‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 56 sur 74 · J'approuve les divers points que vous avez proposés · texte numérisé non relu

J'approuve les divers points que vous avez proposés

François, /«. p.

Dépêche circulaire des Cours d'Autricte, de Russie et de Prusse, à leurs envoyés et chargés d'affaires près les Cours d'Allemagne et les Cours du Nord. Troppau , le 8 décsmbre 1820.

484. Les événements du 8 mars en Espagne, ceux du 2 juillet à Naples, et la catasia-ophe du Portugal, ont dû nécessaire-

* Il résulte des documents officiels que l'Empereur François avait l'intention d'approuver purement et simplement les deux premiers points et de modifier le troisième. L'Empereur François a-t-il renoncé à cette idée en écrivant sa r.solution, ou, ce qui est plus probable, le projet ci- dessus, écrit de la main du prince de Metternich, a-t-il été remanié de manière à concorder avec les ordres de l'Empereur? C'est une question qu'on ne peut résoudre avec certitude d'après les documents existants. Comme on le sait, les trois puissances du Nord adhérèrent seules à ces principes; quant à l'Angleterre eî à la France, elles refusèrent d'y souscrire.

(Note de r Editeur.) III. . 27

ment exciter un vif sentiment de crainte et de chagrin chez tous ceux que leur devoir appelle à veiller au maintien du repos dans les États, mais en même temps faire naître le besoin de s'unir et d'examiner en commun les moyens de parer à tous les maux qui menaçaient de se déchaîner sur l'Europe.

Il était naturel que ces sentiments agissent avec une énergie toute particulière sur les puissances qui venaient de triompher de la révolution et qui la voyaient aujourd'hui relever la tête. Il était tout aussi naturel que ces puissances, pour la combattre une troisième fois, recourussent aux mêmes moyens quelles avaient einploy es si heureusetnent dans cette lutte mémorable qui délivra l'Europe d'un joug quelle avait porté pendant vingt ans.

Tout autorisait à espérer que cette union, fondée au milieu des plus grands périls, couronnée par le triomphe le plus éclatant, cimentée par les négociations de 1814, 1815etl818, que cette union qui avait préparé, affermi, complété la paix du monde, qui avait délivré le continent européen du despotisme militaire du représentant de la révolution, saurait aussi mettre un frein à une puissance nouvelle non moins tvrannique, non moins détestable , à la puissance de l'insurrection et du crime.

Tels furent les motifs, tel fut le but de la 7'éunion de Troppau. Les premiers sont si évidents par eux-mêmes, qu'ils n'ont pas besoin d'être développés ; le second est si honorable et si salutaire, que les vœux de tous les honnêtes gens ne manqueront pas d'accompagner les Cours alliées dans leur noble carrière.

La tache que leur imposent les devoirs les plus sacrés est grande et difficile; mais un heureux pressentiment leur fait espérer qu'elles arriveront à bout de leur entreprise en maintenant invariablement l'esprit de ces traités auxquels l'Europe doit la paix et l'union étroite qui règnenf entre tous les États dont elle se compose.

Les puissances exercent un droit incontestable en se décidant à prendre en commun des mesures de précaution contre

ni':.siii,TATs Dv (:oNcni>.s ni: tmoppai' (18'J0). -iH'

(les K(a(s dans l<'S(|ii('ls un lioiilcvci'^cinciil |)<>lili(|ii<> né de rinsiirrcclion, iiK^mo à ne le ((msidricr (prà (ilic (rcxcmple, devait ialalcnicnl cutraincr une allitiidr lio.slilc à r<'/;ai(l do loiilcs les ( nii-^iiltitions et dc tous les (Jouvernemcnts réguliers. L exiMrice de cedrctil s'est imposé à elles d'une manièi'e encore plus ri;;oure se <piand ceux (pii s'claieul mis dans ceUe silualioii ont ilicrclu^ à couimMiiiipu'r aux pays voisins Iv. mal (pi'ils avaient appelé sur eux et à répandre partout autour d'eux rinsurreclion et le désordre.

Cette attitude et ces procédés constituent une violation Mafjraute du j)aete qui f;aranlit à tous les Gouvernements européens, outre l'intéfjrité de leur territoire, la continuation de rapports pacifiques qui excluent toute idée d'offense et de dommage réciproque.

Le fait incontestable, brutal, a été le point de départ des Cours alliées. Les ministres qui ont pu se présenter à Troppau même, munis d'instructions positives dc leurs Souverains, s'entendirent donc entre eux relativement aux principes à suivre dans la conduite qu'il y avait lieu de tenir à l'égard (VÉlats dont la constitution politique avait été bouleversée, ainsi que sous le rapport des mesures de douceur ou de violence qui pouvaient ramener ces États dans le sein de la grande Confédération européenne, au cas où l'on pourrait espérer exercer sur eux une action décisive et salutaire. Ils communiquèrent les résultats de leurs délibérations aux Cours de Paris et de Londres, pour qu'ils lussent, de la part de ces dernières, l'objet d'un examen particulier.

Comme la révolution de Naples prend de jour en jour des racines plus fortes, comme aucune autre ne compromet d'une manière aussi directe et aussi évidente le repos des États voisins, comme on ne peut réagir contre aucune autre d'une façon aussi immédiate et aussi prompte, on s'est convaincu de la nécessité d'agir, en ce qui concerne le royaume des Deux- Siciles, suivant les principes rappelés plus haut.

Pour arriver à cette fin en emplovant des moyens de conciliation, les Souverains réunis à Troppau résolurent d inviter le Roi des Deux-Siciles à venir s'entendre avec eux à Laybach.

L'unique but de cette démarche était d'affranchir la volonté de Sa Majesté de toute contrainte extérieure et de mettre le Roi dans la situation d'un médiateur entre ses peuples égarés et les États dont le repos était menacé par eux. Comme les Souverains étaient décidés à ne pas reconnaître les Gouvernements nés de l'insurrection ouverte, ils ne pouvaient entrer en négociation qu'avec ce Prince lui-même. Leurs ministres et les agents qui les représentent à Naples ont reçu à cet effet les instructions nécessaires.

La France et l'x^ngleterre ont été invitées à s'associer à cette démarche. Il est permis d'espérer qu'elles ne refuseront pas leur concours, attendu que le principe sur lequel repose l'invitation s'accorde parfaitement avec les traités qu'elles ont souscrits et exécutés jadis, et qu'en outre il présente une garantie des sentiments les plus justes et les plus pacifiques*.

Le système adopté par l'Autriche, la Prusse et la Russie n'est pas nouveau ; il est basé sur les mêmes maximes qui ont inspiré les traités grâce auxquels a été fondée la grande Union des États européens. L'accord intime qui règne entre les Cours placées au centre de cette union ne peut que gagner par là en force et en durée. Le lien se resserrera grâce aux mêmes moyens qui ont servi à sa formation par les puissances qui l'ont créé, et qui l'ont fait adopter successivement par toutes celles qui se sont convaincues des avantages évidents, aujourd'hui moins contestables que jamais, que cette union présente.

Du reste, il est inutile de chercher à prouver que ni des idées de conquête , ni la prétention de porter atteinte à l'indépendance d'autres États en ce qui concerne leur administration intérieure, ni le dessein d'empêcher des réformes volontaires, sages, inspirées par le véritable intérêt des peuples, n'ont influé sur les résolutions des puissances. Celles-ci ne

* Aux termes d'une dépêche-circulaire du 17 janvier 1821, l'Anfileterre déclina toute participation à la mesure en question. 11 n'en fut pas de même de la France, dont le Roi adressa au Roi de Naples une lettre dans laquelle il le pressait d'accepter l'invitation des trois Souverains alliés.

[JSote de l'Éditeur,

nr.siM/i AI s DU <:(»N(;ui;s u\: tiioitau (iH-ioj. \>\

(Icmaiidciil (|ii'à miiiiilciiir la paix, «ju'ù délivrer rilui()[)(; du lléau de la rtvoliilioii , (|u';i délourncr ou à arrôler, dans la mesure de leurs moyens, le mal qui résulte de la violaliou de tous les priiu'iprs d'ordre et de moralité. — A ces condilious, elles croient pouvoir prétendre à Tajjproljatiou unanime du monde, et trouver dans ce témoignage public larécompense de leurs peines et de leiu's efforts.

McUnnicli au comli; de llcchberg (LeUre confidentielle). Vienne, le 31 décembre 1820.

48i>. Je profile, mon cher comte, du premier moment dont je puis disposer, et qui se trouve le dernier de nion séjour, pour vous donner quelques nouvelles de ce qui s'est fait et de ce qui va se passer

Voici les faits dans toute leur simplicité.

Toute catastrophe telle que celle de Naples présente des périodes disliuctes, tant sous le point de vue de l'intérieur que sous celui de l'étranger. La révolte éclate ; ell-i est indubitable et claire; c'est un incendie qui s'allume; conduisez-y vos ponqies si elles sont remplies; ne demandez pas, n'hésitez pas ; éteignez le feu ; le succès sera certain. Ne conduisez pas des pompes vides, mais remplissez-les.

Vous voilà dans la seconde période. La révolte prend les couleurs d'une réforme. Un Souverain faible jure le couteau sur la gorge. Le chœur des libéraux et des radicau.x entonne ses hymnes ; le Souverain est élevé aux nues, et le peuple est censé l'adorer. Le lait et le miel vont couler dans toutes les veines de l'Etat livré à l'anarchie ; il n'y a que des tyrans qui puissent viser à combattre le développement d'une œuvre aussi belle !

Voilà l'histoire entre les mois de juillet et de novembre.

Nos pompes n'étaient point remplies en juillet, sans quoi nous eussions opéré immédiatement.

Dans la seconde période, il ne nous a pas semblé que notre seule attitude pût suffire ; l'affaire de Naples menace à un degré égal lltalie, l'Autriche, l'Europe. C'est donc à cette dernière

à se prononcer en principe tout comme nous ; nous nous chargeons de la besogne matérielle. Aller à Naples n'est rien en aucun temps; mais rester à Naples et re'tablir Tordre dans le royaume des Deu.x-Siciles est certes plus difficile.

L'Europe nous a franchement et bien secondés. Nous qui étions libres de tenir le langage que nous voulions, nous avons parlé ; ceux de nos alliés qui ont pu faire autant que nous en ont fait autant. Ceux qui sont liés par plus de formes ont agi selon nos principes. La révolte napolitaine et tous ses charmes ont été mis en quarantaine. Vous autres avez même fait plus que les grands Anglais et Français ; vous avez renvoyé l'agent des carbonari arrivé pour vous vanter le bonheur de son pavs ; vous avez fait là , mon cher comte , ce qui est digne de vous.

Unis de principes à Troppau, les trois Cabinets ont passé à l'action. L'idée d'inviter le Roi à venir nous rejoindre à Laybach a été agréée. Cette invitation a été faite sur des bases très-simples et les seules correctes. Vous connaissez les lettres autographes des Souverains; elles sont tout amicales, car personne n'est l'ennemi du Roi. Les instructions ostensibles pour nos plénipotentiaires étaient plus précises. Elles portaient l'ordre de déclarer :

1° Que jamais les puissances ne reconnaîtiaient rien de ce qui est l'œuvre de la révolte ;

2° Qu'avant de passer aux derniers moyens, elles désiraient épuiser les voies de la conciliation , non entre la révolte et le bon droit, mais entre les intérêts véritables du royaume et ceux de l'Italie et de l'Europe; que ne connaissant qu'un instrument apte à une œuvre aussi grande que salutaire, Sa Majesté le Roi était invité à se réunir aux trois Monarques ;

3° Qu'à Naples on assurait que le Roi était libre; que le Roi libre avait le devoir de se charger d'un aussi grand bienfait; que, si le Roi ne venait pas, il serait délivré ;

4° Que la personne du Roi ne pouvant dans cette occurrence être remplacée par aucune autre , l'invitation était personnelle ; que nos envoyés refuseraient en conséquence les passe-ports à tout autre individu, fût-il même un Prince de la

Hl'.Sni.TA'IS 1)11 CONOIlfS 1)1, IIKH'PAII (IH20). 4'2:i

Maison royal**; (11111 autre (-ôti*, (|n il (]é|)(Mi(lrail du lloi (\r. se faire acconipaj^ncr par (|ni Sa Majesté le jii{jerait a propos;

5" Que le Roi, s'il ('lail einpoclié de sortir du rovaiime, sérail plaeé sous la sauve^janle et sous la respoi».>al)ililé <!«; «•liaque Napolitain.

L'ordre pailit , et il n'est pas une niaiserie; (pie n'aient faite nos ajyents. Malheureusement, il ne s'est point trouvé parmi en\ une seule tête. Les temps forts, mon cher comte, sont faillies en tètes.

Ce que nous avions pr<'vu arriva avec les partis à Naples. Les radicau.'c et les doctrinaires, ou, si vous l'aimez mieux, les démagogues et les libéraux, lesquels à Naples se nomment carbonari et mnratistes , se divisèrent. Liés avant, pendant et après juillet dernier dans le but de renverser en commun l'ordre de choses existant, sauf à se culbuter plus tard réciproquement , nous étions certains que les muratistes (sûrs d'être égorgés en tout état de cause) tacheraient de faire sortir le Roi. Mais ils allèrent plus loin; ils voulurent mettre à profit la circonstance pour renverser le carbonarisme et se maintenir. Voilà le secret de la déclaration du 7 décembre dernier. Afin de faire mieux encore , ils mirent nos envoyés dans un faux jour, en les faisant assister au conseil où le duc de Galabre exhiba cette pièce , tandis que le ministère napolitain était réuni dans une pièce voisine. Zurlo, qui avait conçu le projet, envoya en hâte cette déclaration dans les provinces, dans l'espoir d'y exciter une forte action en faveur du libéralisme. Parler cette langue au peuple napolitain, c'est parler blanc à des nègres. Les ventes se levèrent ; le Parlement, qui n'est que l'élite de la secte, foudroya le ministère, et de nouveau, en ce jour d'action, les doctrinaires purent se convaincre que dans les révolutions (qu'ils n'en adoreront pas moins) ils sont et seront toujours écrasés par les partis extrêmes.

L'homme qui veut tout est bien fort en comparaison de celui qui ne veut que la mo'tvé

Nos envoyés ne prirent non-seulement aucune part à cet acte, mais ils se déclarèrent incompétents. Pourquoi alors s'asseoir à la table ronde?

Mais le bien naît souvent du mal. Nous eussions eu le» muratistes à comballre à Layljacli. Ils sont morts en route, et entre deux je préfère prendre à bras-le-corps le carbonarisme que le libéralisme, et vous serez de mon avis.

La valeur que le Roi et son Gouvernement, y compris le Prince royal, attaclient au serment du 8 juillet, a été prouvée le 7 décembre.

Or, voici le Roi. Dès ce moment tout se simplifie, et les positions s'éclaircissent.

Le Roi a le devoir de parler et d'éclairer son peuple. Il a celui de pacifier son royaume, de l'organiser de manière à lui procurer le repos présent et futur. Il n'a pas moins celui de ne pas faire chez lui ce qui troublerait le repos de ses voisins, et c'est à eux-mêmes à y veiller. Aussi avons-nous invité les Princes d'Italie à se faire représentera Laybach.

C'est l'Autinche qui fournira les moyens de pacification, et les puissances, y compris l'Autiicbe, garantiront les résultats.

Ce sont ces résultats que nous allons amener.

Voilà dans un exposé bien court, mon cher comte, un budget bien lourd.

Naples a, entre temps, vidé ses caisses. Quinze millions de ducats ont été dilapidés en quatre mois ; il n'y a point de soldats, point d'armes; aucune place n'est approvisionnée ; mais les carbonari , qui n'avaient pas un sou , commencent à sentir leurs poches remplies, tandis que les propriétaires sentent les leurs vides : bienfaits incontestables de cette belle entreprise que M. le duc de Campochiaro, au commencement de son ministère, m'a assuré être appelée bien faussement une révolution, n'étant c^i\ un petit arrangement de famille.

Or voilà où en sont les choses. Les premiers moments de Laybach régleront le développement de la marche ; soyez tranquille, mon cher comte, nous ne dévierons pas du principe.

Vous me saurez peut-être quelque gré de vous écrire une aussi longue lettre au moment même de mon départ ; aussi se ressent-elle de ma hâte ; mais comme j'aime mieux que vous sachiez ce qui est, quels sont les principes qui nous

piioi r.ssioN nr. loi poiriioi r. dk Mivn i.hnicii (i«2o). ar»

{jiiiilciil , (•( \ <Hi^ (luiiiicr une preuve non velle de iiiii eoiillinief*, je ne me reconnais aucun mérite.

(•elle letlre n'esl , au reste, ([ue pour le |{oi, pour vous et pour le maréclial.

Adieu, mon cher comte. Le Roi de Naples sera à Layliach le 5, l'Empereur d'Autriche le 6, et celui de Kussie le 7 janvier. .Vy serai le 5.

A(];rée/ mes vœux pour le renouvellement de Tannée, et serrons-nous en elle avec amitié et confiance comme dans celle qui vient de s écouler.

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