BRUIT QUE FONT LES ARMEMENTS DE L'AUTRICHE
chaines intentions de Napoléon à notre éjjard vont se manifester*...
La grande question de la paix et de la {ijuerre est donc agitée, car comment envisager autrement celle qu'on soulève à propos de nos armements militaires? Elle ne peut tirer ses motifs que de deux sources :
Napoléon croit-il le moment venu de jeter le masque et de donner suite à des plans depuis longtemps arrêtés par lui? <tr"t
Trouve-t-il le moment actuel moins conforme à ses intérêts, et veut-il uniquement être éclairé sur des mesures organiques qui, en auginentant notre force réelle, ne sauraient, en aucun temps, lui convenir, et qui, vu son caractère ombrageux, peuvoit, dans .des moments moins propices, perdre à ses yeux lecaractère déf^ensif qu elles portent si clairement?
Nous éviterons avec peine la guerre en admettant la première supposition ; nous ne l'aurons dans la seconde que si nous la provoquions directement. Huit à dix jours doivent nous suffire pour entrevoir quel est le véritable plan de Napoléon.
La marche qu'il suit depuis quelque temps est une de ses tactiques connues dans les occasions où il veut entamer la querelle. J'ai développé dans de précédents rapports ma manière de juger les bruits de guerre que depuis plusieurs mois il entretient positivement lui-même ; il provoque par ces bruits^des ^mesures de sûreté chez nous; — il nous demande pourquoi nous alarmons les voisins : telle est constamment sa manière de procéder. Ces mêmes bruits ont dans les derniers temps du séjour de l'Empereur à Bayonne acquis une véritable intensité dans les alentours de la Cour, dans la famille impériale elle-même, L'Empereur ne s'explique sur rien. Je tiens ces faits de source absolument certaine.
Ces mêmes données 'qtié je viens de citer font naître la conviction que le moment présent ne serait pas celui que Napoléon choisirait de préférence pour faire surgir des com-
Les annexes de la dépèclie sont la lettre de Champagny à Metternich, datée de Bayonne, le 16 juillet, et la réponse, datée de Paris, le 22 juillet 1808. Voir la note 28, p. 223, t. I. .\ .. (Note de l'Éditeur.)
IPO ISECTEIL DE DOCUMENTS (m3-1815).
plicatlons avec nous, et que ce ne sérail quaulani que nous voudrions faire la guerre, qu'on nous la ferait.
En calculant qu'il ne faudrait à Napoléon qu'un seul mot: (t Désarmez " , pour nous mettre dans la seule alternative ou de faire la guerre ou de rester dans un état de faiblesse qui nous livrerait à la première et à la moindre de ses lubies, on ne peut se cacher qu'il y a de la modération dans la forme qu'il a choisie pour nous parler de nos armements. N'est-ce là que le premier échelon d'une discussion qui va s'établir, que nous entrevoyons dans ce moment? N'a-t-il voulu que sonder notre décision à ne pas reculer? Dans huit jours nous saurons à quoi nous en tenir.
J'ai établi le principe très-juste, que nos mesures étant permanentes, elles ne sauraient être reqardées comme ojlensives ; je les ai comparées à l'établissement de la conscription dans tous les États soumis à l'influence française. Si jamais on nous demandait d'une manière plus catégorique une réduction, dans ce qui précède je trouverais texte à toutes les réponses possibles. La France ne peut exiger de nous la révocation d'une mesure organique conforme à l'esprit du siècle, et provoquée par son propre exemple, sans en venir à cette demande pure, simple et explicite : « /e veux que vous soyez faibles parce que moi et mes alliés voulons être forts, et que nous devons le rester. » Tel est sans doute le fond de sa pensée, mais il n'est pas dans l'esprit de Napoléon de la dévoiler ainsi. On peut dissoudre un rassemblement de troupes, on ne peut pas revenir sur des lois constitutives. Il s'agissait donc de bien séparer ces deux thèses, et de prouver que nos mesures militaires n'entrent que dans cette dernière catégorie.
Metternicli à Stadion. Paris, le 2 août 1808.
112. J'expédie M. le comte de Mier avec la Note confidentielle ci-jointe, que j ai reçue hier de M. de Champagny, en date de Toulouse, le 27 juillet. Votre Excellence trouvera dan^> l'annexe II la lettre particulière à laquelle j'ai cru devoir liorner ma réponse*.
• Voir note 28, p. 223, t. I. {Note d,: CKdileur.)