RETOUR DE NAPOLÉON DESPAGNE
sait tout à fait impropre. Il le reprit effectivement, et revint à des instances sur l'atténuation qu'il me suppliait de donner aux articles de journaux. Je lui répliquai qu'il ne m'était pas possible d'at é. uer l'effet que probablement produiraient, et sur ma Cour et sur nos peuples, les articles de ces feuilles; que cet effet, dans un moment où le salut même de 1 Empire se rtouvait enjeu, ne pouvait guère être influencé par un serviteur à l'étranger; que tout ce que je pouvais prendre sur moi, serait de les soumettre à la propre évaluation de Sa Majesté Impériale.
L'Empereur nous reçut hier en audience diplomatique. M. le prince de Kourakin * remit ses lettres de créance avant l'audience générale. Sa Majesté fit ses deux tournées comme de coutume. Tout le Corps diplomatique s'attendait à une scène entre lui et moi. Je prévoyais le contraire, et je ne me suis pas trompé. L'Empereur n'amusa pas les curieux; il me dit quelques lieux communs lors de la première tournée, il ne m'adressa pas la parole à la seconde. Je n'ai partagé cette défaveur qu'avec le ministre de Prusse.
Tels sont les faits. Je ne les accompagne d'aucun raisonnement; ils parlent d'eux-mêmes; ils servent à éclaircir de quel côté sont les intentions pacifiques : ils font plus, ils précisent cette question.
Metternich à Stadion. Paris, le 2 février 1809.
152. Le jour même du départ de mon courrier, il y eut le soir cercle à la Cour. L'Empereur, qui ordinairement me traite avec infiniment de prévenance, ne s'approcha pas de moi dans tout le cours de la soirée et affecta de ne pas m'adresser la parole. Il se borna à dire quelques mots à madame de Metternich.
Sur ces entrefaites, les feuilles publiques se turent complètement. On répandit dans le public des notions très-tranquillisantes sur les relations entre les deux Cours. Ces notions s'ac-
* Ambassadeur de Russie à Paris. (iVote de tEditeur.)
créditèrent assez généralement, et influèrent favorablement sur les fonds.
L'Kmpereur se rendit dimanche dernier 29 janvier à un bal chez la Heine de Hollande, Les seuls étrangers dont il permit l'invitation furent MM. de Romanzow, Kourakin, le prince Wolkousky et sa femme.
Sa Majesté prit les deux premiers dans une pièce attenante. Là, dans une conversation qui dura prés de trois heures, l'Empereur se prononça absolument contre nous, et sur la nécessité ovi il était de prendre un parti sérieux. Il cita deux faits particuliers arrivés tout récemment à Trieste et sur Tlsonzo *, et ajouta qu'il était dans la nécessité de donner un grand soufflet à l'Autriche ; que cette puissance était entièrement pourrie, qu'elle n'avait pas une tête, etc. M. le prince de Kourakin ayant fait observer que les dispositions qu'il avait connues de l'Autriche avaient toujours été pacifiques, l'Empereur parla de nos armements, ridiculisa beaucoup nos moyens militaires, et établit en thèse leur nullité complète; il ajouta qu'on ne faisait pas la guerre avec des soldats tout nus.
M. de Romanzow, qui dans le cours de cette conversation n'objecta rien, sortit tres-con vaincu que le parti de l'Empereur était entièrement pris, et que la guerre était désormais inévitable.
Ces détails, que je crois tenir de source sûre, me paraissent, ainsi que tous les faits que je puis rassembler, de nature à devoir être présentés sans nul commentaire, sans nul fard, à la haute pénétration de Sa Majesté Impériale. Dans un moment aussi critique que le présent, le serviteur zélé est celui qui s'abstient de tout raisonnement et qui ne se charge pas de commentaires sur un sujet dont dépend souvent le sort de sa patrie, celui de l'Europe entière. Si les agents français chez nous et à l'étranger avaient agi comme moi, la paix entre nos deux Impires n'aurait pas pu être trouldée.
La guerre sera le triomphe de leur conduite, triste triomphe pour des ministres de paix.
» Voir la note 28, page 223, t. I. {Note de [Éditeur.)