L'ALLIANCE DE LA PRISSE ET DE LA FRANCE (180G
leur réunion la plus intime les moyens physiques et moraux de la garantir.
Les négociations de Potsdam nous ont développé sans fard les vues de la Prusse sur une amélioration de sa frontière du côté de la France. Les lignes du Weser présentaient sans contredit les seuls points susceptibles d'une chaîne de fortifications ; le pays de Hanovre, échangé contre les provinces prussiennes, offrait une ample compensation pour les concessions projetées en Westphalie. Les changements opérés dans la Constitution germanique ou plutôt sa destruction finale, le renforcement extraordinaire de la puissance bavaroise, ôtent maintenant leur valeur précédente à des lignes tournées de fait par un des alliés les plus actifs de la France; la perte du margraviat d'Anspach, de Clèves, et celles que la Prusse essuiei'a indubitablement encore, absorbent en grande partie la valeur d'un pays enlevé à une puissance amie sous le masque du service le plus désintéressé.
Que peut attendre la cause générale du concours de la Prusse ?
Cette question me parait résolue par le fait que le ministre qui a conduit les choses au point où elles en sont, doit chercher à justifier une conduite condamnée par tous les partis sans exception aucune. Il doit donc tacher de racheter par l'utile ce qu'il a fait perdre à son maître du côté de l'honneur. Ce n'est assurément pas d un calcul et d'une ligne de conduite pareils que la cause générale peut espérer tirer quelque profit. Les obstacles qui s opposeront dorénavant le plus directement à la réunion de nos vues à celles du Roi, seront tous les intermédiaires qui se trouveront constamment entre lui et 7ious, si jamais on parvenait à l'aborder personnellement. Développer un plan, laisser entrevoir les premières traces d un système régénérateur, serait les confier aux agents les plus affidésde la France. Toute promesse du contraire serait vaine, et l'essai plus dangereux que le parti possible à en tirer ne saurait être utile.
Il me parait donc prouvé qu'il faut regarder la Prusse comme momentanéîuent accolée à la marche dévastatrice de la politique de Bonaparte, et la traiter comme telle.
114 IlE<;i EIL DE DOCUMENTS (m3-1815).
C'est du temps seul, des circonstances imprévues mais nécessaires, immanquables, de la manière surtout dont nous saurons les saisir et les mettre à profit, que nous devons espérer et attendre ce que tout soin, toute négociation, ne saurait nous procurer. Tous les alentours du Roi, son ministre du moment, le seul qui, sans avoir sa confiance, réunisse en lui tout le pouvoir, sont, ou faibles, ou vendus à Bonaparte ; mais quel puissant allié ce dernier ne nous ménage-t-il pas dans l'excès de ses exigences mêmes, dans la rudesse avec laquelle il les fait valoir vis-à-vis d'une puissance qui en a trop fait pour lui inspirer dorénavant de la confiance et trop peu pour se sauver elle-même et l'Europe, enfin dans l'esprit public, qu'il a su entièrement tourner contre lui dans un Etat que déjà il traite comme une de ses préfectures ! Des relations amicales suivies, mais nullement compromettantes, sont assurément les seules propres à nous faire arriver à l'époque pressentie. Il paraît superflu d'ajouter que le faible travail que j'ai rhonneur de porter à la haute connaissance de Sa Majesté Impériale est loin d'épuiser, quant aux questions mêmes, le fond de la matière.
Que de points de vue essentiels seraient touchés, quelle foule d'idées s'offriraient, s'il s'agissait de discuter, d'approfondir le système nouvellement basé d'une puissance de première ligne! Mais tous les points de vue sont épuisés, toutes les réponses sont données par le fait seul de la plus parfaite soumission de la Prusse au système fratiçais, de sa tolérance la plus étendue pour toutes les futures exigences de Bonaparte, et qui ressortent clairement du peu de lignes que le baron de Hardenberg m'a mis à même de tracer.
QUESTIONS DE METTERNICH ET REPONSES DE IIARDENBEnC. (Annexe du n" 93.)
dA. Demande. — Quel est le sens que la Prusse attribue à A'aliiance qu'elle vient de contracter avec la France? Le pacte se borne-t-il simj>lement à stipuler la garantie réciproque des