EXCURSIONS EN BOHÈME ET A COBOURG
EXTRAITS DK LETTRES PARTICULIÈRES ÉCRITES PAR METTERSICH , DU 27 MAI AU 9 JUILLET 1820.
408. De I'ra,';uo. — Le palais Fiirstenbcrg. — 409. Mariage de l'Ardiiduc Régnier avec la princesse de Carignan. — 410. Souvenirs de Prague. — 411. Même sujet. — 412. De Theresienstadt. — Réflexions. — 413. De Carisbad. — Le comte de Czernin. — 414. De Kœnigswart. — Sur la tombe de Clémentine. — 415. Les affaires. — 416. Construction de deux fabriques de poteries. — Tant va la cruche à l'eau qu'à la lin elle se casse. — 417. Arrivée de la Reine Caroline à Douvres. — 418. Sources d'eau minérale de Kœnigswart. — La fcte de Saint-Antoine dans la chapelle du château. — 419. Visite du prince de Schœnburg. — Fin de la reconstruction du château. — 420. Projet relatif à un caveau de famille. — 421. De Rosenau.
— Réception et visites à Cobourg. — Fête populaire. — 422. Excursions dans le pays, en compagnie du duc. — 423. Plans du château de Cobourg.
— Sur la Reine Caroline d'Angleterre. — 424. De Franzensbad. — Rapprochement entre l'Empereur Alexandre et Metternich. — Victoire rem])ortée sur Capo d'istria. — 425. Le procès de Londres.
Prague, le 27 mai 1820.
408. Je demeure ici dans le palais Fiirstenberg ; il appartient au prince qui, Tannée dernière, a épousé une princesse de Bade. Il a fait arranger sa maison et compte aller l'occuper au mois d'août prochain avec sa jeune épouse. Si le prince
anive et qu'il n'entre pas immédiatement en fureur, s'il ne saute pas aux nues, je le déclarerai l'homme le plus dépourvu de goût qu'il y ait jamais eu. Son intendant, qui est venu me recevoir à la portière de ma voiture, m'a conduit à travers une interminable file d'appartements. En voyant comment ils étaient décorés, je n'ai plus su quelle contenance garder. Partout où la main de l'artiste ou de l'ouvrier s'est exercée, toutes les sculptures, les peintures, les meubles, les tentures et le reste, tout étonne et fatigue le visiteur comme si c'étaient des hallucinations palpables, des rêves biscornus enfantés par la fièvre et le délire. Les chaises du grand salon, par exemple, qui sont en bois noir poli, sont supportées par quatre serres d'aigle dorées, et sur les dossiers, qui affectent la forme d'un écusson, on voit alterner ensemble des aigles et des amours en bois doré. Les meubles sont en damas bleu, ornés de grands bouffis de mousseline qui sont eux-mêmes galonnés d'or et d'argent et bordés de vert et de rouge. Tous les appartements sont pareils. Les deux lits de la chambre à coucher figurent de la rocaille en draperie, sur laquelle sont appliqués des lézards gros comme le poing, des crapauds et des chauves-souris en bois doré. Ils sont placés dans une alcôve à l'entrée de laquelle est suspendue une lampe, sous la forme d'un hibou colossal qui porte un globe en gaze de soie. Dès qu'on couvre le globe, la lumière sort par les yeux du hibou. Ce terrible intendant voulu«t à toute force avoir mon opinion sur toutes ces merveilles ; je lui demandai si son maîtie lui avait envoyé les dessins pour ces œuvres d'art. Il m'affirma avec l'accent de la satisfaction la plus complète qu'il n'en était pas ainsi, et qu'il avait, de concert avec un tapissier, voulu ménager à son bon prince toutes ces surprises. « Gomme le prince sera content, ajoufa-t-il, quand il apprendra que toutes ces belles choses ne coûtent que quatre-vingt mille florins ! 1»
L'intendant voulut à toute force me faire coucher en face de ce hibou ; je protestai que je ne me permettrais jamais de prolaner le lit nuptial de Leurs Altesses en y couchant le premier. Je me retirai donc dans une chambre oii il n'y avait ni
ÉVÉNEMENTS 1)1' JOm El OITAII.S DE lAMM.LE (1820). liO
liilidu ni amours. A peine ëtnis-je seii! dniis cclh^ clianiltrc (|ii(' j'entendis sonner un(; pendule qui faisait autant de hruitquela «loclie d'une église. Je me levai pour clierclier celle CunesU; pendule, mais en vain ; je Hnis par trouver un toul petit tableau rpii représentait l'intérieur d'un villajje, avec une é(;lise sur la tour de laquelle était ailaplée une horlofjcî en miniature : c'était cette dernière «pii sonnait si fort; on aurait pu l'entendre à quatre maisons plus loin. Comme j(> voulais passer une nuit tranquille, je fis décrocher et eidever ce tableau de malheur. Je me recouchai, mais juste à minuit je lus réveillé en sursaut par un air de flûte, qui se fit entendre tout près de mon lit. Je regardai autour de moi, et je découvris (jue c'était ma table de nuit qui me donnait cette récréation intempestive. A force de chercher, je trouvai un bouton que je pressai, et la table de nuit se tint à peu près tranquille jusqu'au matin. Cependant toutes les heures elle faisait des efforts pour recommencer son train, ce qui produisait comme un bruit de soupirs éfonflés. Ce matin je fis venir l'intendant et le priai de me faire grâce de c ' meuble , attendu que je n'aimais pas entendre de la musiqu ' à des heures indues. « C'est le sonino, me répondit le ijiave homme, que j'ai fait faire pour la princesse. La table de nuit du prince renferme un jeu de trompette. — Dieu du ciel! m'écriai-je , est-ce que T-eurs Altesses ne dorment pas? — Oh! si, répondit l'intendant; mais de jeunes mariés se fatiguent facilement, et cela les fait dormir; du reste, on peut arrêter le mouvement et faire cesser la musique. — Mais pourquoi, demandai-je, un appareil à musique, si c'est pour l'arrêter? — Eh! mais, répliqua-t-il d'un air triomphant et fin, il peut venir au prince toute sorte d'idées gaies, et dans ce cas il a toujours une fanfare toute prête. )>
Tout cela ressemble à un rêve; mais je ne conseillerai pas à une femme de se faire faire un sonino avec un jeu de Hûte ou de permettre à son mari des trompettes cachées. De pareilles récréations empêchent tout le voisinage de dormir.
J'espère passer une bonne nuit aujourd'hui, car j'ai fait éloigner, au grand mécontentement de l'intendant , toutes ces
machines bruyantes. Je suis convaincu que le pauvre homme me méprise pour ma bêtise et pour mon peu de goût.
28 mai.
409. Le mariage de l'Archiduc Régnier avec la princesse de Carignan a eu lieu aujourd'hui. La fiancée est merveilleusement belle. Elle a une demi-téte de plus que moi, ce qui ne rempéche pas d'avoir une jolie tournure. La tète a une expression de noblesse remarquable ; elle a les yeux longs et langoureux, le nez petit et finement découpé ; sa bouche est bien faite et cache les plus belles dents que j'aie jamais vues, et pourtant, malgré toutes ces perfections extérieures, je trouve qu'une aussi grande femme manque de charme.
31 mai.
410. Les époques mémorables oii j'ai visité cette ville se sont suivies bien rapidement. En 1812, j'ai passé deux mois ici avec l'Impératrice des Français, et en 1813 j'ai porté à son mari le coup mortel.
Que de choses m'ont passé par la tète et se sont présentées sous ma plume pendant ma vie publique! Ma biographie me fera peut-être connaître d'une manière défavorable, mais du moins elle ne sera pas ennuyeuse. On lira peut-être avec intérêt l'histoire des années que j'ai passées avec Napoléon, jouant avec lui comme une parlie d'échecs, et pendant lesquelles nous ne nous sommes pas quittés des yeux, moi pour le faire mat, lui pour m'écraser avec toutes les pièces de l'échiquier. Ces quinze années ont passé pour moi avec la rapidité d'un instant.
l*"" juin.
411. II y a sept ans aujourd'hui que j'ai quitté Vienne pour accompagner l'Empereur, qui allait se mettre à la tête des troupes rassemblées en Bohême et tout autour de ce pays. A
évi'nemf.NTS nu joun et ni .taii.s di; i amii.i.e (ik'jO). :!.-,i
la même heure que celle où j'écris, je rencontrai Ncsselrnde en passant par un viiiajjo; il nous croyait encore fraïupiillcnient à Vienne. Je lui remis une dépêche pour I Mnipcrciir Alexandre, dépêche si laconi(|ue qn*' je me la raj)pclle encore aiijoiirdMuii mol pour mol. l'aile éliiil aiii.^i conçue : ttSire,i:oiis sommes là ; patience et conliance ! Je vous verrai dans trois jours, et dans six semaines nous serons alliés. »
La confiance n'existait pas encore; mais elle vint plus tard, et elle fut juslidée. Quant à la patience, il fallait qu'elle vînt, parce que nous étions parfailemcnl résolus à ne pas nous presser.
TlieresienstaJt, le 7 juin.
412. J'ai passé une demi -journée dans une propriété magnifique. Tout le pays qui avoisine Wcltrus"^ doit sa heauté à la seule nature. \jC parc est digne de l'Angleterre. Quand parfois il m'urrive de visiter une demeure hospitalière qui se trouve loin du monde et des tracas de la politique, je me sens comme un prisonnier qui découvre un rayon de soleil. Cette lumière n'est pas pour moi ; je sais qu'on ne fait que me la montrer pour me r.'.mener ensuite dans ma sombre cellule. Mais mon cœur n en palpite pas moins et rêve un bonheur durable qui n'est pas fait pour moi. Je suis certainement un des hommes les moins accessibles à l'ambition, et les plus faciles à rendre heureux. Pourquoi le sort m'a-t-il jeté dans un labyrinthe qui ne conduit jamais au bonheur? Nous avons un saint qui a conquis le ciel parce qu'il est resté pendant je ne sais combien d'années debout sur une colonne en se tenant sur un pied : bien que je me tienne sur mes deux pieds, je puis néanmoins me comparer à saint Simon le Stylite. Son mérite est d'avoir gardé longtemps une position incommode; la mienne ne l'est pas moins. Il étail patient, et moi aus.-«ij ai prouvé bien souvent queje possède cette vertu. En revanche, je crains de ne jamais entrer au ciel, parce qu'il y a des jnoments où je suis d'une
* Cette propriété appartient au comte de Chotek. (iN'ofe de l'Editeur.')
impatience telle que je perds en un clin d'oeil le bénéfice de longues années de patience. La légende prétend que le saint ne s'est jamais impatienté, et c'est là ce qui fait le désespoir de son collègue.
Carisbad , le 11 juin.
415. Me voilà de nouveau dans ce Carisbad qui, depuis l'année dernière, est en si mauvais renom chez les radicaux de l'Allemagne . J'ai passé la nuit d'avant-hier à Teplitz, chez le prince de Clary, et celle d'hier à Schœnhof, dans un château du comte de Czernin, qui est digne de porter son nom. Le propriétaire de cette belle demeure est un brave et honnête homme à tous les égards, mais il est laid à faire peur, comme chacun le sait. H y a quelques années, le prince Louis de Rohan l'a surnommé « l'ambassadeur des morts » , et ce sobriquet lui est resté.
Kœnigswart, le 12 juin.
414. Il y a deux ans, je suis venu ici pour visiter la tombe de mon père. Qui m'eût dit alors que je reviendrais si tôt pour prier sur la tombe d'une enfant qui resplendissait de beauté, de santé et de bonheur? Un de mes amis m'a envoyé ces quelques vers, traduits librement d'Ossian :
liepose doucement, aimable rayon.
Tu es descendu bien tôt derrière les montagnes;
Qu'il était beau, qu'il était majestueux, ton déclin!
On eût dit la lune planant sur l'azur de la vague tremblante. [compagnes.
Et voilà que tu nous a laissés plongés dans les ténèbres, t-ti, la reine de tes
Il ne faut pas croire, du reste, que les derniers vers eussent répondu à l'idée que la pauvre enfant avait d'elle-même ; elle était simple comme la vraie beauté, et ne se doutait pas qu'elle était remarquable entre toutes ses amies. Que de fois ne m'at-el!e pas dit, lorsque les passants s'arrêtaient pour l'admirer: « 11 faut que ces gens n'aient jamais vu un cliapeau comme le
KXcriisioNS IN l»(Hll^^!l•; 1. 1 a coiioi hg (ib-jo). 35;»
niicii! )i On Invii elle s'cxiiiiiinait pour voir s'il n y avait rien (le <l('raiij;(' dans sa Inilcilc. l'JIe Irouvait foiijours les antres |)Ius belles (jirelle-niènic, et je l'ai vue un juiir <M»vier la tête d'une petite Hlle bossue.
Je suis snrquc Lawrence la re{jrette, non pas à cause de sa beauté, car il en a peint de plus belles encore, mais parce qu'il m'est attaebe et qu'il sent ce que i'éj)rouve. Lawrence est un excellent boinnie; il est, de plus, très-intelligent; il faut l'être beaucoup pour être rêelbunent bon.
Il pleut ici, comme toujours du reste. Comme je veu.\ bâtir, j'ai emmené mon architecte de Vienne (Nobili).
14 juin,
415. Le meuble indispensable ici, c'est un parapluie. Du reste, la végétation se trouve bien de ce temps ; la verdure des arbres et des prés est admirablement belle.
J'espérais ne rien faire pendant huit ou dix jours; aussi ai-je été épouvanté de trouver ici quatre courriers à la fois, qui étaient venus de tous les points de la terre. Je ne puis donc guère songer à jouir de ma solitude. Aussi ai-je écrit toute la journée. Minuit sonne en ce moment; il n'y a certainement aucun de mes sujets qui veille encore.
15 juin.
416. Depuis la dernière fois que je suis venu ici, j'ai monté deux fabriques de poterie ; elles sont d'apparence fort modeste, mais n'en sont que plus utiles. Dans l'une on fait des cruchons pour l'eau de Marienbad, dans l'autre des pots de terre pour les cuisinières de la Bohême. Mon but en créant ces deux établissements, c'est d'arriver à brûler quelques milliers de cordes de bois qui autrement pourriraient dans les grandes forêts. Rien n'est plus difficile à, transporter que le bois et ma personne, et si le premier sert à faire des pots, je crains de subir la même métamorphose.
Du reste, je ne souhaite pas qu'on me fasse le compliment ni. 23
que la grande maîtresse de la Cour a fait un jour à la seconde femme de notre Empereur. L'Impératrice était sur le point d'accoucher de son sixième ou de son septième enfant, et elle j avait peur ; la grande maîtresse voulait la rassurer. L'Impé- ! ratrice lui répondit par le proverbe : Tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se casse. « Mais, répliqua vivement la dame, j Votre Majesté oublie quEWe est une si bonne cruche. » Il est vrai qu'il y a cruches et cruches; mais je n'en connais point qui ne se casse à la fin, et je crains que cet accident n'arrive à celles que je fabrique aussi bien qu'à moi-même.
16 juin.
417. La Reine Caroline est arrivée à Douvres; le peuple a dételé ses chevaux et a traîné sa voiture de Douvres jusqu'à Canterbury. Cela ne m'étonne pas; on aurait probablement jeté de la boue à une reine vertueuse et digne de la couronne ; quant à elle, elle a dû naturellement être menée en triomphe.
18 juin.
418. Je fais un véritable cours d'eaux minérales, car je possède vingt-deux sources dans ma propriété. Je fais construire des bains publics à un endroit où se trouvent réunies trois sources excellentes, mais ayant des propriétés diverses.
C'est aujourd'hui la Saint-Antoine ; on la fête avec beaucoup de solennité dans la chapelle de mon château. Il n'y a guère d'endroit en Bohême où l'on ne trouve un orchestre complet et de très-bons choristes et solistes. A la messe d'aujourd'hui, mon orchestre m'a fait la surprise d'un Gloria, qui fut chanté sur l'air de « Ombra adorata » ; après quoi la première chanteuse entonna un Pater noster avec accompagnement de trompettes et de timbales. Ce Pater en latin était entremêlé de roulades qui estropiaient les mots d'une façon tout à fait comique ; par exemple: «Da nobis papanem papanem , netnpa nem, papa!» 11 n'y avait certainement pas dans l'église un seul enfant qui
KXC.I'USKINS r.N IIOIIK.MK KT A (.oriomC (1820). 356
uc fùl cuiiviiiiicti (|ii'il ('lUciidiiil le latin. L'air plut Itcaiicoup aux paysans.
21 juin.
410. J'ai ie<;n anjourd'luii la visite d'un homme tresaiiuaMo, d'un bon compagnon, le prince de Schœnbur(j. C'est un cliasseur passionné, un excellent (garçon ; aussi a-t-on du plaisir à le recevoir dans un château solitaire.
.l'en ai Hni avec mes plans de reconstruction du château. J'aurai un corps de logis principal avec deux ailes; l'une des deux n'est encore achevée qu'à moitié. Quand le tout sera terminé, je pourrai facilement loger trente personnes.
29 juin.
420. Je suis décidé depuis longtemps à construire un nouveau caveau. L'ancien, où reposent mes ancêtres et ma pauvre fille, est mal situé. Je viens de trouver un emplacement trèsconvenable pour la future construction. Je vous ai écrit il y a quelques mois que, sur ce domaine, un château et un village ont été détruits par un incendie. Au lieu de faire rebâtir ce château pour l'usage des vivants, je vais le faire reconstruire en vue d'assurer aux miens et à moi-même un dernier asile. Je feiai élever un monument qui n'aura pas son pareil en Bohème et peut-être dans toute l'Europe. J'aime tout ce qui défie le temps. Je vais donc ériger un monument égyptien ; ce ne sera pas une pyramide, mais la chapelle et le caveau seront en style égyptien : c'est le seul qui résiste aux années et aux intempéries des saisons. On trouve sur place de nombreux matériaux; je n'aurai donc qu'à mettre pierre sur pierre. Il n'entrera pas un seul morceau de bois dans la construction du monument, qui sera érigé au milieu d'un jardin, sur une colline d'environ soixante pieds de haut*.
* Metternich semble avoir voulu parler du chàte.iu de Miltigau, qui fut détruit par un incendie au mois d'avril 1820. Le caveau de famille fut construit plus t^id (en 182S) à Plasz. {Note de iÉdileur.)
Rosenau , le 2 juillet.
421. J'ai quitté ma propriété le 30; j'ai couché en route, pour ne pas arriver de trop bonne heure à Gobourg. Le gîte était détestable, ce qui, du reste, m'est parfaitement égal, vu que j'emmène toujours avec moi mon lit et mon cuisinier.
Hier, à midi, j'ai fait mon entrée à Cobourg, où m'attendaient toutes les jouissances problématiques que peut donner Tobservation des règles d'une rigoureuse étiquette. Maréchaux du palais, chambellans, pages, etc., étaient là pour me recevoir au sortir de ma voiture. Je fus conduit dans mon appartement comme le Saint-Père après la procession de la Fête-Dieu. Visite du duc, visite rendue au duc; visite à la duchesse, à la duchesse mère, à la duchesse sœur (duchesse A. de Wurtemberg) ; puis grand dîner, grand cercle à la Cour, grand concert, grand souper. Moncoucher seul a été modeste; il l'a même été tellement, que j'en ai été ravi. Aujourd'hui, nous avons quitté la capitale pour nous installer à la campagne; heureusement, là aussi on a laissé l'étiquette de côté. Rosenau est un petit château; nous ne sommes que cinq personnes à l'habiter : le duc, la duchesse, une cousine de cette dernière, un des messieurs de ma suite et moi. La conh'ée est ravissante; le parc a deux lieues de tour; il est admirablement entretenu. J'ai rarement vu quelque chose de plus joli et de plus confortable. Le soir, il y a eu une fête populaire où tout le monde, excepté moi, a dansé avec les paysans. Je ne pus échapper au plaisir de danser avec une jolie villageoise que grâce à un mensonge; je lui dis qu'en 1813 un boulet de canon m'avait effleuré le mollet gauche.
4 juillet.