OBSERVATION NEUVIEME
$ 54. Catherine Micard, âge de dix-huit ans, brodeuse de la cour, assez bien constituée, offrait cependant une complexion délicate, une physionomie pâle et douce. Elle était peu vive, disposée à la mélancolie; son tempérament était nerveux et lymphatique. Cette jeune personne, néeàNancy, fut élevée à l’hospice de la Salpétrière de Paris, et toute sa vie avait été tranquille et sédentaire. Ses menstrues parurent, pour la première fois , à l’âge de quinze ans. Elles ont constamment coulé, depuis cette époque, irrégulièrement et en petite quantité.
Elle vint au monde avec une tache , couleur lie de vin, occupant la moitié supérieure du pavillon de l’oreille gauche. Quelques années après la naissance , celte tache fut insensiblement convertie en une tuméfaction assez considérable, qui continua d’augmenter de volume, sans altérer la forme de l’oreille. Dans la suite, cette tumeur, sensiblement ramollie, mais nullement dou-
anévrysmes. 55
loureuse, prit une couleur livide plus foncëe, et fit ressentir des batiemens manifestes , dès qu’on la pressait entre les doigts. Facile à être blessée, elle devint fréquemment le siège d’hémorrhagies plus ou moins fortes.
Tels furent les seuls renseignemeus qu’on obtint de celte jeune personne, qui se présenta a l’Hôtel-Dieu pour y réclamer les secours de la chirurgie, à l’occasion d’une nouvelle hémorrhagie produite quelques jours auparavant par une piqûre faite à la tumeur.
Une compression mctliodique arrêta l’hémorrhagie : l’enlèvement des })ièces d’appareil la fit bientôt reparaître^ un sang rouge et veinieil jaillissait bientôt par saccades. La compression de l’artère temporale, au-dessus du condyle de la mâchoire, ne diminua en rien le jet du sang, quoique celte artère parût dilatée, et fît sentir des puisa lions aussi fortes que celles des carotides primitives. En comprimant l’artère auriculaire postérieure , il parut qu’on diminuait sensiblement la force et l’étendue des jets du sang. Ce vaisseau n’était pourtant nullement dilaté. Une nouvelle compression, continuée pendant quelques jours, suffit pour réprimer complètement l’hémorrhagie, et on put bien examiner attentivemcntla maladie. La moitié supérieure du pavillon était seule affectée, très-augmenlée de volume dans toutessesdimensions, et d’une couleur violacée. Elle était sans douleur, douce et molle au toucher, très-peu inégale à sa surface. Elle offrait même à la vue un mouvement de locomotion générale, en rapport avec les contractions du cœur,ct faisait sentir aux doigts qui la pressaient, en sens opjjosé, des mouvemens alternatifs de dilatation et de resserrement isochrones à ceux du pouls.
Cetétat fit penser à l’existence d’une dégénération varic[ueuse de la partieaücctce, et onse proposa dès lors de l’exciser. Néanmoins on balançait les avantages de ce moyen avec ceux qu’on espérait de la ligature ou de la compression long-temps continuée des artères temporale et occipitale.
Ce UC fut pas sans une étrange surprise, qu’après avoir fait ra-
ANÉVRYSMES.
serlaléte de la malade, on s’aperçut que l’oreille n’oflfrait qu’une faible partie de la maladie. Une tumeur peu ëlevëe, large, interrompue par delëgères inégalités arrondies, ëtendue depuis l’endroit où la partie supërieure du pavillon s’unit à la région temporale, jusqu’aux sutures sagittale et lambdoïde, en présentait en quelque sorte la continuation. Plus large, supérieurement rëtrëcie dans sa partie continue à l’oreille, elle avait la couleur des tëgumens. Tous ses points faisaient sentir, sous la main, des pulsations très-manifestes. Une autre petite tumeur, de la grosseur d’une noisette, se remarquait sur la partie latërale gauche de la région occipitale, entr’elle et la prëcëdente. On n’apercevait aucun battement.
Ces nouvelles notions firent alors diriger exclusivement le traitement vers l’oblitëration des artères qui alimentaient ou formaient ces tumeurs. Les traces d’une incision, occupant la partie moyenne de la rëgion temporale, donnèrent à penser que des gens de l’art avaient tentë, antérieurement, des moyens analogues. On interrogea, à cet egard, la malade, et on apprit d’elle que cette incision lui avait ëtë faite par le professeur Lallement { i ).
(t) Ce savant professeur, prié de donner des renseignemens sur celle opéralion , dil que celle jeune personne ayanl élé reçue, six ans auparavant , dans les infirmeries de la Salpétrière , pour y être traitée de la teigne, il se forma un abcès sous les croûtes qui caractérisent cette maladie. A 1 ouverture de cet abcès (que la tumeur à laquelle on n’avait pas donné une attention particulière , fil juger plus profond qu’il n’était), il s’échappa, avec une petite quantité de pus, beaucoup de sang artériel, qui sortait de la plaie par une multitude de pores analogues à ceux d’un tissu spongieux. Les parties divisées étaient d’une couleur blanchâtre , et offraient une consistance lardacée.
L’hémorrhagie fut arrêtée facilement par une compression immédiate. Dès lors la tumeur, examinée avec soin, présenta, comme aujourd’hui, tous les caractères d’un anévrysme. Les artères temporales, les diverses branches de l’artère faciale , les artères dorsales du nez et autres parurent être trèsdilalées. M. Lallement jugea devoir constamment respecter cet état.
ANÉVRYSMES.
On fut plusieurs jours indécis sur le parti que l’on avait à prendre. Une compression, tentée d’abord sur le trajet de l’artère temporale, au niveau du condyle de la mâchoire, devint douloureuse, et fut bientôt abandonnée. Sur ces entrefaites , la malade souhaitant vivement qu’on entreprît quelque chose pour sa guérison, mais ennuyée d’attendre, et effrayée d’ailleurs par l’issue malheureuse d’une opération faite à ses côtés, sortit de l’hôpital.
Cependant elle revint quelques jours après, et lorsqu’on eut inutilement tenté d’oblitérer les artères temporales par la compression, on résolut de les lier.
Opération. La malade étant couchée sur le côté droit, les tégumens furent incisés dans une direction verticale, à la hauteur de l’arcade zygomatique, et à un demi-pouce environ du tragus. Le doigt fut ensuite porté au fond de la plaie, pour reconnaître la position do l’artère, et on passa une première ligature. Cependant, le fil ayant été serré et les pulsations continuant à se faire sentir dans tout le trajet de l’artère, une seconde aiguille fut enfoncée plus profondément que la jiremière. Cette fois, du sang artériel jaillit avec force du fond de la plaie. Un aide exerça aussitôt une compression sur l’artère temporale. Le sang fut arreté, la ligature serrée, la plaie remplie de tampons de charjiie, pressés avec force; des compresses graduées furent applicjuées par dessus, maintenues par un aide, et on procéda aussitôt à fa ligature de l’artère occipitale.
Après avoir déterminé, par le toucher, la position de cette artère, on enfonça proforidément, et sans incision préliminaire, une aiguille armée d’un fil, à travers les tégumens correspondant à la partie postérieure et supérieure du muscle sterno-mastoïdien ; mais à peine «Laiguille eut-elle pénétré ces parties que du sang rouge jaillit par les deux plaies qu’elle avait faite; on l’enfonça de nouveau en la portant plus profondément encore, ce qui produisit de nouveaux jets de sang. Néanmoins on serra la ligature, après avoir fait une section transversale d5s tégumens, depuis
ANÉVRYSMES
l’entrëe jusqu’à la sonie du fil, et, sans clierclier à pratiquer d’autres ligatures, on comprima le tronc de l’artère occipitale avec de la charpie et des compresses soutenues par un bandage circulaire qui maintenait en meme temps l’appareil compressif dispose sur l’artère temporale.
Voici lesprincipaux'traits de la maladie après l’operation.
Du premier au cinquième jour, fièvre continue, douleurs de tête très-incommodes, hémorrhagies légères par l’artère occipitale; levée et application nouvelle de l’appareil; diminution de volume et ramollissement de la tumeur de la tête; battemens très-faibles.
Ducinquième au septième jour, peu de fièvre, pouls assez fort, mais douleurs très-vives, très-incommodes, déterminées par la compression exercée sur les artères.
Du septième au neuvième jour, hémorrhagies fréquentes et copieuses; mêmes douleurSi
Du neuvième au onzième jour, faiblesse extrême, pouls petit, yeux ternes^, douleurs très-vives à la tête, découragement; constipation Opiniâtre depuis l’opération.
Au bout de quelques jours, un abcès se forma au centre de la tumeur, il s’ouvrit, et donna un pus très-fétide. Diverses hémorrhagies furent fournies par l’artère occipitale, et un seul écoulement sanguin provint de la lésion de l’artère temporale. Un abcès se forma sur le sternum , au devant de l’articulation sterno-claviculaire du côté droit; une dernière hémorrhagie se manifesta; elle fut aussitôt arrêtée. Depuis lors, prostration croissante des forces , et la^ mort survint le quatorzième jour après l’opération.
Ouverture du corps. ^
Appareil vasculaire. Les légumens du crâne et de l’oreille, du côté gauche, n’offraient aucune altération native dans leur structure : on remarquait seulement une cicatrice
AWIiVRTSMES.
à la hanteur de la bosse pariétale; plus en arrière, l’ouver- Uire d’un abcès sous-cutanè, et, au sommet de l’hëlix, une petite ouverture bouchée par un caillot de sang.
Au dessous des tègumens , depuis l’arcade zygomatique et la bosse occipitale jusqu’au sommet de la tête, existait une couche épaisse d’un tissu cellulaire blanc, très-dense , et dans lequel on trouvait çà et là du pus infiltré ou bien ramassé en petits foyers. Le tissu cellulaire sous-cutané de l’oreille ne participait pas à cette affection ; il était très-rouge, formé par l’entrelacement d’un grand nombre d’artèreset de veines dilatées; mais il ne contenait pas de sang épanche'.
Delà surface du tissu cellulaire engorgé s’élevaient, dans le voisinage de l’éminence pariétale, un grand nombre de bosselures arrondies et molles vers leur centre, dures et résistantes à leur circonférence, que le doigt enfonçait sans peine, et dans l’enfoncement desquelles il était reçu comme dans une usure des os du crâne; effet bien remarquable d’un grand nombre d’abcès et d’épanchemens voisins des os qui en ont souvent imposé pour des usures ou pour des caries.
La masse du tissu cellulaire engorgé ayant été enlevée peu à peu, on vit se développer une maladie de presque toutes les artères situées entre l’articulation fronto-pariétale et l’occiput, d’une part, et entre cette dernière éminence, l’arcade zygomatique et le sommet du crâne de l’autre part.
Cette maladie consistait dans une dilatation générale des artères comprises dans cette région , et qui la parcouraient et la couvraient sous forme de troncs flexueux, inégalement dilatés, ici très- larges, là très-étroits, formant des bosselures dans divers points de leur étendue.
Toutes ces artères étaient "pleines de sang concret; mais dans celles qui paraissaient rouges à l’extérieur , ce sang formait des caillots sans consistance, qui remplissaient le calibre de l’artère, sans adhérer à ses parois, et qui, chose très-remarquable, contenaient un liquide épais, blanc, sans odeur, et très-analogue
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à du pus. Dans celles, au contraire, qui avaient une couleur blanche, ces caillots étaient denses et blancs; ils adhéraient intimement aux parois des vaisseaux, donton neles détachait qu’avec peine, et quelquefois en entraînant des portions de leur meml)raiie interne. Plusieurs artères participaient à cette maladie, qui neanmoins se bornait à quelques unes de leurs branches , Qt avait une circonscription differente de leur distribution.
1. L’artère temporale, depuis son origine jusque vers le milieu de la tempe, n’avait éprouve qu’une simple dilatation, avec un amincissement proportionne' de ses parois. Elle n’avait pas été liée tout entière, et ce qui avait échappe à la ligature, formait, au fond de la plaie, un cordon fibreux unissant entre elles les deux extrémités de ce vaisseau incomplètement divisé. Au dessus du point où la ligature avait été pratiquée, l’artère temporale fournissait une grosse branche qui se dirigeait vers la partie supérieure del’oreille, et, aprèsavoir contourné ou même traversé son cartilage, se jetait ensuite sur sa face interne, remontait jusqu’au sommet de l’hélix, où la division de Fun de ses rameaux , alors bouché par un caillot rougeâtre, avait donné lieu aux hémorrhagies observées pendant la vie. Cette branche artérielle avait au moins deux lignes de diamètre dans plusieurs points, et elle formait, avec des veines plus grosses encore, une sorte de tissu vasculaire qui paraissait avoir été le principe de la rougeur, du développement des pulsations artérielles et des hémorrhagies de l’oreille. Il est à remarcfuer que l’artère auriculaire postérieure n’offrait aucune maladie, pas même de dilatation; elle semblait tout-à-fait étrangère à l’affection de l’oreille.
L’artère temporale fournissait ’ehsuite une seconde branche, qui se dirigeait sur la partie antérieure de la tempe. Elle était saine, quoiqu’elle fût comprise entre plusieurs artères malades. L’artère temporale devenait bientôt après large, flexueuse, bosselée, rougeâtre , et concourait, dès lors, à la formation de la
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tumeur aiiëviysmale. C’est siirlout clans la partie de cette tumeur formée par l’artère temporale, que nous avons trouve ces concrétions fibrineuses converties, à l’intérieur, en matière pariforme, c[uoiqu’elles fussent sans adhérence avec les parois des artères.
H. La seconde artère malade était l’occipitale ; elle était, dans ce sujet, divisée de fort bonne heure en deux branches, toutes deux proportionnellement plus larges et à parois plus minces cpie l’atrère temporale. L’une d’elles seulement, située en arrière, et représentant le tronc de l’artère occipitale , avait été liée au moment où elle sortait de dessous le muscle sterno-mastoïdien : elle était alors complètement divisée. L’autre branche, située plus en avant, n’avait pas été corn prise dans la ligature. Toutes deux remontaient de là vers le sommet de la tête, et concouraient à la formation de la tumeur anévrysmale. C’est principalement dans la partie de cette tumeur formée par la branche de l’artère occipitale sur laquelle la ligalureétait tombée, que l’on rencontrait les concrétions fibrineuses adhérentes aux parois des artères.
Une dissection très-attentive des autres artères de ce côté, de la tête et de la face, de celles du côté opposé à ces parties, et de l’intérieur du crâne, la dissection des sinus et de la membrane fibreuse de l’encéphale, n’y firent découvrir aucune altération.
Etat général des artères. Bien que la maladie parût bornée aux artères du côté gauche de la tête, on découvrit l’ensemble du système artériel , et l’on observa, en premier lieu, que les artères de toutes les parties du corps avaient des parois très-minces, sans être dilatées, et qu au lieu de se soutenir elles s’ ajf hissaient sur elles-mêmes , comme les parois des veines lorsqiûon les a divisées. En second lieu, l’on observa que cet amincissement était proportionnellement beaucoup plus grand dans les artères du cinquième ou du sixième ordre que dans l’aorte, et qu’il augmentait d’une manière progressive des troncs artériels vers les branches.
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Mais afin de juger mieux d’une disposition organique si remarquable l’on compara successivement l’artère aorte, les artères iliaques primitives , les fémorales, etc, , dans cette jeune fille et dans un autre sujet du même sexe, de la même structure, et à peu près du même âge. Or, les calibres des artères, dans ces deux sujets, étalent à peu près égaux ; leurs parois étaient entre elles, dans celte jeune fille et dans l’autre.
Pour l’aorte. . . , . : : i : 2
Pour les artères iliaques primitives. : : i : 2 '4 P , I les artères fémorales 1 ..."
\ les artères brachiales j i • o
Enfin, ces artères du cinquième et du sixième ordre, dans la jeune fille , avalent des parois tellement minces , qu’il était trèsdifficile de distinguer ces vaisseaux d’avec les veines.
Cet état du système artériel tenait-il à une disposition organique de toutes les tuniques de ces vaisseaux, ou bien à une altération de quelques unes d’entre elles seulement? Les membranes interne et externe du système artériel nous parurent saines ; le feuillet moyen ou fibreux était seul aminci, sans être autrement altéré ; mais cet amincissement était si grand dans les artères fémorales, poplitées, et dans les artères d’un ordre inférieur, que ce feuillet semblait manquer entièrement, et qu^on ne trouvait à sa place qu’un tissu cellulaire, feutré en quelque sorte et analogue a celui qui existe dans les parois des veines.
Il paraissait étonnant qu’avec une disposition aussi générale que celle que nous venons de faire connaître, il n’existât de maladie que dans un point, lorsqu’on découvrit que les artères tibiale postérieure et péronière de la jambe gauche étaient flexueuses J larges, bosselées, et remplies en même temps de caillots de sang,, libres d’adhérences, mais néanmoins remplies d’une matière puriforme semblable à celle qu’on avait b'ouvée dans l’artère temporale. Cette maladie
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appartenait h une période moins avancée c|ue ctlle des artères de la tête, avec laquelle elle avait la plus grande analogie.
Le système veineux n’offrait aucune alteration organique sensible : seulement il contenait, dans plusieurs points, des caillots qui tantôt remplissaient exactement les veines, et tantôt laissaient un intervalle entre eux et les parois de ces vaisseaux. Tous ces caillots étaient remarquables en ce qu’ils renfermaient une matière puriforme analogue ci celle que contenaient aussi les caillots des artères.
L’examen du reste du corps fit voir des adlicrenccs celluleuses, très-intimes entre les poumons et les parois de la poitrine ; de jDetits abcès très-nombreux et remplis d’un pus vert, dans la substance dufoie;àcs matières fécales, très-solides, dans le rectum, c{u’elles avaient dilaté au point qu’il remplissait, prescpie à lui seul, la majeure partie du bassin.
Cette observation, sans aucun doute, doit être placée à côté de tous les autres faitsqui appartiennent aux varices artérielles (,i). Les symptômes de cette maladie suffiraient pour établir ce rapprocliement, si l’examen du cadavre n’était pas une preuve démonstrative et irrécusable. Nous voyons les artères temporale et occipitale dilatées jusque dans leurs rameaux , et très-flexueuses, comme sur les figures des planches i, 2,5et 6, que nous joignons à ce mémoire; car l’allongement et la flexuosité accompagnent toujours la dilatation du vaisseau ; comm» dans les cas représentés sur ces mêmes planches i , 2, 5 et6, les artères étaient très-dilatées dans une partie de leur étendue, puis n’avaient, dans quelques points, que leur calibre ordinaire.
11 paraît que, dans ces circonstances, la maladie n’appartient
(1) Nous avons observé la jeune malade à l’IIolel-Dicu , mais nous devons l’histoire de cette alTection et surtout ce qui est relatif à l’examen du cadavre, à robligenncc de M. Dupuytren , qui avait assisté <à l’opération, contre l’exécution de laquelle il s’était prononcé. L’ouverture du corps faite par ce professeur, donne à ce fait , non-seulement l’authenticité désirable, mais prouviS que M. Dupuytren a été un des premiers à observer l’inflammation tles vaisseaux et la présence du pus dans les organes de la < irculation sanguine.
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pas aune partie isolëe du systè me artériel, mais qu’elle affecte plusieurs points du système vasculaire à sang rouge et toujours la flaccidité, la mollesse, la minceur des parois des artères coïncident avec l’agrandissement du diamètre du vaisseau.
Si la compression peut être efficace, c’est sans doute dans cette circonstance; car sur toute Tétendue de la tumeur on trouvait un point d’appui sur les os du crâne; mais la compression est le plus souvent sans effet, et nous en avons déjà donné une preuve, en publiant, dans notre traduction de l’ouvrage de M.Hodgson(i), une observation sur une affection du même genre.
L’extirpation de la tumeur ne pouvak pas être tentée; car la maladie occupait une trop grande surface; elle nécessitait la destruction de trop de parties molles, et les os, mis à nu, se seraient nécessairement nécrosés; enfin il aurait été difficile d’arrêter le sang qu’on aurait vu sourdre de toutes parts. Le cautère actuel aurait sans doute pu réprimer cette effusion du sang; mais les hémorrhagies auraient reparu lors de la chute des escarrhes, et d’ailleurs n’avait-on pas à craindre de voir l’inflammation produite par l’action du feu, se propager jusqu’aux méninges , par les communications vasculaires et celluleuses. Nous ne partageons cependant pas l’opinion des personnes qui soupçonnaient l’existence de communications entre la tumeur extérieure, les sinus méningiens et la dure-mère elle-même.
Que fallait-jl faire en pareille occurrence?
Les notions les plus communes d’anatomie devaient faire pressentir que des ligatures partielles portées sur les branches vasculaires principales , formant la tumeur, seraient sans résultat avantageux; car les anastomoses les rendaient inutiles, et c’était s’exposer aux accidens des hémorrhagies, sans avoir aucune chance de succès ; et, en admettant que ces ligatures partielles eussent pu s’opposer à l’abord du sang vers la tumeur, était-ce en traversant les tégumens avec des aiguilles et en pénétrant dans la tumeur à
(i) Tom. lî, pag. 996, note 2.
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tout hasard, soit dans un intervalle de tissu cellulaire, soit en perforant de part en part les troncs vasculaires, comme cela est arrive', qu’il convenait de procéder. Nous nous élevons avec force contre une semblable manière d’agir, que nous ne qualifierons pas ; mais toutes les règles de l’art ont été oubliées dans cette opération.
Il ne se présentait ici , comme ancre de salut, que la ligature de l’artère carotide primitive. Les exemples de succès obtenus en Angleterre par Travers, Dalrymphe, etc., pour des cas d’anévrysmes par anastomose de l’œil, de la face, etc., sont suffisans pour autoriser une telle conduite; mais à l’époque oèila maladie dont nous venons de parler a été observée, on n’avait pas encore tenté de lier l’artère carotide; l’opérateur en avait pressenti l’indication et la possibilité; mais il fallait avoir le courage de mettre sa pensée à exécution. Aujourd’hui nous avons de tels antécédens que si, dans des conjonctures semblables, on craignait le retour du sang dans la tumeur, par les branches de l’artère carotide du côté opposé,nousn’hésiterionspas à pratiquer la ligature de l’une et l’autre carotides, mais non simultanément. Un savant et habile chirurgien s’est trompé, 3" en rapportant la maladie de la fille Micard aux tumeurs variqueuses, qui appartiennent toujours aux veines, et qui, étant formées par des réseaux veineux, très -multipliés et inextricables, dépendent du système veineux capillaire et sonttoujours sans pulsation. 2° Il n’a pas été plus heureux en cherchant à établir une analogie entre ces tumeurs variqueuses etle sarcome médullaire d’Abernethy, dont une observation curieuseaétépubliéepaiAVilliam He}^, habile chirurgien deLeeds (t). Nous avons les premiers, et depuis long-temps, établi que le fongus des Anglais, ou
le sarcome médullaire, est un cancer cèréhrifornie ou encé-
(1) Praclical observât, in surgery. By William Hcy , 2® edit., etc. London, 1810. On ihe fungus hœmalodes , case I , cliap. vi, pag. a45.
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phaloïde, tandis que les Français avaient consacré ce nom de fongus hœmatodes tumeurs variqueuses, formées par un lacis veineux , maladie dont Torigine est le plus souvent congéniale (i).
Pour terminer nos réflexions sur l’histoire de la fille Micard, nous dirons que cette malade parait avoirsuccorabéà unea/z^iVe. En effet on a découvert du pus dans les artères et dans les veines de la tumeur, et ce pus a certainement été absorbé et il a circulé avec le sang, puisqu’on en a trouvé mêlé a ce liquide dans les vaisseaux des membres inférieurs. Enfin , les petits abcès renfermés dans le tissu du foie sont une dernière preuve de l’existence de la phlébite et de l’absorption du pus; car aujourd’hui l’on sait qu’un des phénomènes de la phlébite est l’absorption du pus et la production d’abcès multiples et miliaires dans le tissu de l’encéphale, du foie, du poumon, des reins, etc. Ces circonstances démontrant l’inflammation des vaisseaux et particulièrement des veines , sont d’autant plus importantes qu’à l’époque où l’observation a été recueillie, on ne con- naissait pas encore ce genre de phlegmasie et l’on ne pouvait pas avoir d’idée préconçue. Les altérations remarquées sur le cadavre et indiquées dans l’histoire de la maladie, démontrent la sagacité de l’observateur et font voir que des détails que l’on croit inutiles dans le récit d’un fait, peuvent devenir, plus tard, de précieux documens. Ces détails sont en outre, pour nous, une preuve que M.Dupuytren, à qui nous devons la connaissance de ce fait, avait, dès cette époque , des notions précises sur les inflammations vasculaires et sur les abcès miliaires qui coïncident à ces inflammations, et qu’on a, dans ces derniers temps, donnés comme une altération qui n’avait pas encore été signalée. Nous voulons parler de la formation des caillots tantôt libres et tantôt adhérens aux parois des artères et des veines; celle des liquides
(i) Voyez Dictionnaire des sciences médicales, article Fongüs hoema-
TODES.
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puriformes dans l’interieurde ces vaisseaux, et enfin le développement d’une multitude de petits foyers dans des organes parenchymateux plus ou moins éloignés du foyer primitif de la maladie.
DIXIÈME OBSERVATION
$ LV. La figure de la planche VI représente une maladie complexe observëe sur une femme de soixante-douze àsoixante-quinze ans, que nous avons vue dans les infirmeries de l’hospice de laSalpe'trière. Cette personne avait offert, en venant au monde, une tache bleuâtre situëe derrière le cou, dans les régions mastoïdienne et occipitale droites, laquelle s’e'tenditpeu à peu sur la face postérieure et supe'rieurede la tête, entoura l’oreille, et vint jusque sur la région temporale du meme côté. Dans l’origine, cette tache e'tait fort circonscrite et d’une teinte peu prononcée: elle s’étendit successivement; le tissu cellulaire fut soulevé, et la peau devint inégale, mamelonnée, des battemens se firent sentir et prirent graduellement de la force. Lorsque nous vîmes cette femme pour la première fois, elle avait plus de soixante ans,etla maladie occupait la partie droite de la tête et du cou, s’avançait jusque sur les régionsmastoïdienne, scapulaireet claviculaire; mais c’était surtout derrière l’oreille et vers la nuque qu’elle offrait de nombreux mamelons qui étaient agités par des mouvemens alternatifs d’élévation et d’affaissement, isochrones aux pulsations des artères. En explorant la région temporale, on reconnaissait aussi les battemens des vaisseaux de cette partie. Dans quelques endroits,la couleur était d’un rouge vif très-marqué; dansd’autres, la teinte était violette, et même brunâtre; mais les points où les pulsations paraissaient les plus distinctes n’étaient pas ceux où la coloration était la plus prononcée. De petites tumeurs pisiformes ne laissaient distinguer aucun battement lorsqu’on les pressait entre les doigts ; mais les pulsations étaient très-marquées sous les tumeurs mamelonnées, ce qui nous fit considérer les premières comme formées par un
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lacis veineux, et les autres comme dépendantes de la présence d’artères flexueuses et dilatées.
Dans plusieurs points de cette tumeur, il y avait des indurations du tissu cellulaire et de légères excoriations "^par lesquelles sortait quelquefois du sang veineux en apparence. La malade n’éprouvait pas de vives douleurs dans la tumeur, ni dans aucun point de la tête; mais elle sentait parfois les pulsations artérielles , principalement la nuit, lorsque la tête, du côté malade, reposait sur l’oreiller. Les indurations augmentèrent, les ulcérations s’accrurent, et les hémorrhagies, se renouvelant de plus en plus fréquemment, finirent par faire périrla malade. Nous envoyâmes chercher le corps de cette femme, qui fut apporté dans les pavillons d’anatomie de la Faculté de Médecine, où nous fîmes , avec MM. Bogros et Devienne, les injections et les préparations nécessaires. Nous-reconnùmes que, dans les régions cervicale-supérieure, mastoïdienne, occipitale et temporale, les artères, considérablement dilatées, très -flexueuses, formaient un réseau inextricable, et les systèmes capillaire, artériel et veineux, étaient eux-mémes fort dilatés, et constituaient les plus petites tumeurs. Sur d’autres points, le tissu cellulaire était dur, lardacé, sans être parcouru par beaucoup de vaisseaux sanguins. Ce qui nous parut le plus remarquable, ce fut l’état «de l’artère carotide droite, qui était tres-dilatée, flexùeuse et trois fois plus longue que dans l’état normal. Une disposition analogue se faisait remarquer dans toute l’étehdue de“ l’aorte, mais à un degré moins prononcé, et le même état se répétait sur les artères iliaques primitives; mais les vaisseaux des membres ne présentaient rien de particulier. Dans toutes les régions où les artères étaient dilatées et flexueuses, leurs parois étaient minces, molles, flasques, et ressemblaient bien plus à des parois veineuses qu’à des membranes artérielles. ( Voyez la planche VI. ).
ONZIÈME OBSERVATION
^ LVI. M. Jules Cloquet a rapporté, dans un de ses ou-
anévrysmes.
vrages (i), une observation de dilatation variqueuse des artères iliaques; mais il ne donne que la description anatomique de cet anévrysme vrai, sans indiquer les symptômes de la maladie. Cette alteration organique des artères fut rencontrée en 1816, dans les pavillons d’anatomie de la Faculté de Médecine, sur le cadavre d’un homme de forte complexion , âgé d’environ soixante ans.
L’aorte abdominale était très-large, souple, molle, d’une couleur plus blanche que dans l’état ordinaire. Les artères iliaques primitives et les deux branches qui naissent de leur division ( l’hypogastiique et l’iliaque externe ), offraient un volume remarquable et de nombreuses flexuosités, qui leur donnaient quelque ressemblance avec les circonvolutions de l’intestin grêle. L’artère iliaque gauche avait, dans quelques points de son étendue, plus de largeur que le tronc de l’aorte abdominale dont elle provenait. Leurs parois étaient molles, flasques, affaissées sur elles-mêmes, excepté dans quelques endroits. Ces vaisseaux présentaient des dilatations nombreuses qui formaient autant de bosses ou de saillies irrégulières, rapprochées les unes des autres, et séparées par des excavations. Celles-ci dépendaient, les unes de l’affaissement des parois de l’artère dilatée, quiétait vide, les autres des parties de ces mêmes parois qui semblaient avoir conservé leur texture et leur apparence naturelle. Cette altération cessait peu à peu dans les branches secondaires des vaisseaux iliaques internes et externes; les artères fémorales, par exemple, étaient dans leur état normal à partir d’un demi-pouce au dessous de l’arcade fémorale.
Les artères iliaques, non seulement étaient dilatées, mais elles étaient aussi très-sensiblement allongées; aussi formaient-elles des sinuosités en se reployant sur elles-mêmes, comme cela s’observe pour les veines devenues variqueuses. Les trois membranes artérielles étaient d’une couleur blanche anormale. La
{i) Pathologie chirurgicale. Plan et méthode qu'il convient de suivre dans l'enseignement de cette science ^ page 90. Paris, i83i.
ANEVRYSMES.
tunique moyenne, au niveau des dilatations, avait perdu sa teinte jaunâtre ; ses fibres circulaires e'taient bien moins distinctes ; elle ressemblait, dans beaucoup d’endroits, à une lame mince de fibro-cartilage, souple et très-élastique dans le sens de son épaisseur. Les parois artérielles ne semblaient pas avoir perdu sensiblement de leur épaisseur au niveau des dilatations; seulement elles s’affaissaient, parce qu’elles étaient plus minces, relativement aux diamètres doublés ou triplés des artères dans les points m^kdes.
^ LYIl. Plusieurs caractères sont communs aux quatre espèces d’anévrysmes vrais que nous venons de faire connaître.
1®. Il n’existe aucune déchirure, aucune solution de continuité des tuniques artérielles.
20, Le vaisseau dilaté est toujours libre, aucun caillot ne se forme dans l’artère malade et ne se dépose par couches concentriques, comme dans les anévrysmes avec déchirure ou dégénérescence stéatomateuse des parois artérielles.
3®. La circulation est ralentie dans ces anévrysmes, parce que le sang passe d’un canal moins large dans un canal plus spacieux, mais elle n’est jamais arrêtée ou suspendue, comme dans quelques autres affections anévrysmales.
$ LVIlI.La marche et le développement de ces anévrysmes sont lents, dans quelc|ues circonstances: par exemple, lorsque la maladie existe aux membres. On observe peu de trouble dans la circulation, et la maladie reste quelquefois ou complètement inaperçue, ou très-peu apparente. Ces anévrysmes ne présentent point, surtout Vanévrysine çylindroïde et la varice artérielle y de ces transitions brusques de lelat stationnaire à un développement subit et rapide, comme on le voit dans les anévrysmes faux circonscrits.
§ LIX. L’absence complète de caillots sanguins dans les petites tumeurs ou dans la dilatation fort étendue et variqueuse de l’artère, ne permet pas d’admelfre la possibilité de l’oblitération
anlVrysmes.
du vaisseau malade, par une lymphe coagulable ou par du sang concrète'; conséquemment on ne peut pas espérer voir, dans ces circonstances, la maladie guérir spontanément par l’oblitération des canaux sanguins.
LX. Une terminaison par gangrène n’a pas, jusqu’ici, été observée, soit dans les vaisseaux malades ou dans les tissus environnans, soit dans les parties qui reçoivent leur sang de l’artère dilatée. Nous pouvons considérer cette terminaison par gangrène comme le résultat, d’une part, de la dilatation modérée de l’artère , et principalement de la persistance de la circulation dans les vaisseaux malades , et d’autre part de l’absence de caillots.
^ LXI. Les gangrènes qui dépendent des maladies des artères n’arrivent, soit chez les adultes, soit chez les jeunes sujets, et nous en possédons de nombreux exemples, que lorsque les artères ossifiées sont disposées peu favorablement au cours du sang et se laissent oblitérer, ou lorsque le vaisseau enflammé sécrète une lymphe plastique qui, formant le canal, s’oppose au passage du liquide.
$ LXII. L’examen des parties, après la m.ort des malades, a fait reconnaître les diverses formes de dilatation artérielle que nous avons signalées, tantôt avec amincissement, tantôt avec épaississement des parois vasculaires. Sur deux des malades dont nous rapportons l’histoire, il y avait, outre la dilatation variqueuse de l’artère , plusieurs tumeurs constituant des anévrysmes mixtes, une hypertrophie des tissus traversés par les vaisseaux malades et un large ulcère dans un point des tissus superficiels (la peau et le tissu cellulaire ); ulcère duquel s’écoulait parfois du sang en assez grande quantité. Entre la membrane interne et la membrane moyenne des artères, soit dans les parties de l’arbre artériel, affectées de dilatation variqueuse, soit sur d’autres parties du système vasculaire à sang rouge , on rencontra des plaques minces, cartilagineuses ou osseuses.
f LXIII. Tout ce que nous avons dit jusqu’ici serait plus eu-
ANÉVRYSMES,
lieux qu’utile et n’appariieiidrait qu’à l’histoire anatomique des lésions de nos organes, si nous ne cherchions pas à faire ressortir l’importance de ces connaissances pour la pratique de la médecine.
^ LXIV. Nous savons que , dans les sciences, la simple connaissance d’un fait est toujours intéressante, et que son application à une utilité quelconque forme la seconde période de l’histoire de ce fait, laquelle est quelquefois séparée de la première ])ar un laps de temps considérable, ce qui ne doit pas cependant empêcher d’accueillir et d’enregistrer la simple observation du fait.
Ici, messieurs, nous serons plus heureux ; car nous pourrons tirer plusieurs conséquences pratiques de la connaissance des anévrysmes que nous venons de décrire, et les appliquer au traiîeinentde ces maladies.
§ LXV. 1°. La ligature du tronc artériel au dessus du point où la dilatation commence , quelle que soit la forme de cette dilatation, n’est pas rationnellement praticable; caria circulation n’a pas été gênée dans les vaisseaux malades ; elle a même été rendue plus facile par l’augmentation du calibre de ces vaisseaux et par l’agrandissement des communications anatomiques.
Le sang reparaîtrait dans les artères malades au dessous de la ligature et rendrait cette constriction circulaire du vaisseau complètement inutile.
Cependant il faut excepter de cette proscription de la ligature, les cas d’anévrysmes des artères des os, ceux des anévrysmes par anastomoses, et de quelques varices artérielles circonscrites, car nous avons cité plusieurs faits qui démontrent l’efficacité de l’emploi de ce moyen, et lors même qu’il n’amène pas la guérison, il arrête, pendant un temps plus ou moins long, les progrès de la maladie et s’oppose à sa prompte dégénération, et enfin elle peut rendre la compression plus efficace.
2°. La ligature appliquée au dessous de la dilatation , comme l’avait proposé primitivement Brasdor, et comme l’a recom-
ANÉVRYSMES.
mande tout nouvellement M. Wardrop^ dans les autres espèces de tumeurs anévrysmales, serait sans effet, si la tumeur était circonscrite; car, le sac formé par l’artère ne contenant aucun caillot sanguin, le coagulum ne se ferait pas davantage pour remplir la cavité de la tumeur. On verrait alors le sang distendre l’artère et amener ou une dilatation plus grande, ou la rupture des membranes interne et moyenne, et changer ainsi l’anévrysme vrai en anévrysme faux consécutif.
5®. Ce genre de ligature ne pourrait d’ailleurs être praticjué ■que dans l’anévrysme sacciforme ou fusiforme ; car, dans ’anévrysme vrai cylindroïde et surtout dans l’anévrysme cyrsoïde ou varice arLérielle, la dilatation s’étendant du tronc aux branches, on ne saurait sur quelle division placer la ligature, et, disons mieux, il faudrait pratiquer autant de ligatures qu’il y aurait de branches et de rameaux de dilatés, et ces opérations ne sont pas proposables : l’expérience vient ici à l’appui de notre raisonnement.
4®. Dans le cas d’ane'vrysme vrai sacciforme ou fusiforme, si l’on voulait, à la rigueur, recourir à la ligature, il conviendrait d’en placer une au-dessus et une au-dessous de la tumeur, mais sans ouvrir le vaisseau dilaté, puisqu’aucun caillot n’existe dans cette dilatation.
Cependant, en parlant ainsi, nous avons présent à la pensée le cas qui est représenté sur les planches 1 et 2, et les cas analogues, dans lesquels toutes les artères d’un membre sont affectées de dilatation en varice j mais si ce genre d’anévrysme avait une étendue bornée, bien circonscrite, et si toutes les branches de la varice artérielle provenaient du même tronc ou de troncs différens qu’on jmurrait atteindre et lier sans trop compromettre la vie du malade, alors la ligature offrirait quelques chances de salut. Les praticiens anglais n’ont-ils pas fait connaître plusieurs exemples de succès obtenus par la ligature dans des anévrysmes par anastomose? N’en avons-nous pas donné nous-méme plusieurs observations, dans notre mémoire sur les anévrysmes des
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artères des os? et peut-être que ce moyen aurait pu avoir d’heureux résultats chez la fille Micard (obs. 9®), si au lieu de porter, contrairement a toute notion anatomique et a tous les préceptes de l’art, des ligatures au centre du réseau anévrysmal, on eût embrassé la carotide par une anse de fil. Nous dirons aussi que nous avons vu échouer ce moyen, dans une circonstance analogue à celle de la fille Micard (1); mais dans
(1) Dumand (Etienne) apporta en naissant deux petites tacîies rouges placées sur l’anthélix de l’oreille droite. Un sentiment de démangeaison qu’il satisfaisait, un écoulement de sang peu àbondant qui en était la suite, un léger défaut de proportion entre l’oreille de ce côté, qui était plus large, et celle du côté opposé, furent jusqu’à l’âge dedouzeans les seules choses qu’on observa.
Dès cette époque ces taches s’étendirent; l’anthélix tout entier , l’hélix et la conque furent envahis; l’oricule dans toute sa région supérieure acquit un volume plus considérable, et même double de celui de l’oricule gauche. De légers mouvemens de dilatation et d’affaissement alternatifs se firent observer. Le pavillon auriculaire prit généralement une teinte violette, une peau plus mince le recouvrit , et buit mois après que le malade se ful aperçu des battemens offerts par les parties affectées, un mouvement violent imprimé à son chapeau, suffit pour donner lieu à une hémorrhagie assez difficile à arrêter, même en tamponant, et qui affaiblit le malade en même temps qu’elle diminua momentanément le volume de la tumeur et les pulsations dont elle était le siège.
Le malade, averti par l’augmentation de volume, de mouvement et de chaleur de sa tumeur que les exercices de son âge favorisaient ce développement , s’abstint des jeux et des plaisirs actifs.
Il se ceignit habituellement la tête d’un bonnet serré, qui produisait de la diminution dans l’étendue et dans les battemens de l’oreille.
Deux hémorrhagies eurent lieu spontanément par la partie la plus élevée de l’anthélix; elles s’arrêtèrent facilement, l’une d’elle-raême, l’autre par la compression avec de l’agaric.
Des astiingens ne produisirent aucun effet sur la tumenr. Un onguent ne fut pas plus utile.
Le malade , contraint de se livrer à la profession active de charron , souffrait beaucoup pendant son travail.
Une quatrième hémorrhagie, dans laquelle il perdit une palette de sang , arrêtée par l’agaric, l’engagea à entrer à l’hôpital de Sens (28 juillet 1817). Le pavillon auriculaire était d’un volume triple de celui du côté opposé, d’une épaisseur de quatre lignes supérieurement, d’un poids tel, qu’abandonné- à lui-même, la partie supérieure venait, en se courbant , tomber au niveau du
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les cas où la ligature immédiate des vaisseaux n’a pas été suivie de la guérison de la maladie, toujours les anévrysmes ont
conduit auditif externe 5 il était agité de mouvemens de soulèvemens de totalité, d’une expansion et d’un affaissement alternatifs, isochrones aux baltemens du cœur.
Une tumeur , décrivant les trois quarts d’un cercle autour de l’insertion de l’oreille, soulevait jusqu’à un pouce de distance, dans la fosse temporale et dans la région mastoïdienne, le cuir chevelu bosselé, saillant de quelques lignes. Cette tumenr se resserrait et se dilatait d’une manière semblable aux pulsations artérielles. Une légère ulcération sur l’anlhélix indiquait le point par lequel s’opérait l’hémorrhagie.
Une compression méthodique sur le trajet des artères temporales, auriculaire et occipitale , au moyen de tampons de charpie, n’ayant pu être supportée, la ligature des deux premiers vaisseaux fut tentée et n’cut pour résultat qu’une légère diminution dans les balternens et le volume de la tumeur.
Le vingt-unième jour après l’ajiplication de ces premières ligatures (treize jours après leur chute), une hémorrhagie eut lieu par la plaie de l’anthélix ; arrêtée par la compression, elle se renouvela trois jours après. On la fit de nouveau cesser par le tamponnement ; il se forma une escharre gangreneuse qui s’étendit à une grande partie de l’hélix et de la conque, et qui ne tomba que sept jours après sa formation , et le 35® jour de la ligature des artères temporale et auriculaire.
Au bout de huit jours (43 jours après la première opération ), on pratiqua la ligature de l’artère occipitale, et le malade, guéri de cette nouvelle et infructueuse opération, retourna chez lui après trois mois de séjour à l’hôpital.
Un nouvel accroissement et des battemens plus forts de la tumeur ne tardèrent pas à décider ce malade avenir à Paris pour essayer contre son mal les dernières ressources de l’art.
Il entra à l’Hôtcl-Dieu, le 3 avril 1818, cinq mois après sa sortie de l’hôpital de Sens.
L’oreille plus haute des deux tiers que celle du côté opposé, était déplissée, et n’offrait, de la conque vers l’anlhélix, qu’une surface plane, violette; on y voyait la trace d’une cicatrice avec enfoncement léger. Le contour arrondi de celte surface était échancré supérieurement dans le point correspondant à Pescarrhe gangreneuse dont nous avons parlé.
La peau qui recouvrait ces parties, amincie, laissait voir, à travers son tissu, un réseau vasculaire à mailles lâches et des cloisons séparant des espaces que le sang, particulièrement dans le moment de diastole, colorait d’un rouge violet.
Ces cellules se dilataient, la peau se détendait, le volume augmentait, soit en largeur, soit eu hauteur, à chatfue contraction du cœur, et la
ANÉVRYSMES.
ete enra}?GS dans leurs progrès, les dangers affablis et la mort a ete retard ee.
masse totale de l’oricule s’éloignait de la tête durant un temps égal , à cliaqua contraction.
Moins, sentis et moins visibles , ces mouvemens étaient cependant apprécia-blés dans les régions temporale et mastoïdienne.
L’artère carotide primitive cessait-elle de battre par une compression exercée sur elle; pâleur de l’oricule, décoloration, flétrissure, diminution de volume et de température , mollesse , chute du pavillon de l’oreille vers la tète, son immobilité complète et cessation des battemens des artères temporales. Le sang reprenait-il son cours; sensation de chaleur et de mouvement, bruissement et sifflement incommodes dans l’oreille, mouvement de soulèvement, dilatation , rougeur et tension s’étendant par secousses du centre à la circonférence dans la durée de huit, à seize pulsations, réapparition des battemens artériels de la fosse temporale.
M. Dupuytren considéra la tumeur comme formée par des artères anévrysmatiques; mais il y avait de plus , suivant ce grand chirurgien , à leurs rameaux les plus extrêmes , un entrelacement en mille sens divers, interceptant des espaces et figurant des cavités tout-à-fait analogues à la structure des corps caverneux; il pensait que la maladie avait sa source dans l’activité de la circulation capillaire. L’insuffisance des ligatures faites aux artères temporale, auriculaire, primitivement, et en second lieu à l’artère occipitale, prouvait trop bien que le cercle anastomotique environnant l’oreille était un obs" tacle insurmontable à la réussite de toute ligature partielle. On crut devoir ici attaquer le mal dans sa source : on suspendit un instant seulement les battemens par la compression de la carotide externe, celle de la carotide primitive les arrêtait sans retour; en conséquence on pensa que c était là qu il fallait intercepter le cours du sang. Cependant on concevait de justes craintes que les anastomoses des artères vertébrales et des carotides internes, plus que suffisantes pour entretenir la circulation nécessaire à la vie, ne ramenassent avec elle la force impulsive qui avait produit le mal.
Les progrès rapides de la maladie, qui bientôt ôterent au malade la faculté de*se livrer à l’exercice le moins fatigant et qui le tenaient dans la crainte d’une mort prompte au moindre oubli des précautions les plus minutieuses , rendirent la ligature de l’artère carotide primitive une nécessité. D ailleurs celte opération, peu dangereuse par elle-même, était la seule vole de salut à laquelle on evit été blâmable de ne pas recourir. Le bruissement et le sifflement continuels dont la tumeur était le siège devaient être suffisans pour déterminer le malade à se laisser pratiquer cette ligature.
L’opération fut faite le 8 aviil ; on fit à la peau une incision de deux.
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f LXVÏ. 5°. Nous appliquerons à la compression au-dessous ou au-dessus de la lumeur et faite mëdiatement ou immëdiate-
pouccs d’élenduc, le long du bord interne du muscle sterno-cléïdo-masloïdieu , à trois travers de doigt du larynx 5 le tissu cellulaire environnant fut soulevé avec la sonde cannelée et divisé avec le bistouri jusqu’à ce qu’on eût isolé le tronc artériel , la veine jugulaire et les nerfs. On introduisit le même instrument derrière l’artère pour faire glisser dans sa cannelure un stylet aiguillé portant un ruban 5 alors la ligature, composée de deux brins de fil ciré, fut serrée convenablement,- mais avant de la nouer, on répéta plusieurs foit l’expérience de comprimer le vaisseau dans l’anse qui l’embrassait, et de faire cesser cette constriclion , et par ces manœuvres on voyait cesser ou reparaître à volonté les battemens dans les vaisseaux des régions auriculaires et temporales , ainsi que dans la tumeur du pavillon de l’oreille.
Aussitôt que la ligature fut serrée, le malade éprouva une douleur vive dans l’une des dents petites molaires supérieures du même côté que la ligature : c’est le seul accident primitif qu’on observa. La tumeur diminua beaucoup 5 cependant elle resta toujours d’un volume bien supérieur à celui de l’autre oreille. Le soir, le malade se plaignit d’une sensation d’engourdissement dans tout le membre llioraci(jue gauche.
Pendant la première nuit, la douleur de tête devint plus légère et diminua graduellement jusqu’au cinquième jour. Alors des picotemens et de la démangeaison à la tumeur tourmentèrent le malade , qui ressentit aussi quelque douleur à la plaie. Le deuxième jour, le vomissement reparut; mais le sommeil fut constant pendant les nuits suivantes; le troisième jour, rétablissement de l’appétit, dissipation de l’engourdissement du membre thoracique gauche et des battemens de la carotide au-dessous de la ligature, qui , dans les premiers temps de l’opération , battait avec une très-grande force. Le cinquième jour , levée du premier appareil, bonne suppuration, diminution et afliaissement progressif du pa\ilion de l’oreille. Le neuvième jour , il survint un léger accès de fièvre marqué par la fréquence, l’élévation du pouls, la chaleur et la séchcn sse de la peau , l’oppression , l’anorexie , un enduit blanchâtre sur la langue ; il fut dissipé le lendemain par une saignée. Le onzième jour], chute de la ligature (toujours diète sévère et repos absolu ). Le dix-septième jour, légers mou vemens d’expansion et d’affaissement du tissu érectile de l’oricule, quoiqu’il ait diminué d’un tiers; on fait une compression exacte avec de la charpie et des compresses trempées dans l’eau blanche. Un petit foyer purulent est découvert au bas de la plaie de l’opération ; on le vide en pressant sur ses parois ; un peu de gêne dans la poitrine, de chaleur à la peau et de fréqueilce au pouls sont combattus par l’application de vingt sangsues; on essaie pendant quelques joui s do comprimer le pavillon de l’oreille en appliquant dessus une couche
ment, ce que nous venons de dire de la ligature pour les deux premières espèces d’anëvrysmes ; mais nous considérons la compression directe sur la tumeur, dans l’anévrysme vrai sacciforme ou fusiforme, comme devant être tentée, et nous pensons que dans l’anévrysme cyliiidroïde et dans la varice artérielle, une compression modérée, graduée, agissant sur toute l’étendue de la dilatation vasculaire, doit aussi être mise en usage. C’est ainsi qu’on agit, et très-rationellement, dans les dilatations variqueuses des veines des membres.
§ LXVII. Les astringens locaux et généraux donnés à l’intérieur, l’usage du sous-acétate de plomb, ont aussi été administrés par nous comme des moyens auxiliaires de la compression et nous les avons vus produire de très-heureux effets.
$ LXVIII. C’est surtout dans le traitement de ces anévrysmes vrais, que la méthode de Valsai va est utile et que par son usage on voit les artères dilatées, revenir peu à peu à leur calibre primitif.
§ LXIX. L’expérience a démontré que l’ablation des membres dont les artères sont affectées d’anévrysme, ne réussit presque jamais, et nous avons rapporté une observation qui, déposant contre l’emploi de ce moyen extrême, vient confirmer notre opinion (1).
épaisse de plâtre de statuaire qu’on trouva fendue le soir même, par l’action continue de la force d’expansion des vaisseaux-, on maintint rapprochées par une bande placée autour de l’oreille, les deux parties du moule de plâtre; une douleur assez vive fut produite par cet appareil; cependant il détermina une diminution dans la maladie. Le malade sortit de l’hôpital après y avoir resté soixante-six jours. La tumeur était réduite à un tiers de son volume antérieur; mais les mouvemens alternatifs d’expansion et d’affaissement reparurent, ceux de soulèvement n’étaient pas aussi manifestes , mais il n’existait plus ni bruissemens ni sifïlemens dans l’oreille.
(i) Nous terminons ici le travail que nous avions depuis long-temps commencé sur V anévrysme vrai , et dont les premières parties se trouvent consignées dans notre Répeutoire d’anatomie et de physiologie pathologique, sons les titres de- 1° Recherches et observations sur V anévrysme Jaux consé-
ÀNKVRTSME3.
CONCLUSIONS
^ LIX. D’après tous les faits renfermes dans ce mémoire^ ne semble-t-il pas résulter que l’on est suffisamment autorisé à reconnaître :
lo. Qu’il existe des anévrysmes vrais.
20. Que ces anévrysmes consistent en une dilatation des parois artérielles, sans lésion apparenteaucune ou sans solution de continuité aux membranes de ces vaisseaux.
3o. Que les artères de tous les calibres, depuis les plus grosses jusqu’aux plus capillaires, peuvent éprouver cette dilatation.
4° Que les artères de la substance osseuse, comme celles des parties molles, sont susceptibles de cette expansion.
5° Que ces anévrysmes vrais se présentent sous des formes variées, qui, jusqu’ici, peuvent être rapportées à quatre :
A. Anévrysme sacciforme.
B. Anévrysme fusiforme.