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MÉMOIRE DE METTERNICH, ÉCRIT LE 12 AVRIL

93. Entreprendre de tracer le tableau de la situation politique de la Prusse dans le moment présent serait se vouer à un essai d'autant plus difficile, que les hommes qui viennent de réduire le Roi au rôle le plus triste ont eu grand soin de dérober au public leurs menées.

Nous ne connaissons jusqu'à présent que sommairement les termes du traité signé à Vienne le 16 décembre entre le comte de Haug^vitz, MM. de Talleyrand et Duroc; encore ne les connaissons-nous que par leur mise en oeuvre, et c'est par le peu de ménagement que la France mettra à cacher ou à masquer la perte de l'indépendance prussienne, que nous finirons par acquérir la connaissance entière des exigences de Napoléon et des concessions du comte de Haugwitz. Les intentions de ce ministre ne doivent en aucun cas être confondues avec celles du Roi. Vouloir les séparer quant aux résultats des négociations n'est malheureusement plus possible maintenant, et le sera bien moins encore le jour de la rentrée du comte de Haugwitz dans le département des affaires étiangères.

Chargé par Sa Majesté Impériale de lui soumettre, lors de mon arrivée ici, un aperçu sur la situation politique de la Prusse et sur ce qu'il y aurait à attendre dans la suite de cette puissance, question qui, sans contredit, doit essentiellement influer sur notre systètne politique en général et non moins directement sur notre conduite particulière vis-à-vis de la

Prusse, j'ai cru devoir prolonger mon séjour à Berlin jusqu'à l'époque qui m'a paru la plus décisive pour la marche des affaires, savoir celle de la conclusion finale des arrangements avec la France et de la reprise du portefeuille par le comte de Haug^vitz, d'un portefeuille qui, depuis le mois de décembre dernier, n'était plus qu'un vain fantôme de puissance entre les mains d'un ministre probe, attaché aux principes d'une politique saine et loyale, et trop honnéle homme pour se douter que ceux qu'il croyait ses amis étaient occupés à préparer sa chute, que dans tous les cas la force des circonstances générales eût amenée.

Sûr que le ministre tombant ne me donnerait que des réponses évasives sur les questions que je lui ferais ; sûr, d'un autre côté, que tout ce qu'il pourrait me dire sur l'avenir ne saurait être que des conjectures puisées dans le caractère de son successeur, que malheureusement l'Euiope entière a jugé depuis bien plus longtemps que son collègue ne l'avait fait, je n'en ai pas moins cru devoir noter les questions ci-jointes (n° 94), et le prier de les résoudre avec toute la franchise que, dans cette occasion importante, devait lui imposer son désir de ne jamais cesser de travailler à la réunion de nos deux Cours. Les réponses, pour la plupart écrites sous sa dictée ou tracées fidèlement sur ses propres paroles, ne prouvent que trop que je ne me suis pas trompé dans mon attente.

Tl m'a paru que la situation politique de la Prusse offrait trois points de vue essentiels qui, quoique liés entre eux pour les effets, devraient s'aborder séparément. Je saisis donc dans mes recherches les buts suivants :

1» Quelles seront les suites du traité d'alliance avec la France, relativement à la Prusse?

2" Que peut attendre la cause générale du futur concours de cette puissance?

3' Qu'en pouvons-nous attendre en particulier?

Il est certain que la Prusse n'a rien fait pour elle-même, en sacrifiant par la conduite de son ministre toutes ses relations, en isolant sa marche politique des puissances intéressées à leur indépendance» mais nui, seules, trouveraient encore dans

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