‹ Mémoires authentiques sur Garibaldi mis en ordreChapitre 24 sur 33 · CAVOUR · texte numérisé non relu

CAVOUR

Au quartier général principal, Milan, le 8 juin 1859. D'ordre de Sa Majesté.

Le lieuienant-général^ chef d^itat-major de Varmie^

Della-Rocca.

Ce jour même, Garibaldi arrivait devant Borgame a la tête de son corps d'armée.

Au moment où il allait pénétrer dans la ville, que les Autrichiens s'empressaient d'évacuer pour se réfugier à Brescia , des courriers lui apportèrent de Milan des pièces ofCcielles.

C'était la nouvelle de la victoire de Magenta.

Le général lut les dépêches d'une voix vibrante. L'enthousiame était à son comble, eft les volontaires entrèrent dans la ville au cri de Vive la France l vive ntalie! vive Napoléon III! vive Victor-^Emmanuel !

La précipita.tion de l'ennemi fut telle^ qu'il abandonna dans le fort de la Rocca, qui domine la ville^ toutes ses munitions et quatorze pièces d'artillerie non enclouées, dont Garibaldi se servit immédiatement pour mitrailler les fuyardfs.

Les Autrichiens avaient fait tous leurs efforts pour ne rien laisser aux volontaires ; ils avaient défoncé les futailles de vin, produit de leurs réquisitions brutales; éventré les sacs de farine^ jeté dans les puits des barils de poudre et de cartQuches, brisé les machines et ustensiles de guerre, mis le feu aux accessoires de campement pour alléger leur marche. Les habitants et les garibaldiens eurent beaucoup de peine k sauver quelques débris.

L'accueil fait à ces derniers fut enthousiaste. Des réunions nombreuses de jeunes gens , des députatîons de toutes les localités de la Yalleline accouraient en foule à Bergame pour les féliciter, ou pour s* enrôler sous le drapeau de Tindépendance.

Le lendemain âe son arrivée, le général ayabt asduré la garde de toutes les positions conquises, et établi une ligne de séparation marquée entre les passages du Tyrol et les campagnes de la Yalteline, se rend incognito à Milan.

Là, il accourt au palais de Bursa, résidence du roi Victor-Emmannel.

Les deux héros de l'indépendance s'entretiennent longuement des moyens à mettre en œuvre pour combiner leurs futures opérations militaires. Plus Garibaldi pénètre dans le territoire lombard, plus il éprouve le besoin d'appuyer sg droite sur les troupes alliées.

La division Cialdini, Tune des plus braves et des plus éprouvées de Tarmée piémontaise , est désignée pour aller renforcer les gardes nationales de Côme, Varèse et Bergame.

La mission dont le général des volontaires est le plus spécialement chargé est d'éviter à tout prix la diversion agressive que V Autriche semble méditer dims la direction du Tyrol.

Pour Garibaldi, la tâche consiste à s'asseofr -fttftetteftt en face des débouchés de cette province, x'est-à-dhrtB dû côté de Bergame et de Brescia.

La moitié de la besogne était déjà ftlite.

Cette entrevue, dont les paroles sont restées secrëteâ,

fut celle qui eût peut-être les résultats les plus décisils sur l'avenir des opérations de Fillusitre condottiere. Il est probable que ces deux personnages éminentS; partis de deux points opposés et que la bonne étoile de l'Italie lan^t çait dans lamôme arène, ne s'en tinrent p^s, cette fois, aux fiimples considérations pratiques de la guerre active du moment, mais qu'ils jetèrent dès lors ensemble les bases d'une union étroite qui (levait exercer une si grande influence sur l'avenir de la Péninsule.

Jamais hommes ne furent mieux faits pour s'entendre; jamais situation ne dut se dessiner plus clairement^ plus sympathiquement à leurs esprits pour les inspirer.

Il est vraisemblable qu'ils se dirent : Que la nouvelle guerre de 1859 soit la troisième phase victorieuse d'une caxnpagn^e libérale^ dont la première a échoué à Novarre en 1848, et la seconde à Rome en 1849 !

Garibaldi revint de l^ilan avec plus de confiance en Victor-Emmanuel, plus de dévouement peut-étre à son auguste personne. Victor-Emmanuel, de son côté, comprit ^ au sortir de cette entrevue, qu'il n'avait pas, dans la noble cause à laquelle il était résolu ^ sacrifier sa couronne et sa vie^ de pl]uts franc , de plus loyal et de plus intrépide auxiliaire que Gariba}dj.

De retour à Bergame, le géntod des volontaires se mit en marche vers Brescia.

lA encore, les Autrichiens ne l'attendaient pas.

Le 12 juin, cependant, une compagnie de chasseurs des Alpes rencontrait à Sériate une cplonne d,e douze cents Autrichiens, fortement retranchés. Malgré Finféric^ité du nombre y les Italiens attaquent Tran^ni à la

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baïonnette, et le délogent de ses positions. Accouru en toute hâte, Garibaldi n'a qu'à féliciter ses hommes et à se joindre à eux pour poursuivre les vaincus.

Les Brescians s étaient déjà organisés. Dans la nuit du 12 au 13, rillustre condottiere traverse leur ville à la poursuite des fuyards. Il trouve la garde nationale sur pied, et elle lui prête un utile concours.

De retour, il la remercie par la proclamation suivante :

« Citoyens de Brescia!

« L*accueil que vous avez fait aux ckaueun des Àlpei est une nouvelle preuve de votre enthousiasme patriotique.

€ Le sublime spectacle que présente votre ville est digne de votre ancienne renommée.

a En accourant aujourd'hui au premier cri d'alarme vous joindre à mes volontaires, vous avez montré que, gardiens jaloux de rindépendance nationale, vous étiez décidés à la sceller, au besoin, de votre sang. Gloire aux citoyens de Brescia ! ^

€ Les ennemis qui rôdent encore dans vos environs ne sont pas des soldats qui menacent votre ville, mais des ennemis en fiiite qui, pour s'ouvrir une route, laissent partout où ils passent des traces de leur domination exécrable.

« Brescians, et vous aussi, habitants des campagnes !

c Le moment est venu de combattre au nom de vos frères morts sur le champ de bataille, et de continuer vos brillantes traditions de ^oire!

« A la rage de Tennemi, qui se voit forcé d'abandonner pour toujours ces belles contrées, opposez le courage du sacrifice! courez grossir les rangs des volontaires! que rien ne vous coûte pour reconquérir votre liberté!

c Le drapeau tricolore, ancienne idole de nos cosurs, flotte sur vos tètes ; il vous commande Famour de la patrie et le dé-

vouement. Que les victorieuses armées franco-italiennes, en vous

délivrant de vos ennemis, vous trouvent dignes de leur glorieux

concours !

« Garibaldi. »

Les AutrichienB avaient laissé dixHsept canons dans Brescia.

Hais les voilà qui se rallient! Rejoints par des renforts considérables, ils reprennent la route de la ville.

Le général des volontaires Tapprend; il s'élance avec deux régiments dans la direction qui lui a été signalée, et n'aperçoit rien. Il hésite. .. Mais, ayant rencontré des paysans, il les interroge et ils lui déclarent n'avoir rien vu.

n renvoie alors un de ses régiments , et continue de marcher à la découverte. C'est ainsi qu^l arrive sur les hauteurs de Rezzato, où tout à coup il se trouve presque entièrement cerné par l'artillerie ennemie.

Tout autre eût reculé. Lui, n'écoutant que son hé« roique courage, envoie une ordonnance demander des renforts au général Qaldini. En les attendant, il soutient pendant trois heures le choc combiné de forces dix Ibis plus considérables que les siennes.

Son cheval s'abat sous lui percé de trois balles.

Les volontaires s'arrêtent indécis! Ils commencent à lâcher pied.

— Courage, enfants ! — leur crie Garibaldi en se re« levant!

Et saisissant un fusil, il s'élance sur les rangs ennemis, dans lesquels il fait une trouée.

Cependant Cialdini arrive ; mais les Autrichiens, déjà

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déqooralî«és par ce qu'Us regardoat ooipme VmYuIaérahilîté de Gûribaldi, se débuufent et ne sa rallient <iae plus loin, à Castelnedolo.

Quant à lui, il établit son quartier général à Rezzato.

l£$ impériaw Wimn% tofm k projet d'arrêt la marche des alliés sur la Ghiese et sur le Mindo. Dqi cô(4 du oélèbre coniottiere, i^s on( choisi déQidéi^ent pour pp^itioa CastçUied^lo, qui ^\ ijjdgimiiours VQkw delaChiese.

Garibaldî résout do ^'ay^ncer, le 15, v&tH I^aatpg de Tautre côté de ce aours d'ç^u. Son but e^t toi^jours de (oouper à l'enneini ses comxanjûcatîon^ av^e le Tyrd*

Afin de traverser la Ghiese, il envoie une avant-garde ^'assurer du poAt de SaprMar co»

Elle est rencontrée par une iroupe peu nemhremseï qui vient de Gastelpedolo dans la même intention.

Les chasseurs battent les Autrichiens et le$ poar* suivent répée dans les reins jusqu'au milieu du bonrg.

Mais, emportés par Leur courage, ils ne s'aperçoivent pas que, dans leur fougue, ils se sont aventurés entre les rangs ennemis, et qu'au moment jnéme de leur triomphe, ils vont être enveloppés»

Ils se retira alors ai|i fim vite et presque ent désordre.

Mais Garibaldi est accouru. Par sa présence^ îl nmi« me ses braves et soutient le choc des Autrichiens,

De son cêté, Gialdini attaque Gastelnedolo du c6t6 opposé.

La position est enlevée, et les impériaux pont eon- Iraints à passer ta Ghiese.

Le combat de Castelnedolo clôt la liste brillante des victoires de notre célèbre condottiere.

L armée alliée passe la Chlese, enveloppe Pesbhiera^ et s'étend en ligne de ce point à Giiidi/j^oto, en passant par Castiglione, formant ainsi un quart de cercle, dont le centre est occupé par toutes les forces autrichiennes rappelées par Hess des grandes places du quadrilatère, et qui composent une masse imposante, dont les positions avancées sont Cavriana et Solferîno.

Là, devait avoir lieu une des plus terribles rencontres dont fasse mention l'histoire des temps modernes.

Hais, par suite de Tentrevue de Milan, Garibaldi abandonne ses positions de Brescia et de la Chiese ; il va occuper la haute Italie pour surveiller les débouchés du Tyrol.

Son quartier général est à Lovère, au nord du lac d'Iseo.

Il s'établit en ligne, de ce point à Salo, sur les bords du lac de Garde, afin de protéger le flanc de l'armée alliée, d'une part.

De l'autre, il eùvoie ses volontaires camper de Lovère à Breno, pour proléger la Valteline.

C'est dans cette position solide qu'il attend le résultat du conflit inévitable de Solferino.

•C'est là qu'il reçoit la nouvelle de la paix de Villafranca.

n refuse d^abord d'y croire, mais elle lui arrive officiellement. Pas moyen de la révoquer en doute I II se rend donc à Tévidcnce, et part immédiatement pour le quartier général de Victor-Emmanuel.

Son but était d'offrir au roi sa démission et celle de ses ofBciers.

Le prince chevaleresque parvient non sans peine à lui faire comprendre que la Péninsule a encore besoin de ses services. Il cède à ses bonnes raisons^ et, .de retour à Lovère, fait de nouveau prêter à ses volontaires serment de fidélité à celui qui, pour lui, est la personnification de ritalie libre et régénérée.

Aussi continue-t-il à recevoir des renforts qui lui arrivent de tous les points.

Dans un ordre du jour, daté de Lovère le 19 juillet, il dit à ses compatriotes :

«( Quelle que soit la marche des événements politic< ques , vous ne devez ni déposer les armes, ni vous « décourager.

« Grossissez, au contraire, vos rangs, et montrez à a l'Europe que, guidés par Victor-Emmanuel, vous êtes a prêts à affronter encore les vicissitudes de la guerre, « de quelque nature qu'elles soient ! »

La conférence de Zurich ne devait pas tarder à couper court à ses dernières espérances belliqueuses.

Il offrit alors de nouveau sa démission, et si, cette fois, elle ne fut point acceptée, il lui fut au moins permis de cesser de faire partie de l'armée active.

Le 11 août 1860, il annonça sa retraite à ses volontaires par rbrdre du jour suivant :

< Chers compagnons d*armesl

« Je me vois obligé maintenant à me retirer du service. Le général Pomaretto est appelé, par Sa Majesté, à vous commander.

J'espère que, de même qu'on vous a connus braves en rase campagne, on vous retrouvera disciplinés dans vos garnisons, et que vous n'épargnerez rien pour acquérir dans les armes Thabileté qui doit vous placer à votre rang en face des ennemis de Tltalie.

« Gàribaldi. »

Ainsi se tennina cette brillante épopée que nous avons regretté maintes fois d'être forcé de suivre aussi rapidement.

Il nous reste à développer maintenant et les résultats qui la couronnèrent et les flatteuses sympathies dont le général que nous célébrons fut salué dans sa marche victorieuse.

Ce sera une réponse écrasante à toutes les attaques, à toutes les calomnies même qui , trop facilement peut-être, en cette occasion comme en beaucoup d'autres, ont trouvé de Técho en France.

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