quelques uns des cours d'eau qui descendaient des Alpes* Pour arrêter l'armée envahissante, les Piémontais inondèrent le pays, et, à un jour donné, cette armée se trouva au milieu de fon^ drières et d'impraticables marécages. Forcés alors par cette défense naturelle, non pas de mettre un terme à leurs pillages et à leurs exactions, mais de les circonscrire sur les points qu'ils occupaient, les Autrichiens organisèrent contre ce malheureux pays un système de terreur tel qu'on n'en trouverait peut-être pas d'exemple aux plus mauvais temps de l'histoire.

D'un bout à Vautre de TEurope, un cri s'élevi conti^ ces sauvageries, et il devint évident pour tovs que la guerre soutenue par la France et le Piémont était, non plus une guerre politique, mais une guerre d'humanité.

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Aussi cette guerre devint-elle populaire, et toutes les sympathies de l'Europe furent acquises à la cause de rindépendance italienne.

mraÊi^mMIm de l'Bvrope «4 de melie Mur le PtéiMeat» -*- iMvrrections de le Teeeene, de Parme, de Meeee-^errer» centre rAatrielie.

Pendant que ces sympathies se traduisaient par des vœux pour les nobles champions d'une sainte cause, celles de l'Italie s'exprimaient par des Êdts.

L'Autriche avait^ avec les petits Etats de l'Italie centrale, la Toscane, les duchés de Parme et de Modène, des traités secrets qui lui assuraient sur ces points une domination indirecte. Dès le début de la guerre de Tindépendance, le 27 avril, la Toscane se déclara pour le Piémont. Le grand-duc Léopold fut forcé d'abdiquer et de se retirer à Vienne.

Le 30 avril, les duchés de Massa et de Garrara suivirent Texemple de la Toscane.

Le 1*' mai, Parme fit aussi sa révolution. La duchesse régente partit après avoir institué un conseil de régence, qui fut, le jour même, obligé de se démettre et de confier le pouvoir à une commission provisoire. L'entrée imminente des Autrichiens y amena une contre-révo-lution peu de jours après. Mais, dès le 8 juin suivant, la révolution y triompha de nouveau sans lutte, et le duché se mit sous la protection du roi de Piémont.

Ces petites révolutions locales s'étaient opérées sans effusion de sang, par les seuls instincts d'indépendance et de nationalité, qui avaient fait aisément comprendre aux populations que l'Autriche était Tennemie des Italiens, et que, par suite, les ennemis de rAutriche étaient leurs amis.

Les autres parties de lltalie qui ne secouèrent pas immédiatement le joug, attendirent, prêtes à saisir le moment favorable.

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Pendant ce temps arrivèrent en Italie par Gênes et par la Savoie les premières colonnes des armées françaises. La vapeur les transportait par mer à Gênes, et par les chemins de fer à Turin. Partout, sur leur passage, les populations accouraient en foule saluer de leurs vivat les libérateurs de l'Italie. Des fleurs, des fruits, des dons, des distributions patriotiques les attendaient à chaque station. Partout on les recevait, non pas comme une armée qui vole au combat, mais comme une armée qui en revient, chargée des lauriers de la victoire; c'était un triomphe anticipé : jamais armée n'était entrée en ligne chargée de tant de vœux, de tant d'ovations, de tant d'espérances.

L'entrée de Tempereur Napoléon III à Gênes résuma

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tout ce qu'il y avait d'enthousiasme pour la guerre de Tindépendance dans ces cœurs italiens depuis si longtemps opprimés.

C'était le 12 mai. Dès la veille étaient descendus vers la ville les flots de la population des campagnes. Pavoisée de drapeaux tricolores, de gonfalons, de banderoles flottant au haut des mâts plantés sur les places; les fenêtres, les balcons de ses palais de marbre recouverts de riches tentures; ses maisons enguirlandées de feuillage; ses transparents aux trois couleurs italiennes avec leurs devises chevaleresques et patriotiques en lettres d'or; les mille navires de son port marchand et de son port militaire pavoises et arborant au soleil leur^ flammes multicolores, les drapeaux de toutes les nations : Gênes , Gènes la superbe, au fond de son vaste golfe, attendait en habit de fête le libérateur de l'Italie. Telle, jadis, au temps de sa splendeur, reine de la Méditerranée, elle attendait les flottes victorieuses desDoria, des Boccanara, des Yisconti, des Spinola.

À midi , deux coups de canon annoncent l'arrivée du cortège impérial. La foule roule comme une cata« racte vers le port; des centaines de barques montées par des femmes enveloppées du pezzetto, d'autres embarcations recouvertes d étoffes en soie rose frangées de crépines d'or, toutes décorées de flammèches tricolores, • s'élancent de tous les points. Couvrant le port et la rade, les unes à la voile, les autres à la rame, vont s'adosser s«rj la ligne de l'embarcadère contre les gros navire mar« chands formant ainsi une double haie inférieure. On eût dit le premier étage brillant et pavoisée d'une sorte de rue

vénitienne. Sur de gros bateaux à vapeur, des régiments de la garde impériale, les musiques de la garde nationale génoise partent de toutes les directions pour aller au-devant du cortège impérial.

Peu après, des coups de canon partent de l'amirauté, les salves des vaisseaux de guerre leur répondent* C'est Tannonce de l'entrée dans le port de la frégate impériale la Reine-Hortense qui portait l'empereur et sa suite.

Au milieu des éclats de l'artillerie, des roulements des tambours, des sons des clairons, des fenfares, des trompettes, l'empereur est reçu dans un canot royal par le duc de Carignan et le comte de Gavour. À travers la rue brillante et improvisée de canots et de navires, le canot royal se dirige vers le débarcadère du côté de Portici. Dès ce moment et pendant tout le parcours, ce fut une vraiepluiedebouquets, de fleurs lancées par brassées, qui, tombant dans la mer, y formaient une voie fleurie. Tous ces navires, tous ces palais, tous ces canots pavoises, ces coups de canon, ces roulements de tambours, ces fan&res des musiques militaires, ces feux d'artifice de fleurs, toute cette foule palpitante, agitée, jetant à Tair les cris mille fois répétés de vive l'Italie! vive la France! ce mouvement, cette joie, cet enthousiasme , tout cela faisait un de ces spectacles étranges, indescriptibles, qui semblent une page arrachée aux récits féeriques des vieux &ges.

Ainsi acclamé, l'empereur arriva au débarcadère; rarchevéque de Gènes, à la tête du clergé, le reçut. Sur le rivage, les zouaves de la garde formaient la hde; une

foule dépeuple^ montée au paroxismede renthousiasme, formait une seconde haie à un nombre fabuleux de profondeur» L'empereur débarqua ayant à sa droite le prince Napoléon, à sa gauche le prince de Carignan. Il fit à pied le trajet du débarcadère au palais pr^)aré pour le recevoir, à travers des rues encombrées de peuple, des palais enguirlandés, des maisons tapissées de verdure, avec leurs croisées fleuries où se pressaient des milliers de têtes de femmes parées de diamants, agitant leurs mouchoirs, jetant à l'air des fleurs et des cris d'enthousiasme. À chaque pas se dressaient des co-* lonnes, des arcs de triomple, des trophées aux armes de France et de Savoie, une vraie voie triomphale avec ses inscriptions caractéristiques. Ici on lisait ces paroles de l'empereur :

« Le but de cette guerre est de rendre Tltâlie à elle-même et non de la faire changer de maître ; nous aurons à nos frontières un peuple ami qui nous devra son indépendance. >

c Que la France s*arme et dise résolument à TEurope : Je ne veux pas de conquêtes, mais j'avoue hautement ma sympathie pour un peuple dont Thistoire se confond avec la nôtre et qui gémit sous r^^pression étrangère. »

Ailleurs, on lisait cette autre inscription qui rappelait deux hauts faits; Tun du dernier siècle, l'autre du commencement de celui-ci :

Alix SOLt>ATS DE l'aRXBB DES ALPES,

AUX SOU)ATS DE l'aEXEE SARDE,

IBS AERIÈRE-PETITS-FILS DBS DELIVRES DE LEGNAlfO,

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