I.A MISSION DK TATISTSCIir.l T A VIF.NNK (iHii). :,H
Alexandre roiisciitliail h la iiiarclic pioposee d.ius I(î mcinnrundiini, il liiudrait se conrcrfcr sur rc''|»()(|ue et le rnixic de la incltrc à cM'cnlion , cl (jn'il inijiDi tci ail heiiucoup de (jajjncr sur le t«Miips tout ce (|u il serait pos^iMc de {Jiifjncr sur lui, il ncuis paiait (ju'il ne serait pas moins désiraMe (jue lacile «le réunira \ iiMiu<' des perxiune-. uiuuies d instructions et d'autorisations nécessaires de la |>art descinf] Cours, et nnsesà même par là trécliau^ier entre elles les idées des Monar(|ues sur le meilleur accord à établir au sujet des intentions réciproques et de la marche à suivre j)ar les puissances.
Dans la supposition, qui nous paraît d'ailleurs très-naturelle, que la rencontre des Monarques ne pût être avancée, les pourparlers entre les ministres auraient toujours le grand avantafje de préparer le travail et de liàler des décisions si désirables.
Je soumets ces idées à Votre Excellence avec une entière confiance. Qu'elle en fasse usa(]e envers Sa Majesté Impériale de toutes le,, Paissies, si elle les juge de nature à pouvoir être accueillies ; ce que dans tous les cas il me parait superflu de lui assurer, c'est qu'elles sont dictées autant par les sentiments de franche amitié qui ne cesseront d'animer l'Empereur mon Maître pour l'Empereur Alexandre, que par la sollicitude que Sa Majesté Impériale porte aux intérêts qui leur sont communs.
Metternich à'INesselrode (Lettre), Vienne, le 19 avril 1822.
620. Je charge votre négociateur d'être mon courrier, mon cher comte. M. de Tatistscheff a senti ce que j'ai senti, à savoir, que parler vaut mieux qu'écrire, quand on désire franchement s'entendre. Il vous parlera donc, et il parlera bien quand il vous assurera que nous désirons nous entendre parfaitement avec vous. Mais il est dans tous les temps, comme dans toutes les circonstances, une condition sine qiia non dans les ententes; c'est que l'on parle clair, et que l'on se dise ce que l'on veut, ce que l'on désire, ce à quoi on peut aller, et quelles sont les bornes des facilités. Quant à celles des possi-
bilités, nous n'aurons jamais besoin de perdre du temps pour nous en assurer. Croyez que je ne me fais illusion sur aucune position, que j'apprécie toutes les nécessités, toutes les difficultés, le mal comme le bien. Si M. do Tatistschefl devait ne pas emporter la conviction que pour le moment il ne me reste rien à lui dire pour lui faire comprendre la pensée de l'Empereur, c'est qu'il n'aurait pas compris mes paroles ; mais j'ai le sentiment que tel n'est pas le cas.
L'affaire qui nous occupe est très-simple en elle-même ; elle n'est compliquée que par les causes incidentes, et celles-ci suffisent souvent pour faire d'une affaire très-simple dans son essence une affaire fort compliquée dans sa conduite. Je vous dirai en très- peu de mots comment je juge les positions.
Votre Empereur veut ce que veut le mien, ce qu'en dernier résultat veulent ni plus ni moins leurs alliés.
Votre Empereur voit, comme le mien, que la faction est là, la gueule ouverte, pour avaler l'ordre social au premier ébranlement des grands piliers sur lesquels cet ordre repose.
Votre Empereur a une foule de considérations à ménager; il n'en est pas une que nous n'admettions.
Mais le mal existe, et il faut ou le vaincre ou courir les cbances d'y succomber. Nos Souverains sont fort tentés de choisir la piemière de ces alternatives, et fort décidés à éviter la seconde. Il faut donc qu'ils s'entendent. Afin que leur accord puisse être efficace, il faut l'étendre aux alliés, et pour arriver à ce but, il faut un choix éclairé et scrupuleux de formes et une grande correction dans l'énoncé des principes.
Gomment, — cela posé, — pourra-t-on parvenir à s'entendre? Pour le coup, mon cher comte, permettez-moi de vous renvoyer aux explications que vous donnera votre envoyé.
Gomme vous ne l'avez pas mis en mouvement sans but, permettez que j'entre dans votre prévoyance, et dans ce que votre marche a présenté de juste et d'éclairé.
Il me reste à vous supplier de vous dire à vous-même, et de dire à Sa Majesté Impériale, que je forme ce vœu; que c'est avec une franchise et un abandon entiers que j'ai traité
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avec M. (!«' 'ralislsclirll ; imiIIii ([ijo vous vous lroin|)rri('/ aussi «Ml pirlaiit à aiicniu' de mes |)ar(>l(<s nu sens ()|»|Mt>»^ à <'clui «le la raison <( ili- I ('l<>i,';n(iu( tit le plus < <ini|ilft de IomI ce (|ni n(* siM'ait {tas l'apitliciilion pnrc et sini|)l(% non de <|nc>tM>ns antri- «•hi(Muu's, mais de (|nc>tions européennes, de ces (|ueslions de vi(» et de mort ipii absorbent toutes nos pensées. Si j'avais <le la politique autriehirnnt* à faire, je serais hien coupable de la (laiter coninie je ne cesse do traiter celle qui m'occupe du matin an soir. Mais c'est que j'ai Iteau cbercbcr, je ne la trouve pas, cette politicpic aulrichicnnc, à moins que Ion no veuille donner ce nom à notre désir extrême t\v no pas devenir la jiàfure dos IVoros et amis. Dans ce cas, je lais de la politirpie autricbicnno, et je tàcbe morne d'en faire beaucoup, et bien mIus partout <|ue ne le désireraient ces bons amis.
Adieu, mon cber comte. Pour 1 amour de Dieu, point do préjugés! Laissez dire tout ce que l'on peut dire; nous dédaignons les paroles. Marcbons et entendons-nous. Croyez-vous que la besogne sera finie alors? J'espère que non ; alors nous pourrons commencer à faire le bien, et tout le bien que nous avons été tous cmpêcbés de faire après les événements de 1821. I^eaucoup do mal à éviter et beaucoup de bien à faire, voilà une grande et belle làcbe.
Metteroicli à Lebzeltcrn, à Saint-Pétersbourg (Dépêche), Vienne, le 22 avril 1822.
621. J'expédie le présent courrier après le départ de M. de Tatistscheff. Il nous a quittés le 19, à la suite d'une entente entre lui et moi sur cotte décision.
Votre Excellence trouvera dans les annexes les derniers résultats de nos transactions. Ils vous suffiront pour vous prouver que ce n'est j)as nous qui avons cédé un seul pouce de terrain ; nous sommes restés fermes sur le principe qui nous a servi de base inébranlable dans tout le cours de nos explications depuis le mois de mai dernier, et si nous avisons à nous procurer des chances favorables à la conciliation, nous n'avons fait eu ceci que persévérer dans notre marche.
584 RECUEIL DE DOCUMENTS (lSlS-1822).
Il me reste à mettre encore Votre Excellence au fait de Taltitude que M. de Tatistsclieff et moi avons prise et maintenue jusqu'au terme de nos pourparlers.
Mes dernières expéditions auront suffi pour vous convaincre que vos pressentiments à l'égard des motifs véritables de l'envoi de M. de Tatistscheff se sont réalisés dés le début de sa mission. Mes soins ont dû avant tout se borner à me rendre un compte bien exact de ce que sa mission pouvait tout naturellement renfermer de complications ressortant du tei'rain de Saint-Pétersbourg lui-même.
Je n'ai point tardé à m'assurer de quelques points de contrôle , afin d'arriver à classer et les instructions dont il était porteur et la différence du but vers lequel pouvaient tendre de doubles instructions. Mes soins n'ont point été infructueux. A mesure que nous avancions dans nos pourparlers, l'attitude de M. de Tatistscheff dut prendre couleur. Il fut bientôt clair pour moi qu'en même temps qu'il était porteur des paroles de l'Empereur, il ne lui était pas possible d'oublier en entier qu'il avait des instructions du Cabinet. Je plaçai dès lors en première ligne de mes explications envers lui la première de ses fonctions , et je lui prouvai que relativement à la seconde il trouverait en moi un allié sûr, afin d'arriver, en écartant des difficultés de bien des genres, au bien auquel il me paraissait que tendaient uniformément les pensées de nos deux ^lonarques. Il me serait impossible de ne pas rendre à M. de Tatistscheff cette justice, que l'ensemble de sa conduite a été conforme à mes vœux. Si ses explications ont présenté des nuances, celles-ci n'ont jamais porté d'autre caractère que celui de la gène que cet envoyé devait nécessairement éprouver en se sentant sous l'impulsion de deux instructions non-seulement différentes, mais même en parfaite opposition l'une à l'autre.
Une circonstance a beaucoup contribué à débrouiller les attitudes. M. de GoloAvkin avait reçu du Cabinet des pouvoirs égaux à ceux de M. de Tatistsche'f. Aussi Votre Excellence a-t-elle vu ces deux Messieurs se présenter ensemble dès notre seconde entrevue. M. de Tatistscheff n'a pas tardé à sentir que
T. A MISSION i)i: 1 AI isi sr.ii 11 I' A vil nm: (isi'j). r.Kô
(lo ccllr inaiiicic IUHI-. m';iiiiv('i ions iaiiKii». .'i iiiic (-oiiclii^ioti, rt (\\\c par coiisc'iiiMMil la pailic la plus iiupoi latilc <lo sa missiijii scrail iiiaïupu-*'.
.le crus <l('V()ir me nionlrrr indillricnt aux cnil)anas de la posilion do ^f. de Tati^lst•ln•(T, cl je lui ahaudonnai \v. soin do la léjjicr liii-mrmc. Il vint se présfiitcr la troisième ^oi^ seul chez moi et luo pria de laisser dorénavant ijjnorer nos Iraiisactions ;\ son collè{jue, sauf à nous concerter sur les moyens de le rendre témoin d'un résultat à prévoir et à concerter d'avance entre nous. C'est là la cause qui a molivé la séparation que Voire Excellence remarquera dans mon travail.
La seule partie officielle est la Note que j'ai signée le 10. ^I. de Golo^vkin ne connatt de tout le travail que cette seule pièce.
MM. les envovésde Russie m'avaient communiqué le l!2 avril le projet de protocole ci-joint. Je vis le même soir M. de Talislsched, et je lui déclarai que je ne le signerais pas. Il me dit qu'il avait dû m en envoyer le projet pour se justifier visà-vis de son Cabinet, mais que j'élais maître d'en faire ce que je voudrais. Je le prévins alors que je lui adresserais, à lui et à soncollèjjue, une Note commune, dans la rédaction de laquelle j'aurais soin d'éviter avant tout de me servir d une seule des paroles peu correctes du projet de protocole, et ensuite de ne pas compromettre nos pourparlers secrets.
La totalité des pièces confidentielles et secrètes est ainsi absolument inconnue à M. de Golowkin. M. de Tatistscheff m'a dit ne vouloir s'en servir que vis-à-vis de Sa Majesté Impériale directement. C'est même lui qui m'a engagé à introduire dans une lettre secrète l'idée de hâter l'époque de la réunion des Souverains et la nomination anticipée d'individus munis d'instructions pour établir des pourparlers, et, si faire se peut, une entente entre les alliés, — idée que lui-même m'a proposée le premier, en me priant toutefois de me l'approprier. J'avais inséré dans la première minute de mon mémorandum cette proposition, INI. de Tatistscheff l'en a fait sortir : « Il est possible, il est même probable, me dit-il, que l'Empereur, après
5SG r.F.CUF.ÏL DE DOCUMENTS (1S18-1S22).
avoir scruté cette pièce principale, la communiquera au Cabinet. Si Tirlée de la réunion s'y trouve exprimée, vou» courez le risque que le Cabinet, qui craint par-dessus tout une réunion pareille, ne saisisse le prétexte pour attaquer tout le reste. »
Par la présente expédition ainsi que pnr les précédentes, je me flatte d'avoir mis Votre Excellence au fait de Fensemblc '' de la négociation entre M. de Tatistscbeff et moi. Elle connaîtra par mes dépêches toutes les paroles dignes d'être rapportées qui ont été échangées entre nous. C'est maintenant de nouveau à elle de servir la cause par un strict contrôle et en continuant de suivre la marche qu'elle a déjà tenue antérieui^ement. C'est à elle aujourd'hui de peser ce qu'elle devra dire et peut-être même communiquer à MM. les secrétaires d'Etat. Il est tout simple que le présent courrier lui ait apporté les informations les plus amples.
Il me reste à vous prévenir que le 19 avril, jour même du départ de M. de Tatistscheff, j'ai réuni chez moi dans le courant de la matinée INÏM. les envoyés de Russie, et que je leur ai fait la remise de la Note officielle. Il est arrivé ce qui devait arriver; ]M. de Golowkin en a trouvé le texte très-sommaire. J'ai contre-balancé cette remaïque très-fondée par la déclaration que M. de Tatistscheff ayant été envoyé vers nous comme simple porteur de paroles, je devais de mon côté me référer aux miennes. J'ajoutai que sous ce rapport j'étais ])eaiiconp moins bien placé que MM. les envoyés, vu le fait que je ne pouvais pas me vanter d'avoir à invoquer un témoin en ma faveur, tandis qu'il en était bien autrement de leurs positions respectives.
M. de Tatistscheff s'étant déclaré entièrement satisfait de cette explication, il a bien fallu que M. de Golowkin le fût également.
Je sais, au reste, de science certaine, qu'il v a eu de graves discussions entre ces Messieurs dans le cours de nos pourparlers. Tandis que M. de Tatistschefi:' et moi avancions vers notre but, M. de Golowkin crut que rien ne se faisait; il en fit des reproches à son collègue, qui a dû finir par lui déclarer
vi(:i(>ii;i: iiiMi-oirri:!. i'\it t.i; r:\mM 'i aci iii(;iiii:\' (ih-22). r.87
(pic l:i i(>^j»(»ii^;iliili(é jtr^ail sur lui, et sur lui cxcliisivrmrnt. ('('tic «•irc«»ii^t;iiic(' n'est |);is siiiis iiitt'irl |>niir X'otic i'.xccllciicr, c;ir elle lui ('\|ili(|U('i ;i ce (ju'il |)(>iii'ruil y .'ivoir «le coiitradictoiiT <l;iii> les r;i|)|)(»rls <lfs doux iiiiiiistics , <'l d.ins les rllcis <|n'ils pourrniil produire ou avoir produits déjà à Saiul- Pélersl)our{}.
V I c T G I n I". n i . M p (-) u T I I : p a ii l k c a h i n r t a l t u i c h i e n
s U n LE c A m N F. T H u s s E .
622. Metteriiith ii ri'in|)cicnr l'innçols (Rn|iporl), Vienne, le 31 mai 1822. — Résolution sonvoiMiiin do Sa Majesié. — ()2)î. Mctu-riiiih à i'Empcrcu;- François (Happoft), Vienne, !(> l'jiiin 1822. — Hi'solution souveraine de Sa Majesté. — ()2V. Metleriiicli au eointe de Lliuow, ;i Conslanlinople (Déjièi hi;), Vienne, le 3 juin 1822. — 025. Metternicli à l'Empereur François (Hapjiort), Vienne, lo 13 juin 1822. — Hésolulion souveraine de Sa Majesté.
G22.... J'ai reçu, par un courrier que le baron de Lebzeltern m'a expt5dié le 22 de ce mois et qui est arrivé de Saint-Pétersbourg il y a une heure, les détails de la victoire la plus complète que jamais Cabinet ait peut-être remportée sur un autre*.
L'Empereur a accepté toutes nos propositions. Tatistscheft" reviendra ici dans dix ou douze jours, pour remettre entre nos mains le reste de la négociation. L'Empereur va plus loin. La nouvelle de Tévacualion des Principautés a fait une telle impression sur lui, que Bagot et Lebzeltern ont reçu et sa2;ement accepté la mission de faire informer la Porte par les représentants de l'Angleterre et de l'Auiriche à Constantinople que Sa ^lajeslé est prête à renouer iinmcdiatemenl ses relations diplomatiques avec le Divan.
Capo d'Istria est complètement battu, et — il se tait pour le nioment.
Je me sens très-heureux de pouvoir me dire qu'à présent la
* Voir : Mission de Tatistsclieff à Vienne, n»* 616-621. (Note de rEditeur.)
situation de l'Europe peut chanfjer du tout au tout. Nous possédons aujourd'hui une force qu'il est difficile d'évaluer, et Votre Majesté peut être certaine que je ne négligerai rien ici pour serrer de près nos adversaires, en tant que cela peut dépendre de moi.
L'Empereur de Russie ne viendra pas avant le commencement de septembre. Au point où en sont les choses, sa présence ne nous sera pas nécessaire plus tôt.
Metternich, m. p.
La victoire que vous venez de remporter est peut-être la plus difficile et la plus belle qui ait signalé votre ministère ; je ne puis vous en être assez reconnaissant. Mais il faut que le monde aussi reconnaisse quels bienfaits en résultent pour lui. Ainsi vous ferez en sorte de mettre en lumière les heureuses conséquences de ce triomphe. Du reste, je compte que vous mettrez tout le zèle que vous professez pour la bonne cause et pour mes propres intérêts, à tirer un parti convenable de cette victoire. J'attends avec impatience les dépêches de Lebzeltern, pour en prendre connaissance.
Laxenburg, le i" juin 1822.
Meltoinitli à l'Empereur François (Rapport), Vienne, le 3 juin 1822.
623. J'ai l'honneur d'envoyer très-respectueusement à Votre Majesté, dans l'annexe ci-jointe, les dépêches, intéressantes au plus haut degré , expédiées par le baron de Ijcbzeltern, depuis le 16 jusqu'au 22 mai.
En lisant ces documents. Votre Majesté partagera le sentiment qu'ils m'ont inspiré. Depuis que la politique suit une voie éclairée, jamais Cabinet ne s'est peut-être compromis aussi gravement que le Cabinet russe.
Toutes les réflexions que Votre Majesté trouvera exprimées par le comte de Nesselrode lui-même , relativement à la perte de l'influence russe sur l'Empire turc, sont parfaitement justes. Le Cabinet russe actuel a détruit d'un seul coup la
vicTOini: iii:.Mi'()im;i: i'Aii i.i; caijimit AirnncniKN {ih:> . :,H't
jjiiiiidc (riivrc de l'icrrc le (lr:iii(l cl de Ittus ses .su<;ce.sS{Uirs, -Tout s(! trouve it^i sur une nouvelle Las»;, et ce (|iic l;i liussie |)er(l en Ix)rcc morale, la Porte le {;a;;ne.
Nous venons de rendre à la Turquie des services (juClic ne pourra jamais assez reconnaître. Notre influence se mainliendra dansée pays ainsi que celle de l'Anjjleterre.
Les (iépètlies <|iie j'ai h expédier à (îonstantinoj)je sont prêtes (n' (>24). Elles partiront dans quelques heures.
Demain j'enverrai des courrier^ aux Cours alliées.
J'aurai i honneur de soumettre respectueusement ces expéditions à Votre Majesté dès mercredi prochain
MettI'Iimcii, m. p.
Je vous renvoie ci-joint les annexes, et j'attends les expéditions dont il est question dans votre rapport, afin d'en prendre connaissance.
Vienne, le 3 juin 1822.
Metternicli au comte de LUtzow, à Constantinople (Dépêche), Vienne, le 3 juin 1822.
624. Un courrier expédié par M. le baron de Lebzeltern le 22 mai (n. st.) m'a apporté des nouvelles trop importantes pour ne pas m'engager à transmettre sans la moindre perte de temps les présentes dépêches à Votre Excellence.
Le génie du bien semble devoir triompher de celui du mal; nos efforts n'ont pas été vains, et la faction qui avait tenu enchaînées jusqu'à cette heure les dispositions généreuses de l'Empereur de Russie, a dû céder le terrain aux armes de la raison. Les dépêches que Votre Excellence et lord Strangford doivent avoir reçues directement de MM. de Lebzeltern et Bagot, avant l'arrivée du présent courrier, vous en auront déjà convaincus l'un et l'autre.
Le courrier que m'a envoyé le baron de Lebzeltern m'informe :
Que l'Empereur Alexandre a accueilli les communications que nous lui avions fait passer par l'intermédiaire de M. de - Tatistscheff;
Que les nouvelles du 25 avril, que lord Stranjjford a eu la sagesse de transmettre sans perte de temps à Saint-Pétersl)ourp, ont produit assez d'effet sur Sa Majesté Impériale pour l'engager à tenter une démarche directe à Constantinople, par l'intermédiaire des représentants des Cours d'Autriche et d'Angleterre ; — enfin
Que M. de Tatistscheff avait i-eçu l'ordre de venir nous rejoindre dans le plus bref délai à Vienne pour donner suite à ses pourparlers antérieurs.
Telle est la somme des informations sur lesquelles je puis baser le présent travail pour Votre Excellence.
Les affaires se trouvent placées sur un double terrain, sur celui de Constantinople et sur celui de Vienne.
Afin de bien apprécier la direction que pourront prendre les affaires sur le premier de ces terrains, il m'est indispensable de connaître l'expédition que vous et lord Strangford aurez reçue directement de Saint-Pétersbourg. Cette communication ne peut tarder à me parvenir.
Les affaires qui m'attendent après l'arrivée de M. de Tatistscheff me sont connues; il me suffit, pour en avoir une idée exacte, de savoir que l'Empereur Alexandre a approuvé le travail secret que j'ai remis à ce plénipotentiaire lors de son dernier séjour auprès de nous.
Si je ne considérais pas le moment actuel comme étant d'une valeur immense, j'aurais préféré retarder l'expédition des présentes directions jusqu'à l'arrivée des premiers rapports de M. de Lebzeltern; elles eussent pu alors être plus complètes. D'un autre côté, j'attache trop de prix à ne pas prolonger pour Votre Excellence et pour lord Strangford une période de gêne (quelque courte que celle-ci puisse être) pour ne pas me décider à aller au plus pressé, sans aucune perte de temps quelconque.
Je vais en conséquence vous mettre, Monsieur le comte, au fait de ce que vous ne savez pas, et vous placer ainsi dans une
vicioim; iiiMi'oim.i; l'Ait m; caiii.m iai i iiii;iiii;n (182-2). j!H
;illilii«l(' Imlc. Mes Vd'iix sont ([iic lord Sli;iii('lor(l nuissc |U(Mulie une allilndt; scinldahlt; ; jo le priir donc, ainsi que Volic KxccIUmu'C, de ie{;ardoi' les ouvertures siiivantc-icoinmo vous étant adressées en coniniun.
Vous trouvi'ie/ dans les annexes* les détails (inc iai mandés à rjitndics sur r('iisein1)l(; du pieinicr séjour <|ii(' M. de TalislsehelTa l'ait iei.
Veuillez méditer ce travail, et je jn ic; M. l'ambassadeur d'An;;Ieterrc d'en (aire autant. A eus vous convaincrez tous tlcux des laits suivants :
1" Que j'ai admis, de prime abord, que le né(jociateur russe devait se trouver cbargé d'une double commission, et je n'ai pas tardé à me convaincre que je ne m'étais point trompé.
2" Que, dès lors, j'ai attacbé mes soins les plus actifs à suivre la ligne des pensées de l'Empereur de Russie, et que je n'en ai voué aucun à celle que, depuis plus de dix mois, avait suivie son ministre.
3' Que j'ai fondé le succès de l'entreprise sur les bases suivantes :
Écarter les chances d'une guerre immédiate ; Réserver au Monarque russe celle de se justifier à ses propres yeux et à ceux de sa nation sur la position désastreuse pour les Grecs, qui devait immanquablement être la suite de la renonciation à la guerre, après que l'espoir de ce peuple avait été diiigé depuis si longtemps sur l'appui matériel de la Russie;
Réserver cette chance dans la limite de principes corrects et par cela même admissibles par toutes les puissances.
A" Qu'enfin j'ai renvoyé à Pétersbourg, dans l'intérêt même de la cause, M. de Tatistscheff avec un double travail, tel que l'avaient été les instructions avec lesquelles il s'était présenté à Vienne.
La communication que j'ai faite à Londres, à Paris et à
* Ces annexes sont les notes de Metternîch sur ses entretiens avec Tatistscheff, dont il est question dans la note de la page 571. (^Note de l'Editeur.)
lierlin, des résultats de ma négociation avec M. de Talistscheff, m'a fourni les preuves les plus satisfaisantes de V approbation entière et uniforme des trois Cabinets. Il ne me manquait pour compléter l'œuvre que l'assentiment de Sa Majesté Impériale de toutes les llussies. Il m'est parvenu par la dernière expédition de Saint-Pétersbour.<j, à laquelle se sont trouvées jointes les lettres de INI. de Tatistscheff.
Les éclaircissements qu il me paraîtrait nécessaire de donner surtout à lord Stran^ford sur le véritable esprit qui nous a guidés dans le choix des moyens proposés à Sa Majesté Impériale de toutes les Russies par mon Mémorandum du 19 avril (n" 618) se trouvent renfermés avec assez de développement dans mes dépêches à M. le prince Esterhazypour queje puisse me regarder comme dispensé de les rédiger à nouveau. 11 devra être clair pour lord Strangford que si je me suis permis de toucher la corde AeV amélioration du sort des Grecs, je n'ai i\iit aucun sacrifice au sens pratique qui a guidé jusqu'à cette heure et d'une manière uniforme et invariable les Cabinets alliés, dans toutes les phases d'une complication amenée parle jeu d'une faction coupable, entretenue par des hommes livrés à l'erreur sur leur propre situation comme sur celle d'un peuple aussi éloigné d'une civilisation véritable qu'il est peu fait pour jouir d'une indépendance politique ; d'une complication enfin qui, vu le dénoûment qui l'attend aujourd'hui, doit conduire non-seulement au détiùment de la cause des Giecs, mais non moins à celui de l'influence que la politique de Pierre le Grand et de ses successeurs avait constamment exercée sur la Porte jusqu'à la fin de l'année 1820, et à laquelle le Cabinet russe avait su donner autant de force que d'extension.
Il a suffi de quelques fautes graves, et d'un laps de temps de peu de mois, pour faire évanouir cette influence et pour préparer à l'existence de l'Empire ottoman une ère nouvelle. Si la Porte doit ce bienfait aux fautes du ministre russe, elle ne le doit pas moins à la rectitude des conceptions et de la marche des Cabinets alliés; c'est à compléter l'œuvre entamée que doivent tendre désormais nos soins, et c'est afin
vicioini; itiMi'()itii:i: l'Mi i,i: c viiiNt.T autriciiikn iihî2). r>f)i
(le les voii" couroiiut's de succès que j'adresse un nouvel ;i|i|»cl (lii-eci au zèle éclairé, à l'énergie et aux talents de lord Slran.';lord.
\()ilà uja pensée, et ma pensée tout entière, sur les nécessités du nionu'ul. Je n'ouMierai pas celles du lendemain; mais avant de les aborder, il faut j)ré,»lablement fjuejj' sois informé «le plusieurs points essentiels sur lesquels le plus prochain courrier de notre envoyé en Russie et l'arrivée de M. de Tatistsclieff poinronf seuls me fournir toutes les lumières r.'quises.
L'examen de mes transactions avec M. de Tatistscheff vous prouvera, ^Monsieur le comte, ainsi qu'à lord Stranfjforfl, que la base de la viarche paciJKjne que nous avions proposée se divisait en deux périodes :
La première devait être occupée par l'entente entre les Cabinets alliés;
La seconde, par des ouvertures que les alliés, à la suite d'un accord étalai i entre eux, seraient convenus de faire à la Porte et d'appuyer auprès d'elle.
Le Cabinet de Russie vient de faire, par l'organe de Votre Excellence et de iNI. l'ambassadeur d'Anfjleterre, une démarche directe à Constantinople. Il y a en ceci inversion de la inarche que nous avons proposée, et néanmoins unbénéfice tout pur. J'entends par bénéfice :
1° Le gain d'un temps précieux, dans la supposition que la Porte dût hâter la réconciliation ;
2° Les facilités qui dérivent pour nous du fait même que la précipitation du Cabinet de Russie, si elle devait conduire à des résultats opposés aux vues démontrées aujourd'hui toutes pacifiques de cette puissance, ne pourra plus, et sans préjuger cependant un arrangement définitif, retomber que sur la Russie elle-même.
Votre Excellence est en conséquence autorisée à procéder avec INL l'ambassadeur d'Angleterre sur la ligne que pourra vous avoir indiquée la correspondance de M.NL de Lebzeltern et Bagot. Votre Excellence voit que je n'admets pas que M. l'ambassadeur d'Angleterre ait pu trouver une difficulté ni, 30
quelconque à suivre l'invitation que doit lui avoir adressée sir Charles Bagot.
C'est la Russie qui a fait précéder l'entente proposée par mon mémorandum du 19 avril par une démarche directe à Constantinople. Il est nécessaire de séparer les périodes et de se dire que, plus dans celle qui aujourd'hui se trouve être la première il y aura de terrain gagné pour le rapprochement entre la Russie et la Porte, moins il en restera de réserve' à la seconde période; il serait impossible de ne pas reconnaître dans ce fait un avantage immense pour la cause de la pacification véritable et définitive, et de grandes facilités dans la seconde période de la négociation pour l'attitude collective comme pour celle isolée des Cabinets alliés.
Nous formons en conséquence les vœux les plus ardents pour que vous parveniez à Constantinople à faire le plus et dans le moindre délai possible. Si le Divan calcule bien ses propres intérêts, il devra partager nos vœux sous ce rapport. C'est principalement à lord Strangford qu'il appartient de le lui faire sentir.
Si la Porte devait insister pour que les relations diplomatiques fussent rétablies le plus vite possible, ce serait à vous deux de faire valoir à Saint-Pétersbourg les avantages qui devinaient résulter, dans l'intérêt même de la pacification intérieure de l'Empire ottoman, de la condescendance de Sa Majesté Impériale de toutes les Russies à cet égard.
Le jour où il est démontré que la Russie ne veut pas soutenir par la force des armes les prétentions exagérées des Grecs, il doit importer à cette puissance de diminuer pour le moins le nombre des victimes que cause la durée de la révolte. Le Cabinet de Saint-Pétersbourg convient que son fianc parler est l'une des armes les plus puissantes pour opérer la soumission de ses coreligionnaires. Il doit donc raisonnablement chercher à se placer dans une attitude qui puisse lui permettre de se servir de cette arme. Ce n'est pas nous qui pouvons donner ce conseil, tandis que, de la part des représentants des deux Cours à Constantinople, il est simple et naturel. Vous êtes, ainsi que lord Strangford, à même de
Vir.TOIIlI. III.MI'DIII Kl, l'Ail (,I. (:AIIIM:|- ai IIIICIIIKN (I8»2). .vc,
vous ('\|)li(|tiii' vIs-à-vis du Cilunct dr Itii^^ir ^rlmi le-, iiiiMrcssioiis (|iu* vous rcccvr/, sur les lieux on \<»ll^ vciic/. d être <"liarj;(' |);ir 1.» HM-.>io (•llc-iiu''m<' de liiirc valoir les inovciis <!«! roiuilialioii, tandis (| ne noire al lit ii de doil porlei' et seconcon- (rer sur luen d autres côlt's de la (|neNtion.
.]c njo réserve, Monsieur le comte, de faire snivre la présente expédition par une autre, des f|ue j'aurai pris conuaissancc des plus prochaines communications de Saint-l*étersl)<»ur{j. Je crois, en attendant, avoir donné à Votre Kxeelience toute la latitude nécessaire pour qu\;ll(« puisse avancer dans la nouvelle direction qui vient d'être donnée aux affaires.
Un soin que je ne saurais trop vous recommander, c'est de coinltiner toutes vos démarches avant tout avec lord Stranrrford, de manière que les rôles soient distribués de nouveau entre vous avec le même succès c|u'auparavaiit. Je raufjc sur une même lij^ne d'intérêt le soin que vous entreteniez tons les deux les meilleurs rapports avec MM. les représentants de France et de Prusse, de manière que non-seulement la Porte, mais aussi les Cabinets de ces deux pays, ne puissent douter que s'il y a de la différence dans le plus ou le moins d'activité des rôles de MM. les am1)assadeurs et envoyés à Constantinople, il n'en existe aucune ni dans les principes que professent les Cours alliées, ni dans les déterminations et les vœux des IMonarques. C'est dans la démonstration de ce grand et bel accord que devra se trouver à la fois un moyen puissant d'action sur le Divan, et un moyen non moins puissant pour l'Empereur de Piussie de pouvoir donner un libre essor aux principes qui servent de ba^e et de guide à ses déterminations personnelles
— J'invite Votre Excellence à communiquer la présente dépêche et ses annexes, sans aucune réserve, à M. l'ambassadeur d'Angleterre.
Mcttcrnich à l'Empereur François (Rapport), Vienne, le 13 juin 1822.
625. ^I. de Tatistscheff a à remettre à Votre ^lajesté une lettre autographe de TEnipereur Alexandre. Je lui ai promis
r.Ofl «ECUEIL DE DOCUMENTS {1818-1822).
d'en informer Votre Majesté aussitôt après son arrivée ici; car je ne doute pas qu'ElIe ne daigne le recevoir encore demain. Je lui ai dit en même temps que Theure qu'il conviendrait peut-être à Votre Majesté de fixer, serait probablement une lieure de l'après-midi.
Il attend les ordres de Votre Majesté; je vous prie donc, .Sire, de daigner les lui faire parvenir par le grand chambellan.
J'ai lu la copie de la lettre de l'Empereur. Cet écrit est tout à fait satisfaisant, ainsi que toute l'expédition, sur laquelle je ne manquerai pas de venir demain faire personnellement mon rapport à Votre Majesté.
Je prie Votre Majesté de dire à M. de Talistscheff qu'Elle a déjà été instruite par moi, mais d'une manière sommaire, de l'état actuel des choses, et qu'Elle m'a commandé de venir demain lui rendre un compte plus détaillé de ce qui a été fait.
Que Votre Majesté daigne ajouter qu'Elle sait combien lui, Tatistscheff, a personnellement contribué à amener cette situation favorable ; qu'Elle a toujours été convaincue que l'Empereur Alexandre ne veut que le bien en toutes choses, mais que sa situation est difficile ; qu'il se prépare une gloire immortelle par }e parti qu'il a pris ; qu'il doit tout à fait compter sur Votre Majesté comme sur son meilleur, son plus sûr ami ; que tel est votre vœu dans cette circonstance comme dans toutes les autres.
En même temps, Tatistscheff désire que Votre Majesté lui dise formellement qu'Elle compte fermement sur l'Empereur Alexandre pour le commencement de septembre, qu'Elle voit dans cette entrevue le salut dans le présent et dans l'avenir, et qu'Elle considère le fait de la réunion des Souverains comme le couronnement de l'édifice.
Je lui ai parlé du changement à faire dans le choix du lieu. 11 partage entièrement cette idée. La raison pour laquelle il désire que Votre Majesté lui parle Elle-même de la réunion , c'est que l'Empereur Alexandre se sent fort par Votre Majesté et qu'il prendra aussitôt sa décision, que Capo d'Istria voudrait empêcher.
]Mî;TTEaNiCH, m. p.
1 xi'i.osioN i)i: i,A m.voi.i rioN i"si'A(;M)i.r, (isj-i). 'y.r,
Ji' vciiiii 'l'iilistsclicn aiijniird'liiii , ver-, midi, cl je lui parlerai comiiu* vous le dt-sircz.
Fhançois , lit. ]).
Virnnc, le l.'t juin 1822.
KXPi.osioN DK i.A m voi.rrioN espagnole.
62i». Mi'tti rnic:Ii ;i I liiiij)frenr l'iançois ( ll;i|)i)()rt ), Vienne, le 21 juillet 1822. — llésoiiitiun souveraine de Sa Majesté. — 027. Metrernieh à l'Kin|n.'ieiir Frant;ois ( Happoit), Vienne, le 2i juillet 1822. — Kûsolutiun souveraine de Sa Majesté.
620. Le journal ci-annexé contient les dcrnicres nouvelles relativement à l'état des choses à Madrid.
D'après cette feuille, le sort de ce pays semble devoir se décider bientôt ou être déjà décidée maintenant. 11 est faciK' de voir que rF-spagnc voudrait se débarrasser de la révolution. Tout dépend d'une seule démarche du Roi; celte démarche, le Roi la fera-t-il? Personne ne peut l'alHrmer à l'avance. A mon avis, il y a déjà trop longtemps qu'il hésile. Ce n'est pas de vaines délibérations, mais c'est de l'action que dépend aujourd'hui le sort du Roi et de tout son peuple
Metternich , m. p.
Je vous renvoie ci-joint les annexes. Si le Roi d'Espagne ne triomphe pas, faute de résolution et de courage, on verra se reproduire ce dont je vous ai déjà entretenu une fois à propos de plusieurs Souvei'ains de notre temps.
François , m. p.
Vienne, le 22 juillet 1822.
Mettcinicli à l'Empereur François ( Rapport), Vienne, le 23 juillet 18Î2.
627. La maison Rothschild a reçu aujourd'hui par un courrier le journal que j'ai l'honneur de joindre au présent rapport.
Votre Majesté verra par cette feuille que l'affaire de Madrid a eu le dénoûment qui n'était que trop à craindre, à cause du caraclère timide du Roi.
Le Roi aurait été sauvé personnellement, et il aurait sauvé son Royaume, s'il avait montré du courage et de l'énerjjie pendant une minute seulen)e-nt. Au lieu de cela, il semble avoir fondu en larmes. ,
Actuellement, le résultat inévitable de ce qui s'est passé, c'est que pour tout le monde le bien qui n'a pu être réalisé deviendra forcément un mal inévitable.
A Madrid, tous les fidèles serviteurs du Roi deviendront les victimes du parti révolutionnaire.
Quant à ce que deviendra le Roi, Dieu seul le sait.
Cet état de choses ne contribuera pas à hâter la répression de l'insurrection dans les provinces, et l'Espagne passera de la certitude du salut aux maux d'une guerre civile dont il est impossible de calculer les suites.
Si j'avais été dans le palais, j'aurais mis le Roi et la famille royale au milieu du bataillon des gardes ; je les aurais menés sans désemparer au milieu des troupes qui campaient hors des murs de la ville, et c'est ainsi que, dans l'espace de quelques heures, j'aurais sauvé le Roi, sa famille et le Royaume. Il semble que Morillo, qui avait l'autorité et les moyens de le faire, ait subi lui-même la contagion révolutionnaire. Le duc de l'Infantado, qui probablement avait arrangé toute l'affaire, est un homme que je connais comme très-fidèle, mais aussi comme très-faible d'esprit.
Ces événements réagiront d'une manière très-fàcheuse sur toute l'Europe.
Metternich, m. p.
Ce dénoûment des désordres de Madrid est tout à fait legrettable et toui'ne à la honte du Roi.
Vicnnu, le 24 juillet 1822.
i:ni INI i: 1)1. i.'.vr i liK.iii; avkc L\N(;i.r. i i iuik (ik2j). :>'■)'.)
1:NïI. N TK DE I,' AIITUICII I, A V T. C I, ' A N (; L KTK H n K DANS I.A (,>'''-!>TI<)N u'onil. NT.
C2S. Mc-llcriii(-l) à loitl Sii.mj;l<(i<l , aiiiliassadoiir d' An(;lct(îrre à Coiisiaiitiiin|)|,' (Li'iiic), Vienne, le ÎJl juillet 1822.
(îîiO. Milonl, la letlri' (nic vous avez bien voulu m adresser !e 25 juin' m'est parvenue si peu de temps avant le départ de la poste ordinaire pour Constantinople, qu'il ne m'eût pas clé possible d'y répondre par celte occasion. Cette lettre offre d'ailleurs tant d'intérêt, elle embrasse des questions si importantes et traitées d'une manière si lumineuse, que j'ai été bien aise de pouvoir en niéditer le contL'uu avant de m'expliquer envers Votre Excellence. Ce retard même lui prouvera la valeur que j'atlaclie à ses communications.
Afin de nous comprendre. Milord, il me semble nécessaire que nous nous reportions à l'époque où vous avez rédigé votre lettre.
L'invitation du cbevalier Bagot et de M. de Lebzeltern était parvenue à Votre Excellence ainsi qu'à M. le comte de Lùtzow. Les offices portant cette invitation devaient vous avoir prouvé, non-seulcmcnt que les dispositions pacifiques de Sa Majesté Impériale l'Empereur de Russie se maintenaient invariablement sur une ligne analogue au grand caractère de ce Souverain, mais que le désir d'avancer l'arrangement d'une affaire difficile et pénible à tant d'égards avait déterminé l'Empereur à déclarer l'évacuation des Principautés comme suffisante pour entamer le plus tôt possible une négociation avec la Porte préparant le rétablissement de ses relations avec la Russie.
D'un autre côté, M. l'internonce a fait part à Votre Excellence de mes dépéclies du 3 juin. Elles renfermaient le mémorandum du 19 avril (n° 618) , et prévenaient Votre Excellence
* Elle a éti' publiée dans la Sécession des Grecs, par Prokesch , 1853 , t. III, p. 3G8. (^JNotd de VÈditeur.)
que M. de Tatislscheff avait cniporlé ce travail à Saint-Pétersbourg pour le soumettre à son augfuste Souverain.
Au moment de la rédaction de ces dépêches, j'avais déjà acquis la certitude que Sa Majesté Impériale agréait ce travail et qu'Elle nous enverrait de nouveau le même négociateur, chargé de se réunir en conférence avec MM. les ministres des Cours alliées à Vienne, afin d'aviser, par un échange de vues et de conseils, aux moyens de mettre en action les principes posés entre M. de Tatistscheff et moi pendant le premier séjour de ce ministre.
Plus tard, Votre Excellence aura appris l'arrivée de M. de Tatistscheff à Vienne, et l'ouverture des conférences confidentielles établies ici entre les ministres des cinq Cours.
Je dois à ces conférences l'avantage de pouvoir puiser dans les explications mêmes qui y ont lieu, les éléments de la réponse que j'ai à vous faire, Milord. En plaçant les principaux objets dans le même ordre que vous avez suivi dans votre lettre, je tâcherai de vous exposer avec autant de précision qu'il me sera possible mon sentiment sur les questions que vous avez traitées.
La première est l'évacuation des Principautés. Vos remarques sur cet important objet sont aussi judicieuses que vraies; elles ne prêtent à aucune objection, je les adopte dans toute leur étendue. Rien ne pouirait excuser la Porte si elle ne procédait pas à cette évacuation de bonne foi , sans tergiversation et sans retard. J'admets tout ce que vous dites, Milord, des embarras nombreux qui , dans la situation critique du Gouvernement turc, peuvent entraver l'exécution de cette mesure ; mais tout doit céder à la nécessité de remplir un engagement formel tel que la Porte l'a pris envers les ministres des Cours alliées dans les termes les plus clairs et les plus positi-fs. Cet engagement, plus d'une fois renouvelé et confirmé à la suite de vos différentes représentations, vous a placé, Milord, dans une position si forte, il vous fournit tant de moyens de di'oit et tant de latitude d'action, que vous serez parfaitement justifié en pressant sans relâche l'accomplissement d'une mesure qui doit précéder toutes nos opérations ultérieures.
KNTi.N II. i)K I. Ai'i iiiciir. Avr.c i,AN(;i.i riiiiir. (ihjj). r.oi
li(>s coiTiiiuiiiiciilidii^ (lircclcs <lc S;iiiil-I'rl( r>l)(tiir{' vous amont iiishnil ijik! ce M'('.->t pas à rcxi-riiiion iinnu-dialc cl CDinpIète (li's (jualre points do l'ultiinatnni russe, — poiiiU admis en principe par le Grand Sci{jn('iir, — mais au sim[>lo lait de l'évacuation des Principautés, que Sa Majesté Impériale a lié rodre de l'envoi d'un plénipotentiaire de sa part. Il me semble que la plus grande priuive d(; modératif)n que l'Empereur Alexandre pouvait donner à la l'orte et à ses alliés était d(^ n'insister que sur cette clause, en vu(î d'aplanir tontes les didicnllés que les événements de l'année dernière ont t'ait nailie entre les deux puissances. La Porte c-t, par consé(]uent, plus que jamais tenue de réaliser une mesure qui, d'ailleurs, ne lui impose aucun sacrifice réel, qui au contraire, si elle n'était pas exigée par les puissances conformément aux stipulations des traités, lui serait dictée par son propre intérêt et par celui de ses sujets.
Je suis également d'accord avec Votre Excellence sur l'inconvénient qu'il y aurait eu à insister sur l'envoi de plénipotentiaires de la part de la Porte avant d'avoir des renseignements positifs sur l'article de l'évacuation. La nomination même des hospodars, en la supposant définitivement décrétée, ne compenserait pas la non-exécution ou l'exécution imparfaite de cet article. Vous aurez vu, Milord, par plusieurs des dernières explications du Cabinet de Russie, que Sa Majesté Impériale, en admettant qu'il pût y avoir des difficultés pour le choix des hommes à aj)peler au Gouvernement d un pays, ne reconnaissait pas dans ces difficultés un motif valable ni pour continuer à infliger à ce pays les souffrances et les ravages qui pèsent sur les Principautés, ni pour ajourner l'exécution des traités.
Je me flatte toutefois, Milord, que grâce à vos soins et à votre persévérance, soutenue par l'activité de MM. vos col- Jègues, l'évacuation aura fait des progrès réels dans lintervalle qui s'est écoulé depuis le départ de votre lettre, et qu'elle arrivera incessamment à son terme final. Si, dans ce cas, vous aviez jugé à propos d'aborder la question de la négociation sur laquelle je vais m'expliquer tout à l'heure, vos communications
prochaines nous apprendraient probablement les premiers résultats de vos démarches.
Fidèle au résumé du mémorandum du 19 avril, vous avez séparé, Milord, dans votre lettre, Tarticle de l'amnistie de celui de l'envoi des plénipotentiaires.
Il est vrai que ces deux objets ont été placés ainsi dans le susdit travail, où il ne s'agissait que d'indiquer les bases d'un accord entre les puissances. Mais, dans le fait, ils ne peuvent être traités séparément. Je vais les réunir dans un même cadre, et il ne me sera pas difficile de prouver qu'ils doivent nécessairement marcher ensemble.
La grande affaire qui nous occupe offre deux points de vue, distincts en eux-mêmes, mais rapprochés l'un de l'autre par le but auquel nous tendons. L'un est celui qui regarde l'exécution des traités entre la Russie et la Porte et qui, dans le mémorandum du 19 avril, porte la désignation de questions de droit.
L'autre est celui que, dans la même pièce, nous avons placé sous la rubrique d'objets d'intérêt général.
Les Cours alliées n'ont insisté jusqu'ici, dans leurs communications avec la Porte, que sur les articles compris dans la première de ces rubriques. Mais quel est aujourd'hui le but direct de nos efforts? C'est de rétablir le plus tôt possible les rapports qui existaient entre la Russie et l'Empire ottoman avant les événements qui les ont troublés et suspendus. Nous savons et nous reconnaissons tous qu'il est impossible de faire cesser l'état d'incertitude et de danger dans lequel se trouve la Porte , et les fléaux de tout genre qui désolent presque toutes les parties de l'Empire, sans qu'elle soit parvenue à une réconciliation pleine et entière avec son puissant voisin. Or, pour opérer cette réconciliation, il ne suffit pas que ce que nous appelons questions de droit soit complètement réglé. L'Empereur de Russie n'entend pas rétablir ses relations diplomatiques ordinaires avec la Porte sur la seule base du retour de cette puissance à l'observation stricte des traités.
Sa Majesté Impériale n'a pas rappelé sa mission de Constantinople pour de simples infractions à ces traités. Elle n'a pas
ENTEN'IT. DK I. Al TIIICII 1. AVKC I, A Ne; M.T Kll II K (I H J J). «01
\(iiilii (|m' ^(m I (-pi'i'Si'iilanl fût le s|>c(l;ilriir joui iimIkt de >»i'iu's (clli's (juc <cll('s (|iii se sont, pa^sc-cs sdiis s»*-, yeux au mois (le mai IS'JI. Sa Majcslii Im|)»'rial(! no veut pas iiominrr MM noiivi'aii r(|»rt'->('iiliiiil , ^j»cclalciir de scènes pareilles, pour le rappeler à son tour. I^t (|ue (;a{jncrait en elCct l'Kmpcreur, tjue {;a{jneraiciit la Porte et Tlùirope à voir une mission russe se présenter à Constanlinople, s'y établir, — et s'en éloi{]ner (le nouveau? Ce second rappel pourrait-il être accompafjné des luéines nu'na{;cinonls (|ue le premier? I"!t indépendamment de cet obstacle majeur, rj'lm|)ereur Alexandre pounail-il, après tt)u(, proeéder au rélablissenicnt pur et simple d'une mission permanente à Gons(antinople sans avoir lait prouve par des actes paleiils que, tout en portant condamiiatifju sur la révolte, il n'a né{jli(jé aucun moyen légitime et pcicilif|ue pour mettre un terme à des réactions cruelles et pour rétablir la tranquillité dans un Etat voisin, en proie aux plus alTreux l)Ouleversemcnts?
Tels sont, Milord, les termes dans lesquels la question est posée maintenant. L'Empereur de Russie est décidé à ne rétablir sa mission à Constantinople qu après avoir satisfait à ce qu'il rejjarde comme un devoir sacré, et s'être assuré en même temps que le séjour de cette mission sera à l'abri de nouvelles secousses. La négociation que Sa Majesté Impériale fait proposer à la Porte doit avant tout lui en fournir la garantie.
Je conçois bien que cette détermination ouvrira de prime abord un vaste cbamp à l'esprit ombrageux du Gouvernement turc, et qu'il repoussera vivement la perspective d'une transaction dans laquelle il ne croira entrevoir que des chances dangereuses pour son pouvoir et humiliantes pour son orgueil. INIais Votre Excellence , en consultant la seconde partie du mémorandum du 19 avril, se sera bien aperçue que les concessions à obtenir de la Porte seront circonscrites dans des limites précises et modérées; et si, dès les premières explications à ce sujet, nous pouvions lui faire compreiidre qu'il ne s'agit pas de porter atteinte à sa souveraineté, qu'on ne lui demandera, pour le rétablissement et la consolidation de la
604 RECUEIL DE DOCfMENTS (1818-1822).
paix ii)lérieure de son Empire, que des choses justes, pralifjucs, compatibles avec sa dignité, conformes à ses vrais intérêts et manifestement réclamées par les circonstances et les positions locales du moment, je serais loin de renoncer à l'espoir de vaincre une répugnance qui lient peut-Otrc en grande partie à lidée fausse et exagérée que ce Gouvernement s'est formée sur les intentions et les projets des puissances. Je crois, Milord, que, sans vous enga^jer dans la discussion de ces points délicats plus qu'il ne le faudra pour répondre aux questions que la Porte vous adressera sur les objets à traiter dans la négociation qui doit avoir lieu, vous trouverez dans la situation générale et dans les besoins urgents de l'Empire ottoman de quoi présenter au Divan des motifs irrésistibles pour ne pas repousser cette négociation.
Si le Sultan veut rétablir son autorité sur les provinces insurgées autrement que par la force des armes, — et pourrait-il encore compter sur l'efficacité de cette force? — il faut une amnistie et des conditions d'existence admissibles pour les Grecs. Les observations de Votre l£xcellence sur l'inutilité d'un acte d'amnistie pur et simple , tel que la Porte l'a essayé à plusieurs reprises, sont parfaitement justes ; il faut donc que l'acte qui doit conduire à une véritable pacification ait un caractère essentiellement différent. Nous avons vu plus d'une fois qu'une mesure qui sous telle forme aurait manqué et manquerait encore son effet , peut sous telle autre forme amener des résultats satisfaisants.
Il nous paraît démontré que le Gouvernement ottoman, dans l'état d'exaspération et de méfiance sans bornes qui règne aujourd'hui parmi les Grecs, n'obtiendrait pas avec ses proclamations, de quelque manière qu'elles fussent rédigées, le simulacre même d'une soumission, aussi longtemps que les Monarques alliés, et surtout l'Empereur de Russie, n'élèveraient pas leur voix pour appuyer celle du Sultan. Mais cette voix, ils ne peuvent la faire entendre que lorsqu'ils auront des bases fixes et connues à offrir comme conditions de la soumission. Ce n'est qu'alors qu'ils pourront s'adresser aux insurgés avec la dignité qui convient à leur haute attitude, et avec
F.NTi.Nii. i)K l'Ai Tinciii: Avi.c i,AN(;i.i- rKiir.i: (isjj). 005
(|iicl(|ii(' t'^|i()ir r:us()iiii:iMc de sticccs. Si Iciii- voix csl ('contre, \v luit ost rempli; sinon, ceux (|ni s'y rclusciaiciil n'iun .lient qn'à s'en prendre à eux-mêmes, en se voyant ahnndonncs par les [uiissancesà la manière de procéder des Turcs envers leurs sujets rehelles.
I"!n suivant cette idée, vous vous convaincrez, Miloid, fpie si, dans le mémorandum du 10 avril, l'amnistie dont la l'orle elle-nu-!iie \\c peut contester le besoin, et la néj;ociation (mTou lui demande, se tionvent articnlé(>s separt-ment , ces dcMix points n'en sont pas moins inséparahles dans raj)plicalion des principes établis par les puissances. Vous vous convaincrez de plus que cette néffocialion, sur laquelle insi>te la Russie, et que tous les alliés réclament avec elle, n'est point une prétention gratuite, ni un projet conçu dans des vues ou des intérêts quelconques autres que ceux de la pacification de l'Kmpiio ottoman. Elle est la condition première et indispensal)lc du dénoûmcnt final de ces funestes complications. Tout se tient, tout est lié dans les propositions que les puissances adressent à la Porte. Le rétablissement de ses relations directes avec la Russie est impossible tant qu'un terme n'aura pas été mis aux horreurs qui déchirent les provinces ottomanes. Pour arriver à ce terme, il n'y a d'autre moyen que celui d'une amnistie complète et solide. Cette amnistie, pour être plus qu'un vain étalagée de phrases sans effet, exige absolument le concours des puissances européennes. Un tel concours ne peut, d'un autre côté, avoir lieu que lorsqu'on se sera entendu sur les hases fondamentales de l'amnistie et sur les clauses nécessaires afin de la rendre acceptable aux insurgés. Enfin, pour que ces clauses puissent être fixées, il faut bien les discuter et les arrêter dans une négociation préalable. Ce raisonnement me paraît tellement sans réplique, que la Porte elle-même, en dépit de toutes ses objections contre l'intervention des puissances chrétiennes dans des questions qu'elle leur croit étrangères, doit finir par en reconnaître l'évidence, à moins de déclarer franchement qu'elle n'attache plus aucur» prix ni au rétablissement de ses rapports avec la Russie, ni à la pacification de ses provinces, ni au sort futur de ses propres sujets.
Vous avez observé, Milord, que la Porte se prêterait peutêtre avec plus de facilité à une néjjociation {jénérale, si on pouvait lui faire espérer d'obtenir par là quelques avantages réels et positifs, ou qui seraient au moins considérés comme tels d'après les idées turques. Vous avez cité le vœu de plusieurs membres du Divan, tendant à ce que les puissances alliées de la Russie se chargeassent d'une médiation entre elle et la Porte pour aplanir les différends relativement aux frontières asiatiques, en ajoutant toutefois que, loin de favoriser une idée pareille, vous ôteriez plutôt à ces personnes, tout espoir de la voir jamais admise. Je reconnais en cela l'extrême sarjesse de Votre Excellence, et tous ceux qui seront informés du fait v applaudiront sans doute avec moi. Je n'ai pas besoin de grands développements pour réduire un projet pareil à sa juste valeur. Ce serait dénaturer la négociation à laquelle nous invitons la Porte, que d'y mêler des objets qui n'ont absolument rien de commun avec le but auquel nous visons. Il ne s'agit pas dans le cas présent d'un calcul de gain et de perte, ni d'aucun arrangement de prétentions ou de concessions réciproques. Il s'agit d'un grand plan de pacification conçu parles puissances alliées dans les vues les plus désintéressées et les plus éclairées, et auquel la Porte, quelque indifférente qu'elle puisse être sur le maintien de la paix en Europe, est appelée, et plus directement appelée que toute autre puissance, à s'associer dans l'intérêt de la conservation de ses peuples, de son pouvoir et de son existence future. L'avantage que les puissances alliées peuvent retirer de cette négociation pour consolider la tranquillité générale, quelque grand qu'il soit à nos yeux, est cependant fort au-dessous de celui qui doit en résulter pour la Porte, Gomment pourrait-elle prétendre à des compensations dans une affaire où il n'est question que de travailler pour son salut, que de la soustraire aux plus terribles catastrophes? Rien ne serait en outre plus mal imaginé pour le succès même de la négociation, que d'ajouter gratuitement une difficulté de plus à toutes celles qui s'y attacheront malgré nous. Si une proposition pareille avait pu sortir du Cabinet de Russie, la Porte ne l'aurait-elle pas accusé de vou-
r.Ni;i:NiK nr. i/aiitiuciik avi:<: i.ANCM.r/ir.rinK (iHi'j). r,oi
loir coin |)l il I lier 1*'^ (|ii(*s( ions pour les i'cimIk' inlcnnni.ililc-., on |)oiir servir srs iul crois partiiMiliers? ^c m'en remets, uu reste, (|niU)t ù ce point, Milunl, à rnscondunt (pie vous avez su ;i( (pitiiir sur l'esprit dos ministres turcs, et dont vous avez lounii plus d'une preuve brillante. Vous parviendrez, je n'en doute p;«s, à I<'ur Caire comprendre combien ils auraient tort do meltro en avant une prolenlion qui serait infailliblement rcjetéc par les puissances.
J'en viens onlin aux dilféronles idées sugjjérées par Voire IvKcollenco pour déterminer la Porte à quoique démarcbc conciliante et honorable envers la Russie, à la suite de l'évacuation des Principautés et de la nomination des hospodars. J'accepte comme parfaitement bien vu, safje et utile, tout ce que Votre Excellence propose à cet égard. Une notification, rédigée dans des termes choisis ou au moins pleinement approuvés par Votre Excellence et INIM. ses collègues, et qui serait directement adressée à Sa Majesté Impériale de toutes les Ilussies ou à son Cabinet, ne pourrait que produire un effet favorable; et en général tout acte de la Porte qui constaterait son désir sincère de reprendre ses anciennes relations avec la Russie, et qui annoncerait une juste et raisonnable confiance dans les intentions de l'Empereur Alexandre et de ses augustes alliés, serait un pas essentiel vers l'accomplissement de nos vœux. Cependant, Milord, je suis loin d'admettre que le succès d'une pareille démarche vous dispenserait de la nécessité d'insister sur l'envoi des plénipotentiaires; et après tout ce que j'ai eu l'honneur de vous exposer dans cette lettre, sur l'objet et le but d'une négociation que nous considérons comme l'unique moyen d'arriver à la pacification de l'Empire ottoman, il ne vous restera aucun doute à ce sujet.
Je finirai par un résumé succinct des observations renfermées dans la présente lettre.
1" L'évacuation des Principautés, mesure dont la nomination des hospodars n'est regardée que comme un accessoire, doit être avant tout complètement effectuée.
2° Pour nous mettre dans le cas de travailler à un arrangement définitif, la Porte doit reconnaître vis-à-vis des ministres
des Cours alliées, comme un fait qu'elle ne saurait plus se dissimuler à elle-même, la nécessité d'offrir aux insurgés une amnistie conçue dans des termes propres à les ramener sous son autorité.
3" Dès que la Porte sera convenue de ce fait, il s'agira de la convaincre que, dans les circonstances présentes, toute amnistie qui ne se trouverait pas renforcée par le concours et le soutien des puissances alliées, et particulièrement de la Russie, serait inefficace et nulle.
4° Ce concours et ce soutien ne pouvant avoir lieu qu'à la suite d'une négociation préalable, la Porte ne peut pas se refuser à nommer des plénipotentiaires pour cette négociation, laquelle est en outre la condition sine qua /ion du rétablissement de ces relations avec la Russie.
5" Toute démarche, tout acte de la Porte tendant à faciliter sa réconciliation avec la Russie seront hautement approuvés par les puissances alliées, pourvu qu'il n'en résulte pas un prétexte pour éluder la négociation proposée par ces puissances dans les intentions les plus sages et les plus salutaires.
Votre Excellence connaît maintenant foute ma pensée sur les points que dans l'état actuel de la question je regarde comme les plus essentiels. Etant approuvés et partagés par MM. les ministres avec lesquels j'ai l'honneur de conférer sur cette grave affaire, et conformes en tout aux intentions de votre Gouvernement telles qu'elles me sont connues, je crois, Milord, que mes aperçus pourront vous servir de guide dans la maixhe que vous suivrez envers les ministres de la Porte. Quant au moment d'en faire usage, quant au choix des moyens pour vaincre les difficultés du terrain dont personne ne peut mieux juger que vous; quant aux modifications que peuvent amener des chances et des incidents impossibles à prévoir, nous devons nous en remettre à votre prudence, à votre zèle, à vos talents ; vous y puiserez les secours qu'il vous faut pour remplir la tâche difficile dont vous êtes chargé. Il ne me reste donc qu'à vous renouveler pour ma personne l'assurance, etc.
RÉSULTATS UV CONCJlf:S DE VI^RONF. (m22). G09
I\i:SULTATS DU CONGULS D F. VÉIIONT. .
029. Protocole sijjnt' pnr Ii'h |>l('iii|)otoiiti;iircs Je l' Aiili ii lie , de l.i l'rniiic, de la Priiuso t>i <Ic la lUissii-. Viroiic, le 19 iiovciui)!!- 1822. — (»:J0. l'roioiolc n-lailf i\ la sraiicc du 20 iiovcinljix' 1822. — OiU. MfUcrnicli à l'Knijicrciir FiaïK-ois (lla|)|)orl), Véioiie, le II drccinljn- 1822. — 632. I»élièclie-oirculairo des trois Coins nllircs d' Anlricli(' , de Russie <:t de l'rns^c à leurs missions aiTri'ditôes pri'S dfS autres Cours. Véionc, le 14 déi cciid)rc 1822. — iVô'i. Meilcrniil» .'t Otienfels, à Coiii%tatitiiio|ile (Dépêche réservée), Venise, le 21 décemltre 1822. — (iîJi. L'Empereur François au Roi de Havièro (Lettre), Innsbruck, le 30 décemijre 1822. — (i3.ï. Le Roi de Bavière à l'Empereur François ( Réponse), Munich, le 3 janvier 1823. — ()3G. JMettcrnii-li à l'Empereur Alexandre. Mémoire secret sur la création il'un comité central des puissances du Nord à Vienne. Vérone (sans date).
Piolocole sij;né par les plénipotentiaires de lAuiriche, de la France, de la Prusse et de la Russie. Vérone, le 19 novembre 1822.
629. Les plénipotentiaires d'Autriche, de France, de Prusse et de Russie ayant jugé nécessaire de déterminer les cas dans lesquels les engagements éventuels pris avec la Cour de France par les Cours d'Autriche, de Prusse et de Russie, dans la supposition d'une guerre déclarée ou provoquée par le Gouvernement actuel de TEspagne, deviendraient obligatoires pour les puissances qui y ont pris part, sont convenus de préciser l'application desdits engagements dans les termes suivants :
Article premier.
Les trois cas dans lesquels les engagements éventuels entre les quatre puissances signataires du présent procès-verbal deviendront immédiatement obligatoires, sont :
1° Celui d'une attaque armée de la part de l'Espagne contre le territoire français, ou d'un acte officiel du Gouvernement
* Outre les trois Souverains, c'est-à-dire l'Empereur François, l'Empereur Alexandre et le lloi Frédéric-Guillaume III, (jui étaient convenus à LaybacU de se retrouver, au bout d'une année, dans une ville dltalie, pour former un nouveau Conjurés, i! y avait à Vérone : le Roi de Naples, Ferdinand IV, et le Roi de Sardaigne, Charles-Félix; puis, en fait de diplomates, pour l'Au- III. 39
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espagnol provoquant directement à la rébellion les sujets de Tune ou de l'autre des puissances ;
2" Celui de la déchéance prononcée contre Sa Majesté le Roi d'Espagne , d'un procès intenté à son auguste personne, ou d'un attentat de même nature contre les membres de sa famille ;
3° Celui d'un acte formel du Gouvernement espagnol portant atteinte aux droits de succession légitime de la famille royale.
Article II.
Attendu qu'indépendamment des cas ci-dessus spécifiés et définis, il peut s'en présenter que l'une ou l'autre des Cours signataires du présent acte regarderait comme étant de la même valeur, et devant emporter les mêmes effets que ceux qui se trouvent désignés à l'article I", il est arrêté que tel cas non spécifié, ou tout autre cas analogue venant à se réaliser, les ministres des hautes Cours alliées accrédités près de Sa Majesté Très-Chrétienne se réuniront avec le Cabinet de France pour examiner et déterminer si le cas en question doit être considéré comme rentrant dans la classe àescasus fœderis prévus et définis, et exigeant comme tel l'application directe des engagements pris par les hautes puissances.
Metternich, Lebzeltern, Montmorency, Caraman, Comte DE La Ferronnays , Chateaubriand , Bernstorff, Hatzfeld, Nesselrode, Lieven, Tatistscheff, Pozzo diBorgo.
Protocole relatif à la séance du 20 novembre 1822.
650. — MM. les ministres des Cabinets d'Autriche, de France, de Prusse et de Russie se sont réunis aujourd'hui
triche : Metternicli, Lebzeltern, Lutzow et Gentz; pour la Russie: Nesselrode, Pozzo dl Borgo, Tatistscheff, Lieven et Strogonoff ; pour la Prusse : Hardenberg, Bernstorff et Hatzfeld ; pour la France : Montmorency, Chateaubriand, Caraman et La Ferronnays; pour l'Angleterre : Wellington.
{^Note de l' Editeur.)
l'.rsri.TATS 1)1 C.ONCIll-.S |)F. V i: Il f) N F, (l H2J). li I I
;ivi-c M. le (lue de Wclliiijjldii |)ttiir «•(»nh'i'<M" .ivcc Son Kvrel- Iruco sur le pi-nccs-vcil»;»! sifjiui hier (n" (!2*.l) par MM. los |»l(-iii])i>t(>iili:iir(>s (les (|(iiili'(> (]()m>, :iiiisi (|iu' sur les iii>,lrii(V lions (|iic ('liii(-iiii(< (!>• CCS ('ours st; |»rnjK»«.c (radresser à son ininislic ;'i .Madrid.
M. le duc de WclIin{}lon a développé les différents points de vue sous lesquels, comme plénipotentiaire du Gouvernement l)ri(anni(|ue, il envisage Tune et lautre de ces démarches; et à la suite de la discussion amenée par ces développements, M. le duc s'est engagé à communiquer à MM. les ministres des quatre Cabinets la substance de ses observations par écrit et sous forme de note conlidentielle.
La question du protocole a été traitée ensuite; et après avoir examiné plusieurs formes de rédaction, dont chacune a présenté des diflicultés ou des inconvénients, il a été conclu :
Qu'il n'y aura pas de protocole général sur les négociations et conférences relatives à l'affaire d'Espagne ;
Que les pièces échangées entre MM. les ministres ou présentées aux conférences seront regardées comme de simples communications de Cabinet à Cabinet;
Qu'il en sei'a de même de la note confidentielle annoncée par M. le duc de Wellington.
Mcttcrnlch à l'Empereur François (Rapport), Vérone, le 11 décembre 1822.
631. Sire, j'ai l'honneur d'envoyer sans retard à Votre Majesté Impériale les rapports ci-joints que j'ai reçus de Paris par un courrier expédié par le Gouvernement à MM. les ambassadeurs de France.
Votre Majesté Impériale trouvera également dans l'annexe une lettre du vicomte de Montmorency.
Mes notions se complètent par la lecture que vient de me faire le marquis de Caraman d'une lettre particulière que lui a adressée M. de Montmorency.
11 ressort pour moi de l'ensemble de ces pièces :
1° Que le ministère français compte se lier étroitement à la marche des trois Cours continentales :
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2° Qu'il désirerait voir considérée comme une question de prudence l'expédition des instructions des Cabinets réunis à Vérone aux représentants à Madrid.
Or, en ceci, il y a confusion dans les idées.
Nous avons entrevu ici la possibilité que le Gouvernement français pourrait ne pas se décider à lier sa marche diplomatique à la nôtre. On a arrêté que dans ce cas les instructions aux missions des trois Cours n'éprouveraient point de retard dans leur envoi.
Le ministère français, en se déclarant décidé à se placer avec les alliés sur une même ligne morale, semble désirer que la marche arrêtée subisse une modification. Il nous prouve le fait par sa proposition de déclarer que l'époque de l'envoi des instructions à Madrid pourrait être rangée dans les questions de prudence à prendre en considération par la conférence à Paris. En cela, le ministère français se trompe. II existe relativement à l'envoi de ces instructions une force majeure et qui doit le décider indépendamment même de tout autre calcul ; c'est la fin du Congrès. Nos dépêches devront par conséquent être expédiées ; la question discréticnnclle n'existe que pour la France, et elle se borne au simple fait de savoir si cette puissance veut rappeler en même temps que les alliés sa propice mission; elle ne peut s'étendre à la prise en considération, si le rappel des ministres, tant de ceux des alliés que du représen" tant de la France, peut être suspendu, même momentanément. Je ne doute pas que Votre Majesté Impériale ne saisisse l'alternative sous le même point de vue sous lequel elle se présente à moi.
Je prie Votre Majesté Impériale de ne pas s'arrêter à la remarque de M. de Montmorency relative à une phrase de la dépêche du Cabinet autrichien au comte Brunetti, Cette remarque repose sur une erreur de la part de M. de Montmorency
Daignez agréer. Sire, l'hommage de mon plus profond respect.
lU.sii.TATs nu (:()N(;nrs m; viitoNi: (ik2»).
ni-iif^flic-ciiTiiInire «les trois Cour» nllii'i's il'Aiilriclii', «lu ItiHtic «'t dir l'iut^c à li'urs niissiiiiis ac«r«'iIil«';os près tlo» nutruit Cours. Vérone, le !'♦ dé- .(•ii.Lrf 1822'.
052. Lors de la clôture du Confères de Vérone, les hauts et puissants Souverains d'Autriche, de Russie et i\v Prusse ont adresst? à leiu's missions accréditées près des autres Cours, reialivcmeul ;ui\ résultats de leur entrevue, la dépêchecirculaire suivante, conforme au le\le orif}inal. La minute de celte dépèche a élé signée par les trois ministres de Cahinet piinee de Metternich, comte de Nesseirode et comte de Bernstorff.
Vérone, le 14 décembre 1822.
Vous avez été informé par les documents qui vous ont été adressés lors de la clôture des conférences de Layhach, au mois de mai 1821 , que les Souverains alliés et leurs Cahinets se réuniraient de nouveau dans le cours de l'année 1822 pour déterminer l'application des mesures arrêtées sur la demande des Cours de Naples et de Turin, et avec l'adhésion de toutes les Cours d'Italie, en vue d'affermir l'ordre et le repos dans la Péninsule après les tristes événements de 1820 et de 1821.
Cette réunion vient d'avoir lieu. Nous nous proposons
* Cette dépèche-circulaire a été, sur la demande du prince de Metternich, communiquée, sous la forme d'une traduction officielle en langue allemande, à la Gazelle politique de Munich j et ce journal a été chargé de la publier, ainsi qu'il résulte des lignes suivantes, que nous em|)runtons à une lettre écrite par le chancelier d'Etat à Munich, le 3 janvier 1823 :
« ... J'ai tenu ce matin une longue conférence avec MM. de Rechberg, Wrede et Zentner, dans laquelle j'ai placé ma grande affaire dans les termes les meilleurs qu'il m'a été possible d'atteindre. Ma présence ici aura fait un {»rand bien, mais elle excite comme de juste toute l'attention des libéraux. Cette attention a été poussée à son comble par l'insertion que j'ai ménagée pour aujourcT hui de la dépêche-circulaire des trois Cours et de la dépêche de M. de Villèle à M. de La Garde dans la Gazette de Munich. J'apprendrai encore ce soir le genre de sensation que ces deux pièces auront produite dans le public, »
Cette dépèche a été imprimée, en français, dans le Journal de Francfort du 5 janvier 1823. (Note de l'Editeur.)
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actuellement de vous faire connaître les résultats qui ont été atteints.
Aux termes de la convention signée le 24 juillet 1821, à Novare , l'occupation d'une ligne militaire dans le Piémont par un corps de troupes auxiliaires avait été fixée provisoirement à la durée d'un an ; mais les Souverains s'étaient réservé de décider, lors de la réunion qui aurait lieu en 1822, si l'état du pays permettrait de supprimer cette mesure ou commanderait de continuer à l'appliquer.
Les plénipotentiaires des Cours qui avaient signé la convention de Novare, agissant de concert avec le plénipotentiaire de Sa Majesté le Roi de Sardaigne, ont procédé à l'examen de cette question, et il est résulté de leur enquête que la présence d'un corps auxiliaire destiné à assurer le repos dans le Piémont n'était plus nécessaire. Le Roi de Sardaigne a proposé lui-même les termes qu'il croyait les plus convenables pour l'évacuation successive du pays par les troupes auxiliaires; les Souverains alliés ont adhéré à ses propositions, et il a été arrêté, aux termes d'une nouvelle convention, que ces troupes quitteraient le Piémont , et que leur mouvement commencerait le 31 décembre de cette année pour finir le 30 septembre 1823 par l'évacuation de la forteresse d'Alexandrie.
D'autre part. Sa Majesté le Roi des Deux-Siciles a fait déclarer aux trois Cours signataires de la convention de Naples du 18 octobre, que l'état actuel de son pays lui permettait de proposer une diminution du nombre des troupes auxiliaires qui occupaient les différentes parties de son Royaume. Les Souverains alliés n'ont pas hésité à adhérer à cette proposition ; aussi l'armée auxiliaire qui occupe le Royaume des Deux- Siciles sera-t-elle, dans un délai aussi bref que possible, diminuée de dix-sept mille hommes.
Ainsi se réalise, dans la mesure où les événements ont répondu aux vœux des Souverains, ce que ceux-ci avaient annoncé lors de la clôture du Congrès de Laybach, savoir « que, loin de vouloir prolonger leur intervention dans les affaires d'Italie au delà des limites indiquées par la stricte nécessité, ils for-
RI'.SUI-TATS l»Iî f.ONCItr.S DK VinONK (1822). (il5
MKiiciil le vœu sinciTi* <l(! voircesser le |)l^l^ loi |»t»^>ililr, «1 |ii»ur liitijoiirs , Irlut. <1(* cliosi's (|iii Iriir avail ini|)u->(* ce |ir-iiil)l(' <l('V(»ir 11 . Ainsi (mnlxMil les vaincs alarmes, les inlcrpit-lalion^ malveillantes, les sinistres prédictions (|U(; ri{jn(tran(«' «m la mauvaise toi ont répandues en Kuroj)e, pour éfjarer Topinion des peuples relativement aux vues généreuses et désintéressée^ des Souverains. Toute arrière-pensée, toute idée d'ambition, tout calcul égoïste et personnel a été exclu de la résolution que seule une impérieuse nécessité leur avait dictée en 1821. Tenir léte à la révolution; prévenir les désordres, les maux et les crimes qui menaçaient de se répandre sur toute Tltalie ; rélal)lir dans ce pays Tordre et la paix; accorder aux Gouvernements réguliers la protection à laquelle ils ont droit : voilà quel était Tunique but des préoccupations et des efforts des Souverains. Dans la mesure où ce résultat a été atteint, ils retirent et continueront de retirer le secours qu'un besoin pressant pouvait seul motiver et justifier ; ils s'estiment heureux de pouvoir laisser le soin de la sécurité et du repos des peuples aux Princes que la Providence en a chargés, et d'enlever à la calomnie le dernier prétexte dont elle se servait poiu' semer des doutes sur l'indépendance des Souverains italiens.
L'objet du Congrès de Vérone, tel que l'avait déterminé une entente positive, se trouvait réalisé grâce aux résolutions prises en vue de soulager l'Italie. Mais les Souverains réunis n'ont pu s'empêcher de tourner leurs regards vers deux graves complications, dont les progrès n'avaient cessé de les préoccuper depuis le premier moment de leur réunion à Laybach.
Un événement considérable s'était accompli avant la clôture de ce Congrès. Ce que Tesprit révolutionnaire avait entrepris dans la Péninsule hispanique, ce qu'il avait tenté en Italie,' réussissait à Textrémité orientale de l'Europe. Au moment même où les insurrections militaires qui avaient éclaté à Naples et à Turin lâchaient pied à Tapproche d'une armée régulière, la Révolution lançait un de ses brandons sur l'Empire ottoman. La coïncidence de ces faits ne pouvait laisser place à aucun doute sur l'identité des causes qui les avaient
produits. L'apparition du mal sur tant de points différents, le fait que partout il se montrait sous les mêmes formes et parlait le même langage, bien qu'il n'éclatât pas toujours sous les mêmes prétextes, indiquait trop clairement le foyer commun où il prenait naissance. Ceux qui dirigeaient ce mouvement s'étaient flattés d'en profiter pour embrouiller les conseils des puissances par la désunion et pour neutraliser les forces militaires que de nouveaux dangers pouvaient appeler sur d'autres points de l'Europe. Cette espérance a été déçue. Les Souverains, résolus à repousser le principe de la Révolution, en quelque lieu et sous quelque forme qu'il se présentât, n'ont pas hésité à le condamner d'une seule voix. Appliqués^ sans relâche à l'objet de leurs préoccupations communes, ils ont résisté à toute considération qui aurait pu les détourner de la voie qu'ils avaient résolu de suivre ; mais en même temps ils ont obéi à la voix de la conscience et à un devoir sacré, en plaidant la cause de l'humanité en faveur des victimes d'une entreprise irréfléchie autant que coupable.
Comme les nombreuses communications confidentielles qui pendant cette période, une des plus remarquables dans l'histoire de leur alliance, ont été échangées entre les cinq Cours avaient amené, relativement aux questions orientales, une entente satisfaisante de tout point, il ne restait plus rien à faire, lors de l'ouverture du Congrès de Vérone, qu'à constater les résultats de cet accord ; aujourd'hui les puissances amies de la Russie peuvent se flatter d'écarter, grâce à des démarches communes, les obstacles qui s'opposaient encore à la complète réalisation de leurs vœux.
D'autres événements, dignes de toute l'attention des Souverains, ont appelé leur attention sur la déplorable situation où se trouve, à l'ouest de l'Europe, la Péninsule hispanique.
L'Espagne est aujourd'hui victime du sort qui attend tous les Etats assez malheureux pour chercher le bien dans une voie où l'on ne peut jamais le trouver. Elle parcourt le cercle fatal de la Révolution, d'une révolution que des hommes aveuglés ou malveillants auraient volontiers représentée comme un bienfait, et même comme le triomphe d'un siècle
nESUi.TAis ni; coNcnf.s df. vi'ronk (1822). «n
oclalrc. Tous les (Jonvcriicruciil^ «ml vu avec quel zèle ces lioiunu's ont «iKMeln' ;'i piMsiiadcr à leurs e()nlrm|i(>i°ains rpie fcUe it'volulKiu élait le fruit uccessaire et juecicux des pro- {}rès (le la eivili>alit)M, <( que le moyen par lequel elle a été favorisée et soutenue, élait le plus nohie élan d'un (jénéreux patriotisme. Si la civilisation pouvait avoir pour but de détruire la société humaine; s il élait possible d'admettre que la force armée, qui est uniquement appelée à maintenir dans les Etats Tordre intérieur et la ]>aix extérieure, pût s'emparer impunément de l'autorité suprême, la révolution d"I'2spa[jne serait certainement en droit de prétendre à l'admiration des siècles, et rinsurreclion militaire de l'ile de Léon pourrait servir de modèle aux réformateurs. Mais la vérité n'a pas tardé à reprendre ses droits, et l'Espagne n'a fait que donner, aux dépens de son bonheur et de sa gloire, un nouvel et triste exemple des suites inévitables de toute atteinte portée aux lois éternelles de l'ordre moral du monde.
Le pouvoir légal enchaîné et réduit à devenir l'instrument du renversement de tous les droits et de toutes les libertés consacrées par les lois; toutes les classes du peuple entraînées dans le mouvement du torrent révolutionnaire ; l'arbitraire et l'oppression s'exerçant sous les formes de la justice ; tout un Royaume livré à des désordres et à des convulsions de tout genre ; de riches colonies qui justifient leur sécession par les maximes mêmes sur lesquelles la métropole a édifié son droit public et qu'elle voudrait en vain condamner dans un autre hémisphère ; les dernières ressources de l'Etat épuisées par la guerre civile : voilà le tableau que nous présente la situation actuelle de l'Espagne ; voilà quelles sont les épreuves qui ont frappé un peuple animé d'instincts généreux et digne d'un meilleur sort; voilà quels sont enfin les motifs de la légitime inquiétude qu'une telle réunion d'éléments d'agitation et de désordre a dû faire naître dans les pays situés dans le voisinage immédiat de la Péninsule. Si jamais une puissance, rompant avec les principes conservateurs, avec les principes sur lesquels repose le concert européen, est sortie des voies de la civilisation, c'est Lien l'Espagne dans son état de dissolution actuel.
Les Souverains auraient-ils pu envisager avec indifférence tant de maux accumulés sur un seul pays, accompagnés de tant de dangers pour les autres États? Ne relevant, dans une circonstance aussi grave, que de leur propre jugement et de leur propre conscience, ils ont dû se demander s'il leur était permis d'assister plus longtemps, en spectateurs désintéressés, au développement d'un mal qui menace de devenir de jour en jour plus terrible et plus dangereux, et même de souffrir que la présence de leurs représentants donnât l'apparence d'une approbation tacite aux mesures d'une faction prête à tout entreprendre pour maintenir sa funeste domination. La résolution des Souverains ne pouvait être douteuse. Leurs missions ont reçu l'ordre de quitter la Péninsule.
Quelles que puissent être les conséquences de cette démarche, les Souverains montrent par leur attitude, à la face de l'Europe, que rien n'est capable de les faire faiblir dans une résolution que leur conscience a ratifiée. Plus est sincère l'amitié qu'ils éprouvent pour le Roi d'Espagne, plus est vif l'intérêt qu'ils prennent au bonheur d'une nation qui, à toutes les époques de son histoire, s'est signalée par tant de vertus et par tant de grandeur, plus aussi ils ont été pénétrés de la nécessité de prendre la mesure à laquelle ils avaient décidé de recourir et qu'ils sauront défendre.
L'exposé ci-dessus vous donnera la certitude que, dans leurs dernières négociations, les Souverains ne se sont pas écartés des principes auxquels ils étaient restés invariablement fidèles dans toutes les grandes questions qui avaient trait au maintien de l'ordre et à la conservation des États, questions auxquelles les événements de nos jours donnaient une si haute importance. Loin de perdre son caractère primitif, leur union, s'appuyant avec force sur ces principes, devient plus ferme et plus féconde d'un moment à l'autre. II serait superflu de défendre désormais leurs sentiments de justice et de bienveillance contre d'indignes calomnies, que chaque jour vient réfuter par des faits connus de tous. Il faut que l'Europe entière finisse par reconnaître que le système suivi par les Souverains est parfaitement d'accord avec l'indépendance et
ni:sri.T.\Ts \m roNciirs de vi.iioni; (injj). ci')
la loriM' «les ( Mitivcnicinciit s , an^si liicii (iiTavcir l'inlérrl Mcii (MiliMulii (Ifs |)(Mi|)l<>s. Ils ne roiinaissciil (l'aiilrcs ciiiM'inis (iiic ceux <|ui st« li{;u('nt contre raulorilô I('(;itiinL' des uns cl contre la lon{;animit(; des autres jxiur les entraîner tous en m(>ni(; temps dans rahnnc. Les vœux des Souverains tendent uni(|nenient ù la paix ; mais cette paix, bien que parl'ailenient cimentée par l'accord des puissances, ne pourra pas répandre tous ses bienfaits sur la société tant que la fermentation qui agite encore les esprits dans plus d'un Étal sera entretenue par les insinuations perlides et par les tentatives coupables d'une faction ipii ne rêve que révolution et bouleversement ; tant que les chefs et les instruments de cette faction , soit en attaquant ouvertement le trône et l'ordre de choses existant, soit en tramant dans l'ombre des projets subversifs, en ourdissant des complots ou bien en empoisonnant l'opinion publique, ne cesseront pas de tourmenter les peuples en leur faisant des tableaux décourageants et menteurs de la situation présente et en leur inspirant des craintes chimériques pour l'avenir. Les plus sages mesures prises par les Gouvernements resteront stériles, les plus utiles projets de réforme demeureront sans résultat, la confiance réciproque ne pourra pas revenir jusqu'à ce que les fauteurs des plus détestables conseils soient réduits à une complète impuissance , et les Souverains ne croiront pas avoir terminé la grande œuvre du salut social avant de leur avoir arraché les armes grâce auxquelles ils peuvent menacer le repos du monde.
En communiquant au Cabinet auprès duquel vous êtes accrédité les faits et les explications que renferme le présent document, vous rappellerez en même temps ce que les Souverains considèrent comme la condition sine qua non de la réalisation de leurs vœux désintéressés et bienveillants. Pour garantir à l'Europe non-seulement la paix dont elle jouit sous la protection des traités , mais encore ce sentiment de calme intérieur et de durable sécurité sans lequel il ne saurait y avoir de véritable bonheur pour les nations, il faut que les Souverains puissent compter sur le concours fidèle et dévoué de tous les Gouvernements. Ce concours, ils le réclament au nom des inté-
GiO RECUEIL DE DOCUMENTS (181S-1822).
rets les plus élevés, au nom de l'ordre social, qu'il s'agit de maintenir, au nom des générations futures. Puissent tous les Gouvernements être pénétrés de cette grande vérité que la puissance confiée à leurs mains est un dépôt sacré, dont ils devront rendre compte à leurs peuples et à leurs successeurs, et qu ils assumeraient une ("rave responsabilité en tombant dans des erreurs ou en écoutant des conseils qui leur ôteraient tôt ou tard la possibilité de préserver leurs sujets de la ruine dont ils seraient les premiers auteurs. Les Souverains ont la confiance que partout, dans ceux qui sont revêtus de l'autorité suprême, sous quelque forme que ce soit, ils trouveront des alliés véritables, des alliés qui respecteront non-seulement la lettre et les prescriptions positives des négociations qui forment la base du système européen actuel , mais encore l'esprit et les principes qui les ont inspirées. Ils se flattent que leurs paroles seront accueillies comme une nouvelle confirmation de leur ferme et invariable dessein de consacrer au salut de l'Europe tous les moyens que la Providence a remis entre leurs mains*.
Metternich à Ottenfels, à Constantinoplo (Dépêche), Venise, le 21 décembre 1822**.
655. Il me serait difficile de rien ajouter en fait d'instruction à mes dépêches précédentes. Les protocoles de nos confé-
* Le Cabinet français adhéra aux principes énoncés dans la dépêchecirculaire ci-dessus, ainsi que le prouve une dépêche envoyée de Paris, le 25 décembre 1822, par le comte de Villèleau comte de La Garde, plénipotentiaire français à Madrid. Aux termes de ce document, ce dernier devait « faire savoir au Cabinet de Madrid que le Gouvernement du Pioi de France était entièrement d'accord avec ses alliés, et qu'il était fermement résolu à combattre, par tous les moyens, les principes et les mouvements révolutionnaires; qu'à cette fin, il irait jusqu'à rappeler sa mission de Madrid et pourrait même avoir recours, pour assurer sa sécurité, à des mesures plus efficaces, si l'on ne cessait pas de compromettre ses intérêts les plus essentiels, etc. »
** Indépendamment des principales questions agitées par le Congrès, les conférences qui avaient été ouvertes au mois de juillet, à Vienne, relativement à la question d'Orient, furent continuées à Vérone sous forme de discussions confidentielles, auxquelles prirent part l'Empereur Alexandre, Metternich , Nesselrode, Tatistscheff et lord Strangford.
[Note de l'ÈdUeur.)
lUSlILIA I s 1)1' CONCnES UV. Vi;iUIM. (1822). Ii21
rcnces à Vtîrono disent tout, et les dernières conditions auxquelles un arrangement est possible y sont consignées. Ces conditions se honient en dernier résultat aux suivantes :
1" Que la Porte lasse un«,' «léniarclic «le CDurloisic \is-à-vis de la Russie pour lui annoncer les déterminations <\\n' déjà clic a prises et exécutées à l'égard des deux Principautés.
2" Qu'elle s'arrange à l'amiable avec les Cours qui demandent la navigation de la mer Noire, à moins qu'elle ne préfère maintenir les abus auxquels le pavillon russe, accordé à tant de bâtiments étrangers, avait prêté jusqu'à présent. Entre les deux, la Porte doit préférer la première de ces alternatives, laquelle ne lui offre que des avantages, et que, par ce fait même, il est beureux de voir placer par la Russie sur une même ligne que l'usage plein d'inconvénients des dernières années.
3" Que la Porte, enfin, pacifie elle-même la Grèce.
Tout se borne à ces trois points; car la rej)rise des relations diplomatiques ordinaires ne mérite pas d'occuper sérieusement notre pensée ; l'avantage de cette reprise est tellement placé du côté de la Russie, que l'intérêt fera ici, et à lui seul, tout ce que les puissances peuvent se dispenser de faire
Je vous recommande l'accord le plus parfait avec lord Strangford. Cet ambassadeur doit avoir appris à connaître la vérité dans les situations, car il les a vues de près. Arrivé à Vienne sous les auspices les plus défavorables pour sa personne, il a quitté Vérone muni de la confiance indubitable de l'Empereur de Russie. J'ai pour ma part contribué à ce fait autant qu'il m'a été possible. Lord Strangford le sait, et il doit m'en savoir gré. Il doit être convaincu de deux grandes vérités que jamais il ne saurait avoir trop présentes, savoir : que l'Empereur Alexandre désire francbement voir arriver la fin des embarras en Orient ; que, d'un autre côté, il a le sentiment très-juste des difficultés innombrables qu offrirait à la réalisation de ses intentions pacifiques toute grave erreur que commettrait le Divan.
Quant au point de vue de notre Cabinet, lord Strangford doit avoir emporté la conviction que rien n'est clair et désin-
téressé comme tout ce que nous redoutons et désirons. C'est dans votre marche personnelle que se trouveront pour nous de véritables facilités. Unissez -vous franchement dans la poursuite d'un même but avec l'ambassadeur britannique, et fournissez-moi avec soin toutes les preuves possibles du zèle que vous mettrez à soutenir les conditions que la Russie a présentées comme autant de clauses définitives.
L'Empereur François au Roi Maximilien-Josepli de Bavière (Letlre), Innsbruck, le 30 décembre 1822.
654. Monsieur mon Frère et Beau-Pèi^e, j'ai pensé qu'il pourrait être agréable à Votre Majesté d'être mise au fait des détails des affaires qui viennent d'être terminées à Vérone. J'ai ordonné, en conséquence, au prince de Metternich de passer par Munich en retournant à Vienne. Il rendra compte à Votre Majesté des résultats auxquels le Congrès s'est arrêté et de mon point de vue sur le bien qui résulterait pour la fédération de l'application des mêmes principes à l'Allemagne. Les vues et les sentiments de Votre Majesté étant conformes aux miens, je ne doute pas qu'Elle n'éprouve une satisfaction véritable de tout ce qu'Elle apprendia par mon chancelier.
J'éprouve en mon particulier un regret sincère de ne pas voir Votre Majesté à l'occasion de mon retour en Autriche. La saison rigoureuse et la nécessité de mon arrivée dans ma capitale me privent d'une satisfaction que je rechercherai à la première occasion favorable.
Veuillez recevoir les assurances de l'amitié sincère et de la considération distinguée avec lesquelles je suis de Votre Majesté le bon frère et gendre
François, m. p.
Le Roi Maximilien-Jostpli de Bavière à l'Empereur François (Réponse), Municb, le 3 janvier 1823.
655. Monsieur mon Frère et Beau-Fils, le prince de Metternich m'a remis la lettre que Votre Majesté Impériale a
Ui;sri,TATS DC C.ONGllI'.S I)K VI:IUiM: (I822). fi2"5
l»itMi vniilii m «'ciirc (riiiii^lu iick , ot il s'est minrcss»'; i\c im- incllic Mil liiil dos ;jff.iires inipoii.'ii)l('>. (|iii ont été traitées sous U's Jiuspicc's Ijicnhii&anls <lc \ Olic Majesté à Vérone.
C'est a\cc. un plaisir renouvelé que j'ai causé avec s(tn chancelier, (jiii a si essentiellement influé sur les grands résultats des travaux du Congrès , et aux soins duquel l'Europe doit le maintien de la tranquillité dont elle a joui dans ces dernières années. Il vous rendra compte, Monsieur mon Frère, de mes sentiments et de la conformité de mes vues relativement à rAllemagne dans l'application des principes professés par les puissances alliées à la suite du Congrès.
Votre Majesté Impériale concevra les regrets que j'ai é[)rouvés de n'avoir pu la voir à son passage par mes Etats ; sans la rigueur extrême de la saison, j'aurais cherché à la rencontrer; je ne puis m'en consoler qu'en nourrissant l'espoir qu'une occasion prochaine compensera la privation qui m'a été imposée.
Veuillez recevoir les assurances de l'amitié sincère et de la considération distinguée avec lesquelles je suis , Monsieur mon Frère et Beau-Fils, de Votre Majesté Impériale le bon frère et beau-père.
Maximilien-Joseph, m. p.
Metternich à l'Empereur Alexandre. Mémoire secret sur la création d'un comité central des puissances du Nord à Vienne. Vérone (sans date).
636. De tous les maux qui affligent aujourd'hui le corps social, celui qui mérite de fixer plus particulièrement l'attention des Gouvernements est le jeu criminel des sectes.
Il faut compter parmi les côtés faibles de l'esprit humain le penchant qui, dans tous les temps, l'a entraîné dans le champ vague du mysticisme. Il est une foule d'esprits inquiets que le besoin de se créer une occupation tourmente, et dont l'activité, inhabile à se fixer sur des objets d'une utilité définie, les pousse vers de stériles abstractions. Dupes de leur ima-
gination désordonnée, dupes de quiconque veut faire sei'vir leur manie à des projets pervers, ces hommes ont constamment été pour les sociétés secrètes comme une pépinière d'adeptes.
Les sociétés ont toujours été influencées par l'esprit variable des siècles. S'il en est parmi elles qui soient restées fidèles à certaines bases de leur institution primitive, le plus grand nombre est toujours prêt à en dévier et à céder aux grandes impulsions du moment. C'est ainsi que dans des temps d'exaltation religieuse, les associations secrètes se sont armées pour le soutien de tels ou tels dogmes. Aujourd'hui que l'esprit du siècle est dirigé vers la réforme des modes de gouvernement, c'est sur le champ de la politique que nous voyons ces mêmes associations déployer toute leur turbulente activité.
Là où les sociétés secrètes ne vont pas au-devant des factions, celles-ci, sachant tout le parti qu'elles peuvent tirer des sectes, ne tardent guère à aller les rechercher.
Il est nécessaire d'indiquer trois époques principales d'où date l'extension extraordinaire que les sectes ont acquise dans les derniers temps.
La Révolution française, à son début, avait fait suspendre le travail des sectes. L'arène était ouverte à toutes les aberrations de l'esprit humain comme à toutes les ambitions; qu'auraient gagné les adeptes à de mystérieux conventicules? Ils se sont lancés dans la carrière qui, tout en flattant les rêves de leur imagination, leur offrait la perspective d'une fortune brillante. Aussi les administrations révolutionnaires en France se sont-elles recrutées dans les rangs des sectaires, et les loges maçonniques se sont trouvées dégarnies ; de même que nous avons vu l'armée révolutionnaire à Naples compléter ses cadres par les malcontenli.
C'est sous l'Empire, et à la suite des épurations que Bonaparte avait faites dans les administrations , que les sociétés secrètes ont commencé à se reconstituer. Fort de sa volonté, Bonaparte calcula qu'au lieu d'employer d'inutiles efforts à empêcher leur réorganisation, il lui serait plus aisé de les
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conU'iiii" <ii les assujettissant à tiiic surveillance se'vère, et nH'inc (If ii-s l'aire servir ulilcuiciit ù ses desseins. |)ès lors tout en les couvrant d»* ridiiiile, il travailla à ho ni('Ma"('r un moyen <lc police actil dans les associations qui lui parure ni susceptibles d'elle guidées; il déploya au C(»Mlraire une inllexii.je sévéïilé contre toutes les autres.
La chute de; IJonaparle délivra le monde d'un poids inimense ; mais ce poids ayant pesé à la fois sur le bon et le mauvais, le bien et le mal se sentirent en même temps libres des entraves qui les comprimaient. Malheureusement , les éléments du bien furent; ou dénaturés ou paralysés, tandis que ceux du mal ne restèrent pas dans l'inaction , et nous vîmes bientôt Tesprit révolutionnaire reprendre un nouvel essor.
Cependant, les factieux eux-mêmes durent ne pas tarder à s'apercevoir que les peuples, fatigués de tant de secousses violentes, n'étaient plus disposés à servir activement et en masse leurs desseins. Il était réservé au pays le plus reculé en fait de civilisation, et malheureusement le plus remué dans son intérieur, de créer un mode nouveau })our amener des bouleversements.
Un malaise général régnait en Espagne ; aucun peuple cependant n'était plus éloigné d'un soulèvement que le peuple espagnol. Aussi la révolution de 1820 a-t-elle été 1 œuvre directe d'une conspiration ourdie dans les ténèbres, préparée et combinée dans les voies d'une association secrète. S il pouvait exister un doute sur la vérité de ce fait, il serait levé par les aveux indiscrets que l'un des instruments les plus actifs et à la fois les plus éhontés de la révolte militaire dans l'île de Léon a rendus publics.
Ce que le crime avait enfanté, un Gouvernement dans l'état de la plus complète nullité n'a pu le détruire. La réussite du complot de l'île de Léon marque la seconde époque de l'élan qu'ont pris les sociétés secrètes.
Les révolutions de l'Italie en 1820 et surtout en 1821 nous semblent indiquer la troisième.
Si l'on ne peut voir dans la révolte militaire de Naples que ni. 40
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rimitation servile de celle de Tile de Léon, il ne saurait en être de même de la révolution piémontaise. Celle-ci a été évidemment dirigée par les sectaires de France , et si des observateurs éclairés avaient dès longtemps su pressentir l'existence d'une vaste association révolutionnaire à Paris , liée à celles de l'étranger, c'est la révolution éclatée à Turin qui a déchiré pour nous le voile qui jusqu'alors avait enveloppé son action.
Il nous paraît d'un intérêt positif de s'appliquer à distinguer les différences caractéristiques qui existent entre les deux révolutions italiennes. L'une a été plus locale que l'autre. Le génie des peuples napolitain et piémontais, et jusqu'à la position géographique des deux Etats, ont dû établir et ont effectivement établi une différence notable entre les deux révolutions. Nous ne croyons pas trop avancer en considérant la révolution napolitaine comme l'œuvre du carbonarisme pur et simple, étrangère dans son origine à tout autre moyen qu'à des moyens nationaux, bien qu'elle ait pu être fomentée et soutenue par l'influence espagnole. Tout au contraire, la révolution dans les Etats sardes a été placée sous la direction combinée des révolutionnaires piémontais et des sectaires français. Si une infinité de notions ne venaient à l'appui de cette thèse, nous en trouverions la preuve incontestable dans la situation morale actuelle des deux Royaumes.
Celui de Nâples nous paraît bien plus éloigné d'un bouleversement pareil à celui de 1820 que ne l'est et que ne le sera encore le Piémont.
L'organisation des sociétés secrètes en France, telles qu'elles existent aujourd'hui, ne nous semble pas remonter plus haut qu'à 1820. Les procédures entamées en Allemagne, en 1819 et en 1820, et les travaux de la commission centrale à Mayence, ont fourni plus d'une preuve que les révolutionnaires allemands n'entretenaient encore à cette époque que des relations peu directes avec le centre révolutionnaire à Paris. Ce n'est qu'après que les mesures arrêtées à Carlsbad eurent forcé les chefs principaux des associations secrètes en
ni'.SrLTATS DU CONdUKS m; VIIKiNK (iH'22) C2T
All<Mn;i;;uc à :illcr clicrclici iiii rcl'u{;e en France, (juc plusieurs <rcu(ie eux se rciwliKMil à Paris, où ils ne Irouvcrcnt {jticre moyeu de s'euleudre avec les libéraux français. L.i haine contre Bonaparte avait servi de première impulsion aux associations secrètes allemandes; les sectaires trouvèrent dans ce fait une dillicullé à se rapprocher des meneurs français. Le non-sens philanlliropicjue des professeurs et des étudiants teutons li's lit mépriser, d'un autre côté, j)ar des factieux trop piali(pies pour s'arrêter à des niaiseries. Ce n'est que depuis l'année IS2I que des relations directes ont pu s'établir entre les révolutionnaires allemands et français, et à la tète des premiers se trouvent des bonapartistes allemands. Les lieux les plus marquants aujourd'hui en Allemagne, sous le point de vue de la combinaison des moyens révolutionnaires allemands et français, sont le Rovaume de Wurtemberg, la ville de Francfort et quelques villes de Suisse. Les hommes qni jouent dans ces lieux les premiers rôles, ce sont les frères Murhard, quelques autres hommes de lettres à Francfort, et les rédacteurs de la Gazette du Neckar. L'entreprise de cette feuille est soumise à l'influence directe du comité directeur à Paris, et son rédacteur en chef, le docteur Lindner, a servi pendant plusieurs années comme agent actif de Bonaparte en Allemagne. Lé second rédacteur a été commissaire de police sous Bonaparte.
Jusqu'à cette époque, les radicaux français avaient suivi les traces de leur propre révolution.
Plusieurs tentatives faites en France pour soulever les masses ont dû prouver à ces hommes que de pareilles entreprises ne leur offraient pas les chances de succès de 1789 ; en revanche, celui qu'a obtenu la révolte militaire en Espagne n'en a pas moins pu fixer leur attention sur le moyen nouveau qui l'avait préparée, et ce même moyen ayant depuis opéré également, et en trois jours, le renversement du Gouvernement légitime à Naples, les révolutionnaires français ont dû l'adopter comme le plus efficace et le plus prompt. En ne faisant remonter l'introduction du cai^hoJiarisnie en France qu'à l'année 1820 , — et peut-être même au co.nmencement de
l'année suivante, — nous croyons d'autant moins nous tromper, que nous découvrons dans l'explosion révolutionnaire en Piémont la trace de deux influences distinctes, qui sans doute n'étaient pas en opposition l'une avec l'autre quant au but, mais qui procédaient d'une manière différente. La révolte à Turin était manifestement dirigée et préparée par les efforts concertés des révolutionnaires piémontais et français, tandis que celle d'Alexandrie, dont tous les rouages étaient mis en mouvement par le carbonarisme pur, a paru avoir sa marche indépendante de celle de la capitale.
Le secret même des associations du genre de celles dont nous nous occupons leur fait toujours faire des progrès rapides. Aussi voyons-nous que dans toutes les tentatives multipliées qui ont été faites dans le courant des derniers dix mois , dans le but d'organiser en France des révoltes militaires, les instruments du carbonarisme français jouent partout un rôle.
Après avoir montré dans cette esquisse rapide l'influence pernicieuse qu'ont exercée les sectes sur les grandes secousses politiques des dernières années, nous n'hésiterons pas à établir en thèse que ces sociétés sont une maladie qui ronge le corps social dans ses parties les plus nobles ; que ce mal a déjà jeté des racines profondes et étendues; enfin, que si les Gouvernements ne prennent pas des mesures efficaces, nonseulement pour en arrêter les progrès ultérieurs, mais pour le refouler dans les limites au delà desquelles il n'est plus possible de l'atteindre, l'Europe court risque de succomber aux atteintes sans cesse répétées que ces associations lui portent. Or, pour que le remède soit efficace, il faut se placer en face du danger ; et puisque le mal se cache dans les ténèbres, il faut aller l'y attaquer. Enfin, pour que l'entreprise réussisse, il faut que la partie soit entamée avec une force égale.
Les factions emploient aujourd'hui deux moyens : L'un se trouve dans la forme des sociétés secrètes et de toutes les sectes ; celle qui est la plus pratique, c'est le carbonarisme Cette institution, née chez un peuple peu civilisé»
nFsri.TAis DU c.nNcrii's nr: vr.noNE (i8-2-»). «ja
inai> piis^ioimé, pmie r<'iii|ii('iiilc du caractère de cette nation; |)roin|it à concevuii', rilalieii du Midi exécute avec une t'iialc lacilili;. Vn hiit t:lairenieiit tMioncé dans les hauts {jiadcs do l'asiiociulion ; des moyens de conduite simples et délayés du fatras mëlaphysique de la maçonnerie ; un gouvernement verilalde réservé aux chefs; un certain nombre de grades p<jur ciassilier les individus; le poignard pour punir la désobéissance, rindiscrétion ou les ennemis: — tel est le carbonarisme, (pii de toutes les sectes parait avoir approché le plus près de la perfection dans l'organisation pratique des sectes politiques.
Les factieux ont trouvé un second moyen dans la fusion de leurs intérêts et dans l'établissement d'un point central de direction.
La nationalité, les limites politiques, tout a disparu pour la secte. C'est sans aucun doute à Paris qu'est établi aujourd'hui le comité directeur des radicaux de TEurope entière, et chaque jour contribuera davantage à démontrer la vérité de ce fait.
Quels sont maintenant les moyens que les Gouvernements peuvent opposer à ce mal ?
Nous n'en connaissons que deux :
En premier lieu, ils doivent faire cause commune et réunir comme en un faisceau l'intérêt que chacun prend à sa propre conservation.
Le second moyen est l'établissement d'un centre de lumières.
La faction en veut à un degré égal à tous les Etats ; monarchies pures, monarchies constitutionnelles, républiques, tout est menacé par les niveleurs^
Jamais le monde n'a offert des preuves d'union et de solidarité entre les grands corps politiques comparables à celles dont la Russie, l'Autriche et la Prusse ont donné l'exemple dans le cours des deux dernières années. En séparant avec soin l'intérêt de la conservation de celui d'une politique ordinaire, et en subordonnant à 1 intérêt commun et générations les intérêts particuliers, les Monarques ont trouvé le moyen véritable de
maintenir leur sainte union et d'opérer le bien immense que déjà ils ont opéré. La France paye cher aujourd'hui les illusions auxquelles ses dernières administrations se sont livrées. Le ministère actuel semble suivre une marche qui tend à le rapprocher du principe de l'alliance. L'Angleterre, à l'égard de la question qui nous occupe, devra constamment être rangée dans une classe à part. Quelles que puissent être les lumières et la franchise des intentions de son Gouvernement, jamais sa politique, sur aucun des points de vue présentés dans ce Mémoire, ne pourra s'identifier entièrement avec celle des puissances continentales.
Cette solidarité existant entre les trois Cours du Nord, il est essentiel d'y faire entrer le plus que faire se pourra le Gouvernement français. On y parviendra plus aisément par une marche de fait que par des développemenîs et des raisonnements sur la nécessité de cette solidarité ! Cette marche de fait, nous croyons l'entrevoir dans la création d'un centre d'infonnations réciproques.
Nous proposons à cet effet la mesure suivante :
Que l'Empereur de Russie et le Roi de Prusse délèguent chacun un individu de toute confiance à Vienne.
L'Empereur d'Autriche désignera de son côté un employé de son Gouvernement. Ces trois individus foi^meront un comité secret. Ce comité sera destiné à former un point central d'information. Chaque Gouvernement prendra à cet effet des mesures pour porter à la connaissance de ce comité toutes les traces de conspiration qu'il découvinrait.
La commission d'enquête centrale, établie à Mayence, continuera ses fonctions conformément au vœu presque unanime des membres de la Confédération. Les travaux de cette commission seront mis sous les yeux du comité.
Les moyens que les Gouvernements auraient à leur disposition seraient bien autres que ceux dont peut disposer l'association qu'il s'agit de terrasser. Les Gouvernements, forts de tous les ressorts d'une administration vigilante, auraient moins à redouter les machinations de la secte, bien plus faciles à déjouer; tout complot découvert perd son caractère de danger