L'ALLIANCE DE LA PRUSSE ET DE LA FRANCE
désirent que repos et stabilité en Europe, le baron de Hardenberg m'interrompit avec vivacité en m'assurant « que nulle vue offensive contre aucune puissance n'entrait dans les plans du Roi; une alliance autre que celle qui ne repose que sur des mois, et n'implique d'autres obligations que de conserver nos propres possessions, ne pouvait cadrer, me dit-il, avec les principes du Roi et nos relations avec la Russie surtout. Croyez et faites tout ce que vous pouvez personnellement pour ne point attribuer d'autre valeur à des mots auxquels il serait horrible de voir sacrifier le reste de l'espoir qu'il est encore permis de nourrir, sur la possibilité d'opposer des digues au torrent, en nous entendant et en resserrant le plus que faire se pourra nos vues et nos moyens. »
Je ne pus que lui observer que la facilité que Napoléon avait mise à consentir à l'omission des termes consentis par M. de Haugwitz, prouvait plus que tout ce qu'il pouvait dire quelle est l'étendue du sens qu'on attache à Paris au mot d'alliance.
Le ministre me supplia de ne pas faire usage de sa communication confidentielle, et protesta du zèle qu'il ne cessera de mettre à établir et à entretenir la liaison la plus intime avec nous. Je crus devoir me borner à prendre ad référendum ce que je venais de tirer au clair, et à lui renouveler les assurances des soins particuliers que je prendrais à contribuer le plus que je pourrais à l'accord le plus intime entre nos deux Cours.
Le silence que le baron de Hardenberg a gardé vis-à-vis de tous mes collègues sur cette intéressante matière, et le soin que le parti français a pris de ne faire filtrer ce secret que depuis peu, s'expliquent suffisamment par le désir de ne le faire arriver à la connaissance du Cabinet de Saint-Pétersbourg que par le dernier courrier expédié au duc de Brunswick.
Le baron de Hardenberg, dans sa conversation, insista explicitement sur le fait que, par les malheureuses stipulations du 16 décembre, les relations du Roi ne se trouveraient changées vis-à-vis d'aucune puissance, hormis l'Angleterre, qui pourrait assurément envisager l'incorporation du Hanovre comme une
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mesure portant un caractère hostile. La supposition que la clôture des ports pourrait bien être stipulée par le traité me parut ressortir trop clairement de l'aveu que M. de Hardenberjr venait de me faire, pour ne pas lui adresïser la question. Il m'assura qu'il n'y en était nullement question, et en fit autant vis-à-vis du ministre de Russie. Il est toutefois impossible de se refuser à l'évidence du parti que prendrait le Roi, si Bonaparte insistait sur cette nouvelle entrave à mettre au commerce anglais, et l'omission d'un article y relatif dans le traité ne prouve assurément pas contre la possibilité d'un engagement, ou contracté, ou concerté avec le comte de Haug^vitz, dont les plus simples promesses méritent assurément toute créance de la part du Cabinet de Paris,
Les Français répandent depuis peu que l'époque de l'entrée de Bonaparte dans le pays d'Ans[)ach a été concertée avec la Prusse ; ce fait étant même répandu par des agents du Gouvernement prussien, j'ai demandé des explications au baron de llardenberg; il me dit qu'il n'en était non-seulement rien, mais encore que M. de Lucchesini avait été tout aussi étonné d'apprendre ce nouvel acte de violence que lui-même : « Que voulez-vous, me dit-il, d'un autre côté, que fasse le Roi maintenant? II a été trahi et vendu, et il ne lui reste qu'à faire bonne mine à mauvais jeu ! »
Il est de lait qu'il a beaucoup pleuré en apprenant les détails de la violation manifeste d'un territoire qui, d'après les principes reçus, ne pouvait être regardé comme cédé qu'après sa ratification.
Le baron de Hardenberg, à son tour, est inconsolable de la perte d'une province dont il regardait la prospérité comme son œuvre, et qui se trouve abîmée maintenant du poids de quarante mille hommes dont elle seule supporte tout le fardeau.
La manière dont le secret a été gardé dans tout le cours de la négociation du comte de Haugwitz est digne de remarque; Votre Kxcellcnce connaît trop le terrain de Berlin pour ne pas être de l'avis qu'il suffirait sans doute de cette seule preuve, de ce seul rapprochement, pour se convaincre combien toutes