‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 32 sur 52 · LS · texte numérisé non relu

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Minute dune lettre autographe de V Empereur d' (utrîchc, François ï . ait maréchal e de Schwarzcnberg, écrite de la main du prince de Metternich, avet des corrections autographes de F Empereur François, 'l'air note 77, p. 264.1

armes jusqu'au jour où il désespéra de vaincre l'intraitable obstination de son adversaire et put se dire que les armements de l'Empire étaient complets, et que la guerre pouvait être entreprise sérieusement, poussée avec vigueur et terminée de même. C'est ce qui explique les applaudissements sincères et unanimes que provoquèrent toutes les strophes de la cantate qui célébrait les immortels services rendus par le ministre. » — Le texte de cette cantate avait été composé par un tout jeune docteur en médecine qui devint célèbre plus tard comme poëte et comme savant, comme théologien aussi bien que comme médecin, par l'illustre prédicateur Jean-Emmanuel Veith. Yoici la poésie en question :

« Salut à toi, grand prince, à toi dont la Prudence guida la main loyale, afin qu'elle nous conduisit à la délivrance, nous et tous nos frères !

« Salut à toi, dont la bouche ne s'ouvrait que pour prononcer de douces paroles de paix, à toi dont la vigilance a empêché la Discorde, hostile à l'alliance des princes, de railler tes efforts et de déployer ses ailes!

« Salut à toi, qui as aidé le glaive à nous assurer le plus beau des triomphes! Aujourd'hui la terre acclame ton nom et bénit la maturité, la sagesse et la vigueur de tes conseils.

«Jette les yeux autour de toi! Dans l'éclat de cette fête, dans l'ivresse de son récent bonheur, Vienne te crie et la foule immense répète d'une seule voix : Tu es une des colonnes de l'Etat!

« Et l'Empereur, nous le voyons, dans l'aurore d'un avenir bienheureux pour nous, poser sur ton front, d'une main tranquille, la plus belle couronne que puisse décerner la confiance.

« Quand toutes les blessures seront cicatrisées, quand les villes et les villages sortiront de leurs ruines, quand nous verrons des gerbes dorées et des jardins fertiles aux lieux où gisaient des cadavres;

« Quand sur les vagues des mers lointaines l'Orient et l'Occident se salueront de nouveau, quand les arts, qui se plaisent tant auprès de toi, recevront les baisers fraternels de l'Abondance,

« Alors tu pourras, justement fier de tes succès, reposer tes regards sur nos fronts radieux, et dans un lointain avenir, au déclin de ta vie, tu pourras encore, brillant d'une gloire immortelle, sourire à ton œuvre et la contempler.

« Que l'histoire te montre à la postérité comme le modèle des grands hommes, et que, vainqueur du temps, ton monument se dresse intact au milieu des ruines des monuments de la gloire.»

(79) Page 202. — Le contraste politique entre les tendances progressistes du baron de Stein, ce chef du parti national allemand, et les principes conservateurs de Metternich se montre partout où il est question de M. de Stein; toutefois le lecteur ne trouve dans les Mémoires aucune indication sur les rapports personnels qui ont existé entre ces deux hommes d'État. Une lettre, écrite en 1833 par Metternich au baron de Gagcrn, nous renseigne à cet égard ; d'ailleurs elle est intéressante encore sous d'autres rapports. Metternich écrit:

«Votre ami (Stein) m'a détesté; c'était la conséquence de son caractère; il appartenait à cette classe d'hommes que désigne fort bien le mot anglais « impressionable » . Je n'ai jamais détesté le baron de Stein, car l'affection et la haine des individus sont des faiblesses qui n'esercent aucune influence sur mes relations d'affaires; or je n'ai jamais eu que des relations d'affaires avec celui qui n'est plus. Sur ce terrain nous avions sans doute de la peine à nous entendre; car lorsque nous ne poursuivions pas un but différent, la divergence se produisait fréquemment dès qu'il s'agis.«,ait de choisir les moyens. Personne n'appréciait plus que moi chez le baron de Stein les remarquables qualités de son cœur et de son intelligence. Je doute fort qu'en ce qui concerne ma personne, il m'ait connu autrement que d'une manière superficielle. S'il a jamais cru devoir prendre la peine d'étudier ce que pouvaient bien valoir

I homme et ses entreprises (tache que je m'impose toujours comme un devoir quand je crois que cela en vaut la peine), il ne m'a pas compris et m'a cherché là où je n'étais point. Ce qui le prouve, c'est notre influence à tous deux sur la marche des événements accomplis de 1812 à 1820. Les lettres qu'il vous a écrites après 1830 me font voir qu'après la révolution de Juillet, l'auteur s'était placé sur un terrain où nous aurions pu facilement nous rencontrer. Une fois réunis, en serionsnous venus à nous séparer de nouveau? J'ai peine à le croire,

II est arrivé à Stein ce qui arrive fatalement aux caractères extrêmement mobiles : même dans les cas les plus graves, ils s'abandonnent facilement à l'influence de simples impressions; par suite, ils prennent souvent l'apparence pour la

réalité, jusqu'à ce que la force des choses tranche violemment le nœud. »

Dans les papiers laissés par Metternich ne se trouvent que trois lettres de Stein, deux qui remontent à 1810, et une qui date de 1830. Les lettres de 1810 ont été écrites à l'époque où Stein, banni de la Prusse par Napoléon, avait trouvé un asile en Autriche ; elles ont rapport au désir qu'il éprouvait d'échanger le séjour de Briïnn contre celui de Prague, faveur qui, sur la recommandation de Metternich, fut accordée immédiatement à M. de Stein, et à laquelle il répondit par l'expression de la plus vive reconnaissance. La lettre de 1830 est plus importante, parce qu'elle montre jusqu'à quel point la conduite de Metternich à l'égard de son adversaire politique était exempte de toute prévention personnelle. La lettre de Stein atteste ce fait de la manière la plus formelle. Elle a été écrite à Cappenberg, le 25 janvier ; en voici la teneur :

«Le déni formel et positif que Votre Altesse a bien voulu donner à l'assertion calomnieuse de M. de Bourrienne, l'expression d'indignation dont elle l'accompagne, détruisent complètement l'impression que les phrases patelines et astucieuses de l'auteur pourraient faire sur les lecteurs les plus disposés à croire le mal, et les plus ignorants des circonstances de l'époque et du caractère des personnes — Il m'importait essentiellement que cet effet fût produit; comme les Mémoires de Bourrienne resteront une source historique pour les générations futures, et que mes contemporains, qui peuvent me juger avec connaissance de cause, disparaissent dans une progression rapide, Votre Altesse a bien voulu accorder son attention à un objet d'un intérêt si majeur pour moi à une époque où sa sensibilité a été mise à une si cruelle épreuve par la perte des personnes les plus chères à son cœur, et où la situation politique de l'Europe exige toute l'attention et l'application de la vigueur de son esprit. — Que Votre Altesse veuille donc être convaincue que je saurai apprécier toute l'étendue de sa bonté, qu'Elle m'a profondément pénétré de la reconnaissance la plus vive, la plus sincère, la plus constante, et

qu'Elle ne l'attribue qu'à l'égard que je crois devoir à l'immense poids des affaires dont Elle est chargée, si je me borne à ajouter à l'expression de ces sentiments l'hommage du dévouement respectueux avec lequel j'ai l'honneur d'être,

« De "Votre Altesse , « Le très-humble et très-obéissant serviteur,

« Ch. B. Stein. »

(80) Page 204. — Pour compléter l'histoire du Congrès de Vienne, nous offrons au lecteur un Mémoire encore inédit de Frédéric Gentz. Il s'est trouvé parmi les papiers laissés par le prince; il est accompagné dune Note critique du chancelier d'État, qui montre ce travail sous son vrai jour et atteste en même temps que le récit dans son ensemble est rigoureusement exact. — Nous ne pensons pas qu'il faille invoquer d'autres motifs pour donner la parole à un contemporain aussi autorisé que Gentz sur ce grand événement que l'auteur de l'Autobiographie n'a fait qu'effleurer, et pour admettre à titre d'exception, dans ce Recueil de documents, un écrit dû à une plume étrangère, mais émanant d'un homme si bien instruit des faits. Voir le Congrès de Vienne (R. D. 192-194).

(81) Page 204. — Au nombre des fêtes les plus imposantes qui eurent lieu pendant le Congrès de Vienne , il faut compter la fête de la Paix qui fut célébrée dans la villa Metternich, et à laquelle tous les Souverains, les princes régnants et toutes les notabilités présentes avaient été invités. Nous reproduisons ci-après le programme qu'avait composé un inspecteur général de l'Académie royale de musique de Paris, et qui fut exécuté dans tous ses détails.

Programme de la fête de la Paix, pour être exécutée dans les jardins de Son Excellence le prince de Metternich, auprès de Vienne.

1. Salle pour la réception de Leurs Majestés les Empereurs, le Roi de Prusse, les Impératrices et Reines, et autres princes et princesses invités.

2. Ballon enlevant dans les airs un soleil d'artifice formé de lances à feu avec les armes des Souverains, au bruit des trompettes et tambours, pour annoncer le commencement de la fête.

3. Départ des Souverains, précédés de deux directeurs de la fête qui indiqueraient la marche et la promenade dans les jardins, les pauses et repos nécessaires pour faire jouir des points de vue, des scènes, des trophées, des danses, des différentes musiques vocales et instrumentales, solos, duos, trios, masqués dans les bosquets aux temples de Mars, d'Apollon et de Minerve.

Après cette promenade, qui demande beaucoup de soins et d'ordre, pour que personne ne précède Leurs Majestés et ne masque ces tableaux mouvants, il faudra conduire les Souverains au grand amphithéâtre.

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