‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 38 sur 52 · RÉCEPTION DES DIPLOMATES APRES LE RETOUR DE NAPOLÉON DE TILSIT · texte numérisé non relu

RÉCEPTION DES DIPLOMATES APRES LE RETOUR DE NAPOLÉON DE TILSIT

L'Empereur parut à l'audience diplomatique du 2 août de bonne humeur; on s'était dit assez généralement à l'oreille, depuis son arrivée à Paris, que ses manières avaient beaucoup changé, et qu'on ne serait probablement plus exposé aux incartades trop connues qu'il faisait subir au corps diplomatique . La petite description suivante prouvera à quel point cette attente a été fondée.

L'Empereur, comme de coutume, commença sa ronde par le cardinal-légat, mais ne lui dit rien; il s'avança droit vers moi et m'entretint très-gracieusement sur divers sujets. Il me demanda des nouvelles de Sa Majesté Impériale, des détails sur son séjour à Baden, etc. En s'approchant du prince de Masserano, il lui dit : « J'apprends que le Roi d'Espagne a été

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indisposé ; cela ne l'aura pas empêché de chasser comme à l'ordinaire deux fois par jour. »

Puis, s'adressant au ministre de Danemark : « Vous avez donc laissé violer la Baltique? Nous posions en principe que vous en étiez les gardiens. » Le baron de Dreyer ayant répondu une assez longue phrase que je ne pus entendre : « La chose sera, j'espère, arrangée à l'heure qu'il est », lui répondit l'Empereur.

Au général Armstrong, ministre des États-Unis : « Avezvous appris le français depuis? » Ce ministre ne parle et ne comprend que l'anglais.

L'Empereur, en revenant sur ses pas, ayant l'habitude de faire toujours deux fois le tour du cercle, et s'approchant de nouveau de lui, le général détourna la tête pour éviter la discussion grammaticale que probablement il craignait.

Après une longue phrase à l'ambassadeur de Portugal, il finit par lui dire : « Gela ne peut pas durer; il nous faut la paix ou la guerre. »

En revenant, il causa encore avec moi, et termina le cercle par la sortie suivante, adressée en italien au nonce : « Vous êtes mauvais chrétiens, vous autres, à Rome; vous laissez quinze sièges épiscopaux vacants. Et cette prétention de faire aller à Rome les évêques du royaume d'Italie pour y chercher l'investiture! L'Empereur Joseph s'y était déjà opposé : comment peut- on croire que j'y consentirai actuellement! Si Jésus- Christ avait institué le pèlerinage de Rome comme Mahomet celui de la Mecque, tout le monde irait; mais où cela est-il écrit? et ce qu'on n'exige ni de l'archevêque de Paris, ni de celui de Vienne, pourquoi le veut-on de celui de Milan?» Le nonce voulut dire un mot : « Le Saint-Père, interrompit l'Empereur, est un brave homme, mais tous ceux qui l'entourent n'ont point de tête. Eh bien! qu'il se dépouille de toute souveraineté, et qu'il se borne à la puissance spirituelle comme saint Pierre ; on pourra alors souffrir qu'ils y aillent : mais je ne permettrai jamais que mes sujets aillent prêter foi et hommage à un prince étranger! » Le nonce fit encore semblant de vouloir parler : « Tout ce qui se fait là n'a pas le sens commun » ,

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reprit l'Empereur; et se montant de plus en plus, il finit par dire : « Eh bien, on me forcera à vous mettre à l'ordre, et alors je vous serrerai tellement, que je vous réduirai à la besace. » Il fît, en achevant cette phrase, son salut de congé au cercle, et le corps diplomatique s'éloigna.

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