PROPOSITION
(Annexe du n" 243).
244. L'observation journalière de la marcbe des affaires publiques dans la Monarcbie fournit la preuve que, malgré une foule de bonnes lois et de bonnes règles d'administration, le (gouvernement n'a pas le degré de force qu'il pourrait avoir, étant données les saines notions dont la Monarchie s'inspire. Je crois devoir chercher la cause de cette anomalie uniquement dans l'organisation des pouvoirs les plus élevés. Pour arriver à expliquer sans parti pris comment cette anomalie a pu se produire , et pourquoi elle subsiste , je crois devoir avant tout esquisser à grands traits la manière dont l'ensemble de la Monarchie a revêtu sa forme actuelle. Si cette idée est posée nettement, le remède à la situation sera tout trouvé.
Au point de vue politique et administratif, l'Empire d'Autriche , par suite de la multiplicité des éléments qui le composent, forme en quelque sorte un Etat fédératif (malgré le peu de justesse de ce terme, qui n'a plus ici son sens ordinaire, je n'en trouve pas d'autre qui puisse le remplacer) sous un Souverain unique et commun.
Les parties principales de la Monarchie , la Hongrie , la Bohême, les deux Aulriches, la Transylvanie, la Croatie, etc., ont d'anciennes constitutions plus ou moins respectées, mais qui n'en subsistent pas moins aujourd'hui et qui sont particulières à chaque État. D'autres pays qui sont venus s'ajouter à l'Empire, même si quelques-uns d'entre eux étaient d'anciennes possessions de la Maison archiducale, se sont vu octroyer des constitutions spéciales par le Souverain, qui a tenu compte, comme il était juste, de leur situation antérieure et de leurs besoins locaux; tels sont le Tyrol et le Vorarlberg, la Galicie , les deux royaumes italiens, etc. Ces pays difféi'eat entre eux par le climat, la langue, les mœurs et les coutumes; chacun a sa couronne particulière que porte l'Empereur d'Autriche, et à chaque nouvel avènement trois couronnements ont lieu, suivant l'antique usage.
Cet état de choses consacré pa» le temps mérite à coup sûr d'être pris en sérieuse considération par le Gouvernement, car il exprime d'une manière permanente la différence de nationalité qui sépare les parties dont se compose l'Empire. Sous ce rapport comme sous bien d'autres , la situation dans laquelle se trouve le Souverain de TAutriche ne ressemble à aucune autre.
Au point de wxe politique et géographique , l'Empire d'Autriche forme, pour ainsi dire, un Etat ouvert au milieu du continent européen. Comme il est entouré partout de voisins prands ou petits, il lui manque, au point de vue le plus élevé, une frontière militaire unique et continue. II faut donc que la Monarchie cherche sa plus grande force en elle-même, dans l'esprit national de ses peuples, dans son administration politique , militaire et financière.
Je suis convaincu de celte vérité; mais j'ai aussi la certitude que , si l'AutricJie a besoin de dépenser plus de forces que n'importe quel autre État européen de premier ordre (la Pi'usse exceptée) pour assurer sa sécurité, la vraie force, la force indépendante nepeut se concevoir , chez nous comme chez tous les peuples en général, que comme le résultat de règles de gouvernement nettement définifs et consciencieusement appliquées.
onr.AMSATioN ni, i. admimstha i ion ci.n i iiai.f. (ihit). 69
l",ii nuiiisiiiviinl (•(•Ile idée, on ne liouvt; (|iic «Iciix silualions possiMcs |»tiiir lAiili iclic :
Ou l»icn la rii>.ioii cnnipli'l»; <lc tous les éleilKMils «h; la Monnrcliic on un»' loiinc do {jDuvcrncnjcnl unique ;
Ou Ition lo Icjjilinio rospoct des constitutions particulières dos Pi'ys do ri''nij)iro, (jui ont pour elles la lofjique, la sanction de la langue, du climat, des mœurs, de la tradition et leur longue existence , tout en soumettant ces pays à l'action d'uJJ gouvernement central fort et bien organisé.
L'idée de réunion formait la base du système de gouvernement de l'Emporeur Joseph. Le règne de ce Prince a été marqué par l'apparition de théories hasardées. C'est lui (jui a l^iit la première tentative de fusion ; mais il a suffi de quelques années d'expérience pour le faire renoncer à son entreprise .
Si l'unité de tous les moyens exécutifs dont une administration dispose à l'égard d'éléments homogènes permet aux Gouvernements de montrer leur énergie d'une manière aussi active et aussi commode que possible, il est certain, d'autre part que la fusion complète d éléments hétérogènes ne peut être que le résultat d'une révolution violente; ou bien, en admettant l'hypothèse la plus favorable, un Gouvernement ne peut, dans de pareilles circonstances, échapper aux dangers d'une révolution qu'en se montrant conséquent et énergique au plus haut degré. Cette vérité a été démontrée d'une manièi e irréfutable par les événements des trente dernières années. Du reste, les difficultés que rencontrerait nécessairement l'application d'un système absolu de fusion dans un Empire qui compte tant de langues tout à fait différentes et tant de races distinctes les unes des autres, dont les provinces sont arrivées, par d autres voies que par celle de la conquête, à former le tout actuel ; ces difficultés, dis-je , sont inhérentes à la nature des choses. La tentative avortée de l'Empereur Joseph , et surtout le complet abandon de son entreprise, rendent la chose difficile au point qu'en bon droit et en bonne conscience je regarde un système absolu de fxision, qu'on voudrait appliquer par un coup de force aux différents éléments de la Monarchie ,
comme une hypothèse vaine et d'autant plus hasardée qu'aujourd'hui une pareille entreprise ferait nécessairement surgir l'idée d'une représentation centrale de la nation, quelque absurde que pût être cette idée , considérée eti elle-même , dans les circonstances actuelles.
Il ne me reste donc plus qu'à examiner la question suivante : de quelle manière peut-on arriver, pour l'Empire d'Autriche, à fortifier autant que possible l'action du Gouvernement , qui doit se faire sentir utilement à tous , sans négliger les considérations relatives
a. A ses éléments, qui sont distincts les uns des autres au point de vue de la nationalité des habitants et de la constitution existante ;
b. Au minimum de modifications possible à introduire dans les règles actuelles de gouvernement?
Je pose en fait qu'un Gouvernement, pour être fort, a besoin de quelque chose de plus que de bonnes lois. Indépendamment de principes justes , il faut que sa manière d'agir soit en parfaite harmonie avec sa situation , ce qui précisément n'est pas le cas en Autriche. La Monarchie se compose , comme je l'ai dit, des éléments les plus hétérogènes. Cependant, jusque sur les marches du trône , on n'envisage cette diversité que dune manière trop étroite ou trop absolue La Hongrie et les Etats qui y sont annexés jouissent de privilèges qui vont jusqu'à paralyser l'action de la grande machine politique, tandis que les autres provinces, séparées les unes des autres dans leur situation locale et même dans leur administration directe par des différences de nom et de constitution, s'effacent trop dans le système d'administration actuel, et sont, pour ainsi dire , absorbées par le centre commun.
De cette inégalité résulte pour le Hongrois un privilège qui l'exalte au point qu'il se croit indépendant , tandis que la nationalité des autres États autrichiens , qui mérite après tout d'être prise en considération, s'use et se perd, au détriment du corps tout entier , en froissements entre le Gouveinement et les provinces. Dans l'organisation actuelle de lautorité supérieure de nationalité allemande, on constate positivement
onr.ANisA rn»N dk i, administhation <:f,ntrai-k (i«n). ii
la tendance au système de la Jiision, tandis (jue la inacliinc i)()liti(|iic clle-mônje repose, ainsi (|ue je l'ai prouvé plu>i haiil, non-soiileinent sur un principe (oui opposé, mais encore doit. i( poser, ( onloi Miément à l'intérêt bien entendu, sur des hases loules diUérenles. Celle tendance, qui résulte de Torganisation des administrations supérieures, paralyse l'action de la machine politique en amenant des froissements qui se renouvellent sans cesse; sous son influence, le hut salutaire de la centralisation de l'autorité du Gouvernement dé(;énèrc en une manie de s'immiscer dans les détails, qui tue le véritable esprit du gouvernement. Il sufflrait d'un mot du Souverain, d'une seule mesure pour remédier à cet état de choses, cl la disparition de la plupart des obstacles qui nous arrêtent aujourd'hui donnerait au Gouvernement le degré de force et d'activité dont il a besoin pour le bien de la Monarcliie. Loin de croire qu'en persévérant dans la voie suivie jusqu'à ce jour on puisse jamais arriver à une centralisation véritable et intelligente, je me propose d'y parvenir, tout en conseillant des procédés très-simples : le présent travail n'a pas d'autre but.
A partir d'un certain degré , l'organisation de la Monarchie est très-bonne et très-sage. Aucune autre organisation ne pourrait certainement remplacer les administrations particulières à chaque pays , la division en cercles ; aucune autre ne saurait respecter davantage la nationalité des sujets ni mieux assurer les bienfaits d'une administration à Ja fois conciliante, juste et paternelle. Mais au sommet de léchelle se trouve le Gouvernement proprement dit , c'est-à-dire le centre de î >us les pouvoirs, et c'est de lui seul qu'il peut être question ici.
Tout changement en bien doit être et sera la conséquence de quelques idées fondamentales relatives à la séparation des hautes fonctions de l'Etat, idées nettement formulées et appliquées dans un sens pratique.
Dans toute grande Monarchie, les pouvoirs publics se divisent en plusieurs branches d'administration principales, qui sont distinctes entre elles, mais qui n'en tendent pas moins vers
un but commun. De nos jours, c'est-à-dire à une époque où l'esprit public s'est surtout occupé de questions politiques et administratives , ces splières d'action ont été incontestablement reconnues et définies d'une manière plus nette qu elles ne l'étaient autrefois dans la plupart des Etats, peutêtre qu'elles ne l'étaient nulle part.
Dans tout grand Etat , les différentes branches ou objets d'affaires comporten tla division suivante , qui est la plus logique :
1" Les affaires étrangères;
2" L adminitiation intérieure (ce qu'on appelle chez nous le polilicuni)\
3° Les finances ;
4° La guerre ;
5^ La justice;
6" La police;
7" La vérification générale des comptes.
On imaginerait difficilement une affaire qu'on ne pût faire figurer tout naturellement sous l'une ou l'autre de ces rubriques.
Chacune de ces branches principales se subdivise, suivant la nature des affaires , en deux parties :
a. Le point de vue élevé des affaires, ce qu'on peut appeler l'élément moral , et
b. La manipulation, ou la partie technique.
Dans tout corps politique bien réglé, il faut que chacune de ces deux parties soit considérée à part, et que la partie technique, celle qui comprend les moyens d'exécution, soit subordonnée à la partie morale, tout en restant en connexion étroite avec cette dernière.
C'est dans ce sens que la création d'un ministère des finances , qui a déjà remplacé la présidence de chambre , et qui non-seulement a pris le pas sur cette dernière , mais encore a subordonné la chambre au ministère, est une mesure sage et qui produira certainement d'heureux résultats. La sphère d'action immédiate et naturelle du ministère des finances ne pouvait pas être mise en question. Par le fait, la commission
(iiicANiSA rioN m; i, admimsi ha i ion f:i.N riui.r. (ihit). ta
i\r ( ri'dil , (|iii l'Iait aiilrclnis en sons-ordre, cnI pliu-i'e au prcniier ranj;, <|iii lui rcvcuail de dioil.
llur oijjauisatioii scnililaltlt; , (|ui est la conséquence forcée d»' tnulc rrlnnuc salutaire , dcviail aussi être décidée |Miiir Tadiiduislraliou de riiilt'rieiu-. l'our ('Xj)riui('r netloniciil uics idées relaliveincut à celle rélornie, je n'ai qu'à nTappuyer sur les principes élablis plus haut.
Je pars de l'idée londauienlale que le syslèuie de la fusion, avccle<juel devrait disparaître tout d'ahord la dénomination des royaumes et des provinces, ainsi que cela s'est fait en France au commencement de la Révolution, comme moyen inévitable d'arriver au but, ne saurait entrer en Ii{jne de compte. Dans celle hypothèse, l'organisation la plus heureuse serait j)eutétre la suivante :
1 " Le chef de l'administration de l'intérieur reçoit le titre de premier chancelier et de ministre de P intérieur.
2° II a sous ses ordres quatre chanceliers, qui forment avec lui et sous sa direction le mitiislèrc de l'intérieur. Leur sphère d'action est déterminée par la nationalité des provinces et par les considérations locales qui dérivent de leur situation direcLe.
D'après cela , il y aurait lieu de nommer :
a. Un chancelier de Bohême, de Moravie et de Galicie. Ces pays sont placés sous sa direction.
b. Un chancelier d'A utriche. Il a sous sa direction les provinces suivantes : TAutriche au delà et en deçà de TEnns , la Styrie, rinnviertel , Salzbourg et le Tyrol.
c. Un chancelier d'IUyrie. Il a sous sa direction le royaume d'Illyrie et la Dalmatie.
d. Un chancelier d'Italie. Les royaumes de Lombardie et de Venise sont placés sous sa direction.
Dans celte organisation , le ministre de l'intérieur est le représentant et le gardien de l'unité de gouvernement.
Chaque chancelier représente dans le ministère les intérêts locaux immédiats de la province de son ressort, intérêts qui doivent nécessairement être pris en considération. Par contre, il défend vis-à-vis des provinces les idées relatives à l'unité de
li RECUEIL DE DOCUMENTS (1816 ET 1817).
gouvernement et à ses principes, et cela dans le sens le plus large et le plus libéral que comporte la situation.
Il est attribué au depaVement de chaque chancelier (qui est, dans sa partie, le véritable chef de l'administration) le nombre nécessaire de rapporteurs et de fonctionnaires subalternes.
Toutes les affaires politiques régulières et les questions d'administration supérieure sont traitées par voie de conférence dans le ministère de l'intérieur et par le ministre. Les chanceliers sont chargés, chacun dans son ressort, de l'application directe des mesures arrêtées.
On peut voir que, par suite de cette organisation, la chancellerie de Hongrie et celle de Transylvanie perdront l'importance exceptionnelle qu'elles ont aujourd'hui , et qu'elles descendront au niveau de l'administration commune à tous les États.
Je vois, dans la marche proposée, le premier pas vers une sage réorganisation de ces deux pays, réorganisation qu'il s'agit de préparer lentement et sans secousse. Toutefois, comme je ne puis, dans le présent travail, confondi-e une réforme véritable , immédiate et facile, avec la suite de l'entreprise qui présentera bien plus de difficultés en ce qui concerne la Hongrie et la Transylvanie , je me contente d'indiquer la question sans l'approfondir.
L'inconvénient qu'on remarque dans la chambre des finances se retrouve dans l'administration de l'intérieur : c'est-à-dire que les questions qui, même sous les formes les plus diverses, concernent une seule et même branche de l'administration, ne sont, la plupart du temps, examinées aujourd'hui, en l'absence d'une direction centrale nettement définie, que par un rapporteur, ou, ce qui est encore plus fâcheux, sont réparties entre différents rapporteurs régionaux. La seule oi'ganisation vraiment pratique et utile consiste dans la création de directions spéciales pour ces affaires.
Toutefois, je ne saurais prétendre qu'on arrive d'emblée à la dernière limite du progrès, qu'on y arrive sans préparation, et, comme c'est malheureusement le cas, sans une direction ministérielle active et énergique. Ma proposition se réduit aujourd'hui aux mesures suivantes :
OIKiANISA I ION 1)1, l/ADMIMS rilA I ION CKN T II A I T. (IK)"). 75
I" (Jiic \ Ohc Mii|('>l(' <l!ii(;iM' (ItTidcr cl oi di iniici lu cicaliuii (le iiiiiiislrrcs , (>l iiol:iiiiiiiriil (luCllc (liii/,'iir i-irer tout (rahord , à rôle «les niiiiistiTcs des allMircs rlijiiifM'ics «-l dos finniiCCb déjà existan(s, un tnim'slàre de l'intérieur ri un ministère de Injustice. Ni la police ni la vérification des comptes n(! mesemlilent de na(ur(> h être jamais l'objet de la l'ormalioii de ministères spéciaux ; elles pourraicuit sans inconvénient continuer à {;ar(lei- le (lire de présidences.
2" r>a loi inalion du ministère de l'intérieur sous un ministre et (|uatre cliancelieis.
La conséquence lojjique , infaillible de cette première mesure, sera l'organisation de ce ministère dans toutes les branches qui appartiennent à sa S])bère d'action naturelle *.
Metternigh, m. p.
* On sait qu'à la suite de ces propositions eut lieu la création d'une admir.isf ration unique et supn'nie sous h; nom de « cliancellcrie de Cour réiniie» (sans aucune addition d'épithète indifjuant la province), à laquelle fut confié le fjouvernement des provinces de Holiême, de Galicic et d'Autriche, ainsi que celui des pi'ovinces illyriennes et italiennes, qui jusqu'alors avaient été placées sous la direction de la commission aulique centrale.
Les lettres patentes souveraines relatives à cette décision motivent la mesure prise par les considérations suivantes : « Cette autorité centrale suprême de l'intérieur doit, conformément à notre système d'unité, guider tous les pays et tous les peuples de l'Empire vers le même but, qui est le bien général et individuel, les astreindre à des devoirs publics en rapport avec leurs droits, répandre la culture et l'instruction d'après des principes uniformes, et, tout en ne perdant jamais de vue ces grands résultats que le Gouvernement veut obtenir pour tous indistinctement, prendre en considération et ménager avec un soin scrupuleux, partout oià il y a lieu de le faire, les différences et les particularités de langue, de mœurs, d'habitude, de climat et de nationalité.
«Guidé par ces principes, Nous avons décidé de créer et d'établir des chancelleries auliques spéciales pour les provinces et pour les peuples qui se touchent de près, soit sous le rapport de leur origine historique, soit au point de vue de l'affinité dont il a été parlé, affinité résultant de la langue, des mœurs ou de la constitution en vigueur jusqu'à ce jour. Nous nommons par les présentes, et plaçons sous les ordres de notre ministre de l'intérieur :
u Un chancelier aulique de lîoiiême, de Moravie et de Silésie;
« Un chancelier aulique d'Autriche et d'Illyrie;
1 Un chancelier aulique du royaume Lombard-Vénitien;
» Et un chancelier aulique de Galicie. "
Furent nommés en même temps : le comte deSaurau, ministre de l'intérieur
SITUATION INTÉniEURE DE l'iTALIE , ET VOEUX DE METTERNICH RELATIVEMENT A LA CRÉATION d'uNE ADMINISTRATION NATIONALE DU ROYAUME LOMBARD-VÉNITIEN.
245. Mémoire adressé par Metternich à l'Empereur François (ExtraitJ, servant d'annexé au document ci-après. — 246. Metternich à l'Empereur François (Happorl), Graetz, le 3 novembre 1817.
24S. Votre Majesté daignera se rappeler qu'au mois d'octobre de l'année dernière , des considérations générales tirées du besoin qui s'imposait au pouvoir central de se renseigner sur la situation de l'Italie , et, d'autre part, des motifs parti-
el chancelier suprême; le comte de Lazansky, chancelier de Bohême, de Moravie et de Silcsie; le baron de Geisslern, vice-chancelier d'Autriche et d'Illyrie, et le comte de Mellerio, chancelier du royaume Lombard-Vénitien.
La même année, le prince de Metternich voulut faire un nouveau pas en avant, un pas décisif dans la réforme de l'administration centrale. Il se proposait de réorganiser les états provinciaux et de faire de ces corporations une représentation centrale de l'Autriche, un Conseil de l'Empire. Il est déjà question, dans le rapport ci-dessus, d'une « représentation centrale », et quand même l'auteur n'en parle pas dans un sens favorable, il indique du moins la connexité qui existe entre une pareille institution et la centralisation plus grande du pouvoir administratif. Le lecteur attentif remarquera la prudence et la circonspection du ministre qui, ainsi qu'on peut le voir par le contenu du rapport tout entier, cherchait visiblement à ôter à ses propositions de réforme le caractère d'une innovation. Mais les idées réformatrices de Metternich ne se bornaient pas à la création d'un ministère de l'intérieur; on en trouve la preuve non équivoque dans un document ultérieur, écrit par le chancelier d'État lui-même. Nous reproduisons ci-après le travail en question, qui devait probablement servir pour l' Autobiographie, malheureusement restée inachevée. Le voici textuellement :
u En 1817, j'énonçai, comme une vérité défiant toute argutie, ce fait que l'Empire se trouvait placé dans des conditions de vie et de prospérité propres à lui seul, et que, leur maintien étant horsde question, il ne pouvait uniquement s'agir que d'en tirer parti; ma tâche se réduisait donc à chercher ce qu il fallait faire et comment on devait procéder. Le premier point trouvait sa solution dans l'idée de l'extension du pouvoir central; le second m'amenait à la question de savoir s'il fallait, pour arriver à une centralisation plus grande, s inspirer des idées françaises ou avoir égard au fait sur lequel repose la constitution de l'Empire, c'est-à-dire l'état de séparation relative des parties dont se com-
SITUATION INTIIIIKI'III-, DK LITALIE, F.TC. (1817). 77
culiers, c'est-ù-diic des nouvelles diverses »|ue nous .ivions reçues au sujet du mécontentement manifesté |)ai |ilii^i( iirs Étals d'Italie, m'ont déterminé ;\ r.ui représenter la nc'ccssité d'apprendre à eonnailr(^ à fond la niaiclie inti-rieiire des (îou\ Cl iKMuenls italiens et les vraies causes du méconlenteineiil j;énéral.
Mon Lut principal était, d'une part, de pouvoir exercer une influence salutaire sur les Gouvernements; d'autre j);irt , d'obtenir, au moyen de la réunion des données recueillies, un point d'appui solide et utile pour les principes administnilifs d'après lesquels doivent être régies nos provinces italiennes.
Je prenais en même temps la liberté de proposer dans ce but à Votre Majesté d'envoyer secrètement un homme intel-
pose la Monarcliie. Le résultat de cet examen ne pouvait être douteux. Je me prononçai pour la consolidation et non pour le remaniement de l'Euipire; en conséquence, je pris pour base le principe de l'organi<;ution législative de ces parties et du renforcement uniforme du pouvoir central sur le terrain législatif et administratif.
Il II existait dans les différentes parties de la Monarchie des représentations d'Etats; il fallait donc en créer une au centre. En ce temps-là, mal{;ré les difficultés inséparables d'une forme pareille, il était plus facile qu'il ne l'est dans la situation actuelle, d'accomplir cette tâche, tout en restant dans de certaines limites. Je proposai donc, indépendamment de la révision des attributions des Etats, la création d'un Conseil de l'Empire, dont le noyau serait formé d'assesseurs à nommer par l'Empereur, et qu'il y aurait lieu de compléter par l'adjonction de délégués des Etats. La compétence de ce futur conseil central devait s'étendre à la discussion du budget et des lois d'intérêt général.
a L'Empereur François reconnaissait l'importance de la question ; mais il en différa l'étude d'une année à l'autre. Enfin, lorsqu'il fut guéri de la grave maladie qu'il avait faite en 1827, il me déclara qu'il était fermement résolu à faire examiner ma proposition. A la fin de l'année 1834, l'Empereur me dit qu'il se reprochait de n'avoir pas donné suite à l'affaire, mais qu'il fallait qu'une décision fût prise avant la fin de Tannée 1835. Deux mois plus tard, il n'était plus ! »
Il faut que nous nous bornions à cette citation, car nous n'avons pas réussi à nous procurer le rapport adressé par Metternich à l'Empereur François, ce qui du reste n'est guère étonnant, si l'on songe que ce document, qui n'existait probablement qu'à l'état de minute, a été rarement consulté et à peu près totalement négligé pendant dix-huit ans.
(Note de l'Éditeur.)
]i{jcnt à Florence, à Modène, à Parme et à Rome. Votre Majesté a daigné approuver mes vues et accueillir favorablement la proposition, faite par le comte Diego Guicciardi et appuyée par moi , de confier cette mission secrète à Tito Manzi.
Depuis lors, ce dernier a entrepris et terminé le voyage qu'il avait été chargé de faire. Tito Manzi ne peut s'empêcher de déclarer nettement que tout ce qu'il a vu et entendu dans le cours de sa mission en Italie lui a prouvé qu'il règne dans ce pays un mécontentement général. Il divise les embarras dont souffre l'Italie en deux catégories, savoir :
Les embarras généraux, dont aucun État de la Péninsule n'est exempt;
Et les embarras locaux, qui sont particuliers à chacun de ces Etats considéré à part.
Les premiers sont attribués par Manzi à deux causes principales : l'une dérive, d'après lui, de la nature même, qui depuis trois ans a traité ce pays en marâtre ; quant à l'autre , il la voit dans les suites de la conquête, qui, en troublant profondément l'ordre politique, ont ébranlé les bases de la prospérité publique.
En entrant dans le détail des embarras particuliers et locaux , Manzi en vient à retracer l'attitude observée par les Souverains rendus aux différents États de l'Italie à l'égard de leurs peuples, ainsi que les sentiments qui animent ces derniers à l'égard de leurs Gouvernements. Il commence parNaples et parla Sicile, puis il arrive à Rome , de là en Toscane , à Lucques , à Modène et à Parme , et termine par le Piémont.
Que Votre Majesté daigne suivre avec moi la même marche.