‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 13 sur 74 · LES SOCIF.TF.S BIBLIQUES ET L EMPEREUR ALEXANDRE · texte numérisé non relu

LES SOCIF.TF.S BIBLIQUES ET L EMPEREUR ALEXANDRE

239. Mettoinicli à rEiniicrcur François (Rnpport), Lucqucs, le 29 août 1817. — 2V0. NcsselroJe à AlL-Ucrnich (l^cttrc), K:iinenni)iJsoff, le G, 18 juillet 1817. — 241. Metteinich à INcsselrode (Lettre), Luccjues, le 20 août 1817.

239. Jo suis aujourd'hui clans le cas de soumettre à Votre Majesté une all^tire diplomatique toute liouveUe.

11 y a quelques jours est arrivé ici un couriicr du CaLinet russe, qui pouvait être porteur de communicaiions importantes, comme je ne Tai que trop prévu dès le premier moment. Votre Majesté daip;nera considérer d'après la lettredu comte de Nesselrode, dont la copie est annexée au présent rapport (n" 240), quelle valeur il faut attacher à ces communications. Elle trouvera dans la seconde annexema réponse àcettelettie (n" 241).

Votre Majesté s'est sans doute convaincue depuis longtemps que l'esprit de l'Empereur Alexandre est incapahie de persévérer dans le même ordre d'idées. Depuis 1815, il a quitté le jacohinisme pour se jeter dans le mysticisme. Toutefois, comme sa tendance est constamment révolutionnaire, ses sentiments reli})ieux le sont également ; aussi le protectorat des Sociétés bibliques ne pouvait-il lui échapper.

Je prie Votre INIajeslé de considérer ma réponse au comte de Nessehode comme rédigée exclusivement pour l'Empereur Alexandre, et de ne l'apprécier qu'à ce point de vue. Si je suis entré dans des détails d'un .genre tout particulier, c'est que je voulais couper court , dès le principe , à une correspondance entre les deux Cabinets au sujet de questions bibliques ci depolice religieuse. L'Empereur Alexandre perdra certainement tout déair, toute envie de s'engager davantage avec des chrétiens aussi bornés, aussi étroits que Votre Majesté et Son ministre le sont dans ma lettre. Je désirais l'édifier complètement sur ce point, que ses idées en matière de religion ne sont pas les idées de Votre Majesté, que par conséquent Votre Majesté pourrait bien n'être pas facile à convertir. Toutefois il

m:s soni.Ti'.s niiu.iorr.s i:t r/KMPEiiEin alexanoiie. 55

est inaliiisô de prcvcdr jiis(|ir<)ù celte alxM'i'iitioii pourni encore nuMier. Dans toutes les mK-os de ri-'-nipereiir Alexaiidn; , c'est le «lésir de faire fies prosélytes (pii lient la première jiKice dans ses ealcnU. (l'est dans <'et esprit «pi'il enrôle les iactdiins en Italie et les sectes en Mnr()|)e. Anjonrd hni, \es Droits de l'honniic ont fait place aux « /erleiirs de hi liih/e » . Nous n'avons (pi'à attendre en cnrieiix désintéressés quelh; sera la prochaine réj)onse à ma derniér<î dépêche à Lol)/(;lterii (n"'J.'{S), relativement aux dangeisdu mysticisme et à l'entente commune des Cabinets en vue d'en combattre les suites fâcheuses.

MeTTERMCFI, m. p.

Je prends note de ce que vous me mandez, et vous retourne par les présentes les deux annexes.

François, m. p.

Nesselrode à Metternicli. Kamennoidsoff, le 6/18 juillet 1817. (Annexe du n» 239.)

240. Le comte de Stackelberg nous a informé, mon cher prince , de vos idées sur l'entrevue des Souverains. Sa dépêche s'est croisée avec la nôtre , et vous devez dans ce moment être également instruit de ce que nous pensons à cet égard. Vous aurez vu que nous sommes tout à fait d'accord sur l'utilité et le but de cette entrevue. Je puis y ajouter aujourd'hui que nous ne le sommes pas moins sur l'exclusion à donner à toute capitale , ainsi que sur l'indispensable nécessité d'y appeler un des membres les plus marquants du ministère français, et M. de Richelieu préférablement à tout autre. L'Empereur partage complètement votre opinion, qu'aucune capitale ou même aucune résiflence ne saurait être ni commode ni utile pour la marche des affaires qui devront se traiter, et cette conviction s'applique encore davantage aux petites qu'aux grandes capitales. Ainsi, il lui paraît qu'Aix-la-Chapelle ou Mannheim répondraient à toutes les convenances, et Sa Majesté Impériale se rendra avec plaisir, dans le courant de l'année prochaine,

dans celui de ces deux endroits que l'on aura préfère. Ce n'est que sur le moment de s'y réunir que l'Emjjereur proposerait un changement peu important. Au lieu de fixer l'entrevue au mois de juin, il désirerait qu'elle^i'eût Heu qu equelques mois plus tard , car d'après différents arraupemenls que Sa Majesté a pris , et des courses indispensables dans l'intérieur de la Russie, il ne lui serait guère possible d'être rendu avant le 10 septembre de notre style dans la ville qui aura été désignée. Je ne pense pas, mon prince , que ce retard puisse présenter le moindre inconvénient, attendu que, jusqu'au 14 novembre, jour où expire la troisième année de l'occupation, nous aurons ])lus de deux mois pour discuter et décider cette importante affaire.

L'uniformité qui a caractérisé les opinions que nos Cabinets ont émises au sujet de la France , nous offre déjà un heureux présage pour les discussions qui auront lieu sur cet objet. Celui-là décidé, les autres questions qui pourraient être agitées dans cette réunion de Souverains et de ministres ne semblent pas de nature à devoir présenter des difficultés insurmontables. Tout porte donc à espérer qu'elle contribuera essentiellement à consolider encore davantage l'union salutaire qui subsiste si heineusement entre les principales puissances de l'Europe. L'Empereur est si pénétré de l'effet bienfaisant que produit cette grande conformité de principes dans la marche des quatre Cours qui ont posé les bases de l'association générale , qu'il éprouve un sentiment de regret lorsque, même dans des questions qui ne sont pas d'un intérêt général , il voit que des circonstances particulières ont dû provoquer dans les Etats de l'un des quatre Souverains des mesures qui ne correspondent pas entièrement aux vues des autres . C'est ainsi que Sa Majesté a été peinée que vous n'ayez pas laissé subsister chez vous la Société biblique, quoique formée par des protestants, et que certaines considérations, qu'au reste Sa Majesté respecte autant qu'Elle les regrette , vous aient forcé d'abolir une institution aussi bienfaisante et surtout si conforme aux principes de tolérance de votre auguste Maître. Je n'ai pas besoin de vous dire, mon cher prince, combien Sa Majesté se réjouit

1,1 s SdCIKIlS IlIlll.inURS V.V I, EMPI lti:i 11 AII.WNDIlK. .'.T

(I ;iv;mrc des niomciil-. i|ii'cllc passera avfc T I".im|i(i cm T r;iii- (;<)is, c\ ,si rciilri'VMc oUk; hiu' iitiliU! iécll<! xmis le iiiji|»(»rt (les iilïaires , il n'est pas moins a{;i('-al)le à ri"-rn|>er('ur d'y rcliduvei- les consolations de l'aniilit! la plus coidialf cniiinK! la pins inalléiaMe.

l)'apics ce (|ue le comte de Slackell>er{j ikjus mande , je d(jis Yons supposer encore en Italie dans ce moment-ci; j'ai chargé le courrier de vous y rejoindre. J'espère que ce voyage vous procurera tout l'agrénicnt que vous en espérez. Mes vœuv les pins sincères vous accompagnent. Permettez, mon prince, que j V joigne, etc., etc.

Mettcrnicli à INesscIroJe. Lucqucs, le 20 août 1817. (Annexe dii n'' 239.)

241. Votre courrier, mon cher comte, est venu me rejoindre ici le 18 août, dans un coin tout à fait retiré du monde, où je soigne ma santé, qui depuis plusieurs années en a grand besoin. Je suis sûr aujourd'hui d'avoir bien fait de prendre les eaux de Lucqnes , foute de pouvoir prendre celles de Carlsbad. Je me porte bien, et je regrette de n'avoir plus que dixàdouze jours à rester dans une retraite charmante , qui réunit tout ce que l'on peut désirer sous les rapports de santé et de repos. Figurez-vous les plus beaux sites de la Suisse et de la Stvrie sous le meilleur des climats d'Italie; des eaux parfaites, moins fortes, mais ressemblant beaucoup à celles de Carlsbad; une bonne et douce société ; une habitation charmante , que Madame Elisa Baciocchi n'avait certes pas fait arranger pour moi, et vous concevez que je serai bientôt dans le cas de regretter les jouissances passées.

La dépêche que j'ai adressée à Lebzeltern vous aura prouvé, mon cher comte , que nos vues sont entièrement celles de votre auguste Maître, relativement à l'entrevue de 1818. Je réponds que l'Empereur François se rendra à Aix-la-Chapelle ou à Mannheim , selon le plus ou le moins de convenance personnelle que l'Empereur Alexandre trouvera dans le choix de l'une ou de l'autre de ces villes. Le résultat des conférences

sera celui de toutes celles qui les ont précédées; les Souverains et les Cabinets se quitteront de nouveau, unis de vues et de volonté.

Je me plais , mon cher comte , à rectifier une erreur que je trouve daps votre lettre. Jamais nous n'avons abrogé chez nous une Société biblique, car jamais il n'en a existé. Je crois, d'un autre côté, pouvoir assurer que jamais l'Empereur n'en permettra l'établissement, et la confiance que vous me témoi(;nez mérite que je vous dise quelles sont les raisons de Sa Majesté.

Je commence par établir notre altitude vis-à-vis du Saint- Siège, c'est-à-dire par vous assurer que nulle puissance catholique n'est plus indépendante que nous ne le sommes, de toute soumission étroite aux vues de la Cour de Rome. L'héritier de tant d'Empereurs d'Allemagne et le neveu de Joseph II sait ce qu'il doit à Dieu et à sa Couronne; nos départements ecclésiastiques étendent peut-être même trop loin leur dogme sur les droits de la Couronne, et s'il y a du trop, ce ne sera sûrement pas en faveur de la Cour de Rome qu il fera pencher la balance.

L'Égiise catholique ne protège pas universellement la lecture de la Bible, et elle agit en cela comme un père placé audessus des passions, et par conséquent des orages de la vie. Non-seulement l'Eglise permet, mais elle recommande même la lecture des Livres saints aux hommes éclairés, froids, en étal de juger la question ; elle n'encourage pas la lecture des livres mystiques, des passages remplis de récits de crimes et d'obscénités que le Livre des livres ne renferme que trop souvent dans ses récits , simples comme le premier âge et comme tout ce qui est vrai. Moi, je trouve que l'Eglise a raison , et j'en juge par l'effet que me fait la lecture de la Bible à l'âge de quarante ans, si différent de celui que cette même lecture a produit sur moi à l'âge de quinze et de vingt ans. Je ne puis comparer cette différence qu'à celle des impressions que feront toujours aux diverses époques de la vie la lecture des classiques, la contemplation des beautés de la nature et celle des monuments des arts.

Je lis tous les jours un ou deux chapitres de la Bible; j'y

LES socM.ii.s itiiii.iiM i;.s i.r i. i;mim:iik.iii ai.kx andue r.o

«Irconvic joiiriu'IIcmciit 'le-. Il(•;nll('^ iioiu elle-, , et je iiic prosterne (lcv;int ee !ivi'(> adiiiiiiilile , hmdi^ (|u'i'i I ii|;e de viii{;L ans j avais de la peine à ne pas tronver la l;iinille d(; l.odi peu di{;n(î dVîli'e sauvée ; Noé toul aussi jx'u dijMu; de l'avoii- rd; ; Said un {][i'an(l criminel , cl David un lioninu; alIVcux. Il y a vinyians, je ciierchais ù <!ompr(Mulrc TA j)Ocalvpse ; aujourcriuii, je suis sûr que je ne la comprendrai jamais. Il y a vin(jt ans, une reelierelie aj)profondie et soutenue des Livres saints eùl lait de moi un atliéi; à la l'aeon de d'Aîcnibert et de Lalande, ou un chrétien à celle de Clialeuuhriaud ; aujourd'hui, je crois et je ne scrute plus. J'ai trop lu et trop vu poui' ne pas savoir qu'il ne snllit pas de lire pour comprendre; qu'il serait téméraire à moi de condamner ce que je puis comprendre mal , par ijj^norance ou par insuflisance des connaissances indispensahles à un critique profond, et surtout impartial; en un mot, je crois et je ne dispute plus. IlahiUié à ni'occuper de fortes questions morales, que n'ai-je pas du faire ou laisser opérer par la simple marche de la nature, pour arriver à ce point où le Pape et mon curé eux-mêmes me prieraient d'accepter de leur part l'édition ia plus portative de la Bible? Est-il téméraire à moi d'admettre comme un fait certain que , sur mille individus pris dans les millions d iiommes dont se composent les peuples , il ne s'en trouve que peu qui, vu leurs facultés intellectuelles, leur éducation et leur âge, soient anivés là où je me trouve placé?

Or, mon cher comte, c'est dans ce raisonnement trèssimple, qui est également celui de l'Empereur, que se trouve le motif de l'opposition qu'il mettra toujours à l'intxoduction des Sociétés bibliques, et ses idées coïncident en cela avec celles du Saint-Père.

II est une autre considération qui se rapporte au moment présent, et qui ne lui parait pas moins forte que les raisons cidessus développées. Le monde aujourd'hui est Malade d'une maladie particulière, et qui passera comme toutes \ei> autres épidémies ; cette maladie se nomme le mj'5/;c/.ç/«e. J'ai adressé dernièrement à Lebzeltern une longue dépêche à ce sujet (n" 238); il doit vous l'avoir montrée. Je vous réponds qu'il serait

aujourd'hui plus liicile de renouveler avec grand succès les prédications de Pierre TErmile, que de faire entendre aux individus attaqués de ce mal, que Dieu veut être servi autrement que par reffusion du sang, et que les hommes ne sont pas juges de la conscience de leur prochain. Voyez ce qui se passe en Allemagne; voyez le succès des prédications de madame de Krudener, que vous avez fait trcs-sagcment retourner en Russie , et de tant d'autres malheureux qui entendent les Livres saints à leur façon, laquelle , n'en doutez pas, n'est pas celle de Dieu et du Sauveur.

On croit assez communément que le Pape ne veut pas que les catholiques lisent la Bihle , dans la pensée de les empêcher de s'éclairer; il est possihle, et j'admets même qu'un Grégoire VII, un Alexandre VI, aient pu faire de ces calculs; mais ce n'est pas là qu'il faut aller chercher l'ancienne pratique de l'Eglise et les préceptes moraux des conciles. Si un Pape craint parfois la lumière, il est permis à la sagesse de l'Église de craindre le feu ; si un Pape ne veut pas des fidèles éclairés, l'Eglise ne veut point qu'il y en ait d'éblouis. L'un a tort et l'autre a raison , et l'Empereur François se rangera du côté de l'Église , en même temps qu'il écartera et rejettera toujours les préjugés.

Vous voyez, mon cher comte , que je vous écris d'un lieu retiré, et que j'ai tout le loisir de le faire et même assez pour oublier que vous n'aurez guère de temps à vous pour me lire. En me mettant aux pieds de l'Empereur, je vous prie de rectifier l'erreur dans laquelle il est , lorsqu'il suppose qu'on a suppiimé chez nous une Société biblique quelconque. Aucun commerce, au reste, n'est plus libre dans la Monarchie que celui de la Bible selon tous les rites. Vous en trouverez des milliers d'exemplaires chez tous les libraires; les hommes faits l'achètent , et on en distribue des extraits corrects , mais châtiés, dans les écoles. Les protestants la lisent en Autriche, comme partout ailleurs, dans leur langue et d'après leur version. Moi-même je ne lis que la traduction de Luther, la meilleure qui ait jamais été faite en aucun pays et dans une langue vivante.

VIKS I)K NAI'I.FS srit IIKN KVF.NT II" IM> NI K r;(>R vo (isn). 01

Adieu. J<' n'ai |)i»s hc^oiii de vous dire (-()nd)i<'u jo suis Iicurcux i\r penser (|u'il n'y a plus de dislaucc; eu l-lurope, {|iiiee nu parti (|ue l<vs SouveiaiiiN oui pris do se rap|)rocher eu jiersonuc des lieux où ils croient pouvoir opérer le hien j)ar leur volonté réunie. Celle noMc; cl <{rande l'rafernité vaut niicii\ (jiu' l(uis les traités , et elle assureia ]K)ur lonf;leni|)s ce <\ur le l)ou al)I»é de Sainl-l'ierie avait voulu étaMir pour tfuijoiirs. Recevez , etc.

P. S. Je crois vous avoir dit , dans ma dernière dépêche à liel)/oltern au sujet de l'eulrevue de 1818 , que l'Eiupcrcur, mon aujjuste Maître, attendra le moment de la réunion f|ui cadrera le mieux avec les convenances de Sa Majesté I'Kmijjcreur Alexandre. Si je ne l'ai pas dit, j'en réponds, et je vais m'cmprcsser d'informer Sa Majesté Impériale du projet du 10 septembre.

VUES DE NAPI.ES SUR LES PRINCIPAUTES DE RINIVEXT ET DE PONTECOUVO.

242. Mctternich à l'Empereur Franrois (Rapport), Lacques, le 17 août iSlT* Résolution souveraine de Sa ^lajcsté.

242. La Cour de Naples semble aujourd'hui avoir l'intention formelle de profiter de la mort du Saint-Père pour occuper militairement Bénévent et Pontecorvo ; il paraît que ce projet a été l'un des principaux motifs qui ont fait éloi(jner du royaume le corps d'armée de Votre Majesté. Poursuivant cette idée, le ministère napolitain a noué une intrigue à Saint- Pétersbourg et a risqué une tentative du même genre en Angleterre. J'ai été instruit par une voie détournée de l'intrigue en question; quant à la tentative faite en Angleterre, M. Aroust en a instruit notre ministre plénipotentiaire. L'entreprise ne réussira pas, j'en réponds.

Une des premières notions , je dirai même la base de la politique contemporaine, est et doit être le repos; or l'idée

62 BECLEIL DE DOCUMENTS (l.Slfi ET 1817).

fondamentale du repos, c'est la sccuritc clans la possession. Si les premières puissances de l'Europe partent de ce principe, il faut que de petits États qui peuvent à peine se tenir debout l'acceptent é^jalement , de {jré ou de force.

Que Be'névcnt et Pontecorvo appartiennent au Roi de Naples ou au Saint-Sié{;e , cela est indifférent; mais que, par la voie de lintripjue ou de la violence, Naples donne, en 1817, le premier exemple d'une dépossession qui serait en contradiction flaprante avec l'acte du Congrès, cela est une question de la plus haute importance.

Je me réserve de rendre compte à Votre Majesté de l'affaire dans tous ses détails, ainsi que des déclarations du Cabinet autrichien, dès que je les aurai adressées à qui de droit. Il ne m'est pas possible d'attendre les ordres de Volie INIajestc ; je procéderai donc en me conformant rigoureusement aux principes que je viens de rappeler, parce que je sais qu'ils sont ceux de Votre Majesté.

La maladresse aTcc laquelle l'intrigue napolitaine a été conduite me fournit , une fois de plus , une excellente occasion de montrer à toutes les Cours quels sont les principes de Votre Majesté, et quelle est la marche de sa politique. Si le Ciel a béni si visiblement les efforts de l'Autriche dans \e6 dernières années, le monde doit ce bonheur à la correction et à l'immutabilité de sa politique. Toute entreprise dirigée contre cette politique échouera certainement. Que Votre IMajesté me permette de Lui envoyer de loin celte assurance ; ma plus précieuse récompense est de n'avoir jamais fait faire fausse route à mon auguste Maître.

Un changement inattendu , mais très-heureux , qui s'est produit dans la haute politique, c'est la vigilance de l'Angleterre mise en éveil par les projets de l'Empereur de Russie, et l'espèce de tension qui en a été la suite. La conduite du Czar et son influence sur les affaires intérieures de l'Espagne ont amené ce bon résultat. L'Angleterre , la France et la Prusse se rappiochent toujours davantage de nous, et, par notre victoire dans l'affaire de Parme, nous avons remporté un trion)phe complet sur la Russie et sur l'Espagne. J'expé-

OHOANISATION DI' I/ADM I N I ST 11 AT I (> N CINinAM. (1817). 03

«linni procliiiiiM'iiuMil iiii coiiriicr ;'i \ oh»! M.'ijcslr, et j\'iiii':ii I lionnciir. Sire, de Vous htiiniir l;i preuve rie «c (|iic je viens <ravaiieer. \ Olrc Majesté esl .mijoiikI iiiii l'iiiii(|iic Soiivciiiiii qui iiiaiiiJieinie le repos de ri'",iir()|io , cl ce n e.-<l j)as !<• repos seul, niai-, encore lout(>s l("s loinies <l(! ce repos (|ui soni euli'e les mains Ac Voire Majesté.

Mi:TTi:nNi(:n, m. p.

Dieu veuille que je sois en élat de conserver le repos à riùirope aussi lonjjlcmps que je vivrai, et même, si c'est possible, de Tassurer à ceux qui viendront ajnès nous! Yolrn plus grande {;Ioire et votre plus belle consolation doivent être certaiucincnt de m avoir mis à mémo de mettre les choses dans l'état où elles sont aujourd'hui.

François , m. p.

ORGANISATION DK L'ADMINISTnATION CENTRALE EN AUTRICHE.

243. Metternich à l'Empereur Frnnçois (Rapport), Vienne, le 27 octobre 1817, — 244, Proposition (Annexe du Rapport).

243. Sire , depuis longtemps \ oti'e Majesté a daigné accueillir mes idées sur certaines réformes essentielles à accomplir dans l'administration intérieure avec une bienveillance qui m'impose aujourd'hui le devoir de traiter cet important sujet , au moment où la piiase de l'exécution commence.

Dans l'annexe. Votre Majesté trouvera un travail (n" 244) qui à première vue semble ne pas contenir grand chose , et qui pourtant, j'en suis convaincu , renferme tout ce qui est essentiel.

Une longue expérience a appris à Votre Majesté que rien n'est plus opposé à mes tendances que le désir de touchera l'administration sans nécessité et de faire des réformes quand même. Dans ma proposition il n'y a rien de heurté,

rien de subvoisif; on n'y trouverait j)as un seul principe hasardé. Je demande que l'ordre se fasse, parce que, dans Tadministration , le désordre résulte forcément d'une or^janisation (rop compliquée. Dans un Empire comme celui d'Autriche, où le glorieux règne d'une INInrie-Thérèsc et les essais théoriques de son successeur ont si bien préparé les voies; dans un Empire où se montre , en toute occasion , le véritable esprit public qui anime la majeure partie de la nation, où enfin Votre Majesté Elle-même est apparue, pour le bonheur <lu peuple , comme le plus bienfaisant des législateurs, il n'est pas besoin de grands efforts pour réaliser le bien sous toutes les formes. Il faut que la cause des maux actuels (et quel Etat n'a pas les tiens?) soit examinée, approfondie, et que le résultat de cette enquête soit ramené à quelques points très-simples. J'ai entrepris ce travail le jour où je me suis senti assez éclairé, et par conséquent assez fort pour accomplir ma tache.

Toutes les idées que je soumets aujourd'hui à Votre Majesté, que je lui soumets comme étant le résultat de ma conviction, je les ai longuement méditées , étudiées, et elles ont fini par s'imposer à mon esprit avec le caractère de l'évidence même. Votre Majesté ne trouvera dans mon travail rien qui soit nouveau pour Elle. Souvent je me suis entretenu, familièrement et à bâtons rompus , avec Votre Majesté, des idées que j'ai réunies aujourd'hui dans un travail d'ensemble ; depuis longtemps les défauts de l'administration et les moyens d'y remédier me sautaient aux yeux, mais je ne voulais pas m'exprimer à la légère sur une réforme dont les conséquences seront si importantes.

Chaque jour mon esprit s'est astreint davantage à examiner des solutions simples et nettes. J'ai tout examiné, tout pesé, et je ne crains pas de le dire, le résultat de mes études est, sans contredit, très-satisfaisant, car je suis arrivé à des propositions d'une vérité incontestable. Le moment actuel se prête moins que tout autre à l'accomplissement de réformes considérables dans n'importe quel Etat. ^Nlais heureusement notre mécanisme politique repose sur des bases si sûres que, dans l'acception étendue du mot , il n'y a proprement pas de rouages à

ORGANISATION HE I.'A DMINF STHATIÔN CF.NTIUI.K (IHH). 05

siipiiriincr. Toiil (!e que j'ai à proposer pinte sur les principaux ressorts «pii foui mai"eli(>r l<^ toul. l'^t , à ('cl »''{j;ir(l, il n'est pas même hesoiii de l'aire une rt'forme qui tendrait à nu elian{|enieiit ladical dans les formes normales; il snlïira d'introduire iordrc dans les parties , et notamment (^/r/zis //'.s'^;r//7/t'.ç organiques de i autorité centrale de l'h'tat ijui existent déjà.

Je passe h dessein sous silence dans mon travail la situation de la Tlongric. (^ctte question, une de celles qui méritent le plus d'occuper l'administration de l'Etat, est si compliquée de sa nature, (pi'il est impossible de la traiter d'une manière Ira^nientaire dans un travail {général. Souvent Votre Majesté a entendu sans s'émouvoir exprimer l'idée du bouleversement possible de la Constitution bongrolse ; même en 1811, à une époque où une semblable entreprise aurait entraîné infailliblement la ruine de la Monarchie ou du moins l'aurait empêchée de donner, en 1813, la moindre preuve de sa force et de sa vitalité, cette question a été présentée comme une mesure dépendant d'un simple acte d'autorité. Si en ce temps-là je me suis prononcé très-nettement contre cette idée, je n'entendais nullement exclure la nécessité de préparer avec la plus grande circonspection, en choisissant le moment opportun, en procédant avec le calme de la réflexion et de l'impartialité, la grande œuvre d une civilisation possible de la Hongrie,— car il ne peut être question que de cela jusqu'à nouvel ordre. Les quelques observations que je fais sur le rapport qui existe entre mes idées sur l'organisation d'un gouvernement central dans la Monarchie tout entière et la situation de la Hongrie , sont d'une justesse irrécusable. A mesure que l'action du pouvoir suprême deviendra plus forte , on verra tomber les obstacles si puissants qui s'opposent encore aujourd'hui à un changement administratif et constitutionnel que la logique réclame et qui serait extrêmement avantageux pour la Hongrie même.

Je suis bien éloigné de prétendre qu'en adoptant mes propositions on préviendrait tout embarras dans l'avenir. Mais ce qu'on ne saurait nier , c'est qu'un mode de gouvernement basé sur des principes éclaii-és, nettement formulé et défini, — m. 5

ce qui est la conséquence forcée d'idées justes et vraies, — rend tout progrès facile, tandis que la confusion des idées et des attributions dans l'autorité suprême rend tout progrès impossible. Du reste, il n'y a pas d'institution humaine qui ne s'améliore avec le temps, si elle repose sur des principes justes et vrais, de même que la tendance à augmenter l'inertie et la confusion est la conséquence fatale du fait contraire.

Et c'est précisément dans cette vérité , que l'expérience des siècles a confirmée de tout point, que Votre Majesté trouvera une des grandes raisons qui doivent l'engager à organiser solidement les ressorts principaux de l'administration de l'Etat.

Le Gouvernement, tel qu'il est constitué, repose sur un principe de centralisation trop étendu dans l'application journalière. La machine politique marche parce que ses rouages inférieurs sont solides et fonctionnent régulièrement, et qu'à la tête de l'administration se trouve un Souverain capable. Il en sera tout autrement quand viendra l'heure de la catastrophe qui, selon le cours naturel des choses, doit atteindre la Monarchie et le monde actuel; Votre Majesté le sait, car Elle est, comme homme et comme père, ce qu'Elle est comme Souverain. Elle unit la droiture du jugement à l'absence de préjugés. Votre Majesté est appelée à prévenir ces maux lointains; pour y parvenir il n'est qu'un moyen efficace. Il faut que sous Vos yeux, sous Votre main tutélaire , le pouvoir suprême soit constitué de telle manière qu'il soit sûr de rester dans la bonne voie, ou du moins qu'il lui soit difficile de faire fausse route. Votre Majesté se figui-e-t-Elle la marche actuelle des affaires sans Sa présence, sans l'influence souveraine sur laquelle la direction de l'État repose presque exclusivement? Mais il ne suffit pas d'établir des principes pour assurer la force et la solidité d'une grande administration ; dans les premiers temps — et pour les États, les années souvent équivalent à de simples moments, — il faut que non-seulement le chef suprême , mais encore tous les instruments s'habituent à se mouvoir dans leur nouvelle sphère d'action. Votre Majesté n'aura rien fait pour l'avenir, si Elle prescrit dans la dernière période de 8a vie seulement quelque grande mesure d'ordre calculée en vue

OIICANISATION DK 1/ A DM I M STIl AT I(> N CRNT H A I.K (1817) 07

(le ce iiu''iii(' avenir; car ce n'es! jias dans le |)i-iiici|>(; srui, c'<*st aussi dans le cIioIk <Ics moyens |)i()|>i<'s à assurer raceoinplisseuuMil cl le luaiiilicu de la rcJoiine entrepris»', que se tnMiv»? la seule {jarantie possible de la durée d'une œuvre morale. Il sera tout aussi dilfieile à un Prince faible succédant au trône de cban{][er une rè(;le de {gouvernement basée sur des principes solides, (ju'il lui serait impossible de jamais créer et d'introduire une règle semblable.

Que Votre INrajesté dai(jne accueillir le rapport que j'ai riionneur de I^ui adresser avec Sa bienveillance babiluelle, bienveillance dont Elle m'a donné déjà tant de preuves. J'ai exposé dans ce travail mes plus intimes convictions; je l'ai fait brièvement, simplement; c'est la seule manière qui soit digne de mes intentions et de la pénétration de Votre Majesté.

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