‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 50 sur 74 · SUITE DES CONFERENCES MINISTERIELLES DE VIENNE · texte numérisé non relu

SUITE DES CONFERENCES MINISTERIELLES DE VIENNE

A68. Metternich à Neumann (Lettre), Vienne, le 25 janvier 1820. — A69. Metrernicb à Rechberg (Lettre), Vienne, fin janvier 1820. — 470. Metternich K Neumann (Lettre), Vienne, le 2 février 1820.

468. Je ne doute pas que lord Castlereagh ne soit satisfait de la tournure que j'ai trouvé moyen de donner à la question

* Les documents suivants se rattachent à ceux de l'année 1819 (n"' 374- 380). {Note de l'Éditeur.)

Srn K DKS CONFl'nFNCFS DE VIENNK (1820). 385

politique et militaire. C'est dans cellt! (jucslioii, la plus inipoitantc sans nul douti; pour rAutiiclie et la l'russe, que de tout temps il a existé le plus d'idées et de vœux opposés dans les Cours allemandes. Les unes, telles que la Prusse, voulaient cv. qu'il eût été danfyereux pour la fédération et coniproinetlant vis-à-vis de l'Murope de leur (aire accorder. D'autres, telles que la Havicre et le Wurlemheqj, ont constamment voulu nous isoler dans cette question de la fédération, l'^n cas de guerre entre l'Autriche , la Prusse et la Russie , la Bavière se serait trouvée placée ainsi à la tête de la fédération purement allemande. Cette attitude aurait commencé par une déclaration de neutralité armée. La marche des événements aurait réglé le reste, sans qu'il eût été possible d'en mesurer l'étendue.

Le fond de ces pensées se retrouve dans plusieurs des instructions apportées ici par les plénipotentiaires. C'est en partie au soin que j'ai eu d'ajourner la discussion sur l'affaire, que je dois d'avoir gagné le procès. Il a fallu établir pour les fédérés une telle somme de sécurité et même d'avantages, que ce qu'ils regardent comme des sacrifices a dû disparaître à leurs yeux. Les rédactions seront soumises à la ratification des Cours. Il est possible et peut-être même probable qu'à cette occasion la Bavière et le Wurtemberg voudront encore regimber, mais il ne leur restera qu'à accéder. On ne renverse pas un édifice dans toutes ses parties, pour un coin incommode à habiter ; mon soin est de tellement lier les différentes parties de l'édifice fédéral, que vouloir en renverser une, c'est les attaquer toutes.

Je ne doute pas que le travail complet de la conférence ne puisse être envoyé aux Cours du 12 au 15 février. On auia fait un travail immense en bien peu de temps ! C'est l'expérience que j'ai acquise dans le cours des six dernières années de Congrès, qui seule a pu amener des résultats pareils à ceux que nous offrirons à l'Europe

Metternich à Rechberg, ministre des affaires étrangères de Bavière. Vienne, fin janvier 1820.

4G9. ... L'Allemagne entière, — ses hommes bien pensants tout comme les autres, — s'est à peu près généralement trompée sur le but de notre réunion à Vienne.

Tout le monde a cru que nous allions renverser tout ce qui tient aux formes , qui malheureusement ont été transplantées sur le sol allemand (ce sol si historique, si classique et si profond), dans le cours des deux ou trois dernières années. Les uns ont pensé que nous avions raison de le faire, les autres ont jeté les hauts cris. Or nous ne faisons pas ce que l'on a prévu , et j'avoue franchement que , dans mon àme et conscience, je ne me permets pas de le regretter, parce que je ne regrette pas ce qui est impossible.

Il en va, au reste, de ce qui se passe aujourd'hui chez vous, et de ce qui probablement va se présenter sur une ligne plus tranchante encore en Wurtemberg , comme il en va toujours et partout où l'on ne suit que l'impulsion d'un parti

J'ai eu soin de hâter l'interprétation de l'article XIII *, car j'ai entrevu la nécessité d'écarter , et chez vous et en Wuitemberg, la seule opposition qui eût pu se fonder sur une base juste en apparence.

Votre constitution est, sans aucun doute, la moins mauvaise de celles données dans le midi de l'Allemagne; tandis que celle du Wurtemberg me semble ne pas pouvoir marcher. J'ai écrit dernièrement à Saint-Pétersbourg que je croyais que le résultat de nos conférences serait le plus désastreux possible pour le Roi de Wurtemberg et pour son peuple, — vu qu'ils seraient condatnnés à garder leur constitution.

Telle n'est pas la conclusion chez vous. Vous pouvez conserver sans malheur positif, et vous pouvez même gagner

* L'article XIII de l'acte fédéral se rapporte aux constitutions provinciales des États de la Confédération.

(Note de l'Éditeur.)

srnr. i>i:s coNFKnFNCES in, vir.NNK (isao) ahi

beaiu'oiip cncort^ ou l;iisiiul \\\\ râglemcnt vigournux . Coin- «pie ce rè{;Ieinent le fi"il copomlant véritahlcinenl, il inc p.irallrait iii{;iM»t : I

1* Qu'il lui. adopté c^jalcmcnl par les Kiats qui sont dan.i le cas de s'en donner un;

2° Que pour le renlorcer davantage, il y eôt dans nos travaux d'ici (pielques principes exprimés, qui pussent servir d'ajjpui aux (iouverncnicnls faibles ou timorés.

J'ai parlé du premier de ces points de vue à Zentner', et il est d'accord avec moi.

Quant au second, je trouverai moyen de placer la chose dans l'une ou dans l'autre partie de notre travail, cl je n'en ai parlé à personne.

Si vous entrez dans mon idée, tâchez de donner quelque instruction dans ce sens à vos plénipotentiaires, car je n'aurais aucune raison de ne pas m'adresser droit à Zentner, si ce n'était celle que je désire ne rien faire in bavai'iis, sans vous ménager Tinitiative.

J'étends cette question particulièrement à l'une des com plications les plus graves que présentent les formes des nou • velles constitutions, savoir : la publicité des séances et la sténographie des protocoles. Je prétends que nul État monarchique de moins de dix à douze millions d'âmes ne peut résister à cette forme. Les hommes dans des Etats restreints sont trop rapprochés; les injures sont trop poignantes, et rien ne compense leur influence, car les objets d'ambition sont trop mesquins. J'avoue qu'en qualité d'ambitieux, j'aimerais beaucoup mieux jouer le rôle d'un Liebenstein que d'un Berstett à Garlsruhe

Ce qui se passe à Berlin est d'une importance immense pour le salut du monde. Teplitz n'a pas été perdu, et Carlsbad a tout sauvé. Laissez crier quelques fous, et jouissez en paix de votre triomphe.

* Ministre bavarois et plénipotentiaire ans conférences ministérielles do Vienne.

{Note de l'Éditeur.)

Metternich à Neumann. Vienne, le 2 février 1820.

470. Je puis vous assurer que nos affaires sont finies ici. Le plus important travail, à la fois le plus long et le plus directement lié à Tensemble du système fe'déral , a déjà passé une fois au Plénum, et il a été admis, sauf quelques corrections grammaticales, qui seront terminées d'ici àdeux jours. Je vous l'enverrai par le prochain courrier hebdomadaire. Ce n*est qu'après l'avoir lu que vous pourrez avoir une idée claire de ce que nous faisons ici.

Il vous développera tout le jeu de cette grande Confédération. Vous y verrez précisés les droits et les devoirs des confédérés et la sphère d'activité de la Diète. J'espère que M. de Capo d'Istria finira même par comprendre l'un et l'autre. Il verra que la Confédération est unie, et que la Diète n'est pas sa Souveraine ; que quelques nuances séparent la Confédération monarchique allemande de la Confédération républicaine helvétique ; que le canton de Baie n'offre point de similitude avec la Bavière ou avec la Prusse, et que même le rôle du landamman directeur n'est pas celui de l'Empereur d'Autriche.

Les états de Bade vont se rassembler. Ce fait déroutera de nouveau le comte Capo d'Istria. Il va croire que pour le coup nous tombons en enfance. Rassembler les états , et faire des lois contre les assassinats libéraux ! faire les lois du 20 septembre , et ne plus en parler à A'^ienne ! Il y a dans tout cela de quoi confondre bien des systèmes. C'est que tout bonnement nous ne renouvelons pas ici, mais nous édifions; nous ne revenons pas sur ce qui est fait, nous faisons de bonnes lois contre tous les genres d'excès, et nous abandonnerons à chaque État le soin de veiller à sa sûieté intérieure, en lui garantissant un appui fort et général pour le jour où il pourrait en avoir besoin. Nous faisons, en un mot, la paix et la tranquillité, en tant que des lois peuvent assurer l'une et l'autre.

OPPOSITION i)i; wuin r, M 111,11 r, (iHio). sut

l'opposition 1)1! WIIHTIMIIEIU; \ I.A r.OMPI-.TKNCK DES CONFÉnENCES MINISTÉIUELLES DE VIENNE.

471. Mctternicli à rEmpciouf l'Vanc.'ois (Exirnit de rappi)rt), Vienne, le 31 mars 1820. — V72. Mettcrnich à VViii(/.iii{;i rode (F^cttrn oniciellc). Vienne, Kriil mars IS2(). — 473. Metternich à VVintzinyerode (Lettre conlidcnliclle^, Vienne, le 31 mars 1820.

471. Presque au moment de la clôture de nos conférences, qui sont airivtîcs si heureusement à leur terme, la Cour royale de Wurtemberg tait une tentative pour rendre vains des travaux qui nous ont coûté quatre mois d'efforts.

La Cour de Wurtember(j ne veut pas que nos délibérations al)outissent à une œuvre définitive , à un acte signé à Vienne; elle prétend ne les considérer que comme de simples travaux préliminaires qui doivent être complétés et recevoir leur sanction à la Diète.

La première manière d'agir produira l'apaisement dans les esprits ; la seconde produira l'agitation. Tous les Gouvernements allemands ont fait voir jusqu'à l'évidence qu'ils étaient unanimes à vouloir le bien de la Confédération ; Votre Majesté n'a eu que des paroles de concorde à faire entendre, et l'union s'est faite ; car elle existait dans les cœurs des Souverains allemands, et les plénipotentiaires étaient d accord pour n'apporter à nos délibérations que des vues éminemment sages et éclairées. Mais des sentiments tout opposés semblent régner dans le cœur du Roi de Wurtemberg. Si l'on peut faire des conjectures en s'appuyant sur une chose incompréhensible, on ne peut arriver qu'à la conclusion suivante : c'est que le Roi ou, — j'ose encore l'espérer, — que ses conseillers tâchent de porter une seconde fois devant la Diète la question des intérêts particuliers du pays , dont le respect a déjà été assuré à la suite de délibérations préalables, et qui, du reste, sont inséparables de l'intérêt général de tous les Gouvernements allemands. Ils veulent profiter de la discussion des résolutions prises par la Conférence pour produire à la Diète des explications, des objections et des déclarations soi-disant libérales; û^

espèrent par là faire croire que tous les Souverains sont victimes d'un système d'oppi^ession et, d'autre part, conserver au Roi de Wurtemberg une réputation de popularité. On admet que la chose s'accomplisse ; mais le Roi veut avoir l'air de cécfer à la violence.

Les conférences de Carlsbad nous ont éclairés sur ces menées. Le plénipotentiaire du Wurtemberg, qui y assistait, terminait presque toutes ses propositions par la restriction suivante : il demandait « que les résolutions qu'elles devaient entraîner fussent prises par les autres membres de la Confédération, et qu'elles fussent imposées à son royal Maître » . C'est ainsi que le même plénipotentiaire parlait dans ses discours et dans ses écrits de démonstrations militaires, de concentration de troupes autrichiennes dans le Tyrol et de troupes prussiennes sur le bas Rhin. C'est ainsi que le Roi s'est conduit au mois de scpîenibre dernier, lors des discussions qui ont eu lieu à Francfort, lors de son voyage à Varsovie comme depuis son retour à Stuttgart. Enfin c'est ainsi qu'il se conduit à Vienne, et il est incontestable qu'il agit d'après un plan raisonné

Le Roi de Wurtemberg a fait une tentative qui ne lui réussira pas. Pour la faire échouer, il suffira de la fermeté de Votre Majesté et de l'excellent esprit qui anime tous les autres Gouvernements et leurs délégués.

Dès que le comte de Mandelslohe m'eut fait sa communication, je regardai comme un devoir de ne pas agir seul. Au jour de l'attaque , il faut que chaque combattant soit sûr qu'il n'a rien à craindre de son voisin ; il est certain que la Confédération germanique ne peut prospérer que si elle est soutenue et protégée par une volonté ferme et unie. Tandis que je faisais cette déclaration verbale au comte de Mandelslohe, je suis entré en pourparlers avec les autres délégués. Votre Majesté daignera constater à la lecture de l'annexe l'heureux résultat de cette première démarche*.

Voir les points 1" et 2° de la dépêche ci- après (n° 472).

i^Note de l'Editeur.)

OPPOSITION ni! WIIHTEMIJEHC (1820). 391

Je |)r(Mi(ls aussi l:i liltcilé de soumeltrc h Votre Mtijeslé, dans mic aiilrc annexe* , le projet d'une lettre à adresser par Elle au lloi tle Wurleinljcr(j.

Aussitôt que Votre Majesté l'aura si{][née, je m'empresseiai de faire partir l'expédition pour Stuttjjart.

Mettcrnith à Wîntzingerodc, ministre de Wurtemberg (Lettre officielle), Vienne, le 31 mars 1820.

472. En me remettant la lettre de Votre Excellence, datée du 20 courant, M. le comte de Mandeislohe m'a communiqué, selon les instruefions qu'il a reçues, la déclaration qu'il était chargé de consigner dans le protocole des conférences de Vienne.

Mon premier désir, en recevant cette communication, devait être de me convaincre si la Cour royale de Wurtemberg a l'intention de se déclarer à la fois contre le fond et contre la forme, ou seulement contre cette dernière. Ce point est de la plus grande importance, et j'ai pu avec raison me permettre d'avoir des doutes à cet égard, bien que dans le protocole il ne soit question que de la forme.

En effet, il ne s'agit pas seulement de savoir si les résultats des conférences de Vienne prendront un caractère obligatoire sans une nouvelle discussion à l'assemblée fédérale, ou s'ils doivent être soumis en la forme ordinaire aux délibérations de la Diète. La question a une bien plus grande portée. Les Cabinets réunis ici ont formulé avec tant de succès les principaux objets de leurs délibérations; ils ont surtout réglé si heureusement le point, si important pour l'Allemagne tout entière, de la détermination des droits des confédérés, que l'œuvie telle qu'elle existe peut répondre aux meilleures espérances. Ce travail si avancé, si près d'être entièrement achevé, doit-il être mené à terme, ou bien doit-^on le mettre de côté comme un essai mutile et manqué? Voila quelle est aujourd'hui la véritable question. C'est une question qui, j'en suis convaincu, — et tous les plénipotentiaires ici présents partagent

entièrement ma conviction, — intéresse plus l'avenir de la Confédération que n'importe quelle différence de vues relativement à la forme à observer en ce qui concerne l'assemblée fédérale.

Comme M. le comte de Mandelslohe n'a pu me .'burnir des éclaircissements complets sur ce point, j'ai dû m'assurcr s'il avait positivement reçu l'ordre de faire enregistrer officiellement sa déclaration dans la première séance plénière qui aurait lieu après notre entretien, ou s'il se croyait autorisé à différer cette démarche jusqu'à la réponse aux communications actuellement expédiées par ce courrier. M. le comte s'est déclaré obligé à accomplir immédiatement sa mission.

Les choses étant ainsi, il ne me restait plus qu'à dire de mon côté à M. le comte de Mandelslohe que je ne me croyais nullement fondé à m'engager avec lui dans la discussion et dans la justification de la forme adoptée pcr unanimia dans la dixhuitième séance, et que je ne poun-ais prendre une résolution à cet égard qu'après m'étre expliqué préalablement avec tous les plénipotentiaires. J'ajoutai à cette déclaration la réserve suivante, commandée par la nécessité : c'est que tout préjudice résultant de la prolongation inutile des conférences de Vienne, qui intéressent à un égal degré l'Allemagne entière, serait imputé à la Cour opposante, et que celle-ci en serait responsable.

Je me suis abouché sans perdre de temps avec les autres plénipotentiaires, et voici quel a été le résultat de notre conférence :

P C'est qu'il ne peut y avoir aucun temps d'arrêt dans la marche des affaires que nous discutons ici ;

2° Que tous les membres du Congrès sont résolus à maintenir dans toute son intégrité l'œuvre entreprise ici et amenée presque à son terme par des délibérations qui durent depuis quatre mois, et à s'y obliger solidairement, par suite de la résolution commune prise le 4 mars ; qu'à cet effet ils s'engagent tous à repousser une nouvelle délibération à la Diète relativement à cette question.

Pénétré du sentiment de la nécessité de tout tenter pour

OIMMtsnniN Dtl Wl HTKMIIKIU; (18-JO). 303

éparfjtuT à la pairie alUiniiiirlc et à l'Europe le fârliciix spectacle d'une conférence des Gahinets «les Cours d'Alleniajjne prolon(;ée pendant (piatre mois sans résultat ou, ce »pii reviendrait au même, sans épuiser les questions à résoudre, l'ai pris en nu'inc (('iii|)s sin- moi de communiquer à Votre Excellence, dans I annexe d(! ce tle lettre, l'avis unanime de MM. les plénipotentiaires sur le choix de la forme détinitive

Fn remplissant ce devoir, je suis particulièrement cliar{]é par 8a Majesté l'Empereur de déclarer solennellement en son nom qu'Elle ne voit que deux moyens possibles de mener à bonne fin l'affaire que nous traitons ici ; il faut :

Ou bien rédi^jer sous la forme d'un acte ratifié par les Gouvernements de la Confédération les résolutions prises à Vienne comme des résultats admis déHnitivement, et remettre à l'Assemblée fédérale le soin de consigner cet acte dans les archives de la Confédération et de le publier selon les formes constitutionnelles observées ordinairement ;

Ou bien soumettre à la Diète les susdites résolutions sous la forme d'un rapport de son président, en se conformant à l'engagement pris ici par tous les Gouvernements de prescrire une adhésion complète et absolue à leurs représentants à la Diète.

Toutes les voix se sont prononcées pour l'adoption du premier de ces deux moyens ; le second a dû être rejeté par tous les plénipotentiaires, d'autant plus que Sa Majesté l'Empereur a cru devoir, pour les raisons développées dans la déclaration ci-jointe, décliner entièrement sa coopération sous cette forme.

Sa Majesté n'admet pas une troisième alternative, attendu qu'Elle est fermement résolue à ne pas laisser baser une proposition de la présidence de la Diète sur une simple entente préalable, n'ayant aucun caractère irrévocable et définitif, relativement aux objets des délibérations actuelles. Elle ne veut pas davantage donner à son représentant à la Diète des instructions tendant à faire remettre en question ce qui est le résultat commun de l'examen scrupuleux et des discussions appro-

394 RECUEIL DE DOCUMKNTS (1818-182-2).

fondies de toutes les Cours et de tous les Gouvernements d'Allema{jne, et ce qui est sur le point d'être achevé.

La présente lettre et l'annexe qui l'accompagne feront connaître en détail à Votre Excellence non-seulement l'opinion de tous les Cabinets allemands, mais encore celle de Sa Majesté l'Empereur, qui s'accorde entièrement avec celle des autres Cours.

Le désir qui anime Sa Majesté non moins que tous ses confédérés , est celui d'assurer la prospérité et l'affermissement de la Confédération germanique par les moyens les plus directs et les plus pratiques, en tant que leurs di'oits communs le leur permettent, ce qui est incontestablement le cas dans la situation actuelle ; ce désir, dont l'existence réelle a été affirmée si souvent et est encore affirmée journellement par la marche des conférences de Vienne , motive aussi la démarche présente et justifie l'espérance que Sa Majesté le Tioi de Wurtemberg ne refusera pas son assentiment et son concours à l'achèvement d'une oeuvre qui a été poursuivie jusqu'à ce jour avec un ensemble aussi remarquable que complet, et dont les conséquences seront si précieuses pour l'Allemagne.

Metternicli à Winizingerode (Lettre confidentielle). Vienne, le 31 mars 1820.

473. Vous recevez aujourd'hui des paroles d'une haute valeur. Le moment est venu, Monsieur le comte, où tout ce qui n'est pas compréhensible doit être compris, et oîi tout ce qui n'est pas clair doit le devenir. Il est impossible que toutes les Cours d'Allemagne aient été réunies pendant cinq mois ^ dans un même esprit de concorde, dans un même sentiment ' sur le besoin de consolider les bases de leurs relations fédérales, que nos conférences puissent toucher à leur fin, pour que tout ce qui a été dit et fait ne tourne qu'au profit des ennemis de l'ordre général. Et tel serait indubitablement le cas, si ce qui a conduit à une entente devait être renversé dans le moment même de cette entente.

OPPOSITION nu WI'RTr.MnîsIlC (1«20), 395

J'ose mn flallcr ciicorc (pio 1rs détails dans Ics(|nrls je suis entré dans ma li'llr»; oriicielle écaitcront chez vous «-e que de graves erreurs seules peuvent y avoir fait iiaitre. Vous croyez que I Aulriclic , cl pcul-clic l'Autrielie et la Prusse, veulent exercer un<' |)rc>si()n sur leurs e<»niédérés. \At fait e>>t faux ; ri'lnipereur connail les danjjers du moment et les besoins de tous les temps

J'avoue IVancliement que je ne comprends pas la déclaration que IM. de Mandelslohe a eu Tordre d'insérer au protocole. Le fait est simple, vu que je ne me permets pas d'y attacher la seule inlerprétalion précise qu'elle semblerait pouvoir admettre. Si elle n'a pas celte valeur, les pièces ofHcielles que je vous adresse devront lever toutes les didicultés; si tel ne devait pas être le cas, il ne sera pas nécessaire de chercher bien loin. Vous voulez empêcher que ce qui depuis cinq ans n'a pu se faire à Francfort, et que l'on est arrivé à terminer sous l'influence immédiate des Cabinets, ne finisse par aboutir.

Vous êtes bien mal servi ici. ^landclslohe se conduit en homme d'honneur. Trott fait son métier, et le métier des hommes tenus derrière la scène n'est jamais celui qui arrange les affaires. Placer, ainsi que vous l'avez fait, deux individus, c'est le moyen le plus sûr de ne pas sortir de l'erreur, de tout brouiller et de ne jamais aboutir.

Vous me voyez trop occupé d'une seule affaire pour ne pas comprendre que je ne suis guère tenté d'en revenir à mes dernières lettres. Votre réponse , loin de me prouver que je puisse m'êlre trompé sur quoi que ce soit, me prouve au contraire que j'ai raison en tout. Oui, je sais tout ce qui s'est passé depuis Carlsbad ; je connais ce que vous appelez un appui momentané dans lopinion publique, le seul avantage que vous ayez obtenu. Contre qui cet appui éphémère a-t-il été cherché? Est-ce contre les ennemis de l'ordre social ou contre vos confédérés?. . .

Si l'on croit à Stuttgart que l'Autriche fait de la petite politique, bien tortueuse et bien dangereuse pour ceux qui s'y laisseraient tromper, au moins le ministre des affaires étrangères de Wurtemberg ne pourra-t-il point reprocher à celui

de l'Empereur de s'embarrasser vis-à-vis de lui dans une controverse bien diplomatique.

Il me reste un seul passage à relever de votre dernière îettre confidentielle. Vous me dites : « De grâce, n'oubliez pas que nous avons une constitution et des ministres responsables. »

Je ne connais en fait de constitution et de ministres responsables rien qui ait trait à la question dont nous nous occupons. Les constitutions sont dans la Confédération, et ni hors ni audessus d'elle. La responsabilité des ministres ne regarde pas ïa Confédération. Vous êtes responsables de l'emploi de vosdeniers publics et des actes de votre administration. Si vous admettez que la Confédération puisse souffrir, dans son principe vital, de cette responsabilité, il faudrait pour le moins également accorder à cette même Confédération le droit de nommer les ministres. Demandez à vos soi-disant amis du peuple s'ils ne trouvent pas mon axiome juste ; ils seront prêts à vous répondre affirmativement. Mais que deviendra la souveraineté de votre Roi, si elle va se fondre dans l'Allemagne des Jahn et des Arndt ?

J'attends avec calme et patience les nouveaux ordres que recevra votre plénipotentiaire*

lAl politique allemande de metternich.

474. Metteinich à Berstett, plénipotentiaire de Bade aux conférences de Vienne. Vienne, le 4 mai 1820.

474. Votre Excellence m'a fait part du désir q'u'a Son Altesse Royale le Grand-Duc de Bade de connaître aussi exactement que possible les idées du Cabinet impérial et royal sur la situation politique de l'Allemagne en général. Cette invita-

* On connaît le résultat. Le Roi de Wurlemberg ne résista pas plus longtemps et autorisa son représentant à signer l'acte définitif. (iVofe de l'Éditeur.y

i,A roi.iTioi r. ai.ifmandf: fh: metteiinicii (iHtîo). .im

tioii, venant d'un |)rlncc qui donne joui ncllonient les preuves les pins jouables de la ferme volonté «pi'il a de favoriser le l)ien ci de la prolonde eonnaissanee (|n il |)ossèd<î dr. rélénient hostile qui veut en empêcher la réalisation, cette invitation, dis-je, <'st d autant |>his i'Iatlense pour moi qu'elle m impose le devoir d insliuire Votre Excellence du point de vue auquel il faut nous placer pour examiner l'état actuel des choses.

Le tenq)S marche au milieu d'orajjes perpétuels ; vouloir arrêter la tourmente serait une entreprise vaine. La modération, la fermeté, enfin l'union dans l'emploi de forces bien calculées, voilà les seules ressources dont puissent disposer encore les protecteurs et les amis de Tordre; c'est en cela seul que consiste à cette heure le devoir de tous les Souverains et de tous les hommes d'Etat bien pensants. Celui-là seul aura mérité ce titre au jour du danger, qui, après s'être assuré de ce qui est possible et de ce qui est juste, ne se sera laissé détourner du noble but de ses efforts ni par les vœux stériles ni par l'abattement. Le but est facile à déterminer; à I heure actuelle, il ne consiste ni plus ni moins que dans le maintien de ce qui existe. L'atteindre, voilà le seul moyen d'assurer le salut de ce qui est ; c'est peut-être même le moyen le plus propre à faire reconquérir ce qui a été perdu. A cet effet, il faut que tous unissent leurs efforts, il faut que tous ceux qui sont guidés par un seul et même principe, par un seul et même intérêt, agissent d accord et prennent des mesures communes. Les matières incendiaires qui étaient préparées depuis longtemps se sont enflammées pendant l'époque qui s'est écoulée entre 1817 et 1820. La voie fausse qu'a suivie le ministère français pendant ces trois années ; la tolérance qui a favorisé en Allemagne ces théories dangereuses ; la faiblesse qu on a montrée en voulant réprimer les abus de la presse ; enfin la précipitation avec laquelle on a donné des constitutions aux États de l'Allemagne du Sud; toutes ces causes ont poussé aux plus funestes excès des partis que rien ne peut contenter.

Rien ne prouve mieux l'impossibilité de satisfaire ces partis que l'obsei'vation suivante : c'est que les menées les plus actives ont été constatées précisément dans celui des États où

l'on a montré la plus grande condescendance pour leurs prétendues aspirations.

Avant le Congrès de Carlsbad, le mal avait pris de telles proportions qu'il aurait suffi d'une complication politique même insignifiante pour bouleverser l'ordre social. La sagesse ; du système adopté par les grandes Cours nous a préservés de ^ ce danger, qui pourrait encore être mortel, même aujourd'hui. Quelle est donc la marche qu'un Gouvernement éclairé doit suivre dans cet état de choses? En posant cette question, on admet comme probable la possibilité du salut, et nous nous croyons pleinement autorisés à concevoir une pareille espérance.

Si maintenant nous examinons les moyens par lesquels on pourrrait atteindre un but aussi élevé , nous nous voyons ramenés au point d'où nous sommes partis. Ainsi, pour ménager un avenir plus heureux, il faut être au moins assuré du présent; la conservation de l'ordre de choses existant doit, par conséquent, être la première et la plus grave de toutes nos préoccupations. Par là nous n'entendons pas seulement l'ancien ordre de choses, en tant qu'il a été respecté de tout temps dans certains pays, mais encore toutes les institutions nouvelles créées légalement. L'importance qu'il y a à les maintenir et à assurer leur permanence ressort des attaques qu'on a dirigées avec un acharnement peut-être plus grand encore contre elles que contre les anciennes institutions. Dans les temps actuels, il y a tout autant de danger à passer de l'ancien ordre de choses à un ordre de choses nouveau, qu'à revenir des institutions nouvelles aux institutions disparues. L'un et l'autre également peuvent provoquer une explosion de troubles, chose qu'il faut éviter à tout prix.

Ne s'écarter en aucune façon de l'ordre de choses existant, quelle qu'en soit l'origine; n'entreprendre des changements, s'il paraît absolument nécessaire d en faire, qu'en agissant i avec une entière liberté et à la suite d'une résolution bien mûrie : voilà quel est le premier devoir d'un Gouvernement ^ qui ne veut pas être entraîné dans les malheurs du siècle. Une telle résolution, quelque juste et naturelle qu'elle puisse être,

i,A l'oi.nioi I Ai.i.F.MANni-: ok Mirn kiimcii (ih.>o). :»«»9

proV()(|ii(>i'a ccrliiiiicniiMil des luttes a(-li;ii'iic(*.s; mais ravaiila;[(; .l'avoir sous ses pieds une \);\sv. connue et avouée est évident; tar, fort de ec point d'ap|)ui, on pourra facilement découvrir dans toutes les directions et déjouer les mouvements de reiinenii, (pii seront nécessairement incertains.

iNous l'onsidérons connue al)solnment dénuée de rondcincnt l'objection (pTon poiii lail (aire, savoir « (/iir, iiiniiti les coiistitutions donndcs en AI/cnKtf/iir justju'à ce jour, il n'en existe pas une qui repose sur une hase (juelcDnijue, etfjiie, par consi'fjnent, aucune d'entre elles ne présente un point d'appui. » S il en était ainsi, les (léina{}0{;ues, dont l'ardeur est infatijjablc, n'a\iraient pas cessé de miner les constitutions. Tout ordre de; choses institué légalement porte en lui-même le principed'iin système meilleur, à moins qu'il ne soit l'œuvre du caprice ou de l'aveuglement et de la folie, comme l'était la constitution des Gortès en 1812. Du reste, une charte n'est pas encore une véritable constitution ; celle-ci ne se forme qu'avec le temps, et il dépend toujours des appréciations et de la volonté du Gouvernement de donner au développement du régime constitutionnel la direction voulue pour séparer le bien du mal, pour affermir l'autorité publique et pour protéger le repos et le bonheur de la nation contre toute attaque et toutacte d hostilité. Deux grands moyens de salut sont assurés actuellement à tout Gouvernement qui, pénétré du sentiment de sa dignité et de son devoir, n'est pas décidé à se perdre lui-même. L'un de ces moyens repose sur la conviction rassurante qu'il n'existe absolument aucune mésintelligence entre les puissances européennes, et que, d'après les principes immuables de la ^lonarchie, on ne saurait non plus prévoir aucun désaccord. Ce fait, qu'il est impossible de révoquer en doute, affermit et garantit notre situation et notre force. L'autre moyen, c'est l'union entre les Etats allemands, union qui s'est produite dans le cours des neuf derniers mois et qui, avec l'aide de Dieu, deviendra indissoluble, grâce à la fermeté et à la loyauté des membres de la Confédération.

Les conférences de Carlsbad et les résolutions qu'on y a élaborées ont agi d'une manière plus puissante et plus salutaire

que nous ne pouvons peut-être nous l'avouer à nous-mêmes dans un moment où nous ne pouvons évaluer que superficiellement les avantagées conquis. Des mesures aussi importantes ne peuvent être estimées à leur véritable valeur que lorsqu'il est possible de constater tous les résultats qu'elles ont produits. Mais ces l'ésultats, l'époque qui suit immédiatement les mesures prises ne peut nous les offrir. Quoi qu'il en soit, nous pouvons dès à présent nous faire une idée des effets produits par les résolutions du 2 septembre, si nous supputons les progrès probables que les ennemis de l'ordre public auraient faits sans elles.

Les résultats des conférences de Vienne, bien qu'elles soient d'un ordre élevé, produiront un effet moins brillant au premier moment, mais d'autant plus profond et plus durable. L'affermissement de la Confédération germanique offre actuellement à cbacun des États dont elle se compose une garantie efficace; c'est là, dans la situation présente, un avantage inappréciable, qu'on ne pouvait obtenir avec quelque certitude qu'en suivant la voie que nous avons adoptée. La droiture et la modération avec lesquelles cette œuvre si importante a été poursuivie peuvent bien, d'une part, nous avoir arrêtés sous certains rapports et nous avoir empécbés de prendre des mesures plus hardies et plus énergiques ; mais même en supposant qu'une telle manière de procéder eût été possible, il aurait, d'autre part, manqué à cette œuvre une des premières conditions, savoir la libre conviction et la sincère confiance de toutes les parties contractantes. Rien n'aurait pu combler cette lacune, qui serait devenue sensible surtout quand il aurait fallu exécuter des résolutions prises sous de tels auspices . En général , la puissance morale de la Confédération devient pour elle un besoin aussi impérieux que la puissance législative, et les progrès qu'a faits la certitude de l'utilité et de la réussite de cette union constituent, à notre avis, le résultat le plus important et le plus heureux.

Les règles que les Gouvernements allemands ont à observer désormais peuvent être indiquées en peu de mots. Ce sont :

1" La confiance dans la durée de l'état de paix en Europe,

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