‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 27 sur 52 · CONGRÈS DE CHATILLON · texte numérisé non relu

CONGRÈS DE CHATILLON

Dans le cours des événements de 1814, peu de négociations sont mieux connues du public que celles de Châtillon. Les actes du Congrès ont été livrés à la publicité et discutés par les historiens de tous les partis. Ce qui suit est l'expression de la vérité relativement à l'esprit qui dirigea les cabinets dans cette conjoncture.

Malgré la bonne intelligence qui régnait entre les quatre

puissances alliées, il y avait entre elles des divergences secrètes sur plusieurs points d'une importance considérable et décisive.

L'Empereur d'Autriche n'avait en vue, ne désirait qu'un ordre de choses qui lui permît d'assurer la paix de l'Europe en rétablissant une équitable pondération des forces ainsi que l'équilibre politique qui avait été complètement détruit par les conquêtes de la France sous la Révolution et sous l'Empire. A l'époque dont nous parlons, c'est-à-dire après la concentration des opérations entre la Seine et la Marne, la chute prochaine de l'Empire français était indubitable pour tout homme politique qui ne se payait pas d'illusions. La restauration des Bourbons et le retour de la France à ses anciennes limites semblaient à l'Empereur François et à son cabinet la seule solution possible, car elle seule pouvait garantir une paix durable : toute paix reposant sur un autre principe que celui de la légitimité eût été précaire. Sur ce point fondamental, l'Autriche était parfaitement d'accord avec le gouvernement britannique.

Gomme on l'a vu, tantôt les idées de l'Empereur Alexandre flottaient dans le brouillard d un libéralisme vague, tantôt elles étaient régies par des influences personnelles ou accidentelles.

La Prusse nourrissait des projets de conquête et des idées de vengeance qui pouvaient s'expliquer par ce qu'elle avait souffert dans les dernières années. Néanmoins , le Roi et le prince de Hardenberg étaient plus près de partager notre manière de voir et celle du cabinet britannique sur la famille à placer sur le trône de France , que de s'associer aux idées romanesques de l'Empereur de Russie.

Napoléon, par contre, sentait qu'il ne lui était plus permis de négliger les dernières chances d'accommodement.

La pensée qui me guidait quand je demandais l'ouverture de négociations sérieuses, n'était autre que celle qui avait dirigé mes calculs et mon attitude politique depuis le commencement de l'année 1813. Je connaissais trop les sentiments de la masse du peuple français et l'esprit de l'armée française, d'autre part je lisais trop bien dans la pensée de Napoléon

pour ne pas voir de grands avantages dans toute tentative d'arrangement, sans risquer d'ajourner le retour d'un meilleur ordre de choses par un accommodement intempestif.

J'usai donc de mon influence pour donner suite aux différentes déclarations faites par les puissances à Francfort depuis le commencement de l'année. Je trouvai un appui sincère dans lord Castlereagh, dont les vues et les calculs étaient en parfaite harmonie avec mes idées personnelles.

Je fis nommer le comte de Stadion plénipotentiaire de l'Autriche. Les autres cabinets suivirent cet exemple, et leurs chefs restèrent au quartier général des Souverains, à l'exception de lord Castlereagh ; celui-ci ne pouvait renoncer à la mission si importante de représenter la Grande-Bretagne à un congrès où l'on discutait les bases de la paix générale.

On ne tarda pas à voir que, malgré les effroyables dangers de sa situation, Napoléon ne songeait pas sérieusement à faire la paix.

Ce qui nous prouva avec quelle facilité il se reprenait à espérer, ce fut l'importance extraordinaire qu'il attribua à l'insignifiante journée de Montereau. Le lendemain de cette affaire, il écrivit à l'Empereur d'Autriche dans le ton qu'il aurait pu prendre jadis après une de ses grandes victoires. Il eut notamment la faiblesse d'énumérer dans cette lettre les pertes essuyées par les alliés à Montereau, en poussant l'exagération et la jactance bien plus loin que dans ses fabuleux bulletins d'autrefois.

Les événements militaires mirent un terme aux conférences de Chàtillon.

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