‹ MémoiresChapitre 18 sur 121 · LALLIANC.E DE LA PRUSSE ET DE LA FRANCE · texte numérisé non relu

LALLIANC.E DE LA PRUSSE ET DE LA FRANCE

pouvoir me citer confidentiellement un fait qui prouve de quels moyens on s'est seivi pour agir sur le Roi. Le comte de HaugAvitz a mandé ici avoir lu des lettres du comte de Stadion à Talleyrand, par lesquelles il suppliait ce ministre d'engager ISapoléon à consentir à une alliance dont le but serait, sinon de se pai'tager la Prusse, du moins d'en diminuer la puissance. Je lui demandai comment ce ministre avait pu espérer trouver

des dupes pour une allégation aussi invraisemblable

J'ai trouvé le baron de Hardenberg navré de la cession du pays d'Anspacb, et de la forme surtout de la cession de ce pays, sans stipulations quelconques en faveur de ses babitants, en les abandonnant d'abord aux vexations françaises pour ensuite être livrés pieds et poings liés aux principes administratifs bavarois. Il m'a paru, du reste, avoir pris son parti, et vouloir tâcher de tirer de la position actuelle des affaires tout ce qui est possible en faveur de la cause commune de tous les gouvernements. Il n'est que trop à prévoir que l'exercice de son influence ne saurait guère êti'e toléré longtemps par la France , qui verra constamment en lui un adversaire zélé et un témoin incommode des manœuvres de ses affidés.

L ALLIANCE DE LA PRUSSE ET DE LA FRAN'CE. (ISote 19, p. 221, t. I.)

92. Metternich à Stadion (E. D.), Berlin, le 7 mars 1806. — 93. Mémoire de Metternich sur un entrelien avec Hardenberg, le 12 avril 1806. — 94. Questions de Metternich et réponses de Hardenberg.

92 Chaque jour développe de nouveaux motifs qui

expliquent la retenue du ministre (baron de Hardenberg) dans ses communications aux membres du corps diplomatique auxquels il peut se fier le plus, et le secret que le Cabinet du Roi a si bien gardé sur la marche et les bases de la négociation du comte de Haugwitz.

Le bruit d'une alliance conclue entre la Prusse et la France ayant acquis depuis deux jours une espèce de certitude , qu'il

est si facile à tout homme connaissant le terrain de Berlin d'apprécier à sa juste valeur, je me rendis ce matin chez le baron de Hardenberg, décidé à préciser mes questions de manière à le faire convenir du fait, ou à le porter à le désavouer formellement.

Je lui dis que je croyais devoir, sans nul déguisement, le mettre au fait de l'objet de ma visite, en lui adressant une question à la solution de laquelle la franchise que nous avions mise à nous expliquer vis-a-vis de la Prusse et à rassurer le Roi sur tous les faux bruits qu'on s'était plu à répandre sur nos relations avec la France, me donnait un droit incontestable. « Des personnes au fait des affaires prétendent, lui dis-je, que M. de Haugwitz n'a pas borné sa besogne à un simple raccommodement, et qu'il a signé une alliance avec la France; le parti français lui-même accrédite ce bruit. Vous devez donc être intéressé à le désavouer, en cas qu'il soit faux, ou à me mettre au fait d'une vérité que vous n'êtes plus maître de dérober à la connaissance des puissances. »

Le baron de Hardenberg me dit a que la question directe que je lui adressais méritait de sa part une réponse tout aussi franche, et qu'il n'hésitait pas à me dire ce qu'il avait compté m'apprendre lors des communications détaillées qu'il avait promis de me faire ; que le comte de Haug^vitz avait effectivement poussé l'oubli de ses instructions au point de signer à Vienne une alliance offensive et défensive avec Napoléon ; que le Roi s'étant constamment refusé à sanctionner cet article, l'Empereur avait dans son ultimatum, porté ici par le marquis de Lucchcsini, consenti à l'omission des mots « offensifs " et « défensifs » , et s'était contenté de préciser le casus fœderis à la garantie réciproque des possessions. » — « C'est, ajouta-t-il, le seul amendement que le Roi ait obtenu de toutes les modifications qu'il avait désiré porter au traité du 16 décembre. »

Lui ayant observé que cette stipulation devait changer essentiellement l'état et le genre des relations des puissances avec la Prusse, qui, ayant l'air d'allier sa cause à celle de la France, ne pouvait plus être comptée parmi celles qui ne

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