ARMÉE D'ITALIE
11* division.
Soldats!
L'henre d'une prochaine lutte va sonner. L'ennemi vous menace ! Avant peu, sans doute, il osera vous attaquer.
Compagaons d'annes de la Lombardie! vous deyet être prêts. Nous allons combattre les oppresseurs de l'Italie ; il s'agit de vous montrer dignes de votre glorieux passé ! Je vous attends à l'œuvre ! Tenez-vous fermes dans les rangs !
Quartier général de Bologne, 5 octobre 1850.
Garibaldi.
Aussitôt il se porte sur Modène, où l'on s'attend à une attaque inuninente.
Cependant elle n a pas lieu. Il profite alors de l'état des esprits et de l'enthousiasme que ses dernières proclamations ont excité, pour remettre en question la Société nationale italienne^ cette réunion patriotique qui, naguère, avait préparé la Péninsule à la guerre, mais qui s'était ensuite dissoute d'elle-même quand elle avait pu croire que son existence allait devenir un em** barras pour le Piénftnt.
M. La Fanna^ que nous avons vu à l'ceuvre à Thenre suprême du conflit, en jeta les bases nouvelles. Les premiers membres groupés offrirent la présidence à Garibaldi, qui l'accepta, et adressa cette lettre au secrétaire:
StJR GARIBALDI. 49l
Mon cher La Farina ,
J*ai accueilli votre résolution avec la sympathie la plus vive et la plus cordiale. Les services que la Société nationale a rendus avant la guerre , ont ému de reconnaissance tous les cœurs italiens. Je vous remercie, en leur nom et au mien, de tout ce que vous venez de faire pour la reconstituer.
Ce qui, seulement, me contrarie, c'est de ne pas voir à la tête de cette patriotique réunion, notre cher Pallavicino, cet homme si vénérable que nous chérissons tous. Mais si, par des motifs qui, j'en suis certain, ne peuvent être que très-respèctables, il a cru ne pas devoir assumer cette responsabilité, j'accepte avec gratitude ce poste d'honneur.
Je le disais à la Société miionale quand, en 18&9, elle aocueiHait en moi un pauvre proscrit : il a fallu dix ans k la Grèoe pour conquérir son indépendance, et l'Amérique a dû combattre plus longtemps encore. Avant d'atteindre ce but, ces deux nations ont obtenu cependant le prix de leur constance, grâce à Tappui de tous les peuples civilisés.
Notre lutte compte à peine quelques mois, et nous avons conquis déjà l'estime et les sympathies de l'Europe !
Courage donc! et ne déposons pas les armes tant qu'il restera un pouce de terre italienne à délivrer !
Adieu! votre dévoué,
Garidâldi.
Déjà les vues de nUastre condottiere ne se boniaimt pas à la défeuse de l'Italie centrale. Naples jefftit aussi des cris de détresse.
Dans nn banquet qui lui avait été offert à Modène pour la reconstitution de la Société nationale^ un toast chaleureux était porté au vainqueur de Varèse. Au mi* lieu des acclamations des convives, il solHdta un instant de silence, et d'une voix émtiâ remercia de leur sympa-
thie l'orateur et Vassistance : <c Vous venez, leur dit-il, de raconter mon histoire. Permettez-moi de vous té* moigner à mon tour combien je suis heureux et fier de me voir entouré de tant de braves qui m'ont donné tant de fois de si évidentes preuves de leur affection fraternelle I
<c Pendant de longues années, j'ai servi sans solde sur la terre étrangère la cause de la liberté I Que ne ferai-je paç aujourd'hui pour Taffranchissement du malheureux pays qui m'a vu naître ?
et L'Italie sera libre un jour, et ce jour n'est pas éloigné, n ne s'agit plus de Témancipation d'une province ou même d'un état; il s'agit de l'indépendance et de l'unification de toute la Péninsule , depuis les Alpes jusqu'à la Sicile.
c Victor-Emmanuel est pour nous l'homme de la Providence. C'est autour de lui que nous devons nous grouper, c'est en son nom qu'il nous faut planter le drapeau de la liberté sur les murs de toutes les cités italiennes.
a Si les étemels ennemis de notre chère Italie comprennent leurs véritables intérêts, qu'ils se h&tent de i s'abriter derrière leurs frontières naturelles. Là, ils | n'auront plus rien à craindre de nous. Devenue une nation, notre grande famille ne verra qu'une sœur dans toute autre nation voisine,
c( Unissons- nous I Notre union, c'est notre force. Quand nous serons unis, nul n'osera nous attaquer.
tt Soyons aussi tous soldats ! Que la nation, groupée en faisceau, ne forme qu'une armée! Que ceux qui ne
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peuvent quitter le toit qui couvre leur famille gardent et nourrissent ces êtres chers à leur cœur! £n agissant de la sorte, ils feront aussi leur devoir. Vive l'Italie ! Vive Victor-Emmanuel ! »
Ces mots, prononcés dans un banquet : « Depuis les Alpes jusqu'à la SicUe^ » avaient une signification aussi immense qu'imprévue.
L'orateur profita habilement de l'effet électrique qu'ils avaient produit, et, le 18 octobre, il datait de Rimini cette proclamation qui fut aussitôt secrètement répandue dans le royaume de Naples :
ARMÉE ITALIENNE- !!• divisian.
k NOS FRÈRES DBS DEOX-SICILES.
a Frères, *
a Nous avons combattu les Autrichiens, ces oppresseurs acharnés de ritalie, et nous les avons vaincus ! Us ont fui devant nous en nous demandant grâce, en se jetant aux genoux de ceux dont ils avaient assassiné le père ou la mère, le frère ou la sœur, ou les enfants! Et les Italiens n'ont pas tué un seul de ceux qui s'étaient rendus!
«Frères, nous avons été vainqueurs!... Et vous n'étiez pas avec nous! Dans nos rangs, il y avait des Italiens de toutes les provinces, mais peu des vôtres!...
c Et pourtant , nous savons que vos cœurs battaient pour la sainte cause de la Patrie, qu'ils partageaientnàos périls, nos fatigues, et qu'ils se réjouissaient de nos victoires, en dépit de l'abominable tyrannie qui pèse sur vous, qui vous dégrade, et voit pour elle une défaite dans chaque nouveau succès de l'Italie.
te
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ft Frères ! si votre bras nous manquait, votre voldnté ne bous faisait pas défaut, nous en sommes certains I Cetu foiê^ bras et volonté, rien de ce que nous sommes en droit d'attendre de vous ne nous manquera.
« La Providence a décidé l'union des membres épars de notre pauvre famille, qui va devenir la grande familje italienne! En vain vos oppresseurs cherchent-ils à jeter la défiatice, là 2i«Hiie dans vos âmes, à corrompre un malheureux peuple qu'ils ont tant de fois vendu à l'étranger. Tous leurs efforts se briseront contre votre inébranlable volonté! Les fils des Procida, des Masaniello, des Pepe, auront bientôt serré la main aux vainqueurs de Palestro et de San-Martino I
aRimini, 18 octobre 4859.
d Garibaldi. »
Cette étincelle, qui s'échappait tout à coup da foyer du patriotisme italien, ne tarda pas à ébranler la Péninsule jusqu'au fond de ses entrailles. La diplomatie en eut peur. Elle crut*devoir faire comprendre au gouvernement piémontais que de pareils manifestes, émanauit d'un homme occupant une position officielle , d'un général en service actif, étaient de nature à entraîner forcément la responsabilité du pouvoir.
Alors commencèrent pour Garibaldi de rudes épreuves.
Le soldat des pampas d'Âmériqué , le guérillero du nord deTIlalie, avait peine à s'expliquer ces précatitions sans nombre qu'un pouvoir constitué est sans cesse obb'gé de prendre. Sur de sa conscience et de son patriotisme, il rejetait sans pitié tout ce qui n'avait pas, à ses yeux, l'apparence d'une opposition nationale, et marchait toujours droit à son but.
sua GARIBALDI. 435
Ta&dis qu'il adressait cette proclamation aux Napolitains» il formait sa division ; il lui confiait la garde des frontières; il observait à sa tête les mouvements des duç9 dépossjédés; il ne semblait préoccupé enfin que des nécessités de la défense nationale. Un autre but le Au3ai( agir cependant. Il nourrissait depuis longtemps ridée d'attaquer le royaume de Naples du côté de la terre ferme, et da n'achever l'unification de Tltalie qu'après Finsurrection, et pour ainsi dire la conquête des provinces méridionales.
Lfi Piénu^nt n^e pouvait le suivre dans cette voie, qui lui eût été fatale. Garibaldi ne le comprit pas tout d'abord, et c'est ce qui motiva la muette opposition dont il devint F objet de la part de Fanti, son supérieur immé» ^at.
Ce général est très-dévoué à la cause italienne; il Fia prouvé à c)laq^e nouveau péril, il le prouvera encore Iqu^s }m fuis qu'il en sera besoin* Bon organisateur, militaire consommé, c'est, de plus, qualité précieuse, un homme calme et froid. Plus que notre condottiere ^ il a ^a consicience du danger, mais moins que Li il est accpjiitumé à lui faire face et à le combattre personnelment. Il a Fhabitude des forn^ administratives, lentes et sûres. Il est diQué d'une patience à toute épreuve et d'uqe prudence qui ne se dément jamais. Garibaldi est tout feu, tout entrain; et qyand sonne Fheure de la retraite, il est le dernier à s'éloigner du cha;mp de bataille, comme il est le premier à y accourir quand le jçlairon fait entendre la charge.
D'après ces motifs et les réflexions qu'ils suggèrent, il
est facile de comprendre de quelles déceptions amères dut être abreuvé notre héros à cette époque de sa vie, et d'excuser en même temps jusqu'à un certain point ceux qui semblèrent alors oublier un instant ce qu'il avait fait pour l'indépendance de sa patrie.
Tandis que cet orage d'inertie grondait sourdement sur sa tête, il continuait, lui, à être l'objet des manifestations les plus sympathiques des peuples et des autorités de ritalie centrale.
Et il les méritait, on peut bien le dire, autant par ses actes présents que par ceux qui avaient jusqu'alors honoré sa vie. Tandis que Fenrêlement des volontaires se poursuivait dans de larges proportions, il adressait, le 19 octobre, aux municipalités des Romagnes , une proclamation dont le but était d'appeler l'attention et la sollicitude des magistrats sur les familles indigentes de ces intrépides jeunes gens, l'espoir de la patrie.
ce Chez les peuples courageux de l'antiquité, leur disait-il, la femme et les enfants du soldat qui allait défendre son pays, étaient considérés par tous, sans exception, Qomme un dépêt sacré confié à la foi et à la reconnaissance des citoyens. Cest un bel exemple à suivre et auquel nous ne faillirons pas. Quand nous appelons nos jeunes gens aux armes, nous ne devons pas perdre de vue le devoir que nous contractons envers les familles auxquelles nous enlevons trop souvent leur gagnepain, leur consolation et leur avenir.
<c Ne serait-ce pas nous rendre coupables d'une ingratitude sans excuse, que de souffrir que le soldat qui veille à la défense commune, eût encore à craindre pour
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8a famille indigente, abandonnée, et que chez lui les tourments les plus cruels de l'absence vinssent accroître les rigueurs des fatigues militaires? L'amour unanime des citoyens ne doit-il pas adoucir, au cœur des délaissés, l'éloignement, la privation, la perte même de ceux qui leur sont chers?
a II est temps que nous répondions du fond de Tàme à un sentiment de justice que nous ne saurions méconnaître. Il est temps que toutes les municipalités, suivant l'exemple que viennent de leur offrir celles de la Toscane, s'occupent sérieusement de secourir les familles indigentes de nos braves volontaires. Dieu nous préserve de vouloir nous donner et donner au monde le triste spectacle de parents languissant dans la misère, par cela seul que leurs fils se dévouent au salut de la patrie I
ce J'implore donc, en faveur des familles pauvres des volontaires italiens, la générosité et le patriotisme des municipalités et des citoyens riches et puissants. »
Immédiatement, rétatrmajor de Garibaldi ouvrit, sur la position des familles des volontaires , une enquête dont le résultat fut transmis aux municipalités, qui s'empressèrent de secourir les plus nécessiteuses.
L'armée de la ligue, bien que confiante dans ses chefs, semblait impatiente d'en venir aux mains ; elle paraissait désireuse surtout de savoir avec quel ennemi elle allait devoir se mesurer.
Le mystère, bien que mal servi par les quelques mots de la proclamation aux Napolitains , n'en existait pas moins, pour la plupart des volontaires, et l'ineitie à
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laquelle ils se voyaient jcondamués commençait k leur peser beaucoup trop.
Garibaldi résolut de faire cesser cet état de choses, et, dans ce but , il se rendit à Bologne , où l'inquiétude était plus vive que partout ailleurs. Les troupes qui occupaient la ville et les environs furent immédiatement convoquées, et, dans une allocution chaleureuseï le général se hâta d'expliquer aux volontaires que les difficultés de la situation ne pouvaient manquer de s'aplanir bientôt; que bientôt en effet il allait être appelé à oomr battre à leur tête pour Tltalie et pour Yictor-Emma-f nueh
A ces accents bien connus, les murmures encore comprimés cessèrent comme par enchanteoient, et l'on procéda à la bénédiction et à la distribi^tion des drapeaux.
Enthousiasmés par la présence et les explications si franches, si loyales de leur illustre chef, les soldat^ s'empressèrent, sans injonction aucune, de renouveler leur serment de fidélité au ^oi et à Tltaliç.
Cest qu'il faut le dire ai^ssi, le contingent bolonais se composait presquç entièrement |d'sincienQe$ troupes pontificales, et que, dans ses rangs, des menées souterraines étaient journellement pratiquées par des amis du Saint-Siège et des anciens ducs, pour lui faire croire que jamais l'Europe ne consentirait à l'indépendance de lltaUe.
Mais toutes ces tentatives réactionnaires eurent bientôt échoué devant l'enthousiasme qu'excitaient, dans tous les esprits, la présence de Garibaldi, ses paroles magi-
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qnesy le souvenir de son glorieux passé et la conscience de son courage, de sa force, de son énergie.
Cette fois encore la partie était perdue pour les rétrogrades.
Mais, loin de se décourager, les voilà qui se lancent dans une nouvelle tentative. Ils organisent une société secrète pour la défense du Saint-Siège, des ducs dépossédés et de l'ensemble de leurs droits. Le mystère le plus absolu enveloppe les actes de cette réunion occulte à laquelle il ne manqua, sans doute, que des bras pour agir.
Ni notre héros, ni Fanti, ni les quatre gouvernements de la ligue n'en eurent aucun souci. Il est à croire, d'ailleurs, que ce conciliabule, dont les statuts furent dévoilés aussitôt sa création, ne rencontra pas dans sa marche tortueuse assez de membres dévoués pour lui permettre d'aspirer à quelque résultat sérieux, puisque, à partir de là, on n'en trouve plus vestige dans la guerre de Tindépendance.
Chaque fois, du reste, que les réactionnaires s'agîtaient; chaque fois surtout que Garibaldi ou ses volontaires donnaient signe de vie, Tltalie entière en ressentait le contre-coup, et les offrandes affluaient de toutes parts dans la souscription ouverte pour le million de fusils.
La municipalité de Rimini, fière à juste titre de la présence du général dans ses murs, et de la sympathie qu'il avait toujours témoignée à seshabitants, lui décerna le patriciat, et il crut devoir Yen remercier par la pro« clamàtion suivante :
A LÀ MUNICIPALITi DE EIMINI.
c Messieurs»
« Ce n*est pas à mon mérite personnel, mais à l'idée sublime de la délivrance de la patrie, pour laquelle j'ai combattu et je combattrai toute ma vie, que je suis redevable de la sympathie que me témoigne la noble population de Rimini, et de l'honorable dignité que vous daignez aujourd'hui m'accorder en son nom.
a A elle et à vous. Messieurs, toute ma reconnaissance! Si la fortune me seconde, si la cause nationale triomphe, comme nous en avons tous l'espoir, le peu d'honneur qui pourra m'en revenir rejaillira naturellement sur la ville qui vient de m'admettre si généreusement au nombre de ses citoyens.
« Votre affectueux et dévoué ami ,
c Garibaldi. »
Tandis que ce qui précède se passait dans lltalie centraie, la plus grande agitation régnait à Turin. La sympathie qu'on y éprouvait pour le héros de Varèse semblait encore s accroître à chaque nouvelle promesse pour l'avenir, faite aux populations de l'Italie méridionale.
L'Europe commençait à s'émouvoir de rechef des manifestations continuelles de l'armée de la ligue et de son commandant en second.
Pour conjurer Forage et pour mieux s'entendre, sans doute, sur la ligne de conduite à suivre, Yictor-Emmanuel manda Garibaldi à Turin.
L'intention du général était de garder Vincognito en s'y rendant ; mais ce fut en vain qu'il l'essaya. Â chaque station, la foule ne cessa de se grouper autour de lui^
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et force lui fut de répondre à tous les compliments qui lui furent faits, à toutes les félicitations qu'on lui adressa.
A Voghera , Faccueil devint plus enthousiaste que partout ailleurs. Il fut obligé de descendre de wagon pour répondre à la foule. Son discours se borna à ces quelques paroles : « Mes chers amis, avec un roi comme « Victor- Emmanuel, avec des armées comme les nôtres, m avec un peuple comme vous» l'Italie est sûre de sa et complète délivrance. »
n arriva à Turin le 2> octobre dans la soirée. Une multitude immense assaillit Thôtel dans lequel il était descendu^ et l'acclama avec tant d'enthousiasme, qu'il dut se présenter au balcon à plusieurs reprises.
 neuf heures et demie du soir, un aide de camp du roi vint le prendre dans une voiture de la cour et le conduisit au château y où Yictor-Ëmmanuel l'attendait.
L'entretien se prolongea jusqu'à minuit.
Le lendemain matin le général repartit pour Modène.
La situation se déroula plus nette après cette conférence. On comprit que le but du roi était de détourner notre héros de toute agression, avant que les provinces de la ligue fussent officiellement réunies à la Sardaigne.
D'un autre côté, en appréciant à leur juste valeur les faits accomplis, les marches exécutées, les proclamations lancées de part et d'autre, on put être aisément convaincu que les opérations de Garibaldi étaient plus offensives que défensives, et que le contraire se passait sur le territoire napolitain»
La sagesse conseillait peut-être d'attendre; notre intrépide condottiere s'était déjà fort avancé ; le gouvernement piémontais inclinait de plus en plus du côté de la prudence, tandis que son courageux représentant n'avait écouté jusque-là que son violent amour pour la patrie.
Les événements ne tardèrent pas à prouver en effet que Victor-Emmanuel avait recommandé la modération au général , et qu'en retour celui-ci recevait sous son commandement immédiat les troupes précédemment placées sous les ordres de Mèzzacapo et de Roselli.
Ainsi, dans cette circonstance comme dans les précédentesy Garibaldi consentait à s'effacer, à reculer même en quelque sorte, pour ne point gêner, par des mouvements trop hardis ou trop rapides, la marche lente vers la solution pacifique de Funification.
Cette fois encore, le progrès de la souscription au million de fusils vint apporter une encourageante consolation au général.
L'hommage venait de l'Angleterre. Le comte d'EUenborough avait adressé à lord Brougham une lettre pour l'engager à contribuer de ses deniers au succès du patriotique projet de Garibaldi. Dans cette lettre, on remarquait le passage suivant :
tt Les armes, l'organisation et la discipline, voilà les trois éléments qui constituent la force principale d'un peuple qui travaille a son émancipation. A cette force se mesure le respect qu'il obtient. Sur cette base repose la véritable indépendance des nations.
ce L'Italie possède un homme doué tout à la fois
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d'une tête puissante pour diriger, d'une main vigoureuse pour exécuter, d'un cœur qu'embrase l'amour de la patrie , d'un esprit supérieur qui excelle à discerner le juste et l'injuste. Cet homme, c'est Garibaldi. Que les Italiens le suivent partout où il les conduira, et ils seront sûrs d'acquérir une gloire que nul peuple au monde n'osera leur disputer.
« Le succès dépend de la volonté de la Providence; mais, avec de bonnes armes, les Italiens peuvent au moins périr noblement et en véritables soldats sur le champ de bataille ; ils peuvent acquérir ce renom impérissable que tous les siècles décernent unanimement aux peuples qui succombent en essayant d'affranchir leur pays. »
Un autre hommage , qui résumait en quelque sorte l'esprit de la nation anglaise tout entière, était rendu en même temps au libérateur de lltalie :
a Garibaldi, disait le Times , est l'homme le plus avancé dans la lutte de ses compatriotes pour l'indépendance. La puissante simplicité de son caractère, la constance qu'il met à suivre son dessein, sa fermeté et son courage exercent une si grande influence sur tout ce qui l'entoure, qu'il agit comme un charme irrésistible sur l'esprit des Italiens. Il est l'incarnation visible de leurs désirs et de leurs espérances. Ils comprennent parfaitement qu'il n'entend pas les conduire hors du droit chemin ; qu'il ne se propose aucun but personnel ; qu'il a surabondamment prouvé que la sainte cause de Tindépendance de la Péninsule lui est plus chère que la vie; qu'on trouve enfin chez lui les grandes qualités
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de rintelligence; la prudence et les connaissances pratiques sans lesquelles les sentiments les plus nobles sont de peu d'utilité dans les affaires publiques.
a Si les populations de l'Italie centrale peuvent mettre sur pied une force suffisante pour justifier leurs prétentions , nous avons la certitude qu'aucun congrès européen n'osera fouler aux pieds une cause si énergiequement soutenue, et revendiquer des conquêtes acquises par une si éclatante bravoure sur tant de champs de bataille. y>
Malgré tous ces témoignages d'adhésion et de sympathie^ les insinuations malveillantes allaient leur train. Garibaldi s'était engagé à se maintenir sur la défensive. On fît courir le bruit qu'il avait été contraint à accepter cette condition^ humiliante pour son passé, et qu'il n'agissait ainsi que dans des vues d'ambition personnelle. On osa prétendre, enfin, qu'il se mettait sur les rangs pour obtenir la régence de lltalie centrale, dans le cas prévu où le prince de Savoie-Carignan la refuserait.
A cette insinuation perfide, qui révoquait insolem^ ment en doute tout ce qu'il y avait en lui de chevaleresque loyauté , il crut devoir Tépondre sur-le-champ par la proclamation suivante, datée de Nice :