‹ Mémoires authentiques sur Garibaldi mis en ordreChapitre 25 sur 33 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Les c(|nquête$ de Gdri^l4ù r** 9oa ofbùsm «ir Vict^Sminamiel. — Les èhasseurs des Alpes, — BroDzettl. — Telecki et Tfu^. -^ Portrait de QaifbaMi. '- Béteil» intimes. -- eoirespondances.

Si Ton veut bien connaître les résultats obtenu panr Garibaldi^ on n-a qu'à promener les ycnix sur que earte nouvelle du royaume d&Yictor-Bmimanttel et à SBFivre la marche de Villustre condottiere.

. D'un côtéy les ducbés de Parme cf de Modène^ ainsi quûks k^tions^ forment unçeontvéeannexée à la jeune Italie par la seule volonté des popuhilioM, aidée du cc^icûnre moral dm â^ emps de Vamée française, et de Tappni ^pftttoné de» ckasseatêifêsApfemiM^ eosimandés pat le général UUoa«

La réfion plus au nord, qui a fwv bornes à l'est le Mifi^^ au sud le P6, à Voueet raocienne frontière du Piéflnonty est la coaquâte de nos kva^ee alliés , conquête limitée au sepl^trion par eelles de G$ffibaldi«

La troisième fégion enfin, acquise par Tintrépide gé-

néral , est beaucoup plus considérable que la précédente. Elle comprend trois grandes villes : Côme, Bergame, Brescia, avec leurs territoires; la contrée qui s'étend du lac Majeur au lac de Garde, et la Valteline , province qui court au nord entre le.Tyrol et la Suisse.

Ce résultat, comment Garibaldi Va-t-il obtenu? Cette conquête, comment Ta-t-il faite ? Avec une année de trois mille sept cents hommes.

Il a été, ïl est vrai, renforcé en route ; mais ces renforts, pouvait-il les espérer sans délivrer d'abord les populations au sein desquelles il devait recruter ses volontaires?

Et en présence d'un succès aussi complet, est-il possible de ne pas voir dans l'admirable chef de partisans , Thomme le plus extraordinaire des temps moderjaes?

A chaque pas qu'il fait , le prestige agit devant lui en même temps que la force et le courage. Son nom est pour l'Italie un signal de réveil , une promesse de délivrance. De ses concitoyens , dont beaucoup n'ont jamais vu le feu et n'ont peut-être pas même manié une arme, sa seule présence fait des héros.

C'est que Garibaldi n'est pas précisém^it un général d'armée dans la stricte acception du mot. D'abord il ne connaît d'autre tactique qu'une discipline sévère, qu'une moraUté exemplaire applicable à tous ceux qui font partie de sa troupe. Puis, quand sonne rheare du corn-* bat, il n'a besoin, lui, ni de cartes, ni de plans ; il devine l'ennemi à son approche ; il s'élance le premier à sa rencontre, et ses soldats, ses eniants plutôt , le sui*

SUR GÂRIBALDI. 307

vent d'instinct pour le combattre. SU tombait à leur tête, tous se feraient tuer autour de lui, ou, si quelqu'un lui survivait, ce ne serait, croyez-le bien, qu'après l'avoir vengé.

Aux yeux des Àutricbiens, le cbef illustre des volontaires a la réputation d'être invulnérable. C'est ce qui cause leur terreur quand ils savent qu'il marche sur eux et qu'ils ont à lui résister ; c'est ce qui explique, sans les justifier, leurs atrocités hideuses quand ils croient pouvoir être sûrs qu'il est encore loin.

Dans le récit de cette campagne d'Italie, nous avons été trop juste, trop impartial, trop explicite, pour qu'il n'ait pas été facile de reconnaître, en nous lisant, que parfois il a commis plus d'une faute de stratégie. Parfois aussi ses troupes se sont laissé surprendre; reproche auquel le courage ne peut être certain d'échapper entièrement que quand il s'appuie sur l'expérience.

Mais c'est au milieu de ses erreurs elles-mêmes que le héros de Tindépendanëe italienne éclate dans toute sa grandeur. Il en eût iallu beaucoup moins peut-être pour compromettre le renom de l'armée piémontaise ou celui de l'armée française, si riche en trésors de vaillance. Eh bieni aucune ne lui a été préjudiciable à lui. Il l'a toujours palliée à force de courage personnel, luttant seul contre des centaines d'hommes^ excitant à la fois ses compagnons du geste , de la voix , de l'exemple ^ et à force d'héroïsme, se dressant aux yeux de ses ennemist si semblable au génie du mal, que démoralisés par un adversaire qu'il leur eût été facile d'écraser, ils

39a MÉMOIRES A.UTHEI4TIQnES

^vai^Bt bâte de ppenclre^ la fuite« ^^ W^ ahau^^nant la victoire.

C'est que (jaribal()i ne combat pas ^ulemeol pour une idée. Il a encore dans le cœur une passion toujours viv^ce, un amour violent et indompté , l'amour de la Patrie.

La cqufa Ual^am e^t pour tui plus qu'une question de liberté, c'est une question d 'indépendance.

Notre omdofHere n'es^ pas uniquement un républi-^ cain des anqiens jours* Dans son esprit, tous les partis se confoqdent, tow les bonunes deviennent égaux ; il professe une symps^tbie psireille pour les divers, habitants de la Péninsule, qu'ils soient monardiistes ou libéraux, pourvu q^'au fond de l'âme batte un sentimeutseï»blablo; la ha^ne de la domipation étrangère.

11 a cosApris, ce cœur sublime d'abnégation politique, les vraies inspiirârtiûa$ de l'Europe moderne. Puisque ^ ^'e^-il 4it^ les d^oi^ des natiooalités sont les seuls que reco^nav^ent avu'ourd'but tous les peuples, tous les rois ifiéi^e (^e la passion ^ aveugkx pas ; ek bien ! ce sevent les seuls auss que je défeiidrai, tant qu'il me restera ifii sauffle de vie*

S^r d\i tfÎQinplid de ss^ eause, il ne vaut le devoir q^'^ lui 9 et c'pst dans ce pieux ébn». dans cette noUe ambitjifn^ qi)*il puise touAe sa force.

Iji a compris en^ qu'il serait to^ÎQurs temp» de sW c\if&i du droit d^s. peuples, quand serait vidée à tmà la qqç9tiou4e n^itioniitité.

C'est ce prinâpe qui lui a inspiiié %m dévouement à la couronne de Victor -Emmanuel. Pour lui ce roi

SUR GAfttBALDt. i^^

n'est pas un roi, c'est lltalie entière, l'Ilaliê qui, après s'être battue à la Tchernaîa, n est certainement pds indigne de parler à TEurope.

C'est sur cette haute individualité chevaleî'esquécîti'il compte pour l'avenir. C'est en elle qu'il a confiance pour assurer la liberté des peuples dont elle garantit l'indépendance.

On l'a souvent entendu dire :

c( Victor-Emmanuel est le premier des patriotes ttâ- « liens. C'est le plus noble cœur qui soit au monde. « Sous ce roi, la Péninsule est certaine de sa délia vrancel y>

En cela, du reste, Garibaldi n'a que le mérite d*être complètement unanime avec ceux de ses concitoyens qui ont marché ou qui marchent en tête de Topinion publique.

Daniele Manin, le plus grand ami de la liberté et de l'indépendance italiennes, l'illustre président de la république de Venise; Manin, mort pauvre et obscur sur îa terre étrangère avant que les Autrichiens vaincus eussent été chassés des plaines de la Lojnbardie, Manin disait en 1855:

« Si ritaUe ddit avâir tm ni, ue roi ne peut être que « Vifit#r^Emmanuel. n

Un «mtre patriote^ Ricciardi^ écrivait en 1856 :

« Dans le cas où le roi du Piémont triom^berait de <c rAutriche, je ne poûstersâs ]pas le en de Vive Victor- (( EmmamieU car ce serait renier ma foipolitiqué et les fi actes de ma vie tout entière; maïs assûrémeiit, en le <i voyant ceindre la couronne italienne, il me serait iin-

a possible de ne pas avouer qu'il Ta bien méritée. )»

Un écrivain français, qui mérite toutes les sympathies, et sur l'opinion duquel il n*est pas permis d'élever un soupçon, Georges Sand, a dit de Garibaldi:

<c Chargé de soulever les populations contre TAu- « triche, et d'annoncer la bonne nouvelle tout en hara celant l'ennemi, il remplit un rôle complètement a neuf dans l'histoire • Il fait de la révolution au profit « de la royauté, et il la fait sciemment, résolument, loya- « lement, sans être dupe, ni trompeur I »

Inutile d'appuyer ici par d'autres citations, par d'autres exemples, l'opinion que Garibaldi a pu, lui aussi, embrasser sincèrement la cause de Victor-Emmanuel, sans abjurer le moins du monde ses antécédents politiques.

Voilà peut-être ce qui a rendu l'illustre condottiere si sympathique aux populations françaises !

Des détracteurs acharnés ont vainement tenté de lui ravir ce beau fleuron de sa gloire immortelle.

A ceux qui essayeraient encore de l'en dépouiller, qu'on nous permette d'opposer cette proclamation lancée après la paix de Villafranca :

irALIBNS DU CENTRE :

II y a quelques mois, vous disiez aux Lombards : Vos frères de toutes les provinces ont fait serment de vaincre ou de moarir avec vous.

Lea AutricMens savent que vous avez tenu parole.

Demain, vous répéterez à Tltalie entière ce que vous disiez alors aux peuples de la Lombardie, et la noble cause de votre patrie vous retrouvera serrés les uns contre les autres sur le

SUR 6ARIBALDI. 401

même champ de bataille, animés des mêmes sentiments auxquels vous étiez fiers d'obéir dans la période écoulée, conservant l'impassible attitude d'hommes qui ont fait et qui feront toujours leur devoir.

De retour dans vosfoyers, au milieu des caresses de la famille, n'oubliez pas la reconnaissance que vous devez à Napoléon III et à Vhèrinque armée française^ dont tant de courageux enfants gémissent encore, blessés ou mutilés, sur des lits de douleur, pour la sainte cause de l'Italie.

N'oubliez pas surtout, quelles que soient les vues futures de la diplomatie européenne sur vos destinées, que vous ne devez jamais oublier la devise sacrée : Italie et Victor-Emmanuel l

Lovère, S3 juillet.

Garibaldk

La calomnie, qui s'est acharnée sur rhéroique général des chasseurs des Alpes, n a pas épargné ses intrépides volontaires.

On en a fait des voleurs de grand chemin, des bandits, des hommes de sac et de corde. On n'a pas rougi de publier des masses de lettres apocryphes émanées 8oi*disant des localités qu'ils avaient parcourues et dont les habitants , victimes de tous leurs excès, de toutes leurs turpitudes levaient les mains au ciel pour appeler ses vengeances sur les dévastations, les actes de pillage, les vols, les assassinats, les crimes de toute espèce de cette horde de misérables.

À toutes ces accusations sans fondement, rien de plus facile que de répondre par des faits que nul ne contestera.

Tandis qu'à Saviglîano, il organise son petit corps d'armée, on a beaucoup de peine à l'empêcher de faire fu-

40a MÉMOIRES AUTHENTIQUES

siller un pauvre diable convaincu d'avoîi' volé «ne bague de trois francs.

C'est le Journal des Débats , que certes on îi^accusera pas d'italianisme, qui a raconté cette anecdote.

Dans ses rangs ^ le moindre acte de déloyauté était immédiatement puni de mort, sans qu'il fût besoin, pour appliquer ce châtiment si terrible, de l'arrêt d'un Gon«* seil de guerre. Jamais M. de Cavour n'a pu réussir à lui faire comprendre que, nulle part, de tels coupables ne sont exécutés qu'en vertu d'un jugement.

Voilà quelle était sa discipline quant à la moralité de ses troupes.

On a prétendu encore que ses compagnons d'armes se composaient du ramassis de la société, que c'étaient des hommes de sac et de corde, de malheureux soudards» sans tenue, sans honneur, sans patrie, sans foi ni loi.

Un fait puisé à la même source suffira pour répondre à cette nouvelle accusation.

Un général français rencontre un soldat de Garibaldi qui lui présente les armes :

— * Vous êtes volontaire? lui demanda notre covn^ triote.

--*- Oui, général^ lui répond l'Italien, volontaire et Toscan.

-^ Et Ton vous donne?...

— Un fusil et cinq sous!

Le chef sourit en examinant de près le visage et les mains du factionnaire.

<— Cette humble position sociale; ajouta-t-it^ doit

SUR GARIBALDK 403

paraître étrange à un jeune homme qui a mis les pieds^ sans doute, dans plus de villas que de casernes?

— Bahl répond le fantassin improvisé, on finit par 8'y faire, et puis, si je ne toudie que dnq sous de solde du gouvernement, j'ai par jour, de chez moi, trois cent-trept^-trois francs trente-trois centimes.

Quand il fut décidé qu'on formerait deux divisions de chasseurs des Alpes, on donna à Garibaldi une escorte de cent cavaliers.

Ces guides proposèrent tous de s'équiper et de se monter à leurs frais.

Leur offre fut acceptée.

Lorsque l'illustre chef enrôle un nouveau volontaire, il a pour habitude de lui adresser quelques paroles qui iuppelleot son allocution du 2 juillet à Rome :

a Je ne puis t'offrir que la soif et la chaleur durant le € jour, le froid et la &im pendant la nuit, le danger tou- « jours; mais au bout de toutes ces souf^frances, nous « aurons la liberté de Tltalie.

fi Je punis sévèrement la moindre désobéissance, et « je fais fusiller sans pitié le plus petit voleur. Maintenant « que tu s^ de quoi il s'agit, comporte-toi comme les « autres, et ne te laisse pas prendre surtout, car les Àu- « trichî^QS ne te feraient pas quartier. Libre à toi ensuite f[ de te laisser fusiller comme un chien par un peloton % de croates, ou de mourir bravementle sabre au poing, « sur des tas de cadavres revêtus de tuniques blanches, a en criant : Vive l'Italie! »

Cela dit, il lui donnait une poignée de main, et le vo* lontaire était engagé*

En arrivant en présence de Tennemi, voici à peu près la harangue qu'il leur adressait :

a Mes enfants, vous êtes à peu près un contre cinq, « vous avez devant vous la mort, et^ derrière» les ftisils « de vos camarades prêts à abattre sans pitié le premier a à qui viendrait l'idée absurde de songer à battre en <c retraite.

a Nous ne possédons pas de canons, il est ui^ent que Cl nousnous en procurionsà tout prix. Que pour atteindre <c ce but, nous nous fassions tuer ou non> peu importe ! « n faut que l'Italie soit libre, telle est notre œuvre, a telle doit être notre unique récompense I »

Malgré ces énergiques paroles et les résolutions plus énergiques encore dont il les accompagne, l'illustre chef aime son corps de volontaires comme sa propre femille.

Voici, entre mille, un fait qui, au besoin, nous en fournirait la preuve.

Il y avait, dans les chasseurs des Alpes , un brave officier du nom de Bronzetti. Il avait fait la guerre de l'indépendance sous Charles-Albert, était accouru ensuite à Rome servir avec Garibaldi et avait enfin cherché un asile à Gênes.

Quand notre héros, quittant sa retraite de Caprera, fit un appel à ses anciens compagnons d'armes^ celui-d fut un des premiers à accourir sous ses drapeaux. Il combattait à Varèse, àCôme, à Laveno. . Avec 105 hommes, il en repoussait 1,400, à la Seriate. Après cette affaire, il recevait le commandement du premier bataillon du premier régiment des chasseurs des Alpes.

SUR 6ABIBALDI. 405

Blessé bientôt légèrement au bras gaucbe, il n'eut garde de cesser de se battre pour ce qu'il appelait une ^[ratignure. Une balle lui ayant fracassé le bras droit, il saisit son épée de la main gauche et cria à ses soldats:

En avant et vive l'Italie!

Tout à coup une batterie ennemie est démasquée; la fusillade s'engage plus vive , et une balle le blesse au venU*e : il tombe sans cesser de crier : En avant! Ses soldats se disputent à qui ira le relever : trois d'entre eux y laissent la vie. Amené à Côme, il y devient l'objet des plus Aives sympathies.

Sur ces entrefaites, il reçoit de la part du roi la médaille d'argent en récompense de sa belle conduite à la Seriate. Il la regarde avec une joie naive, et en y lisant les mots : Guerre à l'empire (T Autriche, deux larmes de satisfaction coulent sur ses joues. Quelques minutes après il était mort.

En ce moment on apportait une lettre de Garibaldi : c'était un nouvel et éclatant hommage rendu à la bra* voure de cet officier par son général qui Taimait comme un frère; la voici :

Paitonne, 47 juin 4859.

« Mon très-cher Bronzetti,

€ Vous êtes, certes, au-dessus de tout éloge, et vous avez « justement mérité le nom de brave des braves d^ votre co« <( lonne.

€ Votre courage l'emportera sur la gravité de vos blessures, c et vous serez rendu à vos compagnons d'armes.

« Recevez un baiser fraternel de votre ami.

« G. CrARIBALDI. »

«06 MÉMOIRBS AUTHBNTIQUES

Parmi les volontaires de l'illustre condottiere, oa remar([uait deux comtes hongrois, Telecki et Tùrr, qui ont toujours eu pour habitude de ne laisser échapper aucune occasicm de prouver à rAutriche les sentiments dont leur patrie est animée à son égard.

Ces deux gentilshommes, amis fervents de la liberté des peuples, ayant remi^i des rôles importants dans la révolution de Hongrie, étaient simples soldats dans les chiosseurs des Alpes.

Le second fot un jour si ^èvemetot blessé, qu'en craignit un instant que l'amputation ne devint nécessaire.

Voici la lettre que lui adressa le général en apprenant cette nouvelle, le même jour qu'il écrivait à Rron* settil

Fai^onne, 17]uinlS59.

« Mon très-dier ami,

« Le sang hongrois a coulé pour la cause de Tltalie, et la a fraternité qui doit unir nos deux peuples dans Tavenir vient « d*étre cimentée.

m Pour quelfue temps je serai privé d'un compagnon d'armes c et d'un ami; mais j*espère vous revoir bientôjt à mes ic6té6 « pour conduira encore nos jeunes sojdats à la victoire.

€ A bientôt

a G. Garibaldi. »

Un autre volontaire du corps d'armée de notre héros mérite de fixer l'attention. C'est un noble Anglais, âgé de cinquante ans environ, immensément riche, et qui a parié avec un de ses compatriotes que rjUustre cmdatUere ne serait pas tué. Pour être en mesure de pou-

SOR fiAHIBALbl. kOl

voir 8*eii assurer à chaque mstant devisUy il ne le quitte pas plus que son otnbre^ et quand il repose, il se met en faction sous ses fenêtres ou devant sa tente.

D espère beaucoup gagner sa gageure, dans laquelle toute sa fortune est en jeu, et pour mettre autant que possible la chance dans son parti, armé d'une excellente carabine de précision , et d'une non moins bonne lorgnette, le voilà qui) tant qu'il y voit, tue sans pitié tous les ennemis qu'il vise. 0 n'en a pas, dit-on, manqué un seul pendant toute la durée de la campagne.

S'il a pris, du reste^ beaucoup de goût à ces hécatombes autrichiennes, il faut bien se garder de croire que son dévouement à la cause de l'ftalie en soit le seul mobile, et que l'amour de la chasse, si répandu parmi ses compatriotes , n'y entre absolument pour rien. Quoi qu'il en soit, quelque temps qu'il fasse et quelque danger qu'il y ait à courir, vous le trouverez toujours' prêt, toujours au premier rang, et Garibaldi, qui avait éprouvé d'abord une hilarité qui ne lui est pas très-naturelle à la répétition des exploits de notre insulaire, avait insensiblement fini par s'y habituer, et le tenait même, assure-t-on, en très-grande estime.

Au reste , le commandant des dioêseurs des Alpeày comme tous les grands généraux dont l'histoire garde le souvenir, a un cachet particulier qui caractérise chacune de ses campagnes.

Nous allons tracer rapidement son portrait pendant la guerre que nous venons de raconter.

En France et partout, on n'a cessé de faire circuler des gravures plus ou moins fidèles, plus ou moins exac-

tes, représentant Tenfant perdu de l'indépendance italienne sous des traits et avec des costumes dans lesquels le ridicule le dispute à Tabsurde. Â qui voudra nous croire, nous pouvons certifier que la vérité n*a rien à démêler avec ces images fantastiques.

Au risque, après tout, de donner à cet homme à part une physionomie moins poétique , nous dirons qu'il a porté, tant qu'ont duré les hostilités, l'uniforme de général du Piémont, avec le chapeau ou le képi réglemen- I taire. Le seul point par lequel il se soit écarté de Thahit en usage dans la plupart des troupes, est le manteau. Le célèbre condottiere a troqué le burnous blanc du gaucho contre la cape rouge, tolérée parmi les cheis qui obéissent aux ordres de Yictor-Emmanuel.

Sa tenue a toujours été celle que prescrit la plus sévère ordonnance. On aurait pu croire^ en le voyant, qu'il n'en a jamais connu d'autre.

Son képi ou sa casquette > bien que réglementaire , n'en avait pas moins attiré l'attention de ses soldats, comme, avant lui, le couvre-chef peu belliqueux de Fillustre maréchal Bugeaud.

Il semblait à ses volontaires que le seul moyen, pour lui, de leur témoigner sa satisfaction, était de le renverser sur locciput, comme la seule expression de sa mauvaise humeur consistait à le rabattre sur les yeux.

Dans les combats, dans les batailles de son admirable expédition, fréquemment il a feit main basse sur les canons autrichiens, et presque jamais, cependant, il ne s'en e$t servi. Ainsi que l'enfant de la France, il avait nppris d'instinct que la baïonnette est le plus puissant

SUR GARIBALDL (09

auxiliaire de ces attaques à outrance auxquelles on ne résiste pas.

Il a constamment refusé les demeures officielles qui lui ont été offertes par les municipalités, préférant de modestes chambres d'hôtels meublés, dont la position lui paraissait moins incommode, et où il se trouvait plus à Taise. La vie d'apparat, qui charme tant d'autres chefs, a toujours été pour lui une futilité. Il a fui sans cesse Téclat des ovations, dont l'hommage, au fond, inondait son âme de bonheur ; car elles lui prouvaient l'enthousiasme patriotique des populations; mais elles lui imposaient forcément aussi des allures de triomphateur auxquelles il répugnait.

Il n'aime que le bruit du canon et les éclairs de la fusillade; mais, après le tumulte et le feu, ce qu'il recherche de préférence, c'est le calme» c'est la tranquillité, et il ne se trouve heureux que dans la méditation.

Tout son coeur se partage entre le désespoir et Tespérance. L'espérance seule le préoccupe avant et après le combat. Le désespoir se charge de remplir les intervalles.

Dans son œil calme et fier, il y a encore plus de tristesse que de douceur. Le souvenir de sa chère Ânnita ne Ta jamais abandonné et ne l'abandonnera jamais. Si, plus d'une fois, un sourire a effleuré ses lèvres pendant cette guerre que nous racontons, souvent la tristesse re^ prend le dessus à l'heure où nous écrivons ce livre.

N'allez pas croire néanmoins que ce soit un de ces esprits vulgaires que le désespoir seul transforme en

héros! Non. Il y a deqx hopamQs en lui : l'Italien enthousiaste et l'époux au cœur brisé!

Nqus avons recueilli avec ao^n, pour ep parsemer ce récit, touç les discours, toutes les proclamations^ toutes les lettres qui Thonorent

L'homme se peint tout entier dans ses écrits. Sous la plume de l'illustre général, on sent la màl^ énergie, le bouillant courage du héros^ 1 enthousiasme, la sincérité» la franchise du patriote.

Continuons]

Les démocrates de la patrie du Gd avaient souvent, eux autei^ pendant la guerre, témoigné de leur vive sympathie et des vœux ardents qull$ faisaient pour le triomphe de la cause itatienne.

M. Edouard Gampo, rédacteur en chef de la BiseucwB^ ancien ami du vaillant condottiere^ s'était chargé de lui faire parvenir les félicitations de VEspagne libérale.

Il en reçut la réponse suivante :

Lovère, 30 juillet 1859.

Hon très-cher ami,

Votre lettre de félicitation m'a fait le plus grand plaisir.

Ce n'est pas en vain que j'ai toujours compté sur la sympathie de la cause libérale par delà les Pyrénées.

Vos courageux et vaillants compatriotes ont raison d'avoir confiance en moi.

Quand nos justes aspirations seront enfin satisfaites, quand l'Italie n'aura plus à craindre pour son indépendance, je tâcherai d'aller visiter votre riche Péninsule, et j'éprouverai un véritable plaisir à connaître et à serrer dans mes bras tous mes frères et coreligionn^es qui l'habitent et que je ne connais pgint ff^^.

SUR GARIBALDI. 4il

Le sort des armes m'a été propice dans cette dernière gtterre;

rien n'est dû à ma valeur ; je n'ai fait que remplir mes devoirs comme soldat de la liberté. .♦-

Adieu, frères très-chers, saluez en mon* nom cette honorable démocratie espagnole, si bien représentée par la Ûîscucion , et comptez sur la promesse formelle de votre àffèttbeux ami.

Salut et en avant!

G* GiaiSALDh

Une souscription pour les volontaires italiens avait été ouverte à Paris, Quand elle eut dépassé le chiffre qu'elle s'était proposée d'atteindre, ceux qui y avaient pris part demandèrent qu'on employât le surplus à offrir une coupe à M. de Cavour et des armes d'honneur aux généraux Garibaldi et Ulloa.

. Le rédacteur en chef du Siècle fut chargé de les transmettre. Dans sa lettre au chef des partisans, M. Havin lui annonça Tenvoi qui lui était destiné, comme un hommage de la France à tous les soldats de rindépendance, en la personne de leur illustre commandant.

Quant à lui , il répondit à ce souvenir par une lettre en français, que nous reproduisons dans son texte , dont l'aiuthenlicité nous est garatiilîè par M, C. Paya t

a Trescorrfe, ce 10 août 1B59.

« Mon cher Monsieur,

« J'ai reçu par Bt* E. d'Huiler la belle arme d*honneur que vous avez eu Tobligeance de m'adresserf

c( Un dofn aussi distingué pour action de gui^rre e$t déjà une récompense vraiment précieuse I Mais la tenir

de l'offre sympathique d'hommes appartenant à la chevaleresque et vaillante nation que vous représentez^ en augmente extraordînairement le prix, et Télève de beaucoup au-dessus du peu que j*ai fait pour l'indépendance de mon pays.

a Je ne suis certes pas capable de vous en exprimer toute la gratitude que j'en éprouve et que je sentirai toute ma vie.

«t Votre dévoué ,

« G. Garibaldi. »

Enfin, les concitoyens de Tillustre condottiere ^ les habitants de Nice, voulurent lui offrir un témoignage de leur haute sympathie, et le syndic de cette ville lui écrivit la lettre suivante :

12 juiUet 1859.

Général,

Vous avez accompli dans la guerre de l'indépendance de Tltalie des actes admirailes de bravoure et d'intrépidité militaire.

Vous vous êtes avancé courageusement sur le sol lombard, et vous y avez mis le pied le premier.

Repoussant Fennemi dans toutes les rencontres, vous avez prouvé que chaque combat était pour vous une nouvelle victoire.

Ces traits éclatants ont excité Tadmiration de toute l'Italie et vous ont mérité à bon droit le bel éloge que Sa Majesté vous décernait, en mettant à l'ordre du jour de l'armée que vous, général, et vos braves volontaires, aviez bien mérité de la patrie.

La ville de Nice ne pouvait ne pas accueillir avec la plus grande satisfaction et le plus vif enthousiasme la nouvelle des hauts faits d'un de ses enfants, et le conseil communal, interprète du vœu de tous, dans sa séance du 15 juin dernier, a délibéré

par acclamation de vous ofirtr, au nom de la municipalité, un sabre d'honneur en témoignage de sa reconnaissance pour les actes généreux que vous avez accomplis en faveur de la patrie» dans la guerre actuelle de l'indépendance italienne ; il est convaincu que cette arme ne pouvait être confiée en de meilleures mains.

Pendant qu'on s'occupe k la fabriquer, je m'estime heureux, conformément au mandat que j'ai reçu du conseil, de vous faire part de cette délibération , et de vous présenter en son nom les plus vives félicitations pour votre admirable conduite, qui honore tant votre ville natale.

Agréez, général » l'expression des sentiments de ma haute considération.

Le syndic f Malaussbkà.

Voici la réponse de Garibaldi :

Lovère, 20 juillet. ' Monsieur le Syndic,

Je suis profondément touché et reconnaissant de l'acte généreux de ma très-belle et très-chère ville natale,

Je considère le peu que j'ai fait pour la sainte cause nationale comme le devoir d'un citoyen, et la satisfaction de ma conscience semblerait devoir me suffire ; mais l'honorable et précieux don qui m'est fait si courtoisement par la municipalité de Nice est une récompense bien supérieure à mon mérite.

Mon bras peut s'affaiblir et devenir inhabile à manier le sabre d'honneur que Nice me donne ; mais mon cœur, jusqu'à mon dernier soupir, ne perdra rien de son amour et de son dévouement illimité pour ma terre natale.

Veuillez, Monsieur le Syndic, agréer et présenter à l'excellente municipalité de votre ville l'expression de mon affectueuse reconnaissance.

G. Gaaibaldi.

Ces quelques citations doivent suffire à établir nettement le caractère du général dont nous écrivons les mémoireâ.

Comme tous les hommes qui s'imposent une mission, il a cru de son devoir de se vouer tout entier au service de la cause qu'il se proposait de. défendre. Les nombreux hommages qu'on lui a rendus de toutes parts, il ne les a acceptés que comme des témoignages de sympathie pont sa chère Italie. Comblé d'honneurs, de distinctions, il est constamment resté le même, constamment simple, modeste, humble dans ses goûts. Cette vie tout en dehors, qui nous plaît tant, à nous autres Français, et qui plaît peut-être davantage encore aux Italiens, ne lui a jamais inspiré qu'aversion et dégoût.

Son idée bien arrêtée, son idée fixe est de se retirer quand il aura parcouru sa nouvelle carrière, dans son île de Caprera, sorte de rocher perdu, inculte , que par le travail A d converti en une oasis délicieuse.

Avant tout, il est convaincu de ce principe dont il ne veut point se départh*, c'est que la seconde missioh du patriote est de nourrir son payé après l'avoir sauvé.

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