PROFESSION DE FOI POLITIQUE DE METTERNICH
486. Metternicli à l'Kiiipereur François (Rapport), Troppau, le 2 décemlire 1820. — Résolution souveraine de Sa Majesté. — 487. Metternich à l'Empereur Alexandre (Lettre), Troppau, le 15 décembre 1820. — 488. Profession de foi. Mémoire adressé par Metternich à l'Empereur Alexandre. (Annexe du n" 487.)
486. Sire , Votre Majesté trouvera ci-joint ma « profession de foi » que j'adresse à l'Empereur Alexandre.
Je prie Votre Majesté de lire cette pièce peu diplomatique dans l'esprit oiî je l'ai rédigée et que Votre Majesté connaît.
Metternich, m. p.
Troppau , le 2 décembre 1820.
Je vous renvoie ci-joint Tannexe.
François, m. p.
Metternich à l'Empereur Alexandre. Troppau , le 15 décembre 1820.
487. Sire, j'ai l'honneur d'envoyer à Votre Majesté Impériale le travail ci-joint. Elle m'en a donné l'ordre ; je m'y soumets avec un abandon qui laisse toute liberté à ma pensée. Votre Majesté Impériale la trouveia tout entière sur les ques-
lions les plus dignes des méditations de tout homme public, de tout homme chargé de graves intérêts, de tout homme enfin assez éclairé pour sentir qu'à un monde en folie il doit en être opposé un autre plein de sagesse, de raison, de justice et de correction. H y a longtemps, Sire, que je me mépriserais si je ne disais ce que je pense. Ce qui, pour le particulier, peut paraître un mérite, n'est qu'un devoir pour l'homme dans ma position.
Ce que renferme le présent Mémoire exciterait le sourire du dédain de la part de cette foule d'esprits superficiels, pleins de satisfaction de leur demi-savoir, juges impudents des premiers intérêts de la société , de cette foule de criailleurs sans idées bien arrêtées, victimes de leurs propres eiTeurs, et faux prophètes, aussi souvent qu'ils se permettent de prédire autre chose que l'erreur échafaudée sur des bases erronées. Ce même sourire paraîtrait sur les lèvres d'une classe d'hommes plus respectables, de ces hommes qui croient que de toutes les entreprises la plus inutile, c'est celle de dire ce qui s'entend de soi-même. Ma conviction. Sire, est que dans tous les temps il est du devoir des hommes voulant le bien de parler, car dans tous les temps, et surtout dans les temps remués par les passions, les hommes voulant le mal, les vaniteux et les fous, parlent. Il faut donc ne pas leur abandonner tout à fait le terrain moral.
Daignez, Sire, en même temps que je remets entre les mains de Votre Majesté Impériale le présent écrit que m'a dicté ma conscience , agréer l'hommage de mon plus profond respect.