‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 21 sur 74 · ANNALES DE LA LITTERATURE · texte numérisé non relu

ANNALES DE LA LITTERATURE

247. Metternich au professeur Matbœus de Collin (Lettre), Vienne, le 10 décembre 1817. — 248. Metternich à Cbarles Boetti{>er (Lettre), Vienne, le 27 décembre 1817.

247. Sa Majesté l'Empereur m'a donné l'ordre de faire publier la nouvelle revue littéraire sous ma direction immédiate, mais non ostensible.

Le programme ci-joint peut donc paraître tout de suite, avec les quelques changements que j'y ai faits*.

Il y a lieu de traiter et de conclure avec la librairie Gerold.

Je vous nomme rédacteur en chef.

Je nomme M. Pilât rédacteur en second. 11 aura pour tâche

* En ce qui concerne le but des Annales, on peut emprunter à ce programme le passade suivant : u Tout ce qui rentre à bon droit dans les obligations d'une revue formera l'objet de ces Annales : elles tâcheront d'embrasser tout le domaine de la science dans les comptes rendus qu'elles feront des écrits les plus importants des auteurs contemporains : l'impartialité dans la critique sera leur première loi; traiter toutes les questions d'une manière sérieuse et solide sera leur principale, ambition.

« Les Annales voueront une attention particulière aux travaux que la science aura produits dans les Etats de l'Autriche : ce qui les v convie, c'est la grande activité qui règne aujourd'liui parmi les savants de notre pavs, ce sont les trésors littéraires dont l'Italie a enrichi notre domaine national. Mais elles étudieront avec non moins de soin les œuvres de toute littérature contribuant au progrès de la science et des arts, et s'appliqueront à les faire connaître au lecteur. Le but de cette publication est avant tout celui-ci : initier suffisamment le public à ce qu'il y a de meilleur parmi les grandes et belles oeuvres des contemporains qui, malgré les nombreuses différences que la diversité d'origine crée entre eux, ne sont animés que par une seule et même pensée, celle d'aider au progrès de la science. » (^Note de l'Editeur.)

ANNAr.r.s 1)1. i\ Il I 1 r.iiA'n m. (isn). 91

«lovons srroiidci" «'ii loiil, cl en iiiriur l('ni|»-. ilc scivir d'iiilcrnu'diîiiro outre nous on (•(»ircs|i()H(laiit (liicclcinciit .ivcc. mol dans lo cas où vous seriez empêché de le faiie.

Toutefois, lu direction desall'aires vous est attribuée spécialoMiont.

La censure <le la revue comprendra deux parties.

Je me char^jerai nw)i-même de la partie polilijpic. La [)artie scientifique et lillérairc sera conliée à un censeur qui sera nommé par le prélV'l de police. Je m'occuperai sans retard des mesures nécessaires à cet effet.

Relativement à toute disposition à prendre pour assurer l'exécution de l'entreprise ou pour faciliter la conduite de l'affaire tant qu'elle durera, j'attendrai vos propositions.

Metternich à Charles Bœttiger. Vienne, le 27 décembre 1817.

248. J'ai reçu votre lettre et votre premier bulletin littéraire; j'ai eu grand plaisir à lire l'un et l'autre. Je vous prie de continuer comme vous avez commencé ; comptez sur toute ma reconnaissance.

Vous trouverez ci-joint une invitation à vous charger d'une entreprise décidée depuis longtemps et désirée également par vous. La nouvelle revue trouvera auprès du Gouvernement une large protection. L'Etat pourvoira aux besoins d'une institution qui ne peut se soutenir que si elle est assurée du lendemain. Convaincue du bien que de sérieux ti'avaux accomplis par de vrais savants peuvent faire aujourd'hui plus que jamais, Sa Majesté accordera toutes les subventions nécessaires pour faciliter l'œuvre de nos hommes les plus éminents dans les diverses branches de la science et de la littérature. C'est là, pour le Gouvernement, la seule manière convenable d'intervenir. Les comptes rendus qui doivent former la matière des Annales de la litlérature seront toujours rédigés dans un sens vraiment savant, réellement cosmopolite. Le caractère des savants que la rédaction invite à collaborer à la revue en est un sûr garant. Je ne me croirais donc nullement autorisé à vous envoyer moi-même cette invitation, si l'avan- III. 7

tage de vous connaître depuis longtemps ne m'en donnait le droit. Recevez, etc.

RÉSULTATS DES NÉGOCIATIONS ENGAGÉES AVEC ROME AU SUJET DES QUESTIONS ECCLÉSIASTIQUES PENDANTES ENTRE LE SAINT-SIÈGE ET LA COUR DE VIENNE.

249. Metternicti à l'Empereur François (Rapport), Vienne, fin décembre 1817.

249. Lors de mon départ de Vienne pour Florence , au mois de juin dernier , les principales questions qui faisaient l'objet de négociations engagées avec la Cour pontificale , et dont Votre Majesté m'avait confié la solution, étaient les suivantes :

a. La renonciation de Sa Sainteté au droit exercé par Elle sur le territoire des ci-devant républiques de Venise et de Raguse , je veux dire au droit de nommer des archevêques et des évéques , ainsi que d'autres dignitaires de l'Eglise ;

h. L'abolition de l'usage suivi jusqu ici , d'après lequel les évéques italiens nouvellement nommés ont à se rendre de leur personne à Rome, pour y recevoir la confirmation pontificale;

c. L'aplanissement des difficultés élevées contre la préconisation du nouvel évéque de Brùnn, ainsi que la cessation du malentendu qui existait à propos de l'évéque de Munkatsch , aussi nouvellement nommé;

d. La disparition des obstacles suscités par le Saint-Siège à la Cour de Vienne relativement au serment à prêter par les évéques autrichiens lors de leur installation, ainsi qu'au cérémonial à observer en cette occurrence ;

e. Les réserves qu'il a fallu faire valoir pour le maintien de nos droits lorsque la juridiction ecclésiastique exercée jusqu'ici par l'archevêque de Milan et par l'évéque de Pavie sur le territoire piémontais a été abandonnée;

f. L'obtention de la confirmation pontificale pour les nouvelles divisions diocésaines ordonnées par Votre Majesté dans»

III'.SI'MATS DES NI^^,n(;lATI()NS AVIC ROMT (iHIT). f)?>

la Ijombardie, dans la Vénélie, dans le Tyrol et dans le VorarllxTj;.

Volio Majesté connaît les raisons pour lesquelles j(; n'ai pas cru devoir user de l'autorisation qu'Elle m'avait accordée de faire un voyafje à Home; par suite, et sous r<'m|)ire des circonstances les plus di'Iavorahles, telles que la maladie du Pape et la condescendance extraordinaire et tout à fait inattendue que la France a témoifjnée j\ la même époque au Saint-Siège en concluant avec lui un concordat, je me suis vu réduit à entretenir une correspondance confidentielle avec le cardinal Consalvi*. Quoi qu'il en soit, j'ai la satisfaction de pouvoir annoncer à Votre IVrajcsté qu'à l'exception du seul point h, qui est relatif au voyage des nouveaux évéques italiens à Rome , tous les autres ont été réglés d'une manière qui répond à Ses vues, et que, pour ce qui concerne ce dernier point, les choses sont en voie d'arrangement, et qu'à part la quœstiojuris, dont la solution a été remise à des temps meilleurs , il y a tout lieu d'espérer que le but final sera atteint en grande partie de facto.

Les explications suivantes fourniront plus de détails sur ce sujet ; je dirai notamment :

Ad a. Que Sa Sainteté non-seulement a consenti à la renonciation dont il s'agissait, mais encore qu'Elle a fait expédier une bulle en vertu de laquelle Votre Majesté et Ses successeurs auront à perpétuité le droit souverain de nommer le patriarche de Venise ainsi que tous les archevêques et évêques dans toute l'étendue des ci-devant républiques de Venise et de Raguse, en tant qu'elles sont incorporées à la Monarchie autrichienne.

Ad h. Que si les tentatives réitérées qui ont été faites pour amener la Cour pontificale à déclarer que les évêques du

* A la date du 19 juillet 1817, Metternicli mandait à l'Empereur François ce qui suit : « La santé du Saint-Père continue d'être très-chancelante. Du reste, la situation à Rome est telle que nous obtiendrons sans secousse tout ce que nous pouvons raisonnablement espérer, et cela sans recourir à une négociation proprement dite. On est consterné de ne pas me voir venir à Rome et je tire de cette attitude le parti qui me semble le plus utile. »

[Note de VÈdileiir.)

royaume Lombard-Vénitien nouvellement nommés seront dispensés de l'obligation imposée à tous les autres évéques italiens de se rendre de leur personne à Rome pour y demander leur confirmation, sont demeurées sans résultat, il n'en est pas moins vrai qu'on a donné à entendre par des voies confidentielles que Sa Sainteté se montrera probablement disposée à accorder une dispense dans des cas exceptionnels, notamment si l'âge , la maladie ou l'insuffisance des moyens pécuniaires empêchaient l'évéque nouvellement nommé d'entreprendre le voyage de Rome.

Ad c. Que les évéques de Briinn et de Munkatsch nommés par Votre Majesté ont , à la suite des négociations engagées sur ce point , déjà obtenu la confirmation pontificale ainsi que les bulles y relatives, et que, par conséquent, ils ont pris possession de leurs sièges épiscopaux.

Ad d. Que la Cour pontificale n'a pas élevé d'autre objection contre les demandes que nous avions formulées relativement au serment des évéques et au cérémonial à observer lors de leur installation , et qu'elle a reconnu sans opposition l'usage suivi jusqu'à ce jour, par ce fait qu'elle a donné ultérieurement la confirmation apostolique aux évéques de Briinn et de Munkatsch susnommés, sans persister à vouloir obtenir une modification dans le serment habituel qu'ils ont dû prêter lors de leur installation , non plus que dans le cérémonial usité.

Ad e. Que, pour nous garantir contre les désavantages qu'aurait entraînés pour nous l'abandon de la juridiction ecclésiastique exercée jusqu'à ce jour par les évêchés de Milan et de Pavie sur le territoire de Novare, nous avons obtenu une déclaration officielle de la Cour de Turin , suivant laquelle cet abandon ne saurait avoir aucune influence sur le domaine temporel, et nos corporations, nos séminaires et nos établissements de charité qui jusqu'à présent ont possédé sur le territoire piémontais des biens meubles ou immeubles, ou bien en ont tiré d'autres revenus, seront scrupuleusement respectés dans la possession et dans la jouissance de ces avantages.

Adf. Que Sa Sainteté s'est déclarée prête à sanctionner la

ni.sri/i aïs ors m.gocia ^l(l^s wi.c. home (isn). loi

nouvel Itî (Uvisioii (liocésaiiic ordoiiiu-t; par Voire Majfsld cl à t'aii'f exnddicr les Lulles nécessaires, dès que les doc.umeiils indispensables à cel eUet seronl tous parvenus à Home, dfxiinicnls pour le protnpl envoi desfpiels j'insiste aujourd'hui auprès de la commission d'or(janisation aulique *.

* In(l<'p«Mi(l;unmfiU des inrsures n;lativf8 an n-glement des «iffaircs intiîritnircs (le ri'liii|iirc, ilont le livre IV contient I exposé, Metternicli a l:n°{|eincnt eontriliné à la création d'autres institutions organiques iin|)ortant('s jiour l'Ëlal, sans «jn'il soit possiMcî toutefois i\c déterniiner sa part d'action d'ajji'ès des doeunicnts authentiques. C'est ainsi nue le Tyrol s'est vu rendre son ancienne eonstilution ; que la Dalinatie a été divisée en cinq cercles; que le royaume tl'lliyrie a été lormé de la Cariiitliie, dt; la Carniole et de certaines parties du Littoral; que toutes les provinces allemandes de l'Autriclie sont entrées dans la Confédération germanique, etc. Tous ces changements, réalisés avec la ctiopéialion de Metternich, remontent aux premières années de l'ère do paix, à 1816 et à 1817.

Il s'entend de soi-même qu'un homme d'Etat du caractère du prince de Metternich, jouissant de la pleine confiance de son Souverain et possédant les riches trésors d'une expérience acquise en des temps difficiles, se soit appliqué au développement intérieur de l'Enipire, ne fût-ce qu'à cause de l'étroite connexion de la situation intérieure avec les relations extérieures, dont le département lui avait été confié. Toutefois il sufHt, d'autre |)art, de songer à la natnro d'un organisme politique bien réglé pour comprendre qu'on ne peut trouver que dans des cas exceplionnels et d'une importance particulière des documents authentiques sortis de la plume du chef d'un ressort, quand il s'agit de questions étrangères à sa sphère d'activité. Car les rapports personnels du Souverain avec l'homme qu'il honore de toute sa confiance; ce que ce dernier fait, ce qu'il dit autour du tapis vert de la salle des conférences où les idées sont échangées directement, de vive voix, tout cela ne laisse, en thèse générale, point de traci;s, au moins pas de ces traces <pie des recherches ultérieures puissent découvrir. A cela vient s'ajouter encore une autre considération : c'est que, pendant la période du règne de l'Empereur François, personne ne tenait plus strictement que l'Empereur François lui-même à l'observation rigoureuse des limites légales de la compétence des différentes autorités, tandis que, pendant la période du règne de l'Empereur Ferdinand, la puissance du chancelier d'Etat, que ses contemporains se sont singulièrement exagérée, a souvent en revanche échoué, dans les questions d'administration intérieure, contre bien des influences contraires. Qu'on nous pardonne en faveur de l'absence de renseignements autobiographiques sur c<.'tte période et sur les suivantes, si le titre du livre qui se termine ici nous a entraîné à présenter au lecteur quelques courtes réflexions explicatives, et à empiéter en partie sur les droits de 1 histoire en parlant de ce que Metternich a fait dan., le domaine de la politique intérieure. (lYo/e de lEditeur.)

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