SUR LA FUITE DU ROI DE HOLLANDE
(Extrait d'un rapport adresse de Paris, le 28 juillet 1810, à l'Empereur François.')
C'est par un courrier expédié à Paris par le Cabinet saxon que l'Empereur Napoléon a été informé de l'arrivée du Roi de Hollande à Teplitz.
J'ai vu l'Empereur le même jour, et Sa Majesté m'ayant prévenu de la nouvelle qui venait de lui parvenir, je me crus d'autant plus autorisé à mexpliquer très-clairement sur ce fait, que lavant-veille Elle m'avait parlé dans tous les détails de la fuite de son frère. Je dis à IEmpereur que, convaincu que ma Cour ne désirait ni manquer d'égards à un prince delà famille impériale de France, ni se montrer trop empressée envers celui qui se réfugiait chez elle, je rendrais service à Votre Majesté Impériale en l'informant des désirs du chef de la famille à son égard; j'ajoutai la demande s'il lui conviendrait mieux de le voir traiter en prince français ou en simple voyageur.
L'Empereur me parut très-sensible à cette attention, et me dit que le Roi ayant pris lui-même un nom de particulier, il lui paraissait qu'il n'avait aucun droit à exiger les moindres
honneurs. Il me témoigna ensuite sa satisfaction de ce qu'il eût pris le parti de se rendre chez nous; il ne me cacha pas qu'il avait beaucoup craint de lui voir passer les mers, et que sa retraite en Russie ne lui eût été guère plus agréable. J'observai à l'Empereur qu'en se rendant chez nous, le Roi n'avait sans doute pas cru sortir de sa famille, et l'Empereur revint, dans la suite, vingt fois sur cette idée, qui parut le flatter beaucoup.
Il entra dans beaucoup de détails sur l'inconséquence de la conduite du Roi, qu'il a stigmatisée publiquement par l'article du Moniteur du 22 décembre. On ne peut nier que le Roi ne se soit effectivement placé dans une attitude très-fausse ; il n'avait que le choix entre le rôle du frère ou du Souverain dépouillé ; il devait, en suivant le premier, ne pas risquer de se brouiller, et céder à la force; en suivant le second, il devait imiter le prince du Rrésil et se mettre à la tête de ses colonies. Telle est l'opinion du public sur son compte, et ce même public ignore encore que de Dresde il a fait une amende honorable, ce qui pourrait effectivement faire supposer que ses maux physiques ont dans cette occasion beaucoup pesé sur son moral. L'Empereur a logé le Prince royal à Saint-Cloud; il n'en aura pas moins de peine à justifier les principes avancés dans le susdit article du Moniteur, dont la lecture a fait une sensation difficile à exprimer sur tous ceux qui s'occupent d'affaires publiques.
L'Empereur d'Aul riche a ordonné que l'on ne s'occupât aucunement du séjour du Roi. Cette mesure est parfaitement conforme aux intentions de l'Empereur des Français. Je crois néanmoins devoir soumettre à Votre Majesté ma conviction que, tout en laissant le Roi sous le plus strict incognito, il ne serait pas déplacé d'ordonner aux autorités locales de lui témoigner des égards particuliers. L'Empereur nous en tiendra compte si à son retour le Roi se loue de son séjour, et surtout s'il appuie sur ces mêmes formes de pure courtoisie , l'Empereur lient à ces petites nuances plus qu'il ne serait possible de se le figurer