LE TRAITE DE FONTAINEBLEAU
Champagny, pourquoi je ne soulevais pas la question. Il promit même d'en reparler à l'Empereur, qui jamais n'avait voulu l'écouter quand il essaya de le mettre sur ce chapitre. Ayant dîné chez lui à Fontainebleau il y a trois jours, il me dit avec un air de satisfaction : « Eh bien , votre affaire va s'arranger maintenant , je suis parvenu à me faire écouter de l'Empereur ; il m'a dit qu'il avait chargé M. de Champagny de s'entendre avec vous sur plusieurs points , et il veut tout finir à la fois. » — «Je le sais, répondis-je, mais il n'est pas facile d'en finir avec vous , quoique vous ayez une manière toute ronde : vous demandez tout et ne voulez rien donner. » — « Ah ! me dit M. de Marescalchi d un air savant, vous connaissez l'Empereur, et il y a beaucoup de gens chez nous qui lui suggèrent des idées que souvent même il n'a pas eues; on vous a donc déjà demandé Trieste?r> — «Non, luidis-je, et l'Empereur ne peut pas ignorer que toute complaisance ayant des bornes, il est des questions auxquelles il n'existe qu'une manière de répondre.» M. de Marescalchi voyant qu'il s'était aventuré, me dit d'un air très-embarrassé : « Eh bien , je puis vous assurer que beaucoup de personnes le tourmentent pour exiger cette cession, et tâchez de vous arranger le plus tôt possible, si on ne vous l'a pas encore demandée. «
On ne saurait disconvenir que ce présage n'est guère flatteur pour la suite, mais il ne renferme rien de nouveau. Ce n'est pas seulement Trieste que convoitent l'Empereur et la rapacité de tous ceux qui croient devoir lui faire leur cour en lui soumettant des projets dans son genre ; toute extension quelconque entre dans ses vues, et celles qui lui procurent des moyens de commerce, de navigation, tiennent sans contredit à ses idées favorites. Il n'a toutefois nullement été question de cessions au delà de celle que renferme le projet de convention de iNI. de Champagny, du 30 septembre.
Je n'ai malheureusement que trop pu me convaincre , dans tous les moments de notre négociation, que non-seulement Napoléon ne connaît plus de bornes, mais que même il a jeté complètement le masque. M. de Champagny ne s'est pas servi vis-à-vis de moi d'une seule expression qui n'ait été ou dictée
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immédiatement par l'Empereur, ou du moins calquée sur ses phrases. Je me suis cru autorisé à dire, de la manière la plus Iranche, dès que nous étions convenus de signer, tout ce que je pensais de la position actuelle des affaires et des procédés de TEmpereur. M. de Champagny n'a pu rien objecter de juste à aucun de mes raisonnements ; il s'est donc constamment appuyé sur le beali possidenles , assurément la plus injurieuse et la plus indigne des bases dans l'application présente.
Le fait prouve que tous mes soins pour procurer à l'Autriche une indemnité quelconque ont été vains. Les îles du Quarnero furent déclarées indispensables et nécessaires pour la navigation italienne. De même pour Muggia, qui ne pourrait sous d'autres rapports être séparée de Tlstrie vénitienne. J'ai passé au moins six heures à réfuter toutes les raisons sophistiques de M. de Champagny, qui, dans la discussion, se déclara alternativement marin, ministre et juge impartial. Voyant qu'aucun territoire n'était à obtenir, je me rabattis sur les domaines nombreux qui se trouvent dans les districts à céder; j'en réclamai la propriété et la vente au profit du Trésor impérial dans un certain nombre d'années. Cette proposition , que ISL de Champagny prit ad rejerendum , fut refusée comme ne terminant pas la discussion. Braunau , et l'amitié entre les deux Empires , facile à cimenter dès que nul sujet de discussion n'existerait plus entre eux, furent mis dans une balance, et nos cessions dans l'autre. Il est digne de remarque que je n'ai jamais pu parvenir à faire convenir M. de Cham])agny qu au lieu d'échange il y avait cession de notre part; il m'objecta constamment les avantages extraordinaires que nous retirerions des objets de compensation susdits. Rien ne ressemble assurément moins à une négociation que toutes les discussions que nous avons eues ensemble, mais j'ai d'autant plus cru devoir les terminer. Trois semaines de retard ne me semblaient j)oint pouvoir nous offrir les moindres chances heureuses. D'après l'analogie des malheureuses expériences faites dans toutes les négociations avec les gouvernements révolutionnaires franc^ais, — et lequel le fut jamais plus que celui du moment? — il m'est