CHAPITRE IX
Caractère de la première paix de Paris. — Voyage en Angleterre. — Petour à Vienne. — La Confédération germanique. — Le Congrès de Vienne. — Fuite de Napoléon de l'île d Elbe. — Coup d'œil rétrospectif sur le Congrès de Vienne. — Episode des Cent-Jours. — Projet d'élever le Roi de Rome au trône impérial de France. — Bataille de Waterloo. — Le bonapartisme.— Louis XVIII. — La deuxième paix de Paris. — Histoire de l'origine de la Sainte-Alliance. — Tableau de l'Autriche. — On ne trouve pas de nom à donner à l'Empire. — Couronnement de l'Empereur. — Renonciation de l'Autriche aux Pays-Bas autrichiens et à ses anciennes possessions en Brisgau. — Pentarchie morale.
Je dépasserais les limites que je me suis tracées en entreprenant ce travail, si j'entrais dans le détail des négociations qui précédèrent la conclusion de la paix du 30 mai 1814.
Le traité lui-même portait le cachet de la modération des Souverains et de leurs cabinets, d'une modération qui n'était pas l'effet de la faiblesse, mais du ferme désir d'assurer à l'Europe une paix durable. La situation était de celles où il est plus dangereux de dépasser le but que de ne pas l'atteindre.
Il n'y a qu'un calcul basé sur des données sérieuses qui puisse assurer la réussite d'une entreprise. La paix à conclure avec la France ne pouvait être envisagée que sous deux points de vue : ou bien elle serait dictée par le désir de se venger de la France, ou bien elle serait inspirée par le dessein d établir un équilibre politique aussi parfait que possible entre la puis-
sances. L'Empereur François partageait entièrement ma conviction, et poursuivait la solution du grand problème en ne s'inspirent que de l'intérêt commun : c'était la conséquence >gique des conditions auxquelles l'Autriche avait accédé à l'alliance. La condamnation du système de conquête et l'admission du principe des restitutions et des équivalents pour le rétablissement des anciens Royaumes et Etats ne pouvaient laisser aucun doute à cet égard. En envisageant ainsi la tâche commune , le cabinet impérial aurait à lutter contre tous les intrigants politiques et à combattre les aspirations particularisas que certains gouvernements ne manqueraient pas de manifester. Je m'y étais bien attendu, sans toutefois me laisser dérouter par les difficultés que je prévoyais. De même que l'entrée de l'Autriche dans la quadruple alliance avait formé la base primitive de la paix de Paris, de même cet instrument de paix indiquait à son tour les principes à suivre pour accomplir la lourde tâche qui était réservée au Congrès de Vienne.
Après la signature du traité de Paris (77), je me rendis en Angleterre avec l'Empereur Alexandre et le Roi de Prusse, afin de porter au Prince régent les excuses de l'Empereur François, qui ne pouvait entreprendre ce voyage. J'étais d ailleurs appelé dans ce pays par une invitation personnelle du Prince régent. Vingt ans s'étaient écoulés depuis mon premier voyage en Angleterre et le commencement de mes relations personnelles avec celui qui n'était alors que le prince de Galles. Je désirais revoir l'Angleterre et me rendre compte par moi-même de l'impression qu'avait dû faire nécessairement dans ce pays le changement de la situation politique du continent européen ; je voulais par la même occasion conférer avec le cabinet anglais au sujet des négociations auxquelles allait donner lieu le Congrès de Vienne.
Après une absence de plusieurs mois, je rentrai à Vienne le 18 juillet (78). L'état des esprits dans l'Empire n'était guère de nature à m'enlhousiasmer ; je me trouvai cependant, jusqu'à un certain point, récompensé de mes efforts, car je pouvais constater que la ligne politique que je suivais ne laissait rien à désirer, tant sous le rapport de la situation particulière de
l'Autriche que parce que nous pouvions espérer assurer une longue paix à l'Europe. L'Autriche était meurtrie; elle souffrait encore d'une guerre de vingt-deux ans, et se sentait attaquée dans les sources mêmes de la vie. L'esprit toujours si remarquablement positif des populations autrichiennes avait cru voir un gage de paix dans l'union d'une fille de l'Empereur avec Napoléon, et ne s'était résigné qu'avec peine aux maux d'une nouvelle guerre. La véritable fin de la lutte n'apparaissait à ces populations que sous la forme d une deuxième édition, revue et modifiée, de la paix précédente.
Quel contraste frappant la situation de la Prusse ne présentait-elle pas sous ce rapport avec celle de l'Autriche ! Des rêveurs seuls pouvaient trouver que la situation était la même pour les deux pays; or je n'ai jamais été un rêveur. L'élément qui, ù l'origine du Congrès, offrait aux hommes de cette espèce le champ le plus vaste, c'était l'élément allemand. Convaincu de cette vérité, je ne cessai de tourner mes regards et mon attention de ce côté, pendant les quelques semaines qui précédèrent l'ouverture du Congrès.
J'ai déjà parlé de cette opinion de l'Empereur, qu'il y aurait lieu de créer un corps politique allemand, sous la forme d'une confédération, et j'ai fait ressortir à ce propos comment, dans la réalité, la création d'une confédération germanique devint une conditio sine qua non de l'entrée de l'Autriche dans l'alliance. Mon chemin était donc tout tracé. Il ne s'agissait plus que de choisir les moyens d arriver au but : tâche difficile, que la résistance des puissances germaniques rendit plus difficile encore. Il y avait en première ligne les menées particularistes de la Prusse ; ensuite la crainte des princes allemands de voir restreindre leurs droits de souveraineté ; enfin, dans l'Allemagne du Nord et dans les provinces du Rhin , ces aspirations que l'année 1806 avait vues naître. C'étaient ou bien des idées nettement démocratiques, ou bien des tendances qu'on ne pouvait désigner que sous le nom d' « aspirations de la teutomanie » . Dans la lutte qui s'ouvrit, les idées à la fois aristocratiques et démocratiques qui partageaient l'esprit du baron de Stein (79) jouèrent un rôle particulier et considérable De tous les partis,
c'était bien le plus divisé : on s'y entendait aussi peu sur le but à poursuivre que sur les moyens de l'atteindre. Les suggestions des partis n'avaient aucune influence sur ma conduite; seulement je ne les perdais pas de vue : elles étaient pour moi un motif de plus de persévérer dans la voie que je m'étais tracée.
Je consultai sur les questions allemandes les quelques hommes rompus aux affaires du temps de l'Empire d'Allemagne , qui vivaient encore à Vienne ; mais je ne tardai pas à me convaincre qu'ils ne pourraient pas m'en apprendre plus que les archives. Je résolus donc de m'en tenir jusqu'à nouvel ordre aux éléments essentiels de la Confédération , et d'attendre, pour me prononcer sur la forme particulière à lui donner, la réunion du Congrès et les débats qui s'engageraient entre les délégués allemands.
Le 3 novembre 1814, le Congrès s'ouvrit par une simple et modeste conférence, qui fut loin de satisfaire la curiosité du public*.
Les plénipotentiaires des différents Etats et pays me prièrent de me charger de la haute direction des débats. J'acceptai cette tâche, persuadé que les questions à résoudre par le Congrès ne pouvaient être tranchées qu'à la condition de procéder avec une régularité , avec un ordre parfaits , d'écarter rigoureusement tous les détails inutiles, et de bien se pénétrer de tout ce qu'exigeaient les circonstances. Je proposai un programme qui devait comprendre :
Les délibérations entre les membres de la quadruple alliance et les représentants français réunis sous la dénomination de Comité des cinq puissances ;
La réunion plus complète des plénipotentiaires de ces cinq puissances et de ceux d'Espagne, de Portugal et de Suède sous la dénomination d'Assemblée des huit Cours, et leurs rapports avec les représentants des autres États ;
* Le bruit s'était répandu dans le public que les séances des plénipotentiaires du Congrès auraient lieu au château impérial, dans la grande salle de la Redoute, et que les galeries qui entourent cette salle seraient ouvertes aux curieux.
20i AUTOBIOGRAPHIE.
La formation dune commission spécialement chargée de régler la situation de l'Allemagne , commission qui serait composée de plénipotentiaires des Etats allemands.
Ce programme fut adopté ; grâce à lui, la lourde tâche qui s'imposait à l'Assemblée put être menée à bonne fin.
L'histoire du Congrès est tout entière dans ses actes officiels et dans les changements matériels qu'il a décidés; je n'ai donc pas à la faire ici (80). Si son œuvre a eu le sort de toutes les grandes choses de ce monde ; si elle n'a pas échappé à la critique d'esprits prévenus et aux attaques d'esprits superficiels, il suffira peut-être, pour apprécier les travaux du Congrès à leur valeur réelle, de se dire qu'il a jeté les fondements d'une paix politique qui dure depuis trente-huit ans , et que ses principaux arrêts n'ont pas seulement défié les orages qui se sont élevés dans l'intervalle, mais qu'ils ont même pu survivre aux bouleversements de l'année 1848*.
Le 7 mars 1815, nous apprîmes que Napoléon était parti de l'ile d'Elbe. Cette nouvelle contribua beaucoup à activer les discussions qui occupaient le Congrès, et surtout à hâter l'entente des Cours allemandes au sujet du pacte fédéral. Voici comment la chose se passa. Si je la raconte, c'est qu'il n'a guère fallu plus de temps pour décider la guerre qu'il ne m'en faut pour écrire celte page d'histoire.
La première nouvelle du départ de Napoléon de l'île d'Elbe m'est arrivée de la manière suivante. Dans la nuit du 6 au 7 mars, il y avait eu chez moi une réunion des plénipotentiaires des cinq puissances, et la conférence s'était prolongée jusqu'à trois heures du matin. Comme les cabinets étaient réunis à Vienne, j'avais défendu à mon valet de chambre de venir
* Le mot du maréchal prince de Ligne . « Le Congrès danse, mais ne marche pas », a fait le tour des journaux du temps. Pendant le Congrès, Vienne comptait dans ses murs un grand nombre de princes avec une suite considérable et une foule de touristes. C'était un devoir pour la Cour impériale de procurer à ses hùtes les distractions et les plaisirs de la société; mais les fêtes (81) n'avaient rien de commun avec les travaux du Congrès et ne les entravaient en rien : on en trouve la preuve matérielle dans la courte durée du Congrès, qui termina son œuvre dans l'espace de cinq mois.
troubler mon sommeil dans le cas où il arriverait des courriers à une heure avancée de la nuit. Malgré ma défense, ce domestique m'apporta, vers six heures du matin, une dépêche apportée par un exprès, et qui portait la mention : Pressée. Je lus sur l'enveloppe ces mots : « De la part du consulat général I. R., à Gênes. » Comme il y avait à peine deux heures que jetais couché, je mis la dépêche, sans l'ouvrir, sur ma table de nuit, et j'essayai de me rendormir. Mais une fois dérangé dans mon repos, je ne pus retrouver le sommeil. Vers sept heures et demie, je me décidai à décacheter le pli. Il ne contenait que ces six lignes : « Le commissaire anglais Campbell vient d'entrer dans le port pour s'informer si l'on n'a pas vu Napoléon à Gênes, attendu qu'il a disparu de l'île d'Elbe. La réponse ayant été négative, la frégate anglaise a, sans plus tarder, regagné le large. »
Je fus habillé en un clin d'œil, et avant huit heures j'étais chez Sa Majesté. L'Empereur lut l'avis ci-dessus ; puis il me dit, avec ce calme parfait qui ne le quittait jamais dans les grandes circonstances : « Napoléon semble vouloir courir les aventures, c'est son affaire; la nôtre est d'assurer au monde le repos, qu'il a troublé pendant de si longues années. Allez sans retard trouver 1 Empereur de Russie et le Roi de Prusse ; dites-leur que je suis prêt à donner l'ordre à mon armée de reprendre le chemin de la France. Je ne doute pas que les deux Souverains ne marchent d'accord avec moi. »
A huit heures un quart j'étais chez l'Empereur Alexandre, qui me tint le même langage que l'Empereur François. A huit heures et demie, le Roi Frédéric-Guillaume III me fit la même déclaration. A neuf heures j'étais rentré. J'avais déjà prié le feld-maréchal prince de Schwarzenberg de se rendre chez moi. A dix heures, les ministres des quatre puissances, se rendant à mon invitation, se réunirent dans mon cabinet. A la même heure, des aides de camp couraient déjà dans toutes les directions pour porter aux corps d'armée qui se retiraient l'ordre de faire halte.
C'est ainsi que la guerre fut décidée en moins d'une heure.
Lorsque les ministres vinrent chez moi, ils ignoraient encore l'événement. Talleyrand entra le premier; je lui fis lire l'avis que j'avais reçu de Gênes. Il resta impassible, et nous eûmes ensemble la conversation laconique que voici : Talleyrand : « Savez-vous où va Napoléon? » Moi • « Le rapport n'en dit rien. »
Talleyrand : « Il débarquera sur quelque côte d'Italie et se jettera en Suisse. »
Moi : « Il ira droit à Paris. »
Voilà l'histoire dans toute sa simplicité. Au Congrès de Vienne, il y avait eu une pierre d'achoppement dans le règlement des questions territoriales de l'Allemagne : c'était la convention de Kalisch, entre l'Empereur de Russie et le Roi de Prusse, relativement à l'incorporation du royaume de Saxe à la monarchie prussienne (82).
L'accord avait fini par se faire entre les puissances sur cette importante question; il ne restait plus qu'à obtenir le consentement du Roi de Saxe, lorsqu'on apprit à Vienne la fuite de Napoléon, dont je viens de parler. Le Congrès chargea le duc de Wellington, le prince de Talleyrand et moi, de faire accepter au Roi Frédéric-Auguste , qui se trouvait alors à Presbourg, la décision du Congrès. Nous nous rendîmes auprès de ce malheureux prince, et au bout de quelques heures nous eûmes accompli notre mission.
Comme trait caractéristique, je citerai le fait suivant, qui peint bien cette époque : le jour où nous repartîmes pour Vienne, le duc de Wellington assista, à Presbourg, au défilé d'un régiment de cuirassiers qui s'en allait vers le Rhin, et que le duc avait également vu traverser Vienne pour se rendre en Hongrie (83).
Je viens de jeter un coup d'ceil impartial sur les travaux et sur les résultats du Congrès; qu'il me soit permis d'ajouter en toute sincérité ces quelques mots :
La Révolution française a été avant tout sociale ; c'est là le caractère particulier qu'elle a eu dès l'origine. Son caractère politique, qui trouve sa plus haute expression dans Napoléon, était nul au début. Tandis que Napoléon s'efforçait de rétablir
Tordre matériel à l'intérieur de la France, son ambition ne connaissait pas de bornes.
La résistance que lui opposa la force des choses dans cette guerre contre la Russie qu'il entreprit en partant de suppositions erronées, résistance qu'il oublia de faire entrer en ligne de compte, amena entre les puissances une entente qui n'avait pu se faire dans les guerres antérieures contre la République et contre l'Empire français, et que Napoléon regardait absolument comme irréalisable. Les événements ont prouvé que l'Empereur François ne s'était pas laissé aveugler par l'issue de la campagne de Russie, fatale au conquérant, sur l'imporportance et sur la difficulté du problème qu'il fallait résoudre pour parvenir à assurer la paix politique du continent. L'idée qu'après la chute de Napoléon nous aurions à remplir une lourde tâche, c'est-à-dire à reconstruire l'édifice politique de 1 Europe, s'imposait à l'Empereur aussi bien qu'à moi-même. D'autre part, nos vues et nos sentiments étaient trop sérieux, nous avions de trop puissantes raisons de condamner rigoureusement toute entreprise uniquement inspirée par des passions personnelles, pour ne pas donner à l'œuvre dont les victoires des alliés avaient été le prélude et dont la paix de Paris avait été le couronnement, ce même caractère de calme et de sagesse qui nous avait distingués alors que nous préparions le succès futur.
Enfin, l'œuvre du Congrès était destinée à subir de nombreuses attaques si elle se renfermait dans les limites d'un froid calcul : cela ne faisait pas pour nous l'objet d'un doute. Cependant la plus longue période de paix dont l'Europe ait jamais joui suffirait pour mettre en repos la conscience de l'Empereur défunt et de son collaborateur, lors même que l'œuvre du Congrès n'aurait pas subi victorieusement l'épreuve décisive des années 1848 et 1849.
L'histoire des Cent-Jours ne fut qu'un épisode. Pour la mettre en lumière, je n'en détacherai qu'un seul incident.
Après son retour à Paris, Napoléon avait rétabli l'ancien ministre de la police Fouché dans ses fonctions d'autrefois. Fouché reprit ses errements, et fit voir pour la seconde fois ce
singulier mélange de soumission aux volontés de l'Empereur et d'insubordination qui le caractérisait. Ce ministre, on ne saurait le nier, voyait parfaitement clair dans la situation de Napoléon et de la France; il savait on ne peut mieux ce que voulaient et pouvaient les puissances alliées ; aussi ne croyait-il pas à la victoire finale de Napoléon revenu sur le trône impérial de France. Il m'envoya donc à Vienne un agent secret chargé de proposer à 1 Empereur François de laisser proclamer empereur le Roi de Rome ; en même temps, il me faisait prier d'expédier un affidé à Bâle, pour qu'on pût s'entendre sur les moyens d'exécuter l'entreprise. L'Empereur François était incapable de se prêter à une démarche pareille ; le ministre de la police française pouvait seul se faire illusion à cet égard. L'Empereur me dit de communiquer l'affaire au Czar et au Roi Frédéric-Guillaume, et de leur laisser le soin de décider, non pas s il fallait donner suite à cette idée, mais si l'on devait envoyer un homme de confiance à Baie pour s'édifier sur les vues et les desseins de l'auteur de la proposition. Les deux Souverains conseillèrent de faire cette démarche. Je chargeai de celte mission un employé de mon département ; je lui indiquai les signes auxquels il reconnaîtrait l'agent français, et lui recommandai de tout écouter sans rien répondre. Les agents se rencontrèrent à l'heure fixée et se séparèrent après une courte entrevue, parce qu'ils n'avaient rien à se dire. Plus tard on a découvert que Napoléon avait eu connaissance de la démarche de son ministre, et qu'à la place du délégué de Fouché il avait envoyé un de ses propres agents à Bâle (84). Ce fait a trouvé place dans les Mémoires du temps et donné naissance au bruit d'un projet d'entente entre Napoléon et l'Empereur François. Et voilà comment s'écrit l'histoire !
La bataille de Waterloo avait prononcé en dernier ressort sur la destinée de Napoléon; lors même que cette bataille n'aurait pas eu l'issue favorable que sut lui donner l'inébranlable fermeté du général anglais, secondée par la vaillance du feldmaréchal Blùcher, la cause de Napoléon n'en eût pas moins été perdue sans retour. Les armées autrichiennes et russes,
grossies des contingents de la Confédération germanique qui franchissaient le Rhin pour rentrer en France, auraient inondé le pays sans trouver de résistance ; car la force que la France avait eue sous l'Empire était complètement brisée par suite des concessions subversives que Napoléon fut obligé de faire à la Révolution pendant les Cent-Jours. En France, le bonapartisme n'existait plus que dans l'armée et chez quelques fanatiques de Tordre civil. Eu 1815 comme en 1814, le pays ne soupirait qu'après le repos. Si Louis XVIII avait été animé d'un autre esprit, le règne des Bourbons aurait duré plus longtemps. Mes sentiments à cet égard ne m'ont pas été inspirés par les événements ultérieurs ; déjà , après le premier retour de Louis XVIII, je les exprimais en face du Roi luimémo, auquel je ne disais que ces mots : « Votre Majesté croit fonder la Monarchie : elle se trompe; c'est la Révolution qu'elle prend en sous-œuvre ! »
Je me permis de reparler au Roi dans le même sens, après son second retour. Louis XVIII était doué de beaucoup d'intelligence, mais c'était un esprit plus spéculatif que pratique. Lorsqu'il monta sur le trône en 1814, il était encore sous l'empire des idées qui lui avaient fait jouer un rôle comme président d'une fraction de l'assemblée des notables ; pendant son séjour sur la terre étrangère, elles s'étaient mélangées de principes empruntés à cette école anglaise qui, depuis Montesquieu, a brouillé tant d'esprits en France.
La deuxième paix de Paris forme le complément de la première. La seule différence entre les deux traités, c'est que les puissances alliées voulurent donner une leçon à la France en lui enlevant quelques points de la frontière, en restituant à leurs propriétaires les objets d'art qui avaient été enlevés à l'étranger pendant les guerres de la Révolution, en imposant au pays une contribution de guerre et l'occupation temporaire de quelques départements, dans le but d'assurer l'ordre et le repos à l'intérieur et d'affermir en France le trône des anciens Rois, autant que cela était possible avec l'appui des forces étrangères.
Pendant les négociations qui amenèrent la deuxième paix
de Paris, l'Empereur Alexandre me pria de me rendre auprès de lui. Il me dit qu il était occupé dune grande entreprise qu'il lui fallait discuter avant tout avec l'Empereur François. « Il v a des questions, continua le Czar, qu'il appartient au sentiment de trancher ; or les sentiments obéissent à l'influence de conditions et de situations toutes personnelles. Celles-ci agissent fatalement sur les individus. S'il s'agissait d'une affaire, je vous demanderais conseil; mais la chose dont je parle est d'un ordre tel, que les ministres ne peuvent m'étre d'aucun secours ; c'est aux Souverains seuls qu il est possible de se prononcer. Dites à l'Empereur François que je désire l'entretenir d un sujet dont je ne puism'ouvrir qu'à lui-même. Quand je lui aurai parlé, il sera dans son droit en vous consultant, mon cher prince. »
Quelques jours après, l'Empereur François me fit appeler et m'informa que le même jour, de très-bonne heure, il était allé voir le Czar, qui l'avait prié de venir s'entretenir seul à seul avec lui d'un sujet de la plus haute importance. « Le sujet, ajouta Sa Majesté, vous le connaîtrez par l'écrit qu'il m'a remis pour que je l'examine à fond. Vous savez que je n'aime pas à me prononcer sur un objet avant d'en avoir exactement pesé la valeur. J'ai donc accepté l'écrit autographe que le Czar ma présenté, et je me suis réservé de le jugei plus tard. Lisez, examinez-le, puis vous me direz votre opinion sur cette pièce. Quant à moi, je ne la goûte nullement, et les idées que j'y ai trouvées me font plutôt faire des réflexions très-sérieuses. »
Pour ma part, je n'eus pas besoin d'un examen très-approfondi pour reconnaître que cet écrit n'avait d'autre valeur et d'autre sens que ceux d'une aspiration philanthropique déguisée sous le manteau de la religion; je trouvai qu'il ne pouvait fournir la matière d un traité à conclure entre les Souverains, et qu'il contenait plus d une proposition qui pourrait être mal interprétée au point de vue religieux.
Ainsi, le jugement que je portais sur le projet de traité s'accordait avec celui de l'Empereur François. Comme le Czar avait dit à ce dernier qu'il communiquerait aussi cette pièce
au Roi de Prusse, Sa Majesté m'ordonna d'aller trouver le Roi et de lui demander son avis sur l'écrit en question. Le Roi parla dans le même sens que l'Empereur François; seulement, il hésitait à rejeter absolument les idées du Czar. Nous pûmes toutefois nous entendre sur l'impossibilité de rédiger l'acte sans faire dans le texte quelques changements indispensables. Même avec des modifications, le traité ne souriait qu'à moitié à 1 Empereur François.
.V la suite de ces pourparlers, les deux Souverains me chargèrent d'aller trouver le Czar, comme leur plénipotentiaire commun. Après un entretien qui dura plus d'une heure, je réussis, mais non sans peine, à convertir en partie l'auteur du projet, et à lui faire sentir qu'il fallait absolument changer plusieurs phrases et laisser entièrement de côté certains passages.
Je rendis compte à Sa Majesté, mon auguste maître, des objections que je n'avais pas craint de faire au Czar contre cette entreprise au moins inutile; je lui répétai aussi ma prédiction relativement à l'interprétation malveillante à laquelle le traité n'échapperait pas.
L'Empereur François m'approuva; mais, malgré 1 éloignement naturel que lui inspirait le projet, même avec des modifications, il se décida à signer le traité ainsi relouché, et cela par des raisons auxquelles je n'avais rien à opposer pour ma part.
Voilà l'histoire de la Sainte-Alliance, qui, même dans 1 esprit prévenu de son auteur, ne devait être qu'une manifestation morale, tandis qu'aux yeux des autres signataires de l'acte elle n'avait pas même cette signification; par conséquent, elle ne mérite aucune des interprétations que l'esprit de parti lui a données dans la suite.
La preuve la plus irréfutable de 1 exactitude de ce que j'avance se trouve, à mon avis, dans ce fait qu'ultérieurement il n'a jamais été question, entre les cabinets, de la « Sainte- Alliance», et que jamais il n'aurait pu en être question. Les parti» hostiles aux Souverains ont seuls exploité cet acte, et - en sont servis comme d'une arme pour calomnier les intentions les plus pures de leurs adversaires.
La « Sainte-Alliance » n'a pas été fondée pour restreindre les droits des peuples ni pour favoriser l'absolutisme et la tyrannie sous n'importe quelle forme. Elle fut uniquement l'expression des sentiments mystiques de l'Empereur Alexandre et l'application des principes du christianisme à la politique.
C'est d'un mélange d'idées religieuses et d'idées politiques libérales qu'est sortie la conception de la « Sainte-Alliance » ; elle est éclose sous l'influence de madame de Kriidener et de M. Bergasse. Personne ne connaît mieux que moi tout ce qui se rapporte à ce monument « vide et sonore » .
Pour finir, qu'on me permette de jeter un coupd'œil rapide sur la Monarchie autrichienne et d'esquisser en quelques traits le tableau de cet Empire qui, sous le rapport de sa constitution intérieure, avait aux yeux de l'étranger le caractère dune terra incognila.
Cet Empire, qui n'a pris le nom d'Empire d'Autriche que depuis 180G, ne ressemble à aucun autre ni dans sa formation ni dans son développement ultérieur. Sous la Maison de Habsbourg, le pays s'est agrandi dans sa partie orientale d'un grand nombre de provinces qui étaient séparées par la nationalité et par l'histoire ; à part quelques rares exceptions, ces provinces ont été annexées non par voie de conquête, mais par voie de succession, par des mariages et par suite d'une renonciation volontaire à leur autonomie, et c'est ainsi que dans la suite des générations elles ont apporté à la dynastie régnante de vastes possessions, tout en réservant leurs droits et leurs privilèges particuliers. En général, ces droits et ces réserves ont été respectés par les Souverains de l'Empire, sauf le cas de déchéance ; c'est là une vérité que l'esprit de parti et les menées de la politique étrangère peuvent bien attaquer, mais non détruire. Si cela est vrai, en général, pour les Souverains de la Maison de Habsbourg-Lorraine, d'autre part la période du rèfme de l'Empereur Joseph II constitue une exception dans l'histoire de l'Autriche, et il en est résulté des conséquences qui non-seulement ne répondaient pas aux vues de ce prince, mais qui ont même créé pour l'Empire et pour son gouverne-
ment des difficultés que ce Souverain avait précisément pour but de prévenir (85).
La manière particulière dont s'étaient réunies les différentes parties de l'Empire, et cette longue succession de Souverains qui pendant des siècles avaient occupé le trône du Saint-Empire romain et gouverné un pays formé d'éléments si complexes, avaient fait naître un singulier inconvénient : cet ensemble, ce corps politique n'avait pas de nom ; il y avait là dans la langue usuelle un vide, un défaut qui se révélait par la dénomination de « Maison de Habsbourg » ou de « Maison d'Autriche » qu'on donnait à la famille régnante. Le cas est unique dans l'histoire des Etats : nulle part on ne s'est jamais servi, dans la vie ordinaire et encore moins dans les relations diplomatiques, du nom de la famille régnante au lieu du nom du pays même. Ce nïest qu'en 1806, en même temps que disparaissait la dignité d'Empereur d'Allemagne, que l'Empereur François a donné à son Empire le nom d' «Empire d'Autriche » . Cette dénomination, il ne l'a pas prise au hasard; elle lui a été imposée par la force des choses, et elle a empêché le lien qui rattachait les diverses parties au tout, et qui reliait ces parties entre elles, de paraître ne reposer que sur une union personnelle.
Le couronnement de l'Empereur devait être la clef de voûte du nouvel édifice. Cette condition, prévue par les lettres patentes de 1804, ne put être observée par suite du malheur des temps. Plus tard, deux moments se sont présentés qui permettaient de ressaisir l'occasion perdue : lors de la paix générale, et lors de l'avènement du premier successeur de celui qui avait fondé l'Empire d'Autriche. En 1815 comme en 1835, j'ai élevé la voix en faveur du couronnement de l'Empereur. Selon moi, des députations de tous les États devaient venir de toutes les parties de l'Empire pour assister au couronnement du Souverain, et par là accomplir un acte d'hommage commun envers le chef commun de l'Etat; par contre, ils recevraient ainsi l'assurance que les droits constitutionnels de chaque pays seraient respectés et maintenus.
L'Empire d'Autriche, sans être un État fédératif, n'en avait
pas moins les avantages et les inconvénients des confédérations. Si le chef de la Maison régnante était absolu dans le sens moderne du mot, il n'en est pas moins vrai que si l'on considère les diverses couronnes qu'il réunissait sur sa tête, sa puissance souveraine était diminuée en raison des différents droits constitutionnels qu'avait chaque pays. Cette situation était des plus extraordinaires, cela est incontestable; ce qui n'est pas moins certain, c'est qu'elle n'aurait pas pu durer si elle n'avait été maintenue par une force supérieure, c'est-àdire par l'intérêt que les parties composant l'Empire avaient à être réunies. Ces faits, que l'Empereur et moi nous nous représentions vivement, exercèrent une influence décisive sur la reconstitution de l'Empire de 1813 à 1815.
La reprise des ci-devant Pays-Bas autrichiens et des territoires allemands (le Brisgau) connus autrefois sous le nom d'Autriche antérieure, et l'annexion de ces pays à l'Empire d'Autriche, n'auraient soulevé aucune difficulté à l'époque dont je viens de parler. Je dirai plus : les puissances alliées, suidées par des raisons politiques toutes naturelles, désiraient que la Belgique fût de nouveau réunie à l'Autriche. Nous refusâmes ces agrandissements, non-seulement par des considérations relatives à l'Empire en particulier, mais encore parce que nous voulions surtout assurer le succès de l'œuvre de paix. Nous voulions éviter de mettre notre Empire en contact direct avec la France, et par là terminer les luttes qui pendant plus de trois siècles s'étaient prolongées entre les deux Etats voisins, précisément parce qu'ils étaient voisins. Car la France est le pays où les nouveautés de tout genre savent le mieux s'introduire, il est vrai; mais c'est aussi le pays où les vieilles impressions durent le plus longtemps. C'est pour cette dernière raison que les changements effectués dans la situation de l'Autriche et de la France après la restauration des princes légitimes passèrent, pour ainsi dire, inaperçus aux yeux du peuple et même à ceux des cabinets ; beaucoup d'esprits en étaient toujours aux luttes entre la France et la Maison d'Autriche, comme si la position géographique des deux Etats était encore la même qu'à l'époque de François Ier et de LouisXIV. . .
Le Congrès avait assis sur des bases solides les possessions des Empires et des États. Les quatre puissances qui, grâce à leur entente victorieusement prolongée jusqu'au bout, avaient fait rentrer la France dans ses anciennes limites, admirent dans leur association le Roi de France rétabli dans ses anciens droits. A la place de la Quadruple Alliance, qui n'avait plus de raison d'être une fois qu'on eut atteint le but politique poursuivi en commun, se forma une pentarchie morale, dont le Congrès d'Aix-la-Chapelle détermina plus tard les attributions, en même temps qu'il délimitait en principe ses pouvoirs et réglait sa manière de procéder.
Ainsi l'Europe était assurée, autant qu'il était possible, dune paix solide et durable (86).
(1) Page 5. — L'Autobiographie se compose de deux ou plutôt de trois parties ou fragments. Il a suffi de réunir et d'intercaler les différents textes originaux pour former un ensemble complet qui embrasse la première époque de la vie de Metternich, c'est-à-dire une période qui s'étend de l'année 1773 à l'année 1815. Ces parties sont :
A. Matériaux pou?* servir à l'histoire de ma vie publique; ce sont des Mémoires écrits par le prince chancelier d'Etat poulies archives de sa famille en l'année 1814. Ces Mémoires s'arrêtent brusquement à l'année 1810. (V. page 5 jusqu'à la page 106.) La suite qui s'y rattache est
B. La Clef de ma manière de voir et d'agir pendant la durée de mon ministère, de 1809 à 1848. Ce sont également des Mémoires écrits par Metternich pour les archives de sa famille en 1852. On doit les considérer comme la suite des «Matériaux» que l'auteur avait laissés incomplets en 1844; ils pouvaient se rattacher facilement à ces derniers, il suffisait pour cela de supprimer la répétition de faits déjà connus (Voir page 106 jusqu'à la page 134, puis page 200 jusqu'à la fin.)
C. L'Histoire des alliances, de 1813 à 1815, manuscrit de Metternich remontant à l'année 1829, qui était primitivement destiné à la publicité, mais qui ne fut pas livré au public. Bien que ce récit n'ait pas été achevé (l'année 1815 manque), ce document est cependant, en ce qui concerne les années si
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importantes de 1813 et de 1814, beaucoup plus complet que la partie correspondante de la Clef, etc. C'est ce qui nous a j déterminé à nous en servir à la place de ce dernier écrit et à l'insérer dans le texte de l'Autobiographie sous la forme d'un chapitre spécial (le huitième), en gardant le titre primitif. Nous avons conservé aussi l'Introduction, où l'auteur expose les motifs particuliers qui l'avaient engagé à publier une histoire spéciale de l'époque restreinte, mais décisive, qui va de 1813 à 1815. (Voir page 135 jusqu'à la page 199.) — Des notes de l'éditeur permettent de reconnaître dans le texte, aux endroits voulus, le commencement et la fin des différentes parties de l'Autobiographie.
(2) Page 7. — Marie-Béatrice, comtesse de Kagenegg,née le 8 décembre 1755, morte le 23 novembre 1828, mariée depuis le 9 janvier 1771 avec François-Georges de Metternich-Winneburg, comte et plus tard prince de l'Empire (principauté d'Ochsenhausen), mère de l'auteur de l'Autobiographie.
(3) Page 7. — Nous ne pouvons nous refuser la satisfaction de communiquer à nos lecteurs une lettre qui remonte à la première jeunesse de Metternich. Elle a été écrite en 1785 par François-Georges de Metternich à son fils : elle se rapporte à la manière d'écrire du jeune Clément, alors âgé de douze ans ; les critiques, les conseils et la prédiction qu'elle contient la rendent particulièrement remarquable, et lui donnent une valeur tout à fait caractéristique. Cette lettre â été écrite à Mayence, le 9 avril 1785 ; elle est conçue dans les termes suivants : «Mon cher Clément, j'ai reçu tes deux lettres. J'ai été heureux de voir l'intérêt que tu prends à la santé de ta chère maman, et de constater que tu as eu l'attention de m'en informer. Tu me prouves la bonté de ton cœur et ta reconnaissance en songeant surtout à ce que les enfants doivent à leurs parents ; de tels sentiments trouvent toujours leur récompense. Je suis satisfait aussi de ton style et de ton écriture. Seulement je te recommanderai d'éviter la répétition des mêmes pensées et des mêmes expressions, et d'autre part je te conseillerai d'écrire en plus gros caractères. Le temps ne nous porte que trop à rapetisser les lettres, et comme ton écriture est déjà très-menue, tu
finiras certainement par devenir illisible. Ce serait dommage. car j'espère que Clément écrira des choses qui mériteront d'être lues.» — Dans une lettre postérieure, écrite alors que le jeune Metternich suivait les cours de l'Université, François-Georges de Metternich engage son fils à correspondre avec lui en allemand, et donne à son cher étudiant de bons conseils sur la conduite à tenir pendant qu il est sur les bancs. Il lui écrit de Coblentz, à la date du 30 décembre 1790 : « Une condition essentielle pour un bon Allemand, c'est non-seulement de savoir parler et écrire sa langue maternelle, mais de posséder cette langue dans la mesure que comporte une éducation soignée-, c'est par la connaissance approfondie de sa langue qu'il doit s'élever au-dessus de la foule. Celui qui lit et qui écrit beaucoup étend ses facultés intellectuelles ; aussi, pour t'aider à obtenir ce résultat, je continuerai de t'écrire en allemand. D'ailleurs, tu pourras, comme par le passé, correspondre avec ta mère en français... Je vous recommande spécialement, à toi et à ton frère, de ne jamais perdre de vue le but de votre séjour à l'Université : cultivez avec ardeur les hautes études; sachez mériter l'estime et 1 affection de tous par votre bonne tenue et par votre politesse. J'ai reçu des lettres qui contiennent de très-bons témoignages sur votre compte. Il faut donc que vous tâchiez de conserver la bonne réputation que votre début vous a faite, car tout est là. »
(4) Page 16. — C'est à cette époque que remontent les premiers essais de Metternich comme publiciste. Il a débuté par un « Appel à l'armée » ; c'est l'exécution de Marie-Antoinette qui lui a mis la plume à la main. Dans cet écrit respire un noble et ardent sentiment de vengeance ; nous ne savons pas s'il a franchi l'enceinte du cabinet, ou s'il faut simplement le considérer comme un exercice où le patriote de vingt ans essaye sa plume. Bientôt après, en 1794, nous trouvons une brochure intitulée : a De la nécessité d'un armement général du peuple sur les frontières de la France, par un ami de la paix publique. » Cet opuscule a été imprimé et a paru sous le voile de l'anonyme ; Metternich reconnaît en être l'auteur par une note écrite de sa main et que nous avons sous les yeux. Les deux
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écrits en question figurent sous les titres indiqués avec les numéros 1 et 2 en tête du « Recueil de documents » que renferme le livre III, et qui est destiné à compléter et à éclaircir l'histoire de la première période de la vie de Metternich. Les pièces qui composent le livre III étant désignées par des numéros qui se suivent, afin de faciliter les citations, il importe de remarquer que, dans les renvois, les lettres R. D. désignent le Recueil de documents du livre III, et que le chiffre arabe qui les suit est le numéro d'ordre de chaque pièce.
(5) Page 16. — A la prise de Valenciennes, le lieutenant général comte Ferrai is (né en 1726, mort en 1807), grandpère de la troisième femme de Metternich, Mélanie, comlesse de Zichy-Ferraris, joua un rôle très-actif.
(6) Page 17. — Le procès d'Hastings, ainsi nommé d'après sir Warren Hasiings, gouverneur général du Bengale, décrié pour sa tyrannie. Burke produisit contre lui, en 1787, un acte d'accusation qui remplissait 460 pages d'un Mémoire imprimé. Ce procès monstre, devenu célèbre par l'éloquence que déployèrent à cette occasion Pitt et Fox en parlant pro et contra, commença le 13 février 1788 et se termina le 23 avril 1795 par l'acquittement de Hastings sur les vingt-deux chefs d'accusation.
(7) Page 23. — Nous complétons ces courtes données sur Rastadt par des extraits de lettres de Metternich à sa femme, qui habitait Vienne à ce moment. La correspondance « De Rastadt » (R. D., 3 à 53) se borne à raconter la vie de l'auteur pendant son séjour dans cette ville. Celui qui ne s'attend pas à trouver des révélations politiques s'intéressera à ces détails, notamment à ceux qui concernent les plénipotentiaires de la République française.
(8) Page 24. — La princesse Charles de Liechtenstein, née princesse d'OEttingen-Spielberg, est la même dont Adam Wolf a publié des fragments de lettres dans l'ouvrage intitulé : « La Princesse Éléonore de Liechtenstein » . Dans le chapitre IV de ce même livre se trouve une description détaillée du salon des cinq princesses, dont il est question ici.
(9) Page 28. — Le jugement sur Thugut est certainement
emprunté à un écrit que Metternich avait déjà rédigé en 1806, alors qu'il était ministre plénipotentiaire à Berlin ; à ce titre, il est fort remarquable, car il indique le courant d'opinion qui entraînait alors même les plus intelligents parmi les contemporains et les collègues de ce ministre. Il était réservé aux historiens plus récents, non-seulement de laver le caractère privé de Thugut de mainte accusation hasardée, mais encore \ de juger plus équitablement ses qualités d'homme d'Etat. Lire là-dessus l'ouvrage de Vivenot : Thugut, etc.
(10) Page 29. — C'est certainement au vœu exprimé ici par le chancelier d'État qu'il faut surtout attribuer la formation du Recueil d'actes qu'il a fait. La partie du Recueil relative à la période qui finit en 1815 se trouve dans le livre III de cet ouvrage. Bien qu'il soit incomplet si on le compare au trésor des Archives de l'État, ce recueil d'actes permet de voir plus clair dans les événements considérables de l'époque, et met le lecteur à même de mieux apprécier la part d'action de l'auteur de l'Autobiographie.
(11) Page 32. — La première pièce émanant du nouveau ministre plénipotentiaire près la Cour de la Saxe électorale à Dresde, contenait les instructions que le comte de Metternich avait rédigées pour lui-même et écrites de sa propre main. Cela seul suffirait à rendre cette pièce remarquable ; mais ces instructions, où l'auteur examine la situation de toute l'Europe à ce moment-là, présentent aussi un intérêt historique général. Le caractère volumineux de cet écrit nous a déterminé à laisser de côté les faits historiques connus de tous et à nous contenter d'en faire un extrait sous le titre : Entrée de Metternich au service de l'État (R. D. 54.) La pièce qui vient immédiatement après : Fin de la mission de Dresde (R. D. 55) , marque le terme de sa mission, qui avait à peine duré trois ans.
(12) Page 40. — La grande affaire à laquelle on voulait ^agner la Prusse n'était autre que le traité secret conclu à Vienne, le 6 novembre 1804, entre l'Autriche et la Russie , dans le but de se protéger mutuellement contre l'influence prépondérante de la France. Aplanir la voie à la Prusse et lui faciliter son entrée dans la coalition austro-russe,
voilà la tâche à laquelle Metternich se vouait exclusivement à Berlin. Voilà pourquoi les pièces contenues dans le livre III, et remontant à l'époque de la légation de Metternich à Berlin, se rapportent pour la plupart à cet objet. Sur les premières démarches faites par Metternich dans ce but, on trouvera de plus amples renseignements dans les pièces de l'appendice intitulé : Premières Démarches de Metternich pour amener la Prusse à entrer dans la coalition (R. D. 56-61), et dans l'article : Mission de Wintzingerode à Berlin. (R. D. 62-64.)
(13) Page 45. — Aux faits relatés ici se rapportent les articles suivants : Entrée imminente des troupes russes sur le territoire prussien (R. D. 65-66), et Irruption des Français dans le pays d'Anspach. (R. D. 67-73.)
(14) Page 45. — Voir Première Entrevue de Metternich avec l'Empereur Alexandre à Berlin. (R. D. 74-75.)
(15) Page 46. — Voir le Traité d'alliance de Potsdam. (R. D. 76-80.) ■
(16) Page 47. — Voir la Bataille d'Austerlitz (R. D. 83-85), et les documents précédents qui s'y rattachent, Sur les bulletins finançais et les Idées sur la création d'un journal (R. D. 81-82) ; voir de plus Impression produite par la paix de Presbourg . (R. D. 88-89.)
(17) Page 47. — Voir la Mission de lîaugwilz. ( R. D. 86-87.)
(18) Page 47. — Voir Revirement de la politique de la Prusse après la bataille d'Austerlitz. (R. D. 90-91.)
(19) Page 48. — Voir Y Alliance de la Prusse et de la France. (R. D. 92-94.)
(20) Page 50. — À propos de la nomination de Metternich, qui était envoyé de Berlin à Saint-Pétersbourg, 1 Abeille du Nord, journal paraissant à Saint-Pétersbourg, contenait, dans le numéro 23 , la correspondance suivante : « Vienne , 12 mars 1806. M. le comte Clément de Metternich- Winneburg, ministre plénipotentiaire de l'Empereur d'Autriche à Berlin, vient d'arriver ici. C'est un jeune homme plein de
| talent et qui fera le plus grand chemin. Il a, en général , tout ce qu'il faut pour réussir. »
(21) Page 54. — Voir le Traité de Tilsit. (R. D. 95.)
(22) Page 56. — Il a déjà été question, dans une autre circonstance, de la manière dont Napoléon savait agir sur l'opinion publique et la faire pencher en sa faveur. Le lecteur trouvera de plus amples détails à ce sujet dans les documents déjà cités plus haut : Sur les bulletins français et dans les Idées sur la création d'un journal. (R. D. 81-82.) Metternich avait à cœur de parer les coups de Napoléon, ce redoutable joueur d'échecs, même sur le terrain de la publicité : on en trouve une preuve frappante dans la dépêche de l'ambassadeur autrichien au comte de Stadion, « sur la nécessité d'influencer la presse ». (R. D. 110.) Il est intéressant de voir comment Napoléon lui-même s'exprimait sur le compte des journalistes. Au commencement du mois de décembre 1807, plusieurs journaux avaient répandu la nouvelle que Metternich était rappelé de Paris et envoyé à Saint-Pétersbourg. Quelques jours avant le retour de Napoléon à Paris, le Journal de l'Empire démentit cette nouvelle en quelques lignes écrites en style de police. A la première réception du corps diplomatique, Napoléon profita de l'occasion pour s'approcher de Metternich et pour lui dire : « J'espère que les journaux n'ont pas dit vrai sur votre compte. » Metternich lui ayant fait observer qu'il avait peine à croire que la Cour d'Autriche fût instruite de ce changement de destination , qu'il ignorait luimême, Napoléon répliqua : «Je vous prie d'être convaincu que je serais personnellement très-fâché de votre départ, mais ces diables de journalistes forment un Etat dans l'Etat. » Metternich répondit par un sourire d'approbation, et dit qu'en effet il devait être difficile de tenir en bride ces gens-là ; alors l'Empereur lui dit : « Rien plus, ils essayent souvent de me donner la loi à moi-même. »
(23) Page 58. — Voir Réception des diplomates après le retour de Napoléon de Tilsit, dans les Détails caractéristiques destinés à compléter le portrait de Napoléon. (Portraits de quelques contemporains célèbres, livre II, p. 295.)
(24) Page 58. — Voir le Traité de Fontainebleau. (R. D. 96-98.)
(25) Page 59. — Voir Arrivée de l'ambassadeur russe Tolstoy à Paris et les Rapports de la Russie avec la France. (R. D. 100.) Relativement au bruit qui se répandit à cette époque, de la rupture du mariage de Napoléon avec Joséphine et d'une alliance de l'Empereur des Français avec une grandeduchesse russe, voir les documents (R. D. 101-102).
(26) Page 60. — On trouvera de plus amples détails à ce sujet dans les documents suivants : l'Entrevue des Souverains à Erfurt (R. D. 118-121), la Question de la reconnaissance des Rois d'Espagne et de Naples, qui s'y rapporte (R. D. 122-124), et le Retour de Napoléon ïTErfurt (R. D. 126).
(27) Page 61. — Voir la Mission de Romanzow à Paris. (R. D. 134-136).
(28) Page 63. — Voir Premiers Indices des intentions belliqueuses de Napoléon contre l'Autriche (R. D. 108-109), et Bruit que font les armements de l'Autriche (R. D. 111-113) Les dépèches de Metternich au comte de Stadion , qui se trouvent sous cette rubrique , parlent d'une correspondance qui s'était engagée entre le ministre des affaires étrangères français et l'ambassadeur d'Autriche à Paris, notamment des lettres écrites par Champagny : de Rayonne, le 16 juillet; de Toulouse, le 27 juillet, et de Bordeaux, le 30 juillet, ainsi que des réponses envoyées par Metternich , de Paris , le 22 juillet et le 3 août. Comme cette correspondance figure dans la collection des pièces que Napoléon fit présenter au Sénat, à Paris, dans la séance du 15 avril 1809, afin de prouver, par des faits, l'hostilité de l'Autriche; comme elle a été publiée, le 24 avril de la même année, par le Moniteur, et, par suite, portée à la connaissance de tous, sous forme d'annexé à un rapport adressé par le ministre Champagny à l'Empereur Napoléon , rapport qui devait en même temps servir de manifeste de guerre français , nous nous dispenserons de reproduire ces volumineux documents, et, pour faciliter l'intelligence des dépêches échangées , nous nous bornerons à une courte analyse du contenu des pièces qui les accompagnaient.
Cet échange de notes fut amené par plusieurs faits particu-
liers que la France imputait au gouvernement autrichien et dans lesquels elle voyait un manque d'intentions pacifiques. Tels sont, entre autres : 1 arrestation d'un lieutenant polonais, nommé Young, en Galicie; l'approvisionnement de la flotte anglaise, à Trieste ; l'achat, à Lussin, des prises faites par des croiseurs anglais ; la permission donnée à des navires américains d'entrer dans le port de Trieste pour y mettre en sûreté leurs denrées coloniales; les propos belliqueux tenus dans les c.ilés de certaines villes d'eaux, telle? que fifarienbad, Franzensbad, Carlsbad , etc.; mais avant tout les bruits de mouvements extraordinaires de troupes en Bohême et en Galicie, et l'appel des milices des villes et des campagnes sur divers point-, de l'Empire. Champagny demandait des éclaircissements sur tout cela , e1 Metternich les lui donnait dans le sens des explications contenues dan? Les dépêches à Stadion; naturellement, il n'en disait pas plus qu'il a en savait lui-même.
(29) Page 64. — On trouvera de plus amples détails dans les documents suivant? : Audience solennelle de Napoléon, le 1 5 août 1808 (II. D. 114-115), et Audience particulière accordée par Napoléon à M» ii.rnic/i. (11. D. 116-117.)
(30) Page 66. — Voir Sur les éventualités d'une guerre avec la France (II. D. 127-128), deux Mémoires rédigés par Metternieh pendant son séjour à Vienne. Un troisième Mémoire a été remis en même temps que les deux autres; nous lavons laissé de côté, parce qu'il ne jette aucune lumière sur le résultat de l'activité de Metternich et sur la situalion; de plus, ce qu'il dit relativement à la personnalité de Tolstoy est déjà connu d'après d'autres documents.
(31) Page 66. — A cet endroit manque une feuille entière dans le manuscrit. Par suite de cette lacune, les considérations de l'auteur sur la funeste issue de la campagne de 1809 sont malheureusement interrompues. On peut deviner toutefois ce que contenait la feuille manuscrite qui manque; il suffit, pour cela, de prendre en main un opuscule que le comte de Metternich a écrit lui-même sous ce titre : Observations historiques sur la lettre adressée par le général de Griinne au prince de Ligne , à la date du 27 et du 28 septembre 1809.
Voici ce qui y est dit : « Les armements furent donc décidés; on y ajouta l'élément que fournissait l'exaltation du sentiment national tel qu'il s'était produit dans l'Allemagne du Nord, depuis les revers de la Prusse , en 1806. L'événement a prouvé combien cette ressource était illusoire. D'autre part, le Cabinet impérial qui dirigeait alors les affaires ne voyait pas qu'on n'y pourrait recourir sans créer un danger permanent. A la tête de l'entreprise étaient le frère du comte Philippe de Stadion, ministre plénipotentiaire de l'Empereur près la Cour royale de Bavière, Hormayer et quelques autres personnages engoués des idées de Stein et de Scharnhorst. J'occupais alors le poste d'ambassadeur d'Autriche en France. Le Cabinet s'enveloppait de mystère vis-à-vis de moi, et en cela il a eu tort. Néanmoins je ne lui cachai point mes sentiments sur l'entreprise qu'il méditait, et j'insistai pour être appelé à Vienne. En effet, j'y arrivai au mois de novembre 1808. Étant parvenu , grâce à cette circonstance , à connaître le plan de campagne, j'exprimai à l'Empereur et au comte de Stadion les inquiétudes que je partageais avec l'archiduc Charles relativement au succès de notre levée de boucliers. J'affirmai qu'on s'abusait sur l'insuffisance des forces dont Napoléon pourrait disposer contre nous, bien qu'il eût dû renoncer à l'idée de soumettre l'Espagne sans coup férir; je déclarai illusoires les espérances fondées par le Cabinet sur le secours de la Prusse et de la Russie ; je dis qu'il ne fallait pas compter davantage sur l'appui efficace du sentiment national qui s'était réveillé dans l'Allemagne du Nord chez un certain nombre d'individus, mais qui, dans l'Allemagne du Sud, se tournerait contre l'Autriche et non contre Napoléon, si la guerre venait à débuter sous de fâcheux auspices. » — Voilà comment s'exprime le comte de Metternich dans l'écrit en question. Du reste, dans le cours de ce chapitre (page 80), l'Autobiographie revient sur les causes de l'issue malheureuse de la levée de boucliers faite par l'Autriche en 1809, ce qui rend la lacune moins sensible.
En ce qui concerne le changement du plan de campagne primitif, dont il est question quelques lignes avant la regret-
table lacune du manuscrit, on pourra trouver quelques éclaircissements dans ce qui suit. Relativement à l'armée principale qui devait opérer en Allemagne sous les ordres de l'archiduc Charles, les idées étaient partagées parmi les hommes compétents de F état-major de l'archiduc. D'après les uns, la Bohême devait être le point de départ : l'armée se jetterait sur Baireuth, battrait isolémentles Français qu'elle trouverait disséminés dans la Saxe, la Franconie et le haut Palatinat, et, par son apparition soudaine et ses rapides succès, elle exciterait les populations allemandes à se soulever. Ce plan hardi, qui devait conduire les Autrichiens par Baireuth et Wiïrzbourg jusqu'aux portes de Mavence et les faire arriver au Rhin par le chemin le plus court, était défendu par le général Mayer. Le second plan, plus modeste, mais plus sûr en apparence, consistait à prendre la route ordinaire le long du Danube, celle que les Français suivraient tout naturellement à cause de la facilité des communications, de marcher à leur rencontre par celte ligne avec toute l'armée principale, et de les battre avant qu'ils fusent devenus assez forts pour nous disputer la victoire. C'était le plan du général comte de Grùnne. L'Empereur François ayant tout à coup éloigné Mayer, le plan de Griinne l'emporta. Adopté trop tard , il ne put être exécuté qu'à moitié ; une partie de l'armée dut prendre la Bohème comme point de départ.
(32) Page 66. — Voir le Retour de Metternich à Paris (R. D. 129), et le Retour de Napoléon d'Espagne (R. D. 130-132).
(33) Page 68. — Voir les Dernières Dépêches de l'ambassadeur d'Autriche à Paris (R. D. 141-1-44). Sur les faits qui ont signalé l'activité de Metternich comme ambassadeur d'Autriche près la Cour de Napoléon, on trouvera, outre les pièces déjà indiquées, quelques autres documents dans le Recueil. Le texte de l'Autobiographie ne nous ayant pas amené à les citer, nous v renvovons le lecteur, maintenant qu'il est arrivé à la fin du récit de l'ambassade de Metternich. Ces documents sont : La Guerre de Napoléon avec le Portugal et le Blocus continental (R. D. 99), les Plans de Napoléon relativement au
varlage de la Turquie (R. D. 103-106), Nécessité d'une alliance austro-russe (R. D. 107), la Paix entre l'Angleterre et la Porte (R. D. 137), Causes de la lenteur de Napoléon à commencer la guerre (R. D. 138), et Sur la question de garantie (R. D. 139, 140).
(34) Page 68. — \o\vY Aristocratie créée par Napoléon, dans les Détails caractéristiques destinés à compléter le portrait de Napoléon (livre II, p. 298).
(35) Page 71. — Le lecteur se rendra mieux compte du caractère de Talleyrand et de sa situation en France s'il consulte, dans le Recueil de documents du livre III, les pièces suivantes : Situation de Talleyrand et les partis (R. D. 125), Disgrâce de Talleyrand (R. D. 133), et le Mémoire déjà cité Sur les éventualités d'une guerre avec la France (R. D. 127).
(36) Page 71. — Le Mémoire indiqué dans la note précé dente (R. D. 127) contient aussi des détails intéressants sur Fouché.
(37) Page 74. — La maison de campagne dont il est question ici, et qui a cessé d'appartenir à notre famille, existe encore aujourd'hui. Maintenant comme alors , elle porte encore sur la façade principale l'inscription grecque Xat'pe (Salve) .
(38) Page 76. — Il est probable qu'il s'agit ici de la proclamation adressée par Napoléon à son armée lors de l'occupation de Vienne, où il parle de la manière la plus outrageante des princes de la Maison de Lorraine (Bourrienne, Mémoires contemporains, tom. VIII, p. 191).
(39) Page 80. — L'histoire militaire a constaté depuis que l'inaction de l'armée autrichienne après la victoire d'Aspern n'a été que la conséquence inévitable de l'épuisement des troupes après ce combat de géants, et des marches forcées qui avaient précédé l'action. Elle s'explique et se justifie encore par d'autres faits, tels que le manque de munitions, l'absence des pontons, qui avaient été perdus en grande partie à Ratisbonne, enfin les renforts considérables que Napoléon fit venir après la journée d'Aspern.
(40) Page 80. — En puisant à la même source, on verra
que Napoléon a profité de l'absence du corps de l'archiduc Jean, qu'on attendait depuis vingt-quatre heures à une lieue de Presbourg, pour tourner, vers midi, notre aile gauche avec des forces qui étaient de plus d'un tiers supérieures aux nôtres.
(41) Page 85. — Sous la rubrique choisie par l'auteur lui-même : Préliminaires de la négociation d'Altenburg, nous présentons au lecteur une série de rapports adressés par Metternich à l'Empereur François, avec une ordonnance de Sa Majesté, qui devait en même temps servir d'instructions pour la négociation du traité de paix. Abstraction faite de la valeur de leur contenu, ces rapports offrent un intérêt particulier • c'est qu'ils sont les premières pièces écrites par le nouveau ministre correspondant directement avec son Souverain. (R. D. H5-148.) Quant aux sentiments dont Metternich était animé lorsqu'il aborda ses nouvelles fonctions, on en trouvera l'expression dans les lettres qu'il a écrites à cette époque. Le 25 juillet 1809, il adresse de Komorn les lignes suivantes à sa mère :
« Vous avez bien raison de me plaindre dans ma position, et vous êtes loin de la connaître en entier. Le comte de Stadion, par un mouvement infiniment généreux et noble, a donné à Znaïm sa démission à l'Empereur. Il suppose que, dans une négociation, sa présence au ministère pourrait faire plus de mal que de bien. Sa Majesté m'a sur-le-champ confié sa place, que je n'ai que très-conditionnellement acceptée. Je serais, d'un côté, très-fâché de voir perdre à l'État un serviteur tel que M. de Stadion ; je ne me sens, d'un autre, pas la force morale de mener à la longue la barque dans un sens qu: peut se trouver tellement opposé à mes principes et à ma manière de sentir. Tout ce à quoi je me suis engagé pour le moment, c'est à ne pas quitter l'Empereur, qui mérite sous tous les rapports possibles autant de bonheur qu'il en manque. Je me suis chargé du département des affaires étrangères près de sa personne. M. de Stadion, qui conserve encore le titre de ministre de ce département, est resté au quartier général de l'archiduc. Je ne veux d'aucune manière paraître comme chef
du département lors de la négociation. Si je parviens à engager Stadion à conserver ses fonctions, je serai le plus heureux, homme du monde ; — mais j'en désespère. Veuillez ne souffler mot de tout ceci vis-à-vis de personne, ni de la famille de Stadion, ni d'aucun autre individu ; la négociation elle-même en souffrirait.
« Vous concevez, ma bonne maman, que la position dans laquelle je me trouve est la plus compliquée possible. Trois mois d'interruption dans les affaires me les ont rendues étrangères. Je suis placé entre toutes les anciennes affaires et la besogne courante ; se préparer à une négociation comme la présente, seul, sans aide quelconque, est une besogne terrible dans un moment de crise comme jamais il n'en fut. Le monde pend à un fil; la position de l'homme qui en tient le bout est affreuse, et elle serait insoutenable si nos moyens n'étaient pas aussi immenses qu'ils le sont. Je vous parle de négociations; je ne vous parlerai pas de capitulation ; — car tout autre pourrait s'en charger , — si nous n'avions pas cas moyens. Vous verrez incessamment une armée de deux cent cinquante mille hommes, troupes de ligne, soutenir ma négociation, et ces deux cent cinquante mille hommes forment la plus belle armée du monde. Ajoutez à cela toute l'insurrection, la disposition de tous nos peuples de la Monarchie, la descente de vingt-cinq à trente mille Anglais sur le Weser, — descente effectuée, — et vous ne nous nierez pas des moyens matériels de négociation. Si nous avions le quart de moyens moraux, eh! bon Dieu, où irions-nous? »
Le 1er août 1809, il écrit :
« Il est de fait que ce n'est pas nous qui traînons, que c'est nous qui voulons la paix, mais une paix qui nous dispense de veiller à chaque heure du jour et de la nuit à notre sûreté, qui nous permette de jouir des bienfaits de la paix, — de désarmer, de nous flatter de la possibilité de rester tranquilles quelque temps. Si nous ne voulons pas périr, d'un autre côté, de mort certaine dans six mois; si nous ne voulons pas jeter la Monarchie par la fenêtre, et par une fenêtre dont, sous peu, le saut serait également la dernière ressource de l'Empereur,
il ne faut pas nous en vouloir. Si Napoléon veut la destruction de l'Autriche, au moins vaut-il mieux le combattre avec trois cent mille hommes qu'avec cinquante mille. Voilà le résumé de notre politique, qui, à ce qu il me parait, est simple et claire. J'ai la satisfaction de lire de temps en temps sur mon compte des articles dignes de l'an II ou III de la République. Ne vous en fâchez pas et ne vous en inquiétez pas, ma bonne maman; je connais cette tactique. On me fait beaucoup d'honneur, et beaucoup plus que je ne mérite, — sauf mon attachement pour mon maître — et mon envie de bien faire. Je serai l'homme du monde le plus heureux I où je n'aurai qu'à soigner mes champs et l'éducation de mes enfants; mais d'ici là j irai si droit mon chemin, je suivrai si fort l'impulsion de ma conscience, que rien n'arrêtera ma marche. ■
(42) Page 8G. — On ne lira peut-être pas sans intérêt quelques notices sur le séjour et la vie de Metternich à Altenburg; nous les empruntons à des lettres de 1 ambassadeur à sa mère. 11 écrit de cette ville.
Le 17 août :
« Vous vovez, ma bonne amie, que je suis rendu au heu de ma destination. Altenburg est une petite ville dont vous ignorez sans doute l'existence, et qui est située entre Vienne et Raab, à une poste et demie de Presbourg. Nous sommes à peu près seuls ici; M. de Champagny, le général Nugent, moi, nos employés et deux généraux français, un petit nombre d'officiers français et quelques employés du pays : voilà les seules ressources sociales. Le pays est sain, et, sous ce rapport, infiniment préférable à Raab, dont il avait été un moment question pour le lieu de la négociation. J'ai ici avec moi Paul Esterhazy, Floret, Hopé, et quelques autres employés du département. J'avais envoyé Mier à Prague, en quittant Znaïm. Je lui ai écrit, depuis, pour le rapprocher du lieu actuel de notre séjour. Nous partageons notre journée entre le travail et la table ; nous n'avons aucun autre genre de distraction : le mot de plaisir, je crois, n'a jamais été prononcé à Altenburg, et je ne suis pas assez novateur de mon métier pour l'y introduire. »
Le 23 août :
« Je suis accablé de travail, d'abord par ce que j'ai à faire ici, et puis, étant chargé de tout le département des affaires étrangères, j'ai, loin de l'Empereur, trois lois plus de besogne que si je me trouvais près de lui. Ce que je finirais en moins d'une demi-heure de rapport verbal, me coûte cinq ou six heures d'écriture. Notre train de vie est bien régulier et uniforme. Je travaille depuis huit heures du matin jusqu'à une heure. Nous conférons depuis une heure jusqu'à quatre ou cinq heures. Je retravaille depuis cinq heures jusqu'à sept. Nous dînons à sept heures et demie, et j'expédie mon courrier à minuit ou une heure. Il me serait bien difficile de vous dire comment et quand nous finirons. Je ne serais pas embarrassé de cette solution si je voyais autant de bonne volonté chez la partie adverse que chez nous. Enfin, ma bonne maman, tenezvous prête à tout, car je ne puis répondre de rien. »
Le 3 septembre :
« Nous sommes toujours fort occupés ici de notre difficile besogne. Je défie toutefois que personne puisse se prononcer sur le résultat d'une négociation qui, de manière ou d'autre, décidera du sort de l'Europe et de l'Autriche. Ce n'est assurément qu'avec un caractère très-fort et une volonté bien prononcée qu'il est possible de travailler dans une besogne de ce genre, où le monde entier, les générations présentes et futures, ont les yeux fixés sur nous, où une fausse démarche peut faire crouler cet ancien édifice, si fort encore et si menacé, si grand et si petit. Ce n'est assurément pas chose facile que de couvrir sa responsabilité et sa conscience Le jour toutefois où j'en serais effrayé, je ne ferais plus que des sottises. J'occupe maintenant une place que le seul amour du bien a pu me donner la force de ne pas fuir. J'ai hésité longtemps; je me suis dit, en dernier résultat, que moi je n'étais rien et la cause tout, — et je tiendrai bon, si faire se peut. »
(43) Page 92. — Les assertions des contemporains, même de ceux qui ont été sur le théâtre des événements, varient sur le moment du départ de Napoléon de Schœnbrunn. C'est ainsi que le ministre français Champagny, qui était chargé person-
nellement de négocier la paix à Schœnbrunn, dit, dans une lettre adressée par lui à Bourrienne et imprimée parce dernier dans les Mémo ires contemporains, que Napoléon ne partit pour Munich que le 17 octobre; d'autre part, dans un Mémoire secret de ce temps, qu'on attribue non sans de bonnes raisons au comte de Stadion, alors ministre autrichien, et qui depuia été publié par C. de Klinkow-,trœm dans les Anciens Documents de la chancellerie d'Etat, Fauteur, généralement trèsbien informé, parle du 16 octobre comme du jour où Napoléon partit de Schœnbrunn. Par contre, Thiers, dan> son Histoire du Consulat et de l'Empire, fait partir Napoléon dans la nuit du 15 au 16 octobre, bien que la Correspondance de l'Empereur Napoléon présente plusieurs lettres écrites encore de Schœnbrunn et datées du 16 octobre. D'après le récit de Metternich, Napoléon aurait quitté S« ihœnbrunn le jour de la publication du traité de paix, par conséquent le 1-4 octobre. L'expression quitté employée par I auteur ne dit pas nettement si Napoléon est parti définitivement ou s'il n'a fait qu'une absence momentanée, pour aller à la chasse ou pour inspecter un corps de troupes. Quoi qu'il en soit, l'exactitude des faits allégués reste entière. Bn eflfet, que Liechtenstein soit reparti pour Totis dès le 14, immédiatement après que les deux parties contractantes eurent signé les articles projetés du traité de paix, cela est très-probable, vu le caractère prenant et l'importance de la mission dont il avait à faire connaître le résultat à l'Empereur son maître. De même on peut regarde! comme positif que le négociateur autrichien avait 1 intention de protester formellement contre la publication prématurée d'un traité de paix dont la validité dépendait encore de la sanction de son souverain. Il est aussi permis de considérer comme certain qu'au moment où Napoléon avait donné l'ordre de tirer des salves de canon, il devait s'attendre à une protestation énergique de la part de Liechtenstein. Aussi ne serait-ce peut-être pas trop s aventurer que de croire que non-seulement Napoléon prévoyait cette démarche, mais encore qu'il a eu recours à la ruse, et qu'il a voulu échapper à une rencontre, fort désagréable pour lui, avec le général autrichien,
en imaginant un départ soi-disant anticipé ou bien l'excuse banale: « Il n'y a personne. » Pour ne laisser subsister aucun doute, il ne sera pas bors de propos de faire entrer en ligne de compte un fait d'une importance peut-être décisive : nous voulons parler de l'attentat de Staps (13 octobre), qui poussa Napoléon à signer la paix au plus vite, le décida à abaisser notablement le chiffre de la contribution de guerre qu'il avait imposée à l'Autriche, et qui pourrait bien avoir hâté son départ de plusieurs jours, départ effectué, du reste, sans bruit et sous le voile du plus profond mystère. Ne serait-il pas possible d'expliquer par cette dernière circonstance les hésitations et les divergences des contemporains relativement à la date en question?
L'ombre et le mystère planaient sur les négociations; c'est ce qui ressort des aveux que Metternich, parlant de la conclusion de la paix, laissait échapper dès le 26 octobre, lorsqu'il écrivait de Totis à sa femme : « Que d'inepties et de bêtises se sont passées ! Vous ne pouvez rien y comprendre, personne ne peut y comprendre et n'y comprendra jamais rien, à moins d'en avoir la clef, que, hors moi peut-être, n'ont pas deux individus au monde!»
(44) Page 93. — Sur son arrivée à Vienne, Metternich écrit à sa femme :
» Vienne, 28 novembre 1809.
« Je suis arrivé ici hier, peu d'heures après l'Empereur, je n'ai donc plus été témoin de l'enthousiasme extrême qui régnait sur son passage : il a dans toute la force du terme été porté dans ses appartements. Ce n'est pas une petite besogne que celle d'être ministre des affaires étrangères d Autriche en 1809. L'Empereur est, d'un autre côté, si parfait pour moi, il m'honore d'une confiance si exclusive, que je serais l'homme du monde le plus ingrat si je ne me vouais entièrement à son service. J'ai beaucoup fait jusqu'à présent, mais il reste encore terriblement à faire! Que de choses se sont passées autour de moi depuis quelques années, que de faits, de circonstances dans lesquelles j'ai été appelé à jouer le premier rôle! Et moi,
tout juste, qui serais l'être le plus heureux si, avec une existence aisée, mais indépendante, je pouvais suivre mes penchants, bien opposés au mouvement affreux dans lequel je me trouve constamment englobé ! »
(45) Page 94. — Voir Organisation de la chancellerie intime de Cour et d'Étal. (R. D. 149.) Sur le même sujet, Melternich écrite sa femme, le 14 novembre 1809, les lignes suivantes, datées de Totis :
«Je viens d'organiser de nouveau le bureau; je lui ai donné une tournure plus analogue aux temps et aux circonstances; je ferai le triple de besogne et avec moins de temps que bien d'autres et que tous mes prédécesseurs ne l'ont fait. J ai remis beaucoup sur le pied sur lequel se trouvait le département sous votre grand-père. a
(46) Page 97 — Le livre III renferme à ce sujet des documents sous ce titre : le Mariage de Xapoléon avec Marie- Louise. (II. D. 150-155.) Une partie de ces documents <»ni déjà été livrés à la publicité par Ilelfert, dans Bon excellent ouvrage : Marie-Louise.
(47) Page 100. — L'impression favorable produite à Vienne par le mariage de Marie-Louise a été décrite par Ifetternich, dans nue lettre à >a femme, de la manière suivante :
«Tout Vienne n'esl occupé que de la question du mariage; il serait difficile de se faire une idée «lu mouvement que ce fait donne à l'esprit public, et de 1 extrême popularité de la chose. Si j'étais le sauveur du monde, je ne pourrais recevoir ni plus de félicitations ni plus de véritables dommages sur la part que I on est sûr que je dois y avoir prise. Dans les promotions qui auront lieu, j'aurai la Toison. Si elle m arrive à cette époque, cène sera pas à propos de bottes ; mais il n est pas moins vrai qu'il aura fallu des circonstances bien extraordinaires et bien peu calculables pour me faire arriver bien au delà de ce que j'avais ambitionné, moi surtout qui n'ambitionne jamais rien. Les fêtes ici seront très-belles, et malgré qu'il (aille faire chercher les objets nécessaires au bout du monde, tout s'y trouvera. J'ai envoyé dernièrement le programme à Paris. Schwarzenhcrg vous l'aura montré. La nouvelle Impé-
ratrice plaira à Paris, et doit y plaire par sa bonté et sa grande douceur et simplicité. Plutôt laide que jolie de visage, elle a une très-belle taille, et quand elle sera un peu arrangée, babillée, etc., elle sera tout à fait bien. Je l'ai fort priée de prendre dès son arrivée un maître de danse, et de ne pas danser avant qu'elle le sache bien. Elle a la meilleure envie de plaire, et on plaît avec cette envie-là. »
(48) Page 101. — On trouvera de plus amples détails sur le premier entretien de Metternich avec Napoléon dans les documents suivants : Arrivée de Metternich à Paris et son entretien avec Napoléon à Compiègne. (R. D. 156, 157.)
(-49) Page 101. — Voir à ce sujet les pièces portant la rubrique .: Metternich médiateur entre Pie VII et Napoléon. (R. D. 158-164.)
(50) Page 104. Voir Napoléon au bal donné par le prince ae Schwarzenberg . Issue tragique de la fête, dans les Détails caractéristiques destinés à compléter le portrait de Napoléon, livre II, Portraits de quelques contemporains célèbres, page 301,
(51) Page 104. — Sous le nom de «Négociations ayant pour objet d'assurer l'exécution de certaines clauses du dernier traité de paix » , il faut entendre les deux conventions qui furent arrêtées toutes deux grâce à la coopération directe de Metternich : l'une se rapporte au commerce de transit de l'Autriche et à la création de commandites sur la côte de l'Adriatique, l'autre a pour objet la levée du séquestre sur les biens des ci-devant États de l'Empire allemand. (R. D. 172.)
(52) Page 104. — Les affaires de détail confiées aux soins personnels de Metternich se rapportaient à la destruction des faux billets de la Banque de Vienne émis par la France pendant la guerre de 1809 (R. D. 165-167), et à la négociation d'un emprunt autrichien sous les auspices de Napoléon. (R. D. 171.)
(53) Page 108. — Le lecteur trouvera de plus amples renseignements sur ce sujet dans les documents intitulés : Sur les rapports de la Russie avec la France (R. D. 168), et : les Principautés danubiennes et la Serbie. (R. D. 169, 170.)
(54) Page 108. — Voir l'entretien de Metternich avec Napo-« léon au sujet du trône de Suède (R. D. 173, 174.)
(55) Page 112. — Sur cet entretien si intéressant du 20 septembre, les écrits posthumes contiennent une note en allemand rédigée par Metternich lui-même. Ecrite sous l'impression toute fraîche du fait, elle était destinée à l'Empereur François, à qui, du reste, Metternich la remit bientôt (à Cilli.) Le texte de l'Autobiographie suit cette note si littéralement, que nous avons pu nous dispenser de la faire entrer dans le recueil du livre III.
(5b). Page 112. — Voir Audience de congé de Metternich (H. D. 175.)
(57) Page 113. — Les idées émises par Metternich, dont il est question ici, semblent avoir été contenues dans un rapport verbal adressé à l'Empereur François; quant au rapport écrit, il ne fut remis par Metternich que le 17 janvier 1811. Voir Rapport principal sur les résultats de la mission de Paris (R. D. 177.)
(58) Page 113. — Voir Propositions d'alliance de Schuwalow. (R. D. 176.)
(59) Page 118. — Voir Organisation d'un Conseil de t Empire en Autriche. (R. D. 183.)
(60) Page 118. — L'installation de Metternich comme cura teur de l'Académie des beaux-arts, à Vienne, eut lieu le 10 janvier 1811. A cette occasion, le président de Sonnenfels, aussi nouvellement nommé, reçut le nouveau curateur à la tête de l'Académie réunie en corps, et lui adressa une allocution dont nous extrayons le passage suivant : « Le moment solennel où Votre Excellence aborde la magistrature des beauxarts, comme je crois pouvoir la nommer, autorise l'Académie à concevoir les plus grandes espérances. Les destinées des arts, leur développement et leur prospérité, l'encouragement, la protection des talents pleins d'avenir, la considération que revendiquent à juste titre les artiste* accomplis, l'influence puissante de l'art sur les progrès de toutes les branches de l'industrie humaine, en un mot la gloire et le bien-être que la perfection chez l'artiste fait rejaillir sur la nation; tout cela est entre vos mains, el nous sommes convaincus que notre confiance sera justifiée,
que notre amour pour les arts ne nous a pas fait faire fausse route, et que nous ne tarderons pas à ressentir les heureux effets de votre féconde activité. » Metternich répondit en ces termes : « Je suis heureux d'employer le premier moment qui me conduit au milieu de l'Académie des beauxarts à vous remercier de la confiance dont vous m'honorez. En m'appelant à vous, vous m'imposez des devoirs dont je sens toute l'étendue. Nous sommes réunis désormais afin de poursuivre un noble but et de nous rendre utiles à la nation tout entière. Le domaine de l'art est immense ; toutes les branches de l'industrie nationale s'y rattachent. Chaque pas en avant est un gain pour le tout. Il faut que les arts fleurissent sous le gouvernement du meilleui des Souverains; l'Empire d'Autriche réunit tout pour cela : il a des artistes, des amis du beau; il protège les arts, il produit sans cesse. Il dépendra de nous, messieurs, de faire beaucoup de bien ; pour chaque négligence on pourra nous faire les plus justes reproches. Rien n'est plus vivant que l'art : ou bien il continue de s'élever vers la perfection, ou bien il tombe en un moment et périt. Entretenu cette vie féconde, diriger utilement ces progrès, voilà quel doit être le but de nos constants efforts. » (U Observateur, 17 janvier 1811, n° 15.) — Un an plus tard, le 12 février 1812, le jour anniversaire de la naissance de l'Empereur François, les nouveaux statuts de l'Académie furent proclamés solennellement. A cette occasion, Metternich fit le grand discours d'inauguration ; il jeta un coup d'œil rétrospectif sur l'histoire des résultats obtenus jusqu'à ce jour, et traça en quelque sorte le programme des travaux futurs de l'Assemblée. On trouvera le texte complet de ce discours dans le livre III (R. D. 184). Dans cette séance solennelle eut lieu aussi la proclamation des artistes et des hommes de science marquants de l'étranger qui avaient été nommés membres honoraires de l'Académie. Parmi ces nominations figuraient celles de G. de Humboldt, à Rerlin; de Rcettiger, à Dresde; de Raphaël Morghen, à Florence; de Thonvaldsen, à Rome ; de Schelling, à Munich ; de David et de Gérard, à Paris; de Kœhler, à Saint-Pétersbourg; de Danneker, à Stuttgart, etc. Goethe, à Weimar, avait aussi été élu
membre honoraire. Nous reproduisons textuellement la lettre de remercîments qu'il adressa de Weimar à Metternich, le 16 mars 1812 : « Malgré la distance, je ne pouvais ignorer que Votre Excellence, tout en dirigeant les affaires les plus sérieuses et les plus pressantes, s'occupe aussi des sciences et des arts en homme qui les connaît. Je savais cela depuis fort longtemps, et je m'en réjouissais tout bas au point de vue du bien général. Cependant je n'aurais guère pu m'attendre au bonheur de voir votre haute faveur s'étendre jusque sur moiet d'avoir à vous en témoigner ma profonde reconnaissance. Si nous consacrons notre vie à des travaux particuliers, si l'exercice de quelques facultés spéciales nous fait arriver à une certaine perfection, il est naturel que nous désirions donner carrière à notre activité, et, par là, devenir utiles à d'autres. Le moyen le meilleur et le plus sûr d'y parvenir, n'est-ce pas, pour des hommes qui ont fait leurs preuves dans les genres les plus divers, de nous appeler au milieu d'eux et de nous associer à des avantages qui ne peuvent être obtenus que par une réunion d'hommes poursuivant le même but? Ainsi chacun trouve un stimulant, ainsi toutes les facultés que la paresse humaine, les circonstances défavorables, la mauvaise volonté pourraient avoir endormies, amoindries ou même paralysées, se réveillent et redeviennent actives. xVussi Votre Excellence rend-elle à l'art un service immense en appuyant de sa haute faveur les sociétés de ce genre, en travaillant à les créer, à les faire revivre, à les soutenir, à les développer et à les rendre fécondes. Je ne manquerai pas d'exprimer ma profonde reconnaissance à l'Académie impériale et rovale des beaux-arts réunis, bien que les mots me manquent pour dire avec assez de force combien je suis heureux de la distinction flatteuse que l'illustre corps veut bien m'accorder en ce jour solennel, combien je suis fier de voir ainsi s'ouvrir une nouvelle époque dans ma carrière. Comme je ne puis méconnaître en cela votre haute influence, comme je sens combien il est glorieux pour moi d'apprendre par Votre Excellence l'insigne faveur dont je suis l'objet, je dois me borner à dire en peu de mots à quel point ces témoignages de votre
bienveillance me sont précieux, et combien je souhaiterais de pouvoir y répondre par des actes. »
(61) Page 119. — Yoir la Position et l'attitude de l'Autriche dans la guerre qui menace d'éclater entre la France et la Russie; ce sont quatre rapports adressés par Metternich à l'Empereur François et les résolutions prises par Sa Majesté relativement à ces faits. (R. D. 178-182.) C'est à cette époque de graves et sérieuses négociations, qui rendaient de jour en jour les rapports du Souverain avec son ministre plus actifs et plus intimes, que remonte un incident assez insignifiant, qui n'a rien de politique, mais que nous ne voulons cependant pas passer sous silence, parce qu'il sert à mettre mieux en lumière le caractère de l'Empereur François. On sourirait peut-être de la sévérité un peu pédantesque dont l'Empereur fit preuve dans cette circonstance, si le principe du maintien de l'égalité devant la loi, rigoureusement observé par lui, ne rehaussait cet incident. Nous reproduisons les pièces relatives au fait en question. Le rapport de Metternich, daté du 25 juin 1812, est ainsi conçu : « Le président de la chambre des finances me refuse l'autorisation de faire entrer un petit fût de vin de France qui m'appartient et qui depuis plusieurs mois est emmagasiné à Ulm, et cela sous prétexte que la quantité, au lieu d'être indiquée en muids, n'est désignée que par le poids de quatre cent cinquante-six livres (environ quatre muids). Cette observation étant basée sur la manipulation, je n'ai donc aucune objection à faire sous ce rapport. Ce n'est pas là une difficulté sérieuse. Mais on m'oppose une fin de non-recevoir d'un autre genre. Le président de la chambre des finances invoque un ordre de Sa Majesté, d'après lequel une même personne ne pourrait faire entrer, par an, qu'un muid et demi de vin étranger. Je regarde comme une des charges attachées à mes fonctions l'obligation onéreuse de traiter le corps diplomatique et les étrangers. Un muid et demi de vin étranger, cela équivaut en pareil cas à rien; aussi je crois qu'il ne serait conforme ni au but de mes réceptions ni même aux convenances de me refuser l'autorisation de servir dorénavant des vins étrangers à cette
2i0 NOTES DE L'EDITEUR.
classe d'hôtes qui sont habitués à n'en pas boire d'autres. Je prends la liberté de m'exprimer à cet égard avec d'autant plus de franchise que, dans le cas présent, mon intérêt privé est en contradiction flagrante avec les sacrifices devant lesquels je n'ai jamais reculé, quand il s'agissait de faire honneur au service de Sa Majesté ou de me rendre utile à mon pays. Mon humble requête a donc pour objet d'obtenir que Sa Majesté daigne m'ordonner formellement de ne plus faire servir à l'avenir de vins étrangers, bien que les observations ci-dessus soient une protestation anticipée contre un ordre pareil; ou bien qu'elle consente à adresser au président de la chambre des finances des instructions à peu près conçues en ces termes : « Au président de la chambre des finances. Mon cher « comte de Stadion , mon ministre des affaires étrangères m'a « exposé respectueusement que la libre consommation de « vins étrangers est pour lui une nécessité absolue, vu les « exigences de sa position, et qu'il demande à la chambre « des finances d'être dispensé d'obéir à la loi commune, d'après « laquelle on ne peut recevoir par an qu'un muid et demi de « vins venant du dehors. Comme la situation du ministre des « affaires étrangères est exceptionnelle, vous aurez désor- « mais à le traiter selon les règles existant avant la restriction « susdite. » Le 9 juillet 1812, l'Empereur répondit de Strakonitz par ces lignes écrites de sa main : « Il ne saurait y « avoir d'exception aux règles que j'ai établies en ce qui con- « cerne l'introduction de vins étrangers ; comme elles sont « applicables à tous, vous aurez à vous y conformer ponc- « tuellement, ainsi que chacun de mes sujets. François. » Comme on le voit, l'influence du ministre, déjà très-puissant alors, sur son Souverain, était rigoureusement limitée; c'est là un fait dont il faut tenir compte en jugeant l'ascendant de Metternich sur l'Empereur. D'autre part, les rapports de ce ministre avec son maître, notamment en tout ce qui était étranger au service, avaient le caractère d'une familiarité patriarcale, s'il est permis d'employer cette expression : témoin un autre petit incident qui date de 1812. C'est un fait relatif à la vie intime de Metternich, et qui ne sera pas déplacé ici.
La femme de Metternich étant sur le point d'accoucher, l'Empereur François avait promis à son ministre qu'il serait le parrain de l'enfant, dans le cas où ce serait un garçon. Mais madame de Metternich donna le jour à une fille. Écoutons ce que le père écrit à l'Empereur, et ce que Sa Majesté lui répond :
« Vienne, 18 juin 1811.
« SlRE,
« Les couches extrêmement laborieuses de ma femme, qui ont eu lieu dans le cours de l'après-midi, m'ont empêché d'entreprendre la course de Baden, comme je l'avais projeté. Je tâcherai de partir demain soir ou après-demain matin au plus tard, selon que j'aurai terminé l'expédition pour Saint- Pétersbourg. Gomme ma femme a mis au monde une fille, il ne me reste plus qu'à déposer aux pieds de Votre Majesté l'humble expression de ma profonde reconnaissance pour la bonté avec laquelle Elle a daigné m'offrir d'être le parrain de mon garçon, si le Ciel m'en avait donné un. Je me serais estimé infiniment heureux de faire d'un second fils un fidèle serviteur de Votre Majesté. A présent, toutes mes espérances se concentrent sur mon fils unique, qui certainement n'oubliera jamais les devoirs qui lui sont imposés à un double titre envers Votre Majesté et l'auguste Maison impériale. » L'Empereur répondit de sa propre main : « Je souhaite que la santé de madame de Metternich n'ait pas été atteinte. Je regrette de n'avoir pas de filleul et de n'avoir pu tenir ma promesse; je compte que vous ferez de votre fils un sujet et un serviteur de l'Etat aussi accompli et aussi fidèle que vous. François. » Il ne nous appartient pas de dire que le prince Victor, le premier fils de Metternich, dont il est question ici, a répondu aux espérances qu'on avait fondées sur lui. Il mourut à la fleur de l'âge, en 1828, en fidèle serviteur de son Empereur et maître, aimé et estimé de tous ceux qui l'avaient connu, profondément regretté de ceux qui avaient été à même d'apprécier les brillantes qualités intellectuelles et morales du jeune diplomate. La fille qui naquit à la place du garçon qu'on i. 16
attendait reçut au baptême le nom de Léontine; en 1835, elle épousa le comte Maurice de Sândor; elle mourut en 1861. Elle était la mère de la princesse Pauline, épouse de l'éditeur.
(62) Pa^e 124. — Lorsque la guerre éclata entre la Russie et la France, Gentz écrivit, le 24 juillet 1812, au comte de Mettemich, les lignes suivantes : « Tout ce que Votre Excellence avait prévu depuis huit mois et plus semble s'être réalisé même au delà de vos prévisions. Tous vos calculs sont justifies. Car, même les maux qui peuvent résulter des événements actuels pour nous et pour le monde étaient compris dans vos calculs ; ceux qui n'ont été qu'à moitié dans le secret des négociations antérieures sont obligés de reconnaître que Votre Excellence a tenté et fait l'impossible pour détournei ces malheurs. » — Ces lignes sont accompagnées de la note suivante, écrite en 1851 de la main du prince de Metternich : « Les maux dont il est question ici étaient le commencement providentiel de la fin de Napoléon ! L'histoire me rendra ce témoignage que j'ai usé de tous les moyens en mon pouvoir pour seconder la main de Dieu. Ai-je trouvé les secours nécessaires pour accomplir l'œuvre de délivrance? »
(63) Page 134. — Le 23 avril 1813, Metternich écrivait à Nesselrode : « Je ne veux pas arrêter le départ du présent courrier; je vous prie cependant de me conserver amitié et surtout beaucoup, beaucoup de confiance. Si Napoléon veut faire la folie de se battre, tâchez que Ton ne se démonte pas par un revers que je ne crois pas trop possible. Une bataille perdue par Napoléon, et toute l'Allemagne est sous les armes.»
(64) Page 141. — Si l'on veut connaître l'impression produite par le départ soudain de l'Empereur François allant à Gitschin en compagnie de Metternich, et se rendre compte des craintes et des espérances que cet événement inattendu provoqua dans les cercles influents, on lira avec fruit quelques lignes intéressantes adressées par Gentz à Metternich peu de temps avant son départ pour la Bohême, où il devait se rendre. En même temps, le découragement qui perce dans les réflexions de l'auteur forme un .singulier contraste avec la fermeté et la prévoyance de l'Empereur François et de son ministre. La
lettre, datée de Vienne, est ainsi conçue : « Au fond, il
n'y a plus du tout d'opinion publique. La masse des simples, c'est-à-dire de ceux qui ne savent absolument rien , est étourdie et écrasée par des problèmes qu'elle comprend de moins en moins. Ceux qui se flattent de pouvoir formuler un jugement ne se demandent plus, quand ils voient prendre une nouvelle mesure, jusqu'à quel point elle pourrait être utile ou funeste; ils se préoccupent uniquement de savoir si elle cadre avec leurs vues. C'est ce qui est arrivé pour le voyage de Gitschin. La foule ne trouve rien à en dire , parce que c'est pour elle une énigme. Les deux partis extrêmes le désapprouvent. Ceux qui veulent la guerre n'y voient que négociations de paix honteuses, entrevues pleines de dangers avec Napoléon ou ses ministres, mystifications, pertes de temps, vains faux-fuyants, irrésolution. Les trembleurs le regardent comme le signal de la guerre immédiate, et donnent à entendre (autant que cela se peut faire de nos jours entre gens de bonne compagnie) que ceux qui, par ce voyage, ont provoqué la guerre, assumaient là une terrible responsabilité. Votre Excellence sait que, Dieu merci, je n'appartiens à aucun de ces deux partis C'est à mes rapports avec vous, c'est à eux seuls que je dois de me trouver aujourd'hui placé sur une hauteur où aucune des illusions vulgaires ne peut m'atteindre. Mais l'air qu'on respire sur cette hauteur n'en est pas moins chargé de soucis; aussi, après avoir fait les réflexions les plus profondes et les plus pénibles sur les redoutables questions du moment, je me contente presque toujours de remercier le Ciel de n'avoir pas à les trancher. Quand j'entends parler des hommes comme Langenau , Nugent (dont l'opinion en matière militaire n'est pas à dédaigner), Wartensleben, Merveldt lui-même, et d'autres de cette catégorie, je me sens parfois porté à croire qu'après tout il ne s'agirait que de prendre une résolution virile pour trancher le nœud d'un seul coup; que la simple marche en avant dune armée autrichienne jetterait Napoléon dans un embarras inextricable; que son entreprise avait, encore une fois, été sa follement conduite, que la situation actuelle, comparée à celle des alliés et de l'Autriche, était si terriblement compro-
mise qu'un miracle pourrait à peine le sauver si les trois puissances marchaient véritablement d'accord pendant huit jours seulement. Quand, d'autre part, je songe à ce que des hommes animés des mêmes sentiments disaient, il y a trois ou quatre mois, des avantages et des désavantages réciproques avec lesquels les alliés et Napoléon ont ouvert la campagne; quand je vois tout cela démenti, effacé par les événements d'un seul mois; quand je me représente limmense supériorité militaire de Napoléon et l'impossibilité de prévoir s'il ne trouvera pas dans son génie un moyen de déjouer les combinaisons les plus menaçantes pour lui; quand je me figure les armées russe et prussienne et la conduite des opérations telle qu'elle est, et telle que nous la connaissons de reste ; quand je considère l'armée autrichienne telle qu'elle sera selon toutes les probabilités, telle qu'elle est forcément avec tout ce qui lui manque ; quand se présente à mon imagination l'éventualité d'un de ces coups de foudre familiers à Napoléon, qui lui permettrait de disperser les forces alliées, de les poursuivre et de les détruire isolément; quand je calcule ce qu'on pourrait encore faire et espérer dans cette extrémité, etc., etc.; — je me dis souvent que j'accepterais les yeux fermés la paix, même à des conditions très-médiocres. »
Inspiré par le désir de la paix et partant de la supposition que le choix entre la guerre et la paix était encore possible, Gentz écrit quelques jours plus tard (10 juin) une lettre datée de Kœniggrœtz et adressée à Metternich , dans laquelle il exprime ses vœux et ses convictions de la manière suivante : « Ce que je désire par-dessus tout, c'est que le problème qui se pose en cet instant, solennel soit résolu par des négociations et non par les armes. En dehors des raisons de tout genre que je partage, ou du moins que je devrais partager avec d'autres, j'ai, pour former ce vœu, un motif tout particulier que je ne pourrais confier qu'à Votre Excellence et à quelques personnes animées des mêmes sentiments que moi. J'aime l'armée autrichienne infiniment plus que toutes les autres armées ; je serais bien heureux si elle avait la gloire d'avoir préparé l'heureux dénoûment de la crise actuelle. Mais —
que Dieu me le pardonne! — je vous aime encore plus que 1 armée autrichienne. Aussi la plus belle victoire me causerait-elle moins de joie qu'une paix amenée par vos efforts et par votre habileté, qu une paix sérieuse et honorable, ne le serait-elle que d après ma manière de voir. Heureusement mes convictions les plus profondes concordent parfaitement avec ce vœu que je caresse en secret. — Tout d'abord je nie formellement qu'il s'agisse à cette heure de l'existence politique ou morale tout entière de notre Etat, que la question soit pour lui d être ou de ne pas être ; tous ces grands mots n'ont rien à faire ici. L'Autriche n'est pas menacée directement dans sa vie, quoi qu'il puisse advenir; toutes ces prédictions .contradictoires qui annoncent l'inévitable ruine de l'État si l'on ne fait telle ou telle chose, je les mets tout simplement sur la même ligne que ces grandes phrases vides par lesquelles on tache aujourd'hui de jeter le gouvernement dans la peur ou même dans la confusion. La domination de Napoléon est ébranlée, minée dans sa base, non pas à la suite de la campagne de Russie ou depuis cette campagne ; un édifice qui n'a point de fondements du tout croule à partir du jour où on l'élève ; à l'époque de la paix de Tilsit, c'est-à-dire à l'époque incontestablement la plus brillante de la carrière de Napoléon et la plus terrible pour l'Europe, les signes d'une chute prochaine éclatèrent déjà, du moins aux veux de ceux qui voyaient clair et qui ne tremblaient pas ; lors de la guerre de 1809, on ne pouvait plus guère les, méconnaître. La campagne de 1812 et les événements qui l'ont suivie les ont dévoilés à tous les yeux, même aux moins clairvoyants. Si — ce que je regarderais certainement comme un grand mal — Napoléon gardait, aux termes d'une paix qu'on signerait maintenant, toute l'étendue de sa puissance nominale, l'Autriche n'en resterait pas moins debout, invulnérable et assurée de survivre pendant des siècles à cette domination éphémère. Si, d autre part, — ce dont le ciel veuille également nous préserver! — la guerre avait une issue funeste, notre existence n'en serait pas plus compromise, et nous n'aurions à regretter que la perte des hommes sacrifiés inutilement. Car la situa-
tion est telle aujourd'hui que Napoléon, même après une victoire remportée sur notre armée, ne pourrait pénétrer dans notre pays sans s'exposer aux plus graves périls. Il importe, à mon avis, de ne pas perdre cela de vue, car c'est le meilleur moven d'assurer la plus grande liberté à nos calculs et à nos délibérations, quel qu'en soit l'objet; ce malheureux « être ou ne pas être » , au contraire, les embrouille, les complique et les envenime sans nécessité. Il ne s'agit aujourd'hui que d'une chose : par quel moyen l'Autriche peut-elle espérer, avec le plus de raison, hâter la chute d'une puissance vouée d'avance à une ruine inévitable par sa propre fragilité? Est-ce par la guerre ou par la paix? Toute paix qui ne mettrait pas fin à la domination directe et indirecte de la France (son influence, ce serait trop dire) sur la rive droite du Rhin et dans l'Italie orientale et centrale au moins, serait une paix incomplète et purement provisoire ; car il est impossible de rétablir l'équilibre, tant que ces conditions au moins ne seront pas remplies. Toute paix qui ne les remplit pas, sur quelque base qu'elle soit conclue d'ailleurs, ne peut être considérée que comme un armistice. Par conséquent, la question se présente ainsi : lequel des deux est le plus profitable : la chute de la puissance de Napoléon (inévitable par elle-même) sera-t-elle accélérée par un armistice avantageux, ou bien le sera-t-elle par la participation directe de l'Autriche à la guerre? Voici quelle serait ma réponse : La guerre donnerait peut-être des résultats plus considérables; l'armistice permettrait de compter sur des résultats plus sûrs. La guerre nous assurerait-elle des avantages de premier ordre, un armistice meilleur que nous ne pourrions l'obtenir par la voie des négociations? nous mènerait -elle peut-être même à une paix sérieuse? Gela est très-douteux dans tous les cas, après tout ce que nous savons des forces, des moyens et des revers passés de ceux qui deviendraient nos alliés; car, il faut bien le dire, nous ne pouvons agir seuls. Par contre, si la guerre tourne mal, même après notre entrée dans l'alliance, nous aurons assuré pour quelques années de plus la durée de la toute -puissance de Napoléon
ou (pour faire disparaître une bonne fois ce mot malencontreux) de sa prépondérance. D'autre part, tout avantage que nous obtiendrons par la paix, c'est-à-dire par l'armistice, sera toujours autant de gagné pour nos dispositions et pour nos entreprises futures; les forces qui nous restent encore, à nous et à ceux qui ont les mêmes intérêts que l'Autriche, nous les organiserons en vue de ces entreprises à venir; or cette considération a bien sa valeur. Sans doute il faut bien avoir soin de mettre en ligne de compte le plus ou moins d'avantages que nous offrira la paix à obtenir en ce moment; mais il n'en est pas moins vrai que notre calcul principal reste le même. Si nous pouvions arriver à la suppression du duché de Varsovie, au rétablissement de la Prusse (qui, selon moi, consisterait, non pas dans un agrandissement de territoire, mais uniquement dans la reprise de Magdebourg et dans la déclaration de Hambourg comme ville libre), enfin à la restitution de quelques pavs qui nous ont été enlevés, au moins à celle des provinces illyriennes, je regarderais cet armistice comme très-favorable , et j'y souscrirais des deux mains. Si même nous ne devions réussir qu'à faire renoncer Napoléon à la Pologne, je dirais : Autant de gagné ! Mais je laisse à de plus grands calculateurs que moi le soin de décider si , en bonne logique , nous pouvons espérer mieux en faisant la guerre; si vous dites « oui », je n'hésite pas à me prononcer pour la voie des armes. C'est ainsi, seulement ainsi, que j'entends le problème ; tout le reste n'est que chimères et paroles creuses. — Au surplus, la paix, quelles qu'en soient les conditions, nous offrira un avantage énorme, si dans la suite l'Autriche, la Russie et la Prusse restent indissolublement unies. Et comme l'Autriche s'est prononcée pour les principes qui lui ont inspiré son système politique tout entier, comme elle l'a fait d'une manière si correcte, si franche, si noble, si sage, les proclamant si nettement en face de Napoléon lui-même, une alliance pareille, à moins que nous ne la manquions par de grossières maladresses ou par des fautes voulues, nous est commandée par la nature même de la situation actuelle. Il y a quelque temps, j'ai communiqué ces idées
à quelqu'un que Votre Excellence et moi nous estimons tous deux , et à mon inexprimable satisfaction j'ai appris que vous aussi vous aviez cette alliance en vue, ce qui serait pour moi la plus haute garantie de l'utilité d'un tel projet. En somme, le point capital, le point décisif est atteint, irrévocablement atteint. Le monde et Napoléon savent que le Cabinet autrichien considère l'état actuel de l'Europe comme inadmissible, comme étant en contradiction avec toutes les idées d'ordre, de repos et de justice, par suite comme un état absolument anormal et insupportable! Cela est plus important que si nous avions arraché six provinces à la domination française. Quant à l'opinion publique, sans être complètement tranquillisé sur cette question, j'avouerai sans détour que ces trois derniers jours de calme et sage réflexion m'ont rendu beaucoup plus indifférent que je n'ai pu le paraître à Votre Excellence dans ma dernière lettre. Cependant, tout bien considéré, je sens un bien plus grand besoin de dominer ou de réformer l'opinion publique que de me laisser dominer par elle. Elle ne doit pas rester telle qu'elle est , si l'on ne veut en faire sortir une prépondérance encore plus funeste que la prépondérance française. Il faut qu'on se remette à croire, à obéir; il faut qu'on raisonne mille fois moins, ou bien il deviendra impossible de gouverner. Le mal a pris des proportions gigantesques : il nous menace d'une complète dissolution. Nous nous en moquons trop souvent, nous le dédaignons trop; nous sommes trop indifférents aux criailleries des agitateurs ; leur folie nous amuse, et, quand leurs menées deviennent plus sérieuses, cela nous ennuie ou nous fâche tout au plus ; mais leurs attaques paralysent, minent, discréditent les gouvernements ; c'est ce que les hommes d'État, entraînés par les affaires, voient moins que les observateurs attentifs et connaissant la situation. J'ai étudié tout cela, et pourtant je tremblerais si je devais indiquer des remèdes efficaces contre cette maladie mortelle. Dans les classes élevées, le mal est à son plus haut période; là, il a, d'une part, tué les plaisirs de la société ; d'autre part, il a créé un tribunal usurpateur qui condamne toutes, oui, toutes les mesures prises par le gouvernement. Je dis souvent à ces
gens-là : Mais, messieurs et mesdames, en savons-nous donc plus que le gouvernement? Sommes-nous plus instruits que l'Empereur? Avons-nous plus de moyens que son ministre? Ils sont tous convaincus que cela est , et ils continuent d'instruire leur monde; aussi,
Hoc fonte derivata clades In patriam populosque fluxit.
«Ces considérations diminuent naturellement l'importance que le jugement du public devrait avoir de droit, et j'en suis venu petit à petit à trouver suspecte toute mesure que je vois accueillie avec faveur et patronnée par le public. »
Nous ne savons si les deux lettres que nous venons de citer ont été suivies ou non d'une réponse. Du moins nous n'en avons pas trouvé. En tout cas, on peut conjecturer l'opinion de Metternich sur les confidences du spirituel et savant conseiller privé, d'après la note marginale suivante : « Gentz a de tout temps été porté à voir les choses sous les couleurs les plus tranchées et à passer d'un extrême à l'autre, de la confiance absolue dans le succès à la peur exagérée d'un échec. Tout ce qui touche aux opérations militaires était au-dessus de sa portée ; même il craignait d'envisager des opérations de ce genre, comme s'il avait dû recevoir des coups de feu sur le terrain de la pensée abstraite. » Ces lignes ont été écrites de la main de Metternich, sur un Mémoire de Gentz qui remonte à cette époque. Elles font connaître en même temps la nature des rapports de service qui existaient entre Metternich et Gentz, rapports dont on s'était fait jusqu'à ce jour une idée tout à fait fausse. Les historiens des derniers temps ont les premiers jeté un peu plus de lumière sur ce point; même les documents que nous venons de reproduire servent à montrer combien Gentz était peu initié aux vues secrètes de Metternich, bien que ce dernier sût d'ordinaire très-bien apprécier les rares aptitudes du conseiller aulique et tirer un excellent parti de son talent d'écrivain pour des travaux relatifs à des questions de droit public, des comptes rendus de séances de congrès et des articles de journaux.
(65) Page 141. — Les propositions de médiation que Bubna devait porter à Napoléon étaient les suivantes : 1° Suppression de l'existence politique du duché de Varsovie et agrandissement des puissances intermédiaires par la répartition du territoire dont il se compose actuellement; 2° restitution des provinces illvriennes à l'Autriche avec une bonne frontière du côté de l'Italie ; 3° renonciation de la France aux départements allemands d'outre-Rhin. Dans les écrits laissés par Metternich ne se trouvent pas de documents relatifs à la mission de Bubna. Nous avons cru pouvoir nous dispenser de combler cette lacune au moyen de pièces empruntées aux Archives de l'Etat, attendu que les matériaux qui s'y trouvent ont été publiés pour la première fois, dans un but historique, par Oncken. dans son récent ouvrage : l'Autriche et la Prusse pendant la guerre de l'indépendance. C'est à ce livre que nous avons emprunté les trois points ci-dessus du projet de médiation. Comme les sources des Archives publiques de 1 Autriche étaient ouvertes à M. Oncken pour ses travaux littéraires, on s'explique, d'autre part, ce fait que bien des documents relatifs à la même époque, que nous avons empruntés aux écrits laissés par Metternich, sont identiques avec ceux qu'il a publiés ; nous le faisons observer une fois pour toutes, sans le rappeler chaque fois en particulier. Mais cela même est une raison pour nous d'appeler l'attention des lecteurs sur cette œuvre parallèle; en même temps, nous regardons comme un devoir de constater que l'auteur a frayé une voie nouvelle, et nous sommes heureux de lui offrir publiquement le témoignage de notre reconnaissance ; car il est un des premiers qui, sans parti pris d'embellir la vérité, mais aussi sans idées préconçues (comme on n'en voit encore que trop, même chez les historiens autrichiens les plus récents), se soit livré à l'étude positive, approfondie, d'une des périodes les plus fécondes et les plus brillantes de la vie du chancelier d'État , qui soit remonté scrupuleusement aux sources authentiques, et qui, en publiant les résultats de ses travaux, ait répandu une lumière nouvelle sur l'histoire de Metternich.
(66) Page 145. — Dans les deux jours qui suivirent, Gentz,
qui se rendait de Ratiborschitz à Opocno, eut un entretien des plus intéressants avec l'Empereur Alexandre. Voici ce qu'il écrit à ce sujet au chancelier, le 22 juin 1813 : « En somme, je trouvai le Czar juste, équitable et sensé ; cependant, à certains moments de la conversation, je le vis très-monté. Je remarquai bien que l'idée de renoncer à la guerre sans avoir atteint les grands résultats qu'on -se flattait d'obtenir le tourmentait comme un ver rongeur, et que, selon ses sentiments, il donnerait un empire s'il pouvait amener l'Autriche à prendre les armes sans faire la moindre tentative de conciliation. Mais, d'un autre côté, il semble fort bien reconnaître que ce serait de la folie pure de vouloir continuer la guerre sans la coopération de l'Autriche. Au commencement de l'entretien, je me bornai à le rendre attentif à la différence capitale des points de vue auxquels la Russie, l'Autriche et la Prusse devraient se placer pour examiner et traiter cette affaire. Voici comment je raisonnai : Pour la Prusse, la guerre est indispensable, c'est presque une guerre de désespoir; pour la Russie, c'est à moitié une question d honneur, à moitié une question d'intérêt politique ; pour l'Autriche, c'est exclusivement une affaire de calcul, non pas qu'elle ait en vue des intérêts vulgaires et égoïstes : ce qui la fait agir, ce sont les questions les plus vastes qui touchent à la fois au présent et à l'avenir. L'Autriche peut encore et doit par conséquent délibérer pour tous, non pas seulement pour elle; elle doit calculer avec soin si ce qu'elle aventurerait en prenant part à la guerre sous des auspices favorables, ne ferait pas pencher la balance de la raison et du bon sens du côté d'une paix qui satisferait tous les alliés, leur accorderait des améliorations très-positives (quand même ce ne seraient pas celles que nous avons tous ardemment désirées), leur donnerait de nouvelles garanties et lui ouvrirait des perspectives plus heureuses pour l'avenir. Un tel calcul, je le sentais bien, devait être pénible et douloureux pour lui, l'Empereur; mais l'Autriche était dans une situation à pouvoir le faire sans en être mortifiée ; il était donc de son devoir de débarrasser ses amis de cette affaire désagréable. C'est ainsi seulement que je le priais d'expliquer ce qui peut-être lu?
paraîtrait souvent être de l'irrésolution ou de la faiblesse. L'Autriche lui rendait certainement pleine et entière justice : o Si « M. de Metternich était ministre de Votre Majesté et placé par « conséquent comme un ministre de Votre Majesté l'est aujour- « d'hui, Votre Majesté trouverait peut-être en lui un des avocats « les plus ardents de la guerre» ; comme ministre autrichien, il est obligé de penser et d'agir autrement; du reste, l'Empereur était trop juste et trop généreux pour ne pas le reconnaître. Ce raisonnement me fit gagner passablement de terrain. Mais mes prands arguments furent ceux-ci : Deux grands résultats, deux résultats immenses sont acquis dès cette heure. L'un, c'est l'union étroite et l'entente cordiale entre les deux grandes puissances germaniques et la Russie. L'autre, c'est l'état de protestation permanente contre tout système d'envahissement et de prépondérance, dans lequel ces trois puissances doivent désormais persister, quel que soit le dénoûment momentané de la crise. Obtenir et conserver ces deux avantages incalculables, voilà quelle devrait être aujourd'hui, selon moi, la loi fondamentale de toute politique antinapoléonienne ; ce serait là un moyen presque infaillible de rétablir peu à peu l'équilibre et l'ordre en Europe. Je continuai en ces termes :
« Si Sa Majesté l'Empereur d'Autriche me faisait aujour- « d'hui l'honneur de me consulter sur le parti à prendre dans « le cas où la Russie et la Prusse seraient inébranlable ment « décidées pour la continuation de la guerre, je dirais : Plutôt « la guerre, — quand même Votre Majesté ne l'approuverait « pas, — qu'une marche qui nous séparerait de nouveau de la « Russie et de la Prusse. Mais de même, si Votre Majesté me « demandait mon avis dans le cas où l'Autriche croirait avoir « des motifs péremptoires pour éviter la guerre, je n'hésiterais « pas à lui dire : Plutôt la paix, — quelque répugnance qu'elle « inspire à Votre Majesté, — que de vous séparer de nouveau « de l'Autriche. »
« Ce raisonnement sembla le frapper vivement ; il l'écouta avec une attention soutenue (comme il fit en général pour chacune de mes paroles), et me répondit : « C'est très-vrai, « c'est très-beau; voilà ce qui s'appelle parler en homme
« d'Etat! L'union est plus nécessaire que tout le reste, etc. » La conversation roula en grande partie sur Votre Excellence personnellement. Le Czar m'avoua franchement qu'on avait tâché maintes fois de le prévenir contre vos principes et contre votre caractère politique (il me donna à entendre que cela venait principalement de Romanzow), et que par suite il s'était longtemps défié de vous. Mais, ajouta-t-il, ces impressions fâcheuses ont été effacées par les événements des derniers mois, et surtout par ses récentes conversations avec vous; à cette heure, il croyait fermement que Votre Excellence avait fait et ferait tout ce qu'elle pourrait. "
(67) Page 154. — Le récit de ce qui s'est passé au palais Marcoli.ni, à Dresde, est à peu près la reproduction textuelle des notes que Metternich a écrites de sa main sur son entretien avec Napoléon, et qu'il a insérées dans un Mémoire rédigé par lui en 1820 et puhlié depuis (dans Marie-Louise, par Helfert). 11 va de soi qu'en écrivant plus tard V Histoire des alliances (en 1829), Metternich a tiré parti du manuscrit qu'il avait rédigé en 1820. Cependant il s'était glissé une petite erreur chronologique dans ce dernier opuscule. Il avait indiqué le 22 juin comme étant le jour du départ de Gitschin, et le 23 juin comme celui de l'entretien avec Napoléon, tandis qu'en réalité le départ a eu lieu le 24 juin et l'entretien le 26. L'exactitude de ces dates est absolument incontestable, car elles concordent avec les indications qui se trouvent dans le rapport adressé par Metternich à l'Empereur François le soir même de l'entretien avec Napoléon. Ce rapport, écrit sous l'impression immédiate de ce grand fait qui devait avoir de si graves conséquences, et accompagné d'un « Précis sommaire dune conversation avec l'Empereur Napoléon » , le lecteur le trouvera dans le Recueil de documents du livre III (R. D. 185, 186). Non-seulement ces pièces établissent dune manière définitive les dates en question, mais encore elles redressent bien d'autres erreurs qui se sont introduites relativement à la matière de ce célèbre entretien dans l'ouvrage de Fain, et, sur la foi de cet auteur, dans le livre de Thiers et dans les œuvres d'autres historiens français et allemands, comme M. Onckenl'a
victorieusement démontré depuis peu. Du reste, il ne sera peut-être pas sans intérêt de lire les observations critiques de Metternich sur les écrivains qui se sont occupés spécialement de l'histoire de cette importante période. Tout d'abord, en ce qui concerne Fain, dont le « Manuscrit» est la source exclusive où ont puisé les auteurs venus après lui, nous possédons un jugement très-concis, mais décisif, de Metternich. Yoici ce que le chancelier écrit en 1833 à M. de Gagern : «Dans ce que Fain raconte de mes négociations personnelles avec Napoléon en juin 1813, il n'y a rien devrai. Fain faisait partie du cabinet de Napoléon, et il obéissait fidèlement aux ordres du maître. C'est sous cette inspiration qu'il écrivait et qu'il voulait faire croire les choses ; apprécié sous ce point de vue, son ouvrage présente un vif intérêt, a — « Un livre tout aussi substantiel, continue Metternich dans le même écrit, ce sont les Mémoires de Bourrienne, en ce qui concerne la personnalité de Napo- I. ion. Quant à V Ambassade de Varsovie, par de Pradt, et à la Campagne de 1812, par SÉGUH, ces ouvrages ont une véritable valeur historique. Tout le reste est de la menue paille, OÙ Ion ne peut trouver que quelques grains épais ; ce sont des spéculations d'auteur- et de libraires, qui ne servent qu'à obscurcir la vérité des faits. » — Quand parut le tome XV de Y Histoire du Consulat et de l'Empire, par TlHERS, qui embrasse L'époque comprise entre le mois de mai 1812 et le mois de juin 1813, Metternich prit la plume (mars 1857) pour mettre sur le papier les premières impressions que produisit sur lui la lecture de ce volume. Nous allons reproduire in extenso les lignes qu'il a.écrites à ce sujet, et qui d'ailleurs offrent un certain intérêt, parce qu'il y est question des rapports personnels des deux hommes d'État. Voici ce que raconte Metternich • « Pour expliquer les premières impressions que je ressentis à la lecture du tome XV de VHistoire du Consulat et de l'Empire, il faut que je remonte à la situation respective de M. Thiers et à la mienne. J'ai eu deux fois des relations personnelles avec M. Thiers. En 1838, il s'était rendu à Cùme sous le prétexte d'assister au couronnement de l'Empereur Ferdinand comme roi de l'État lombard-vénitien ; c'est là que
je le rencontrai. Il m'avoua que le vrai motif de son voyage, c'était le désir de faire ma connaissance. Sorti depuis peu du ministère, il s'efforça de me faire accroire qu'il avait renoncé à reprendre jamais le portefeuille, et qu'il avait l'intention de consacrer le reste de sa vie à des travaux littéraires. Sans ajouter foi à ses affirmations, je ne changeai rien au dessein tout naturel que j'avais de ne m'engager avec Thiers que dans des conversations très-superficielles, et d'éviter avec soin toute discussion politique. L'entretien que nous eûmes à Côme se borna à des politesses générales et ne dura pas plus d'une heure. Quelques mois plus tard, M. Thiers prit la direction des affaires étrangères, que primait alors la question d'Orient, question durant les phases de laquelle mes vues politiques se trouvèrent en opposition directe avec celles du Cabinet français. Au printemps de l'année 1850, pendant que j'étais à Bruxelles, M. Thiers me fit demander si je serais disposé à lui fournir, dans l'intérêt de l'œuvre historique qu'il était en train de composer, quelques éclaircissements sur des faits accomplis en 1809 et 1810. Je me déclarai prêt à le faire, et M. Thiers vint à Bruxelles. Il me posa douze questions auxquelles je pus répondre immédiatement, sans hésitation, sauf à deux qu' se rapportaient à des paroles officielles. A propos de ces deux questions, je fis consulter les Archives de la chancellerie d'État à Vienne , et je communiquai à M. Thiers le résultat des recherches faites. Notre entretien, à Bruxelles, se borna à l'histoire des deux années 1809 et 18Ï0, et à la situation de la France à cette époque. Quant à la fin du règne de Napoléon Ier, M. Thiers m'en parla d'après l'idée qu'on peut suivre, de même qu'un fil rouge, à travers son ouvrage historique tout entier. Mes réponses furent courtes et, réservées. — Ce fait donne au contenu du tome XV une valeur particulière, que je crois déterminer par la note ci-dessus. »
En ce qui concerne le théâtre du célèbre entretien de Metternich avec Napoléon, on montre encore aujourd'hui dans le palais Marcolini, actuellement converti en hôpital civil, les deux pièces où eut lieu cette entrevue, qui eut de si graves conséquences. Ces pièces sont situées au rez-de-
-25<» NOTES DE L'ÉDITEOB
chaussée et communiquent directement avec le jardin. La porte par laquelle Metternich est entré et sorti jadis est mm maintenant, parce que l'espace alors occupé par des antichambres, peut-être aussi par des salons de réception, a été ulili-é. de nos jours, pour faire des -ailes de malades.
Page I 58. — Sur le- communications écrites échangées à Brandeis entre l'Empereur François et Metternich, voir Instructions de Metternich pour les conférences de Prague. lî. !>. IS7, 188.) A cette époque Metternich adressa à son père, -m la question : Est-ce la guerre? est-ce la paix? la lettre suivante, datée de Prague :
«Aurons-nous la guerre ou non? Personne ne peut, avanl le 10 août, résoudre cette question, et je dis personne, inclusivement Napoléon. Mais arrive que vaudra, j'aurai (ail mon devoir, et si j'épuise toute- les chances de paix, il d est pas moins sûr que la guerre se fera avec de- chances de réussite bien <m delà de tout ce que vous pouvez vous figurer. Il faut être au centre des affaires, il faul se trouver pla< é comme je
le -m-, voir tout Ce <|ui -c passe partout, -avoir ce qu'il y .i de moyens d'ui < »té et de manque de ne .yen- de I autre; — en un mot , il faut être dans le foyer même pour se faire une idée juste de la véritable position des choses. Jamais il n'y en a eu
une plu-> compliquée, ci jamais rôle d'une puissance quelconque n'a été comparable au notre. Nous sommes si complètement le foyer de tout, que toutes les paroles, — il n'est pas question de négociations, — passent pal nous. Napoléon trouve Si singulièrement placé, qu'aussi souvent qu il lui arrive de frapper à une porte, il reçoit pour toute réponse : Allez demander au Cabinet autrichien. — 11 est possible que Caulaincourt arrive cette nuit. Tout cela n'est rien ; Prague est pour le publie , et tout ce qui se fait hors de Prague est la c h ose. »
(69) Page 159. — Au sujet du célèbre manifeste de guerre de 1813, dont l'auteur est Gentz, comme chacun le sait, ce dernier s'exprime de la manière suivante dans la lettre qu il écrit à Metternich le 4 septembre 1813 : « Le manifeste ne pouvait et ne devait avoir qu'îm mérite, celui d'offrir une vue d'en-
semble de l'administration politique des trois dernières années, et d'en montrer le caractère à la partie intelligente des contemporains. Le mot que m'écrivit Ancillon : « Vous avez parlé « comme le ministère autrichien a agi, voilà votre plus bel « éloge » , fut la première goutte de baume qui coula dans mon cœur. Lorsque j'appris plus tard qu'on regardait le manifeste absolument comme un verre à travers lequel on voyait ce système politique que je n'aurais pas su inventer, mais que je suis fier d'avoir saisi et exposé tel qu'il était ; lorsque Frédéric Schlegel lui-même m'écrivit : «A présent je vois, je sens que tout de- « vait être conduit exactement comme on l'a fait ; que rien, abso- « lument rien ne pouvait marcher autrement » , mon succès me fit ressentir une satisfaction, une joie comme je n'en avais plus connu depuis 1806, alors que j'avais réussi dans une entreprise motivée parles besoins de ce temps-là. Car mon triomphe ne consiste que dans une chose : c'est que j'aide à rendre plus glorieux votre triomphe à vous; celui-là seul est vrai, parce qu'il est actif. La parole ne peut en donner qu'un pâle reflet, mais le monde et la postérité sauront le sentir et le reconnaître. »
(70) Page 162. — Au milieu de l'action, Metternich était animé d'une confiance inébranlable, témoin la lettre qu'il a adressée à son ancien précepteur l'abbé Hœhn, alors curé à Tajax en Moravie. Voici ce qu'il lui écrit de Teplitz, le 3 octobre 1813 : « Merci, mon cher abbé, pour votre lettre. Je suis sûr de la part que vous prenez à tous les grands événements; je ne le suis pas moins de votre sollicitude tout amicale en ce qui concerne mon salut politique; aussi je puis avec confiance vous demander d'être sans inquiétude. J'ai entrepris une oeuvre immense; j'ai avancé lentement, pas à pas; il fallait réunir toutes nos forces et attendre le moment favorable. Il nous fallait avoir raison moralement , afin de pouvoir faire triompher notre droit matériellement. Le ciel a béni notre entreprise; il nous aide parce que nous nous aidons nousmêmes , et bientôt la puissance colossale de la France tombera comme le cèdre du Liban. La force vitale de Napoléon est paralysée ; l'édifice gigantesque s'écroule sans que rien puisse
2is NOTES DE L ÉDITEUR
arrêter sa chute. Sans soldats, le meilleur général du monde tu saurait faire la guerre; or, les troupes de Napoléon ne méritent plus le nom d'armer. Notre nombre est plus de trois fois sup Irieur à celui des Français; nos forces sont rajeunies, trempées pour la lutte; celles de notre adversaire sont usées et brisées sans retour. Non- marchons lentement, parce que nous voulons marcher sûrement; nous voulons, non pas un mieux passager, mais une guérison radicale; il nous faut des moyens, non p;is héroïques, mais infaillibles. Si Dieu m'accorde la vie et la santé, je mènerai l'entreprise à bout, soyez sans crainte à cet égard. Le plus fort est lait; à présent, il s'agit de persévérer, d'avoir une volonté ferme et de marcher droil devant nous; or, nous avons la persévérance, et la volonté ne nous manque pas. »
Quelques joun auparavant, Metternich écrivait à son père: Nos affaires vont bien, et cela sur la plus large échelle. L'Europe sera sauvée, et je me flatte que I on finira par ne pas m'en attribuer le plus faible mérite. Dieu m'a doué de patience et de force. Depuis des années ma marche politique a été la même, et une grande puissance telle que I Autriche doit essentiellement vaincre tous les obstai les . si elle esi bien dirigée. e1 surtout si >a marche est uniforme et toujours tendanl au même but. Ce n'est pas pour rien que j ai voulu , avant d'entreprendre la grande oeuvre, bien connaître mon adv< rsaire et nos forces. Je connais mieux le premier que personne en Europe, et j'ai porté le- dernières à un peint auquel personne ne les croyait p'ns susceptibles d'arriver après tant d'année- de défaites et de malheurs. Il ne restait plus que le moment à trouver, ou il serait possible d'entreprendre la chose sans risques excessifs. J'ai préparé cette époque par l'armistice du 4 juin, et je l'ai atteinte par le coup le plus bardi possible, par une prolongation de l'armistice de vingt joins, que j'ai pris sur moi de stipuler au nom des puissances, sans leur en dire un mot; car, de leur su, la chose devenait impossible. Les résultats ont prouvé que mes calculs étaient justes. Les armées russes et prussiennes sont venues à temps couvrir le bord de la Bohême et fixer l'attention principale de Napoléon
sur la gauche de l'Elbe. Blùcher et le Prince Royal ont eu le temps d'être prêts; ils sont restés assez éloignés pour forcer Napoléon à diviser ses forces en trois. Elles ont été battues partout, et il est difficile de ne pas évaluer le minimum de sa perte, depuis l'ouverture de la campagne, à plus de cent cinquante mille hommes et à plus de trois cents pièces de canon. Son armée est entièrement démoralisée; elle se meurt de fatigue et de faim. Les nôtres sont dans le meilleur état et animés d'un esprit rare. J'ai vu, il y a deux jours, des bataillons crier d'impatience de ne pas voir l'armée française descendre des montagnes. Nous allons redevenir très-actifs, et Dieu couronnera la fin de la sainte entreprise. Napoléon n'a plus de réserve, et nous en avons une de plus de deux cent mille hommes. L'armée de Benningsen vient d'entrer en ligne. Celles de Labanoff et de Tolstoy s'approchent de l'Oder. Nous aurons plus de monde, à la fin de chaque mois, que nous ne pouvons en perdre. Toute la Prusse est sous les armes, et toute l'Allemagne va l'être. »
Le 1er octobre 1813, Metternich écrivait, de Tcplitz, à sa fille Marie :
«Tout prouve que l'heure a sonné, et que ma mission de mettre fin à tant de maux e5t arrêtée par les décrets du Ciel. Napoléon pense à moi, j'en suis sûr, à toute heure; je dois lui apparaître comme une e pèce de conscience personnifiée; je lui ai tout dit et prédit à Dresde; il n'a voulu croire à rien, et le proverbe latin : Quos Deus vult perdere dementat , — que vous pourrez faire traduire par Victor, — s'est de nouveau vérifié. »
(71) Page 168. — Dans un Mémoire de ce temps , qui porte la date du 11 novembre 1813, et qui n'a pas encore été publié que nous sachions , Gentz rend un juste hommage aux hommes qui ont glorieusement contribué à l'heureux succès de la bataille des nations livrée à Leipzig. Voici ce qu'il dit :
«Le plan de campagne, — qui n'a pas été, comme on l'a gratuitement répandu, l'ouvrage du général Moreau, puisque au moment de l'arrivée de ce général à Prague ce plan avait déjà reçu sa dernière sanction , — était concerté avec beaucoup
d'intelligence, et a été exécuté avec beaucoup de précision et de vigueur. Le prince de Schwarzenberg n'ayant jamais commandé de grandes armées, ne pouvait pas, dès son début, inspirer cette confiance absolue qu'on n'accorde qu'à l'babitude des succès. C'est un homme, d'ailleurs, d'une grande modestie, d'une simplicité et d'une douceur extrêmes. Lorsque, pendant tout le mois de septembre , on le vit décidé à ne rien donner au hasard et à attendre le moment propice, les esprits inquiets et les frondeurs téméraires commençaient déjà à condamner sa prudence et à parler de lui comme d'un général au-dessous de la tâche qui lui était imposée. Il s'est vengé bien glorieusement de ces propos. Tout le monde reconnaît aujourd'hui qu'il fallait exactement un homme tel que lui pour modérer la fougue des uns, pour contenir la jalousie des autres, pour réunir dans un même cadre les vues et les plans de trois Souverains et d'une demi-douzaine de généraux soutenus, comme Barclay, VVittgenstein, Benningsen, Kleist, etc., par une ancienne et brillante réputation. La sagesse et la fermeté avec lesquelles le prince de Schwarzenberg a poursuivi ses opérations, sans jamais céder ni aux clameurs de la multitude ni aux imporlunités des grands, sont une victoire de plus qu il a remportée, et le vrai fondement de toutes les autres. — L'éclat des services rendus par ce général rejaillit en grande partie sur M. le prince de Metternich, qui a le mérite de l'avoir désigné pour le commandement , et de l'avoir soutenu contre tous les mécontents et tous les détracteurs. Sans M. de Metternich, le prince de Schwarzenberg n'aurait ni accepté ni gardé le commandement en chef; de sorte que le même ministre qui a été l'âme de toutes les combinaisons politiques, a encore directement assuré le succès des opérations militaires. Il a même suivi de sa personne tous les mouvements de l'armée, et s'est toujours trouvé à côté du prince de Schwarzenberg pendant l'action. Après celui-ci, on doit incontestablement assigner le premier rang, en fait de mérite militaire, au chef de l'armée de Silésie, le respectable vétéran Blùcher. Le plan d'opération formé par le chef de son état-major, le général Gneisenau , était un chef-d'œuvre , et l'exécution de ce plan dans
tous ses détails, depuis Breslau jusqu'à Leipzig, la partie la plus ingénieuse, la plus savante et la plus brillante de la campagne. On n'est pas également content du Prince Royal de Suède. L'opinion générale est que les beaux faits d'armes qui ont amené et suivi la bataille de Dennewitz et les différents passages de l'Elbe, ont été beaucoup plus l'ouvrage des quelques excellents généraux prussiens et russes, tels que Bulow, Tauenzien, Czerniczeff et Tettenborn, servant sous ses ordres, que le sien. »
(72) Page 171. — Sur les brillants résultats obtenus jusqu'alors, Metternich écrit à son père, le 17 novembre 1813, une lettre, datée de Francfort, qui est ainsi conçue :
«Je, vous réponds de la fin la plus glorieuse de tout ce que nous avons entrepris. Le Ciel a couronné nos efforts bien au delà de ce qu'il en apparaît aux yeux du public. Il faut être initié, comme moi, dans les détails de l'intérieur de la Fiance, voir d'aussi près que moi, pour pouvoir se placer tout juste au véritable point entre la crainte et l'espoir, entre la vérité et l'illusion. J'ai la douce jouissance de voir l'Empereur reconnaître que mon zèle pour son service n'a pas été sans succès ; il sent qu'il me doit une partie du bonheur dont il jouit à la suite de vingt années de malheurs. Il me le dit, et je ne le flatte pas en lui répondant par l'expression la plus vraie de ma conviction, que Lui, sa fermeté et cette qualité si précieuse et de laquelle on ne le croyait guère susceptible, — sa confiance, — ont sauvé l'Europe, et l'Autriche ne se sauvait pas sans l'Europe. Je sais bien que cette dernière vérité va être taxée d'être toute vulgaire; chacun a de l'esprit après coup ; même ceux qui ont prêché pour le rien faire, ou pour le parti tout à fait opposé, voudront avoir tout prédit. Moi, je me borne à ma conviction de ne pas mètre trompé dans mes moyens, et c'est beaucoup en 1813.»
Metternich raconte une anecdote qui remonte à l'époque du séjour des Souverains alliés à Francfort, et qui peint l'Empereur François; nous ne voulons pas en priver le lecteur. «En 1812, écrit Metternich, le prince primat d'Allemagne baron de Dalberg avait fondé l'ordre de la « Concorde » . Lorsqu'apres la victoire de Leipzig nous arrivâmes à Francfort, un
des nouveaux chevaliers de l'ordre vint se présenter à l'Empereur d'Autriche pour solliciter de Sa Majesté l'autorisation de continuer à porter les insignes de l'ordre susdit de la « Concorde « . « Si vous n'en rougissez pas, lui dit l'Empereur Fran- «çois, cela m'est Lien égal que vous portiez cette décoration.»
(73) Page 173. — Dans la déclaration de Francfort, du 1er décembre, déclaration célèbre et à jamais mémorable (qu'on attribue à tort à la plume de Gentz), les puissances alliées promettent de laisser à la France une étendue de territoire supérieure à tout ce qu'elle avait possédé sous ses anciens Rois.
«Les puissances confirment à l'Empire français une étendue de territoire que n'a jamais connue la France sous ses anciens Rois, parce qu'une nation valeureuse ne déchoit pas pour avoir, à son tour, éprouvé des revers dans une lutte opiniâtre et sanglante, où elle a combattu avec son audace accoutumée. »
Cette expression générale ne reçoit sa signification particulière que si l'on se reporte aux propositions de médiation faites par les alliés et portées par M. de Saint-Aignan à Napoléon, propositions où il était question des Pyrénées, des Alpes et du Rhin comme frontières naturelles de la France. La proclamation elle-même se contentait d'une indication alors très-claire pour qui voulait lire entre les lignes.
(74) Pa^e 180. — Relativement à l'accueil fait à nos troupes en Suisse, de même qu'à l'impression produite par les pièces officielles sorties de la plume de Metternich, ce dernier écrit de Fribourg, le 26 décembre 1813, une lettre particulière, à laquelle nous empruntons le passage suivant :
«La Suisse nous a reçus à merveille ; nous sommes en pleine marche vers l'intérieur de la France, et c'est une chose assez plaisante qu'une conférence comme celle que j'ai tenue hier chez moi, pour régler la manière d'administrer les départements que nous occupons déjà en partie et que nous allons occuper encore. Vous verrez dans les feuilles une Note que j'ai fait adresser par Lebzeltern et Capo d'Istria au landamman de la Suisse, et vous vous convaincrez que, si nous
Résolutions du Conseil de guerre île Bar-sur- Aube (2\> février 1814 ), d'après la minute autographe de l'Empereur Alexandre I" de Russie, qui a tenu le protocole îles délibérations de ce Conseil. {Voir note 75, page 263.)
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savons bien faire, nous savons aussi bien parler. Je me suis en général établi en conversation avec l'Europe depuis quelque temps, et c'est chose assez difficile. Ce qui me fait plaisir, c'est que je vois toujours que les pièces qui sortent de ma plume sont celles que le public goûte le plus. Je suis convaincu que ma petite proclamation aux Français, et cette Note aux Suisses, seront généralement approuvées. »
(75) Page 191. — Parmi les écrits laissés par Metternich s'est trouvé le brouillon de la minute, écrit au crayon par l'Empereur Alexandre lui-même; nous l'insérons ici comme facsimile de l'écriture de ce prince. L'en-tête du protocole de la conférence tenue à Bar-sur-Aube le 25 février 1814, dont 1 autographe d'Alexandre est 1 annexe, a été écrit par Metternich; voici ce qu'il contient :
Présents :
Sa Majesté Impériale l'Empereur d'Autriche.
Sa Majesté Impériale l'Empereur de Russie
Sa Majesté le Roi de Prusse.
Son Altesse le prince de Schwarzenberg, maréchal des armées
de Sa Majesté Impériale et Royale Apostolique, général
en chef des armées alliées.
Son Altesse le prince de Metternich, ministre des affaires
étrangères d'Autriche.
Son Excellence Mylord Yiscount Castlereagh, principal secrétaire d État de Sa Majesté Britannique pour le département
des affaires étrangères.
Son Excellence le comte de Nesselrode, secrétaire d Etat de
Sa Majesté l'Empereur de Russie.
Son Excellence le baron de Hardenberg, chancelier d Etat de
Prusse.
Son Excellence le comte de Radetzky, quartier-maître général
de l'armée autrichienne.
Son Excellence le prince Wolkonski, chef de l'état-major
général de Sa Majesté l'Empereur de toutes les Russies. M. le général de Diebitsch, quartier-maître général de l'armée
russe.
M. le général de Knesebeck, aide de camp général de Sa Majesté le Roi de Prusse.
Le protocole a été tenu par Sa Majesté l'Empereur de Russie, dont l'original ci-inclus.
En foi de quoi j'ai signé le présent acte.
Le Prince de Metternich.
(76) Page 196. — Voir Y Abdication de Napoléon et l'arrivée du comte d'Artois à Paris. Ce sont deux rapports de Metternich à l'Empereur François; il y a de plus une réponse de ce dernier. (R. D. 189-191.)
(77) Page 201. — Après la conclusion de la première paix de Paris, l'Empereur François adressa au feld- maréchal prince Charles de Schwarzenberg, au glorieux vainqueur, une lettre autographe dont nous offrons le brouillon au lecteur comme un fac-similé très-caractéristique de l'écriture de Metternich, qui l'a rédigé, et de celle de l'Empereur François, qui l'a corrigé.
(78) Page 201. — Le retour de Metternich à Vienne fut célébré par une sérénade organisée par le comte de Palffy sur la place, devant le palais de la chancellerie d'Etat. Les artistes réunis des théâtres de la Cour et du théâtre de la Wien exécutèrent l'ouverture du Prométhée de Beethoven; le flûtiste Bayer et le violoniste Spohr déployèrent leur admirable talent dans des morceaux choisis pour la circonstance. Pour couronner la fête, on chanta une cantate, dont les paroles avaient été composées par le docteur Veith et la musique par Kinsky. Le sujet de cette cantate, excellente de tout point, c'est, d'après le Wanderer, à qui nous empruntons ces détails, « un hommage rendu aux mérites de l'illustre homme d'Etat dont les sages calculs et l'infatigable persévérance, soutenue parla confiance de l'Empereur qui l'avait choisi, dont la circonspection, la modération et la prudence extraordinaires avaient amené un résultat qu'on aurait à peine osé rêver un an plus tôt ; de cet homme d'État qui, indifférent aux clameurs de la foule impatiente, avait su temporiser et différer le recours à la voie des
Traduction de la pièce ci-contre * :
Mon cher Prince, la paix est conclue. Le monde devra de longues années de paix au courage, à la persévérance des armées alliées. Je sens vivement, et mes peuples (la patrie) comme l'Europe reconnaissent avec moi combien vous avez contribué par l'habile direction de l'armée qui vous était confiée, combien ma vaillante armée elle-même a contribué à amener l'heureuse fin de vingt années de souffrances. Exprimez ma reconnaissance à l'armée; dites-lui que son bien sera ma préoccupation constante (sera toujours l'objet de ma pensée). Grâce à l'esprit qui anime les peuples dont la conduite m'a été confiée par la Providence, ainsi que mon armée mon Empire (la patrie) est invincible.
En vous réitérant 1 expression de ma reconnaissance, je vouscharge de publier les récompenses suivantes, que j'ai cru devoir accorder pour leurs services à quelques membres de l'armée.
* Les mots qui, dans l'original, sont écrits de la main de l'Empereur François, sont imprimés en italiques dans la traduction; les mots entre parenthèses indiquent les expressions modifiées par l'Empereur.
Minuteche, François I', ait maréchal
prince de Metternich, avec des correcte note 11, p. 264.)