‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 53 sur 74 · SITUATION POLITIQUE EN MAI · texte numérisé non relu

SITUATION POLITIQUE EN MAI

477. Metterniuh à l'Empereur François (Rapport), "Vienne, le 14 mai 1820.

477. Depuis le départ de Votre Majesté, il ne s'est passé dans le monde politique rien qui ne fût à prévoir, étant donnée la marche des affaires en général.

En France, les partis sont en lutte entre eux. Le ministère ne dévie pas de la voie dans laquelle il s'est engagé; la loi électorale passera.

En Angleterre, les rapports entre le Roi et le ministère sont assez tendus. La cause de cet état de choses, c'est la Reine, qui est à Paris et qui va aller elle-même en Angleterre, ou qui, du moins, prend parti pour l'opposition. Les procès contre les radicaux se sont dénoués d'une manière favorable.

En Espagne, l'anaichie s'accentue davantage de jour en jour. La révolution du 8 mars ne tardera pas à porter les fruits amers qu'elle promettait.

Il est arrivé aujourd'hui un courrier de Russie. Le Czar envisage la question espagnole d'un point de vue moial trèsélevé ; mais il n'insistera pas pour prendre une part active aux événements.

Je ne fais qu'exposer d'une manière sommaire la situation politique à Votre Majesté.

J'aurai l'honneur de soumettre à Votre Majesté Elle-même tous les rapports qui me sont parvenus; en ce moment, j'en ai besoin pour expédier des alïaires qu'il est indispensable de régler avant mon départ.

Le Roi de Prusse est obligé de décliner le rendez-vous que lui a donné A'^otre Majesté, vu que l'époque choisie par Elle coïncide avec celle du mariage de sa fille avec le grand-duc héritier de Mecklembourg. Votre Majesté est donc entièrement libre de donner suite à ses projets de voyage, et la politesse est faite.

T/AlITItlCIIF. ET T,A ni^:Vf)MlTI ON DE NAPLES (I8J0). 407

ATTITl'DE DE I, AUTniClIE VIS-A-VIS DE LA nivVOLUTION DE NAPLRS ET ADin'SION M'. I.A IIAVUCHK a LA POLITIQUE IiK MKTTF.nNICII.

UlH. Mcllcinicli au coniKî di; llcclilicrj; , uiinistrR de.» affaires étranjjf'îrcs \ MiMilili (I.cIIk; i()iifi(l<nticllc), Vicmic, le SO juillet 1820. — 471). Genl/, à RIcItcrnitli ( Haii|>(ut), S;il/I)()ur{;, le l"^ août 1820. — 480. Metternich ;\ Cent/, ( Lettre), Vienne, le 10 août 1820.

478. liCs cyt-nemcuts qui se sont passés récemment dans le royaume de Naples ont tait ressortir, avec plus de force que n'importe quel événement antérieur du même genre, la vérité du fait suivant : c'est que, même dans un Etat régulièrement et sagement administré, chez un peuple paisible, modeste dans ses aspirations et content de son gouvernement, la funeste iniluence des sectes révolutionnaires peut provoquer les commolions les plus violentes et amener en un moment le renversement des institutions en vigueur. Car il est parfaitement prouvé que ce sont les menées des carbonari toutes seules, sans qu'il y eût une impulsion étrangère, sans qu'il y eût un prétexte même spécieux à une agitation politique , qui ont donné naissance à ces mouvements insurrectionnels qui ont porté Sa Majesté le Roi de Naples à déposer le pouvoir dans lin moment de trouble et de frayeur, à supprimer toutes les autorités existantes, à donner à ses sujets une Constitution absolument étrangère au pays et dont l'application n'a pas encore été essayée même là où elle a été inventée, en un mot, à proclamer l'anarchie comme loi souveraine.

Sa Majesté l'Empereur est convaincue que cet événement inattendu a dû faire l'impression la plus vive sur toutes les Cours d'Allemagne. Il démontre, par un exemple frappant, combien il est dangereux d'envisager avec l'indifférence du dédain la puissance d'associations secrètes et de conjurations tramées dans l'ombre, et combien les princes d'Allemagne ont agi sagement en déployant toute leur vigilance et toute leur rigueur pour combattre les premiers symptômes de ces coupables tentatives.

Par ses relations politiques et personnelles, par sa proche parente avec plusieurs familles princières d'Italie, par la situation géojjrapbique de ses propres Etats, Sa Majesté l'Empereur est intéressée d'une manière toute particulière dans ces tristes événements. L'orJre politique, institué en 1815 sous la garantie de toutes les puissances européennes, a fait de l'Autriche la gardienne et la protectrice naturelle de l'ordre public en Italie. L'Empereur est fermement résolu à accomplir celte haute mission, à empêcher la perturbation de s'étendre et de gagner ses Etats ainsi que ceux de ses plus proches voisins, à ne tolérer aucun empiétement violent sur les droits et sur l'autorité des Souverains d'Italie tels qu'ils ont été définis par des traités, enfin à recourir aux mesures les plus énergiques, si les moyens légaux et administratifs ne suffisaient pas au rétablis sèment de l'ordre.

Heureusement, l'attitude actuelle des puissances européennes et l'esprit de paix qui les anime toutes nous répondent que des mesures de ce genre n'entraîneraient ni des inimitiés politiques ni des guerres d'État à État. Sa Majesté l'Empereur, dont tout le monde connaît la justice et la douceur, ne recourrait à la force qu'à la dernière extrémité ; mais s'il fallait absolument en venir là, ce serait seulement contre des rebelles armés et non contre une puissance légalement établie qu'Elle emploierait la violence.

Mais même dans ce cas, qu'il nous en coûte extrêmement de supposer. Sa Majesté l'Empereur ne demanderait à ses confédérés allemands ni assistance immédiate ni coopération quelconque. Les mesures que réclame le maintien de la paix et de l'ordre en Italie sont tout à fait en dehors de la sphère de coopération de la Confédération germanique, telle qu'elle est déterminée par le pacte fondamental. Loin de vouloir s'écarter de ces principes, qui ont été, sur ce point, établis d'un commun accord, Sa l\Iajesté est plutôt disposée à faire tous les efforts et tous les sacrifices pour éloigner des frontières du territoire de la Confédération germanique toute cause qui pourrait provoquer une coopération de ce genre et tout danger qui pourrait la rendre nécessaire.

L'ArTnicm: rr i..\ iii'.voMTinN df. naim.f.s (i«20). io-j

Piir coiitif, il est à ('oui) sûr iinpoii.iiil, il est (lésiraltlc <|u«! rAutriclic puisse coinijtcr rermciiicnt sur le repos alisolu eu AlltMu;i(jiie pendwiil (pi'elle eonsaciera ses soins et ses forces à uue culre|)risi' (pii intéresse la séeurité de Ions. Ouelc|ucs vives préoccupations (pu* le soi't de rilaiii' |>uisse causer à IKiMpereuitlans le présent ou dans l'avenir, Sa Majesté n'en continuera pas moins de prendre aussi vivement à c(eur les f)uesti()n>. (|ui intéressent rAllenia.;;ne, et de reuiplii- dans touti; leur étendue ses devoirs de membre de la Gonl'édéralion. Mais ce qui procure à Sa Majesté une satisfaction inexprimable, ce qui la tranrjuillise par-dessus tout, c'est qu'Elle peut se dire que notre patrie commune n'aura rien à craindre aussi lonfjtemps que les Cours d'Allenia^jne seront guidées par ce vif sentiment du devoir que leur impose la gravité delà situation politique actuelle, et par cet esprit de concorde, de fermeté et de sagesse qui s'est révélé avec tant d'éclat aux dernières conférences de Vienne et qui, même depuis la clôture de cette réunion, s'est affirmé de la manière la plus digne par la conduite et par l'attitude de quelques-uns des premiers Gouvernements confédérés. L'Allemagne recueillera une gloire signalée si elle trouve dans la sagesse et dans la résolution de ses Souverains, dans le maintien fidèle des constitutions existantes, dans la loyauté de ses peuples et dans la puissante garantie du lien fédéral, les moyens et les forces dont elle a besoin pour conserver, au milieu des tourmentes qui menacent l'existence même de la société, sa paix intérieure, ses institutions légales, son indépendance, sa dignité et son caractère traditionnel. Sa Majesté est convaincue qu'aucun de ses nobles confédérés allemands ne seia indifférent à une telle gloire, et Elle-même s'estimera heureuse de pouvoir espérer d'en recueillir un jour sa part, et de trouver sa récompense dans la conscience de n'avoir reculé devant aucun effort, devant aucun sacrifice pour atteindre ce grand, ce noble but.

Dans un moment où les événements dont l'Italie vient d'être le théâtre ne réclament que trop l'attention des Cours d'Allemagne, Sa Majesté Impériale et Royale a pensé que ce serait agir dans l'intérêt commun de ses confédérés que d'instruire

confidentiellement Sa Majesté le Roi de ses vues personnelles, ainsi que de sa ferme résolution.

Dans ce but, j'adresse à Votre Excellence la présente lettre confidentielle.

Je saisis cette occasion pour assurer Votre Excellence des sentiments de haute considération avec lesquels j'ai l'honneur d'être, etc., etc. *.

Gentz à Metternich (Rapport), Salzbourg, le l" août 1820.

479. ...Dimanche, à onze heures, je me rendis à Nymphenburg. Le Roi me reçut avec sa bienveillance et son affabilité habituelles. Il venait de recevoir du comte de Rechbergj la déclaration de Votre Altesse (n" ^TS); il promit de la lire trèsattentivement. Je me trouvai donc aussitôt amené à parler du contenu de ce document, qu'il approuva franchement et sans restriction. Voici comment il s'exprima à cet égard: « Les sentiments de Sa Majesté l'Empereur, dit-il, l'invariable fermeté qu'Elle montre dans les bons comme dans les mauvais jours lui sont connus depuis longtemps ; il peut facilement se représenter ce que doit penser l'Empereur de scandales tels que la révolution de Naples. Il faut que tous nous remerciions Dieu d'avoir donné aux Princes allemands un chef de file comme l'Empereur. Quant à lui, le Roi, il n'était pas plus partisan du régime constitutionnel que l'Empereur, et si le — Congrès de 1815 n'avait pas gâté tout son jeu, il ne se serait certainement jamais engagé à ce point. Quoi qu'il en soit, il s'en était tiré,

Dieu merci, à bon marché ; à présent, le d lui-même ne lui

ferait pas faire un pas de plus. » Pendant cette tirade, il lança, mais seulement en passant, quelques récriminations relativement au passé et aux incidents survenus entre la Cour impériale et la Cour de Bavière, et l'entrevue se termina d'une manière vraiment cordiale : le Roi finit par me dire quelques

* De semblables déclarations ont été adressées aussi aux autres Cours d'Allemagne. Ç^Note de l'EdUeur.)

I/ArTIUCIIK F.T I.A IIKVOU TION OK NAIT.F.S {IR20). 411

pniolos trr'-llalh'iiscs |»<mii Nuire Mlcs^c, (jiii, Mllirmait-il, vcuiiil. (1«* l)irn mriitcr <1(! I Alli'iiiiij;iio.

[jC lloi me lut niMiilc les (Icniirrt's lellivs r|iril av;iil reçues de Na|)l('s et (|ui allaicii! iiiNcmaii ir>. Il me sembla rjue son seul <lia(;riii (''lail de iiou^ voir cnvover Irop peu fl(î troupes en Italie. Il enlenilail parler de vinj;t mille hommes ; cela lui paitiissait iiiNulii^ant. Je lui dis (pi'à cet éjjard je ne pouvais eneoi-e rien sav<»ir de posilil" ; fpie Sa Majesté savait mieux rpie personne ipi'ij ne suHit pas de (pielques jours, ni même de quel(]ues semaines, pour mettre de grandes armées en mouvement; mais que, considérant le point de vue adopté par la Cour de Vienne, je croyais pouvoir affirmer sans crainte que l'Autriche ne nép;li{^erait rien de ce que pourrait exi{j(;r nonseulement la garantie de sa propre sécurité, mais encore la protection <|u elle (hnait à ses plus proches voisins.

Le Roi eut Tair de ne rien craindre du côté de la Sardai{jne. II me lit entendre qu'il avait de bonnes raisons pour croire que le Roi de Sardai{jne «ne mordrait pas à Tappat » , surtout si les carl)onari travaillaient sérieusement Gènes. Il ajouta qu'il fallait absolument que ce Prince s'unît à l'Autriche d'une manière étroite et indissoluble, vu qu'on ne pouvait tolérer des révolutions sur ses lianes. Je m'associai à cette opinion, qui est d'une justesse incontestable.

D'après un sot bruit qui court les rues de Munich depuis quelques jours déjà, et dont le Roi me parla aussi, la Cour de Naples aurait, environ six semaines avant que l'insurrection éclatât, demandé un secours de troupes à l'Autriche ; celle-ci n'aurait pu accéder à son désir parce que l'envoyé de la Russie près la Cour pontificale , Italinskv, avait déclaré qu'il serait de son devoir de protester contre tout mouvement de troupes autrichiennes. J'affirmai au Roi, ainsi qu'à tous ceux qui m'interrogèrent à ce sujet, que tout cela n'était qu'un tissu de mensonges, qu'un conte répandu par les carbonari dans un but très-facile à concevoir.

Le Roi, qui ne semble pas aimer extraordinairement l'Empereur Alexandre, exprima la crainte que le Czar « ne prétendit intervenir aussitôt d'une manière active » , ce qui ne laisserait

pas d'être fort grave. Je lui répondis que, dans les dernières années , l'Empereur Alexandre n'avait cessé de manifester les intentions les plus pures et les plus nobles ; malgré l'importance d'une entente morale et politique entre lui et notre Cour, dans les circonstances actuelles, on ne pouvait pas môme admettre l'idée qu'il songeât à nous imposer un concours matériel dont lAutriche n'aurait nul besoin.

Entre autres choses, le Roi me fit une question singulière : il me demanda si je ne croyais pas que le prince héritier de Naples eût pris une part directe à la conspiration. J'affirmai n'avoir jamais entendu un mot de cela, sur quoi le Iloi me répliqua d'un air très-significatif : « Je le crois tout à fait positivement, ne serait-ce que parce que Monsieur mon fds, qui aime aussi les principes libéraux, comme vous le savez, ma dit par trop de bien de lui. »

Le Roi prétend savoir que Reggio est le grand rendez-vous des carbonari dans la haute Italie, et que le pays de Modène en général est fort menacé.

A la fin, nous reparlâmes de l'Allemagne. Le Roi ne s'exprima pas d'une manière très-favorable à l'égard du Roi de Wurtemberg ; quant à son ministre, il le malmena encore davantage. Il ne semblait pas non plus être très-enthousiaste du Grand-Duc de Bade.

Je finis par amener la conversation sur le baron de Zentner et sur la belle conduite qu'il avait tenue à Vienne. Ce que j'en dis sembla flatter extraordinairement le Roi, et lorsque, dans la suite de l'entretien, je lui racontai que Votre Altesse m'avait formellement chargé de témoigner au comte de Rechl)erg la vive satisfaction avec laquelle vous voyez marcher les délibérations de l'assemblée fédérale; lorsque j'ajoutai encore que «je tenais de Votre Altesse même que Sa Majesté Impériale s'était plus d'une fois exprimée dans le même sens » , je vis à n'en pouvoir douter que chacune de mes paroles causait au Roi le plus sensible plaisir.

Mon audience dura environ une heure et demie. Sa Majesté me congédia en me priant « de vous adresser de sa part les salutations les plus affectueuses » .

I/AITRlCIir FT I.A ni'.VOI,! TION DK NAPLr.S (IK20). 413

J'étais invité à dîner ce mémr jour du*/, le cotnli» de Hcch- • bei'ij ; )(* ino trouvai à tahlo avec le haron de /(Mitnor, \c conite ! de Tluirlioim, le eonite d'Arco, Iel)ar<)nde llruhy et f|uelques autres convives.

Après le dîner, j'eus mon dernier entretien avec le comte de l{ccld)er(j : ce fut, sinon le plus im|>ortant, du moins le plus solennel. II nous conduisit, le baron de Zentner et moi, dans une chaml)re voisine, et \k il nous exposa une sorte de profession de foi politi(|ue dont je me borne à citer les passa^jes liuivants, qui sont remarcjuables: «Je commence par m'exécuter moi-même. Pendant <|uinze ans, j'ai combattu rAntriebe, entraîne comme je l'étais par tous les vieux préju{jés ; je m'accuse, mais je m'excuse aussi. Ma manière de voir était le rcllct de celle qui régnait généralement dans mon pays. Mon séjour à Vienne aurait pu rectifier plus d'une idée fausse; mais, malgré ces occasions de dessiller mes yeux, les nobles principes de Sa Majesté l'Empereur ne m'apparaissaient alors qu'à travers des verres troubles et souvent trompeurs. C'est un des impérissables mérites du prince de Mctternich d'avoir été le premier à faire comprendre non-seulement à la Bavière, mais encore à l'Allemagne en général, le véritable caractère de la politique autrichienne. Voir encore aujourd hui dans l'Autriche autre chose qu une puissance bienfaisante et protectrice, ce serait rompre en visière à la raison elle-même et combattre notre intérêt le plus évident. Ce n'est qu'avec l'Autriche que la Bavière peut se maintenir ou tomber désormais. Nous, du moins tous ceux qui dans notre pays pensent bien, nous sommes pénétrés de cette vérité ; nous voudiuons la crier sur les toits. Je ne saurais dire jusqu à quel point d'autres Cours allemandes partagent nos sentiments, mais elles sont unanimes à reconnaître, et le Wurtemberg lui-même ne peut se dissimuler que sans l'Autriche il ne subsisterait pas longtemps. > Il avait les larmes aux yeux en disant ces mots. Il me pria ensuite de mander à Votre Altesse « qu'il trouvait la déclaration qu'il a reçue hier on ne peut plus correcte, rassurante et glorieuse pour l'Autriche; que, du reste, elle ne pouvait manquer de produire son effet. Si dans ce moment

solennel l'Autriche avait montré de rincertitude ou même tardé à se prononcer, il aurait, pour sa part, considéré l'Europe comme perdue. Maintenant il voyait encore la possibilité de la sauver, et si toutes les Cours d'Allemagne voulaient faire leur devoir comme la Bavière était résolue à faire le sien, il croyait pouvoir assurer à Votre Altesse que, malgré les éternelles machinations de l'ennemi, le repos de l'Allemagne ne serait point troublé. »

Le baron de Zentner adhéi'a sans réserve à toutes ces déclarations.

J'ai bien regretté l'impossibilité où j'ai été de m'entretenir avec le prince de Wrede. Il n'était pas à Munich; je n'ai pu essayer de le rencontrer à Mondsee, vu que, le jour même de mon départ de Munich, il partait de cet endroit pour prendre la route de Ratisbonne et aller au loin visiter ses terres.

J'ai quitté Munich le 31 au matin. Hier, à midi, je suis arrivé à Salzbourg, où j'ai trouvé des nouvelles très-fâcheuses relativement au voyage que je devais poursuivre jusqu'à Gastein.

Meiternicli à Gentz. Vienne, le 10 août 1820.

480. Mon cher Gentz, j'ai reçu le rapport que vous m'avez envoyé de Salzbourg. Je l'ai soumis aussitôt à l'Empereur, qui lui a rendu pleine justice. Le tableau que vous faites de Munich est parfaitement conforme à la vérité ; les éléments qui dominent dans ce pays-là sont tels que vous les jugez, et je suis heureux de voir que vous vous êtes convaincu que je ne me suis bercé d'aucune illusion ni sur le compte des hommes ni sur celui du terrain

On ne peut encore rien dire de positif de l'Italie ; là comme partout, on n'est pas sûr du lendemain. Les Gouvernements veulent le bien ; aui'ont-ils la fermeté nécessaire au jour du danger? Notre attitude seule contient les partis en Italie. A Naples, personne, pas même les premiers fauteurs du mouvement, ne sait où ces derniers vont, jusqu'où ils peuvent et même jusqu'où ils veulent aller. On peut dire que dans ce

LAIITHICIIF. r.T I,A n l'.VOI.HT ION T)K NAPI.FS (l«20). 415

pays la rcvoliiliim o.sl viaimriil lomlit'c du cirl. l'Ile pesé sur lui fominc nu «auclu-inar ; iciix (|iii ront j)Iovo<|U(m' nul atteint si vile leur ltn(, (ju'ils sont l<uil rtonnés do se voir tout diiM coup forcés de gouverner. On a beau tourner et r(îlourner la (|ncsli()n, les besoins du (Jouvcrnement et les moyens de {jouveiner restent lotijonrs les nièines. Ii'l<'tat a besoin (rar{jent, il a besoin de proleelion, il (aiil <|ne la |M>.lice se rende. Or, d'où doit V(MÙr rar{;ent? d"on doivent venir la protection et la justice? .le crois (jne, si le jeu n(^ piésentait pas trop de (lancers, le meilleur moyen de réduire au silence les bavards qui l'ont de rop|)osition serait de ramasser un tas de ces parleurs et de les charger brusquement du soin de {jouverner. Voilà, du reste, où en sont ceux qui sont à la tète des atlaires dans le pays de Naples ; la situation qu'ils ont créée est bien différente de celle de rEspa(;ne : car chez eux tout était bon, tandis qu'à présent tout va se gâter forcément. Personne ne veut payer, et encore moins obéir. Le retour du prince Cariât i aura fait sans doute une terrible sensation.

C'est d'ailleurs dans les États romanis que le danger continue d'être le plus grand. Cependant, quand une fois le bon sens a été altéré, quand toutes les saines notions ont été troublées comme nous le voyons aujourd'hui, il devient impossible de compter d une manière absolue sur l'avenir. Aussi je n'hésite pas à avouer que j'ignore encore, dans le sens le plus exact du mot, à quoi la situation peut aboutir, à quoi elle aboutira en dernier résultat. Quoi qu'il en soit, nous marchons d'un pas tranquille en avant sur la grande route du devoir, et nous employons les grands moyens.

En France, les événements de Naples ont fait une grande sensation. D'après les premiers renseignements qui nous ont été transmis par le Cabinet français, l'impression produite semble être bonne. Personne ne veut se laisser déposséder par les Pepe et consorts. Le Gouvernement français semble partager aussi cette répugnance.

La nouvelle de la révolution de Naples est arrivée à vSaint- Pétersbourg après le départ de l'Empereur; d'ici à quelques jours nous connaîtrons l'effet qu'elle a produit sur lui. En

attendant, les paysans du Don se sont insurgés, se fondant sur ce que Sa Majesté avait, ainsi qu'ils l'avaient appris , affranchi les paysans de l'Esthonie et de la Gourlande, et disant qu'ils réclamaient la même faveur. On a envoyé beaucoup de troupes sur le Don afin d'y expulser le démon libéral à coups de knout.

Je continue de recevoir de l'Allemagne des nouvelles rassurantes et insignifiantes à la fois. De tous les côtés on nous supplie au nom du Ciel d'envoyer beaucoup de troupes en Italie. D'ici au 20 septembre il y aura quatre-vingt-cinq mille combattants rassemblés au point voulu.

J'espère vous revoir bientôt; vous me manquez beaucoup en tout temps, mais surtout dans le moment actuel.

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