‹ Mémoires authentiques sur Garibaldi mis en ordreChapitre 27 sur 33 · A LA NOBLE ET THÈS-CHÈRB POPULATION DE CÔME · texte numérisé non relu

A LA NOBLE ET THÈS-CHÈRB POPULATION DE CÔME

Les faits qui se sont passés eu votre ville et dans ses environs, au mois de mai dernier» ne sont pas de nature à être oubliés.

Les chasseurs des Alpes y la plupart enfants de vos contrées, ont tous été braves. La pensée d'élever un monument à ceux d'entre eux qui ont été victimes de leur dévouement à la patrie, est digne d*un peuple appelé, comme le vôtre, à de grandes destinées.

Lorsqu'il y a dix ans, J'ai été appelé à combattre sur le sol de la Lombardie, j'ai couvert d'un crêpe funèbre le drapeau national, forcé de plier sous la domination criminelle de vos oppresseurs. Mais j'ai fait le vœu de le déployer dans vos campagnes, et Dieu, qui a exaucé ce vœu, bénira le peuple qui a gardé le souvenir des martyrs de la liberté.

En même temps qu'il remerciait en des termes si modestes, si pleins d* abnégation, les habitants de Côme, Garibaldi songeait à tirer de Toubli ceux qui avaient pris une part active à la guerre, et dont on semblait

SUR GARlfiALDI. 421

méconnattre les services, n adressa dans ce but aux habitants du Tyrol italien ^ cette généreuse proclamation:

AU TTBOL ITALISM.

Personne ne s'occupe de vous, qui, écrasés par l'occupation de deux cent mille baïonnettes étrangères, avez témoigné hautement de vos sympathies pour la cause italienne.

On semble oublier, tant est grande votre modestie, que vous partagez toutes nos espérances, et que, dans la dernière campa* gne, vous avez fourni à la cause commune un si grand nombre d*oi&ciers et de soldats intrépides qui ont honoré leur patrie au« tant que les plus illustres. On semble oublier enfin que beaucoiq> des vôtres sont morts aux champs glorieux de la haute Italie.

Et cependant Bronzetti, que j'ai tant pleuré, était Tyrolien. Son nom vivra dans la postérité, aussi longtemps que les fastes de notre histoire. II servira de cri de guerre aux braves chaneun des Alpes^ dans les luttes qu'ils auront encore à soutenir contre les oppresseurs de la Péninsule italienne.

Des centaines de compatriotes de Bronzetti se sont distingués dans la guerre sainte, et pas une voix ne s'est élevée pour les signaler à la reconnaissance nationale !

Puisse mon faible hommage réparer cet oubli injuste, mais involontaire, et appeler l'attention de l'histoire sur une branche des plus nobles et des plus généreuses de la grande famille italienne !

G. Gabibaldi.

 Modène» trois jours après la publication de ce message^ le célèbre cmdottiere recevait une députation de la ville de Trente. U Taccueillait avec sa bienveillance habituelle, rengageant à exhorter ses concitoyens à continuer de donner à la patrie des preuves de leur dévouement.

tS» MÉMOIRES AUTHENTIQUES

Le gouvernement toscan publia le 15 septembine mi décret qui élevait Garibaldi à la dignité de lieutenant*général. Malgré les services qu'il avait rendus, malgTé l'importance de son cmnmandement en Piémont, l'illustre aventurier n'avait eu jusqu'alors que le grade de major-général, qui correspond à celui de général de brigade dans l'armée française.

Le lendemain, il arrivait h Rimini, à huit heures du soir. Le général Mezzacapo et son état-major étaient accourus à sa rencontre. La ville entière s'illumina comme par enchantement, et les flots dépopulation assaillirept de toutes parts l'hôtel dans lequel il était descendu.

Il fallut qu'il se montrât au balcon et que de là il saluât la foule. Il prononça même Une rapide et chaleureuse improvisation dans Igiquelle il remerciait les habitants de leur accueil, accueil qu'il méritait peu, disaitil, mais dont était si digoe la grande et paintQ cause qu'il représentait.

Le ao septembre, il arrivait à Ravenne, où il était reçu avec le même enthousiasme. Là encore, il fut obligé de se montrer à la foule du haut du balcon du palais du gouvernement. Là encore , il dut prononcer une chaleureuse allocution , que nous publions tout entière, parce qu'elle met en relief toutes les qualités de l'homme privé dont nous célébrons la gloire :

«L Ici, mes bons amis, je crois être au milieu de ma ((famille^ car vous êtes pour moi plus que des amis, a vous êtes des sauveurs. Il y a dit ans que j'ai contracté a envers vous une dette de reconnaissance que je n'ou-

SUR 6ARIBALDL 421

« blieraî de ma vie. Je suis heureux de pourdir aujoura d'hui vous remercSer libremeut de ce que je vous dois, « et de vous annoncer en môme temps que Tindépena dance de Fltalie est assurée.

« Ma gratitude est immense. Je suis tout prêt à « donner ma vie pour vous, et nul n'en doutera, j'en c suis sûr.

a Dans les rangs, j'aperçois un grand nombre de mes <t anciens oompagnons d'armes. Cette vue me réjouit; c eUe me prouve que vous m*aimez comme je vous « aime, et que nous avons tons embrassé la même cause « sainte.

ic Unissons-nous de plus en plus, mes amis. Notre « alliance fera reculer davantage l'ennemi plus que les a forteresses les plus inexpugnables. S'il nous voyait, « au contraire, désunis, il ne manquerait pas de nous « attaquer, et le sang généreux des amis de Tindépen- « dance coulerait de nouveau sur les champs de baa taille.

« Ravenne fut toujours Tinitiatrice de la liberté des « Romagnes. Les persécutions de Tennemi ont de plus «i en plus augmenté dans son sein la soif d'indépendatice c( qui la dévore.

« Persévérez, mes amis, dans Tordre et la concorde. c( Ce sont les seuls moyens de fonder la liberté et Tindé- « pendance. Gardons-nous de tout levain de discorde ! <K La discorde profiterait trop à nos ennemis.

<K L'indépendance est moins difficile à conquérir K qu'à conserver. Restons unis et armés pour défendre « à outrance notre chère conquête t

« Demain, à six heures, s'ouvrira une liste d'engagé- « ments volontaires. Faites-vous y inscrire, et vous se« « rez les bienvenus, vous serez les bien-aimés de la « patrie. ^

« Je me mettrai à la tète de ce cher détachement, « Ravenne est ma seconde patrie. Son nom sera gravé « dans mon cœur tant qu'il me restera un soufQe de « vie. »

De tous les Etats de Tltalie centrale, c'étaient surtout les Romagnes, frontières de la Yénétie, que l'étranger menaçait de préférence. Le général Kalbermatten et les deux ducs dépossédés prenaient chaque jour à leur égard des allures de plus en plus belliqueuses.

La proclamation de Garibaldi, sa promesse formelle de défendre le pays et les enrôlements nombreux qui se faisaient à Ravenne, eurent bientôt l'avantage de calmer un peu l'élan martial de tous ces foudres de guerre.

C'était, au reste, le but du général. Sûr de l'effet que produirait sa présence au milieu des populations de l'Italie centrale , il avait calculé également le contrecoup de cet enthousiasme sur les ennemis de la patrie.

Il se sentait heureux de prévenir toute effusion de sang, par ces tournées qui ne présentaient de dangers que pour lui, l'homme signalé aux fureurs des partis rétrogrades et fanatiques.

Aussi, son voyage nous paratt-il aussi glorieux qu'une campagne, où, du moins, les périls sont partagés.

La salutaire influence de l'enthousiasme qu'il inspirait fit considérer l'annexion de l'Italie centrale au Pié*

SUR 6ARIBALDI. 425

mont comme définitive, et les tentatives des souverains dépossédés auprès des cours d'Europe n'excitèrent plus que Thilarité et le dédain.

Ici vient se placer naturellement un fait qui rattache cette phase si honorable de la vie de notre héros à des époques malheureuses dont nous avons raconté ailleurs la triste Odyssée,

On se rappelle que Garibaldi, en butte aux poursuites les plus acharnées, avait laissé dans les environs de Ravenne les derniers sourires de son heureux passé.

Là, sa chère Annita était morte entre ses bras, sans un soupir, sans une plainte.

Nous Tavons vu pleurer sur la tombe d'Ugo Bassi.

Nous le voyons maintenant accomplir un religieux pèlerinage au tombeau d'Ânnita, à la Mandriola de San- Alberto.

Il est accompagné de ses deux fils. L'un a fait sous ses ordres la campagne de Lombardie comme cavalierguide-, l'autre n'est encore qu'un enfant.

L'un et l'autre s'agenouillent devant la fosse sur laquelle leur père égrène des fleurs.

Les plus dévoués de ses officiers Tentourent, silencieux et recueillis.

Les braves habitants du pays qui, en 1849, ont sauvé l'époux et sa digne compagne, accourent pour prier sur la dernière demeure de celle-ci.

Une multitude immense respecte et partage cette grande douleur.

Alors on procède à une cérémonie pendant laquelle Garibaldi et ses fUs ne peuvent retenir leurs sanglots.

Oa exhume la morte^ et le convoi faïf èbre se met en marche pour Ravenne.

À Ravenne, on confie le précieux fardeau à de jeunes soldats de Tillustre condottiere qui avaient sollicité la faveur de remplir cette pieuse mission, et il est transporté à Bologne, d'où on le dirige sur Nice.

Cette sainte tâche accomplie, le général^ après avdr récompensé dignement tous ceux qui s'étaient signalés autour de lui à la mémorable retraite de Rome, quitte Ravenne en laissant aiu habitants la proclamation suir vante:

Itàlisrs!

C'est dans votre ville que s'assemblent les braves Italiens qui ont vengé dans les plaines lombardes les insultes faites à la patrie et mis en fuite les bandes de T Autriche.

Qu'autour d'eux se groupent les jeunes gens qui désirent marcher sur leurs traces, et qu'ils jurent de ne déposer les armes qu'après avoir assuré l'indépendance nationale!

Que tous les hommes de cœur, chez nous si nombreux, coopèrent à ce mouvement, qui doit décider du sort de notre pays.

A Bologne, à Ferrare, à Forli, des officiers que j'ai délégués à cet effet , rassembleront les volontaires des communes voisines, et les dirigeront sur votre ville où ils recevront une organisation défmitive.

Ravenne, le 22 septembre 1859.

G. GiKIBJUJ)!.

L'idée dominante du général a toujours été que Fltalie devait se défendre elle-même , que les populations avaient moins à compter sur l'appui des forces actives du gouvernement; que sur leurs propres moyens dere-

TUBR.

SUR GARIBALDh 427

pousser rennemi, et que, pour que la résistance devint efficace» il fallait que tous les citoyens fussent armés.

De là cette motion du million de fusils qui a fait tant de bruit.

 ses jeux^ ce chiffre d'armes considérable doit donner au pays entier une physionomie belliqueuse. C'est la plus sérieuse garantie qji'il puisse s offrir à lui*mème contre toute tentative d'invasion ou d'intervention étrangère.

L'histoire est là pour constater les désastres qu'ont toujours éprouvés les armées envahissantes quand elles se sont aventurées au milieu de nations chez lesquelles la guérilla était organisée.

Jamais l'étranger n'a pu prendre racine dans une contrée ainsi défendue.

Ce projet, dont l'initiative appartient tout entière à Garibaldi, ne devait donc pas manquer d'avoir, en cas de réussite, les plus immenses et les plus salutaires résultats.

L'Italie en masse le comprit, et dans les listes de souscriptions qu'ouvrit immédiatement une somme de cinq mille francs versée par le général, brillèrent, à côté des municipalités de la Péninsule, les noms des hommes les plus illustres dont elle s'honore.

L'étranger accueillit avec transport cette mesure non moins libérale que patriotique.

Le mouvement fut même , en Angleterre (la vérité nous commande de le dire), plus prompt mais beaucoup moins persévérant que sur le sol natal.

Entre les municipalités italiennes^ celle de Milan

souscrivit la première pour mille francs. Le conseil communal d'un humble bourg du Mantouan^ de MarcariaU en apporta six mille pour sa quote part.

À Turin^ affluèrent les dons personnels, qui, en peu de jours, s'élevèrent à un chiffre considérable.

Le général songea dès lors à organiser le bureau central des recettes dont il voulut que^ chaque jour et à toute heure, les opérations pussent être portées à la connaissance du premier citoyen venu, souscripteur ou non.

Une proclamation eut pour objet d'en régler Tadministration.

<K J'ai eu, disait Garibaldi, le bonheur de prononcer une parole qui a trouvé de Técho dans tous les cœurs italiens, parce qu'elle répondait à un besoin impérieux de la nation.

(c La noble et sainte émulation qui en est résultée ne m'a point surpris. Depuis longtemps, dans notre patrie comme partout, le nombre des amis de la liberté dépasse de beaucoup celui des séides de l'oppression et de la tyrannie.

« Les fruits que produit notre moisson sont tek^ qu'il me devient de plus en plus impossible d'en surveiller seul la rentrée, et de tenir lltalie au courant de ce que, de tous côtés, à chaque instant, pour elle on |

recueille. |

a Qu'on me permette donc de proposer aux suffrages de tous, pour diriger l'affaire sous ma surveillance personnelle, bien entendu, les docteurs Enrico Besana, de Milan, et Giusepffe Finzi, de Mantoue, tous deux connus

pour leur intégrité et leur dévouement à la cause italienne.

« Le siège de la direction sera à Bologne. Une succursale s'ouvrira à Milan pour la commodité des habi« tants de la haute Italie. »

De Ravenne, notre héros, accompagnant les restes mortels de sa chère Ânnita, se rend à Bologne, où il se fixe auprès du général Fanti, avec Tétat-major des ar-mées de la ligue de l'Italie centrale.

Là» il s'occupe de Toi^nisation des gardes nationales des Romagnes, puis il fait venir le colonel Cosenz, avec mission de remettre sur pied le corps des chasseurs des Alpesy dissous dans la haute Italie depuis la paix de Yillafranca.

L'entente la plus parfaite ne cessa pas un instant de régner entre les deux chefs. Le poste du général Fanti était, de droit et de fait, supérieur à celui de Garibaldi. Hais si ce dernier, par une louable modestie , n'avait accepté que le second rang, s'il laissait à son collègue et radministratîon supérieure et ses innombrables détailsy il ne s^en réservait pas moins la plus rude besogne, en se chargeant d'enflammer les populations d'un saint zèle pour la cause nationale et de rattacher par des liens indissolubles les volontaires à l'armée con* fédérée.

Le gouvernement de Tltalie centrale , plein de reconnaissance pour cette abnégation sans exemple , tout en n attaquant en rien la suprématie légitimement acquise au général Fanti, ne s'en empressa pas moins d'élever Garibaldi au-dessus des autres chefs de la

430 MÉ&fOIRES AUTHENTIQUE

ligue^ en lui conférant le grade de commandant en second.

Notification ne lui fut pas plutôt donnée de cette po sîlion nouvelle, qu'il publia Tordre du jour suivant :

Page 1