‹ MémoiresChapitre 3 sur 121 · ÉPOQUE DE LENTRÉE AU SERVICE DE L'ÉTAT · texte numérisé non relu

ÉPOQUE DE LENTRÉE AU SERVICE DE L'ÉTAT

Grande-Bretagne aux Indes orientales et la ruine de la puissance de Tippo Saïb, si menaçante pour son influence sur ce pays; l'occupation de FÉgypte par les Français; le cap de Bonne-Espérance et Malte, les deux points les plus nnportants pour le commerce du monde, au pouvoir des Anglais qui en possédaient déjà le monopole; enfin les changements prochains qu'entraînera la paix de Lunéville : cette situation, qui est le résultat de la Révolution française et de la guerre générale qu'elle a provoquée, laisse loin derrière elle même les bouleversements amenés par les trois grandes guerres du siècle dernier, par la guerre de la succession d'Espagne qui assura la prépondérance française, par la guerre du Nord qui ouvrit à la Russie les portes de la politique européenne, et par la guerre engagée par la Prusse contre la Maison d'Autriche en 1740, qui eut pour conséquence la guerre de Sept ans.

II serait impossible de chercher à débrouiller le chaos des éléments actuels et à réunir les bases d'un système politique européen ayant quelque chance de durée. Les suites de ces formidables bouleversements, jointes à la lutte persistante entre les principes politiques, ajournent indéfiniment le repos général. Depuis 1790, chaque année a introduit dans le système européen des changements qui, douze mois plus tôt, paraissaient impossibles, et qui, douze mois plus tard, étaient presque oubliés. On n'a qu'à comparer l'état de la République française en novembre 1799 et en avril 1801; lalliance étroite de la Russie avec les autres puissances en 1799 et l'ambassade russe à Paris au mois de mars de la présente année. Et quelles fluctuations ne remarque-t-on pas dans la politique anglaise pendant les onze dernières années? En 1792, l'Angleterre observe une neutralité rigoureuse; plus tard, eUe est l'instrument le plus actif de la coalition; aujourd'hui, elle est le point de mire d'une coalition diamétralement opposée, à la tête de laquelle sont la France et la Russie, et dans laquelle se sont même laissé entraîner les puissances du Nord, restées constamment neutres jusqu'à ce jour. Ces quelques points choisis au milieu de tant de modifications prouvent, du reste, combien

4 RECUEIL DE DOCIMENTS {1773-1815).

il serait hasardeux de déterminer à Tavance, même pour une période de dix amiées, les événements probables que recèle Tavenir.

La situation extérieure de Notre Monarchie a eu à subir des changements auxquels l'État le plus puissant lui-même ne peut échapper quand tout se transforme autour de lui. Toutes Nos anciennes alliances avec des puissances étrangères, même ' Nos alliances les plus récentes, ont été rompues; il y a plus encore : un grand nombre des motifs qui Nous les avaient fait contracter ont disparu. Une revue rapide des alliances que Nous avions formées depuis longtemps expliquera ce feit.

En 1756, TAutiiche s'était unie avec la France dans le but de protéger ses provinces lointaines dans les Pays-Bas et en Italie, de mettre un terme à Tanimosité française qui menaçait sans cesse TEmpire, et de pouvon- disposer des forces de la Maison de Habsbourg sur tous les points qui lui paraîtraient avantageux sans avoir à redouter Thostilité de la France.

Pour ce dernier pays, le principal avantage de cette alliance était celui-ci : elle garantissait la sécurité absolue de sa frontière, diminuait considérablement le chiffre des subsides qu'il était obligé de payer tous les ans à des Etats secondaires et à des États de l'Empire peu importants, et lui permettait de consacrer ces sommes, qui étaient généralement gaspillées, à améliorer et à agrandir sa marine.

A peine la Russie pouvait-elle prendre rang parmi les Etats civilisés de l'Europe, qu'entre cette Cour et la Maison d'Autriche s'établit un système d'amitié et d'alliance étroite. Jusqu à lavénement de Pierre III, les deux puissances se regardèrent comme des alliées naturelles, et, en effet, tout semblait devoir les rapprocher : elles étaient voisines sans être en contact direct, elles pouvaient s'étendre sans avoir lieu de se jalouser, et même s'aider réciproquement à s'agrandir; enfin, elles avaient une ennemie commune dans la Porte. A ces raisons vint s'ajouter dans la suite un voisinage dangereux, celui de la Prusse, qui touchait aussi aux deux Empires; la présence de cette voisine nouvelle devait d'autant plus inquiéter les deux puissances amies, que les projets d'annexion qu'elle

Page 1