BUT ET SIGNIFICATION DES CONFERENCES MINISTERIELLES DE VIENNE
379. Discours d'ouverture du prince de Metternich. — 380. Deuxième discours du prince de Metternich.
579. L'Empereur m'a ordonné d'ouvrir les conférences auxquelles nous sommes appelés, en faisant connaître ses principes et ses vœux par un exposé simple, sincère et tel qu'on devait l'attendre de Sa Majesté Impériale dans ua moment d'aussi haute importance pour la patrie commune.
Je ci'ois ne pouvoir mieux remplir les intentions de Sa Majesté Impériale qu'en développant sous les yeux des représentants des Gouvernements de l'Allemagne l'idée qui a motivé la proposition de notre présente réunion.
La Confédération germanique fut créée, à l'époque de la fondation du système actuel de l'Europe , pour servir d'égide au repos intérieur et extérieur de l'Allemagne, pour oflrir à l'universalité de la nation le seul centre de réunion possible,
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pour {^irMiilir riicci i\ cniciil riii(lr|)(>ii(l.°ui('<' de cIihiiiii des Kluts l'c'Mlt'rrs (anl ciivcis ses voisins l'iiisaiil partie «le la f«;(l«'ration, (jiic «le la lodcralion envers rclraii{for.
('{•Ito Conlvdc'ralioii , l'oruiée par le> Princes souvei-ains et à l;i(|iirllc riirciil associées les quatre villes libres rU; ! Allcniajjne, assurait à rciisonililj; fjirelie enilirassail , et à (liaeuii (le ses ineinl»re> en pailiciilier , (puds (pie liiss(,'nt ses iDrccs et ses moyens, un jjajM' eouimun et réciproque de conservation et de prolcclion ; a\anta{;(> inapprticiaMe , qui ne pouvait rprétrc; accueilli de toule part avec la plus vive satisfaction. L'importance d'une pareille union établie au centre de l'Europe, et l'influence salutaire qu'elle devait exercer sur l'affermissement de la paix {générale, ne furent pas méconnues des Cours qui prirent part aux transactions de 1813 et 1814, et la fédération germanique fut, dès sa naissance, placée sous la garantie expresse et solennelle de toutes les puissances européennes.
Celle fédération avait reçu, par l'acte qui en formait la base, ses premières lois fondamentales. La Diète put entrer en activité ; mais il s'agissait de faire fixer par une délibération ultérieure ses attributions, l'étendue de son ressort, les limites de ses pouvoirs, et jusqu'aux formes à suivre dans les parties les plus essentielles de son travail. Cette délibération, d'une nécessité indubitable pour achever et consolider l'édifice dont l'acte fédéral n'avait tracé que les principaux contours, devait, d'après la manière de voir alors généralement adoptée, avoir lieu au sein même de la Diète. Des obstacles de tout p^enre firent ajourner d'époque en époque une affaire aussi importante. Ce fut la première contrariété qu'éprouva l'Allemagne depuis la fondation de la constitution fédérative.
Un mal d'une nature différente, mais dont les effets ne furent pas moins sensibles, vint se joindre à cette première cause de stagnation ; l'influence funeste d'un parti révolutionnaire répandu dans tous les pays de l'Europe, et dont les progrès alarmants se firent sentir dans plus d'une partie de la Confédération germanique ; fléau destructeur des bases de tout ordre social, qui, dans ses commencements, parait se restreindre à un petit nombre d'individus poussés par le méconni. 21
tentement ou par le fanatisme politique, mais qui bientôt 1 entraîne des générations entières, en excitant ronthousiasme et en soulevant les passions de la multitude par l'abus de / quelques mots sacrés et par l'appât trompeur des théories philanthiopiques ; maladie contafjieuse , dont le caractère a été méconnu par plusieurs des Gouvernements de l'Allemagne, tandis que d'autres l'ont traitée avec trop d'indulgence, et que d'autres enfin lui ont opposé des remèdes impuissants, qui les ont jetés dans de nouvelles complications.
Pendant le dernier voyage de l'Empereur en Italie, plusieurs Cours d'Allemagne adressèrent à 8a Majesté Impériale des ouvertures confidentielles, meltant hors de doute que partout on reconnaissait enfin combien il était urgent de prendre des mesures contre un danger que chaque jour rendait plus redoutable. Tout ce qu'il y avait en Allemagne d'hommes éclairés, sincèrement attachés à la patrie et au maintien de l'ordre, était pénétré des mêmes sentiments , partageait la même conviction.
Toujours disposée à consacrer sa sollicitude et ses moyens au bien général, Sa Majesté n hésita pas à accueillir l'idée d un rapprochement confidentiel entre celles des Cours où la nécessité de combattre le mal avait été le plus vivement sentie, et quelques autres qui par leur situation se trouvaient moins exposées à en être atteintes. Sa Majesté Impériale n'avait rien à craindre pour Elle-même ; Elle pouvait espérer que, sous la protection de Dieu, l'action calme et régulière d'un Gouvernement bien affermi garantirait ses États de toute contagion. Mais il ne suffisait pas à l'Empereur de voir son trône et ses peuples à l'abri du danger; il désnait encore remplir ses devoirs envers ses confédérés, autant que les circonstances le lui permettraient. La franchise et la fermeté que Sa Majesté Impériale a portées dans les premières délibérations qui ont eu lieu à ce sujet, le zèle avec lequel Elle s'est chargée de la partie la plus difficile de l'entreprise, sont suffisamment attestés par les propositions qu'Elle a fait faire à la Diète, (jràce à l'unanimité glorieuse qui caractérisa les conférences de Carlsbad, grâce à l'appui fidèle que les arrêtés préparés dans ces confé-
sic:nifh;ati<)n des confkrencks de vienne (isio). :»2:»
miccs oui Iroiivr, l(H> de leur i ('«liiclion , ;'i l;i l)ièlc, minas decisit-' a élé Fait v<'r.s un nicillcui' ordre de choses; (;l pourvu quo It's (îouvcrucinriits «le rAllcniajjnc soient tous éfjalcinent dt'lcrniinrs à ne plus s'écarter <le la route qu'ils vicMuienl de (■Iioi>,ii-, et à la suivre, noii-seiilement dans cet esprit de justice «'( de sa{jesse <|ui a dicté les propositions présidiales du 20 >,epli'inltre, mais encoi-e avec celte persévérance indcxiMe sans la(pielle rien de .|;rand n'a jamais été consommé, le plus heureux succès doit couronner nos déniarclies.
Si les mesures adoptées d'un commun accord, et sur 1 exécution scrupuleuse desquelles Sa Majesté Impériale croit pouvoir compter avec une entière confiance, justifient l'espoir que la tranquillité intérieure de l'Allemagne ne sera pas trouhlée, qu aucun de ces plans pernicieux, ohjet de nos justes appréhensions, ne sera réalisé, il nous reste encore à remonter à une autre source de difficultés, qui se trouve dans l'assiette mal définie de plusieurs points essentiels de notre constitution fédérale.
Cette question n'a pu être ahordée à Garlsbad que par quelques observations générales et préliminaires. Mais toutes les opinions s' étant réunies sur la nécessité de la traiter à fond, Sa Majesté Impériale proposa d'y consacrer plus tard des délibérations particulières. Cette proposition fut accueillie de toutes parts avec cet esprit de concorde et de patriotisme dont les conférences de Carisbad furent constamment animées ; et c'est ainsi que s'est formée notre présente réunion, époque décisive pour les destinées futures de la Confédération germanique.
Il ne me parait pas inutile de m'arréter encore quelques moments aux motifs qui ont engagé Sa Majesté Impériale à proposer cette réunion. La Confédération germanique est constituée partie intégrante du système politique de l'Europe. Tout ce qui compose aujourd'hui le droit public de l'Allemagne est inséparablement lié au pacte qui sert de base à cette Confédération; car non-seulement les droits quelle exerce en commun, mais aussi les droits de souveraineté de chacun des Etats en paiticulier, reposent sur la garantie de ce pacte. Il
n'est plus en notre pouvoir de mettre en question l'existence de rétablissement fédéral ; et il serait tout aussi contraire à l'intérêt bien entendu qu'à la di(jnité des Princes qui y ont part, de le laisser languir dans un état d'imperfection, de le condamner à l'impuissance et à la nullité. Un devoir commun , un devoir indispensable nous prescrit au contraire d'élever l'union fédérative à ce degré de force et de perfection qu'elle devait atteindre d'après les intentions de ses fondateurs. Les progrès que son organisation a faits pendant les trois dernières années sont loin de répondre à une pareille attente.
Sa Majesté Impériale est persuadée qu'un retaid aussi fâcheux ne provient pas d'une opposition de vues dirigée contre le but de la fédération; qu'il faut plutôt en chercher, sinon la seule , au moins la principale cause, dans la fluctualion des idées, dans les notions incorrectes, vagues, contradictoires, sur la nature du pacte fédéral, et sur les relations, les droits et les devoirs qui en dérivent.
S'attacher à fixer ces notions et à les appliquer d'une manière sûre et précise aux différents problèmes qui réclament notre attention, tel est, dans 1 opinion de Sa Majesté Impériale, le principal objet des délibérations présentes. L'expérience a démontré combien il était difficile d'arriver à des résultats satisfaisants par les discussions entamées à ce sujet à Francfort, et il est dans la nature des choses que des explications directes entre les Cabinets devront bien mieux avancer ce travail. L'Empereur est assurément aussi éloigné que chacun de ses hauts confédérés de vouloir restreindre la sphère d'activité de la Diète, ou de porter la plus légère atteinte à la considération d'une assemblée dont, au contraire, tous les membres de la Confédération sont intéressés à soutenir et à fortifier l'autorité.
Mais cette assemblée se compose de délégués procédant dans des formes légales, et d'après les instructions de leurs Gouvernements respectifs , aux affaires qu'ils sont appelés à traiter. L'étendue et les limites de leur ressort doivent donc être fixées, et ce n'est pas l'assemblée elle-même qui peut ou doit se charger de remplir cette condition préalable.
sicNiricA rioN i)i;s conféhencks dk viknm-, (ihim). :(2r»
Lors(|ii'iiii»' lois les ( ><)iiv<'i'ii('in(Mils (|iii cimsliliiciil la (^)uft?(lération so soroiil «miIciuIus sur les hases foiulamentales de leur union et sur le sens dans le(juel on doit les appliquer aux questions positives, la marche de la Diète n'en deviendra que plus sûre et plus facile, et cet avantajje se Fera sentir dans (ouïes les hranelies de ses transactions.
Le président de la Diète a articulé dans une proposition séparée faisant partie de celles du 20 septembre, différents objets de d(>libéralions sur lesquels MM. les envoyés ont demandé des instructions à leurs Cours. Les mêmes objets ont été indiqués dans les lettres d'invitation adressées par le Cabinet de Sa Majesté Impériale à tous les Gouvernements de rAllemajjne comme devant nous occuper principalement dans les conférences présentes. Plusieurs autres questions importantes, déjà soumises aux délibérations de la Diète, mais qui sont restées indécises ou n'ont été que provisoirement réglées, se rattacbent aux susdits objets. L'ensemble de ces matières, dont la discussion à la Diète doit être préparée et facilitée par le concert à établir ici entre les plénipotentiaires des Gouvernements fédérés, est présenté dans le tableau annexé à ce discours.
Sa Majesté Impériale met trop de prix à la conservation et à la gloire du grand corps politique dont Elle constitue Ellemême un des principaux membres, pour ne pas former les vœux les plus sincères pour le succès des conférences qui viennent de s'ouvrir. Sa Majesté Impériale est décidée à faire communiquer sans réserve à cette illustre assemblée ses principes et ses vues sur tous les points soumis à nos délibérations. Elle se complaît dans l'espoir que ses confédérés reconnaîtront dans cette marche une nouvelle preuve de son zèle pour le bien général et pour l'union la plus étroite entre tous les Gouvernements de l'Allemagne ; que son exemple sera généralement suivi, et que l'on sentira de toute part le prix d'une occasion, peut-être unique, pour consulter toutes les opinions, pour dissiper tous les doutes, et pour écarter tous les obstacles. C'est ainsi que nous pourrons nous flatter de donner à la Confédération germanique cette perfection, cette stabilité et, — ce
qui en sera l'effet infaillible, — cette considéi'ation au dehors appartenant de droit à l'union de trente millions d'Allemands, égale en rang et en influence aux premières puissances de l'Europe, et d'assurer en même temps à chaque État en particulier cette garantie commune contre les dangers intérieurs et extérieurs qui, d'après le sens et le texte de l'acte fédéral, a été le principal but de cette respectable union.