ENTRÉE AU SERVICE DE L'EMPIRE
La légation de Dresde offrait de l'intérêt comme poste d'observation pour les Cours du Nord; c'est donc de ce côté que je tournai mes regards, et je pus me convaincre de cette vérité, que dans la diplomatie il n'y a pas de poste insignifiant. Je m'appliquai à transmettre fidèlement à ma Cour le résultat de mes observations, et n'eus garde de recourir à l'expédient de mon ami Elliot. Un jour que je lui demandais comment il faisait pour envoyer un rapport par chaque courrier (il y en avait deux par semaine), il me répondit : « La chose ne vous paraîtra pas difficile si je vous dévoile mon secret. Si j'apprends quelque chose qui puisse intéresser mon gouvernement, je l'en informe ; si je n'apprends rien , j'invente mes nouvelles, et je les démens par le courrier suivant. Vous voyez que je ne puis jamais être à court de matières pour ma correspondance.»
Ce trait ressemblait bien à M. Elliot. Quoi qu'il en soit, il n'est pas rare de rencontrer des correspondances diplomatiques fabriquées d'après la même recette, non pas clans le but d'inventer des nouvelles, mais par suite d'une trop grande crédulité. Ce défaut provient d'une certaine faiblesse de jugement, d'un manque de saine critique ; or, dans la carrière diplomatique plus que dans n'importe quelle branche de l'administration, il faut un jugement droit.